L'intervention de la Commission de la construction du Québec pour faire cesser une corvée de peinture effectuée par des bénévoles dans une école de la Montérégie rappelle la fermeté avec laquelle la Régie du bâtiment du Québec a exigé l'an dernier la démolition de mezzanines dans des écoles de Sherbrooke.

Coût de pinceau à l'école

CHRONIQUE / Bon, une autre application rigide d'un règlement en milieu scolaire est interprétée comme une prise d'otages parce qu'elle bloque une initiative visant à créer un environnement plus stimulant pour les enfants et qu'en plus, elle mobilise leurs parents.
La Commission de la construction du Québec (CCQ) passe depuis deux jours à la varlope, plusieurs se demandant si ses inspecteurs n'avaient pas plus urgent et plus utile à faire que d'aller enlever les pinceaux et les rouleaux des mains de bénévoles engagés dans une corvée de peinture pour redonner du lustre à une école qui manquait d'amour
L'intransigeance avec laquelle la police de la construction est intervenue à l'école primaire Capitaine-Luc-Fortin de Saint-Sébastien, en Montérégie, n'est pas sans rappeler le jugement sans appel de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), qui avait exigé l'an dernier la démolition de 13 mezzanines dans des écoles de Sherbrooke. Ces perchoirs, qui avaient été aménagés dans des classes et qui étaient utilisés par les enfants comme coin de lecture, étaient hors normes.
L'indignation du professeur ayant été l'instigateur du projet, qui estimait les bienfaits pour les écoliers bien plus élevés que les risques de chutes et de blessures, avait obtenu un large appui dans l'opinion publique. Malgré cela, la RBQ n'avait démontré aucune ouverture, s'accrochant au principe qu'aucun compromis n'est possible en matière de sécurité.
C'est également un des facteurs invoqués par la CCQ pour justifier l'arrêt du chantier communautaire amorcé à l'école d'un village de 800 habitants. Comment veiller à ce que ces travailleurs de bonne volonté suivent le code des saines pratiques que les peintres professionnels sont tenus de respecter pour se conformer aux exigences de la CSST? Les participants affirment avoir eu ce souci dès le départ, mais ce ne sera vraisemblablement pas suffisant pour qu'ils puissent finir eux-mêmes le travail amorcé.
Les valeureux de Saint-Sébastien ne le savaient probablement pas lorsqu'ils ont entrepris leur « bee », mais au même moment, la CCQ dévoilait les résultats d'une « opération de conformité » menée entre le 1er novembre et le 10 décembre, qui visait spécifiquement le secteur de la finition intérieure.
Celui-ci a été ciblé parce que la délinquance observée lors des inspections des dernières années, sur les chantiers où des poseurs de gypse, des tireurs de joints et des peintres étaient actifs, atteignait 30 %. Bien que cette surveillance renforcée ait été annoncée, de la délinquance a tout de même été constatée sur 22 % des 657 chantiers visités. Pas moins de 206 amendes ont été données.
« Le travail au noir et la concurrence déloyale sont encore très présents dans le secteur de la finition intérieure », a répété il y a dix jours le vice-président aux opérations de la CCQ, Jean-Guy Gagnon.
Après avoir accentué la pression sur l'industrie en appelant « toute personne témoin d'une situation non conforme à le lui signaler », la CCQ ne se retrouverait pas dans une période propice aux indulgences et elle pouvait difficilement pour se montrer clémente envers des peintres bénévoles qui, malgré la noblesse de leur geste, transgressaient aussi les lois.
Dans l'appréciation du risque, il est clair que le degré d'exposition au danger d'adultes exécutant durant quelques jours des tâches de peinture quand même pas si périlleuses aurait pu être pondéré. De toute évidence, il était moindre que celui de mezzanines non conformes qui étaient utilisées chaque jour par des enfants.
Pour qu'un tel discernement puisse être appliqué, objectivement et équitablement, encore faut-il des balises réfléchies et clairement définies. Or, ce n'est pas le cas. Ce type de bénévolat en milieu scolaire ne figure pas parmi les exclusions aux règles relevant de la CCQ.
Si on songeait à s'ouvrir à la pratique du coup de pinceau bon marché, faudrait-il l'encourager aussi dans les hôpitaux, dans les bâtiments municipaux, permettre au maire de retaper lui-même son bureau un bon samedi en échange d'un merci?
L'ouverture politique à revoir des règlements aussi complexes ne sert la plupart du temps que d'outil de dépannage pour contenir la colère, le temps qu'elle se dissipe. Ça explique aussi pourquoi les gardiens des règlements servent constamment de paratonnerre aux gouvernants.