Les informations ayant plongé le maire Bernard Sévigny dans la confusion sur le projet Well Inc. durant le débat organisé par La Tribune sont explicites dans un communiqué que la Ville a publié au début du mois.

Bourde monumentale

CHRONIQUE / Il ne restait que quelques minutes à la joute oratoire entre les candidats à la mairie réunis à La Tribune lorsque Bernard Sévigny s’est planté, et pas à peu près. Qui trop embrasse mal étreint.

Jusque-là, il s’en tirait pourtant plutôt bien. Alors que sa susceptibilité lui joue parfois des tours, là, il encaissait les reproches calmement en assumant ses choix.

« Les vols commerciaux à l’aéroport sont indispensables. Je le redis, c’est un outil de développement fondamental », a-t-il maintenu.

M. Sévigny ne s’est pas montré contrarié lorsque Steve Lussier, Denis Pellerin et Hélène Pigot ont tour à tour affirmé après lui que, pour eux, l’aventure de la desserte commerciale avait assez duré.

« La défunte compagnie Air Sherbrooke a laissé une dette de 50 000 $ à la Ville en visant à transporter sept passagers par jour, c’est l’équivalent du nombre de passagers pouvant prendre place dans une camionnette » a notamment lancé M. Pellerin.

Même cette pointe d’ironie n’a pas déstabilisé le chef du Renouveau sherbrookois, qui a eu droit à un moment de répit lorsque Mme Pigot et M. Lussier se sont crêpé le chignon avec l’objectif évident d’établir lequel des deux devait être perçu comme le sérieux rival du maire. Les visions de l’une et de l’autre sont tellement opposées qu’il est difficile de départager les gains de chacun.

Le maire Sévigny a essuyé une première rafale de critiques sur son projet fétiche Well Inc., dont les premières esquisses ne font pas l’unanimité.

« Je suis content que vous vous intéressiez au centre-ville, à la rue Wellington Sud, ça fait 40 ans qu’il n’y avait pas d’intérêt. Sur le plan architectural, le projet peut évoluer » a tenté de récupérer le maire Sévigny.

C’est à vouloir trop en mettre qu’il s’est empêtré.

« Vous ne comprenez pas que les 50 millions, c’est un projet privé piloté par un consortium. Y’a d’autres investisseurs privés qui se positionnent, c’est ça Well Inc. ! »

Comme il était prévu que l’équipe de La Tribune pouvait relancer, une précision a été demandée : ne faut-il pas soustraire des 50 millions du privé, la vingtaine de millions que la Ville aura à débourser pour racheter les stationnements?

« Les deux bâtiments, euh..  Ce qu’on m’a dit, c’est que le projet du consortium en est un de 50 millions. Est-ce que ça inclut les stationnements, euh... » a bredouillé le maire.

Une étonnante hésitation s’avérant une bourde monumentale dans un contexte électoral.

« Si vous ne le savez pas, qui devrait le savoir? » s’est élancé Denis Pellerin.

« Ça va pas bien, M. Sévigny, c’est votre plus gros projet... » s’est ensuite moqué Steve Lussier avant qu’Hélène Pigot en ajoute en exprimant le sentiment « de se faire passer un gros sapin ».

Seul le discret Patrick Tétreault n’a pas participé à la ruade, lui dont la participation a été minimale tout au long du débat.

Bernard Sévigny a quitté le journal préoccupé par les répercussions de ce trou de mémoire inopportun.

Le 2 octobre dernier, les membres du conseil municipal ont eu droit devant public au dévoilement du premier rapport d’étape du consortium formé du Fonds immobilier de solidarité de la FTQ, du Groupe Custeau Immobilier et de la compagnie
SherWeb. Il a été clairement indiqué que les investissements projetés de 50 M$ incluaient un stationnement à étages dont la capacité pourrait se situer entre 700 et 950 places.

Il en est d’ailleurs fait mention dans le communiqué de presse que les autorités municipales ont publié la même journée et que l’on retrouve dans la vitrine Well Inc. du site internet de la Ville.

Voici comment le PDG du Fonds de la FTQ, Normand Bélanger, présent ce soir-là à l’hôtel de ville, a résumé en entrevue avec journalistes les intentions de son groupe :

« Nous allons démolir et reconstruire un stationnement que nous allons revendre à la Ville, puis nous allons construire deux édifices à bureaux, l’un pour héberger les partenaires économiques de la Ville et l’autre répondre à des besoins de SherWeb dans lequel on retrouvera 60 unités de logement ».

La mairie a confirmé plus tard en journée que ces informations étaient exactes.

Comment tout cela a-t-il pu échapper au parrain politique qui a placé cet ambitieux projet de revitalisation au cœur de la campagne électorale de son parti? C’est difficile à croire, mais c’est vrai!