Le préfet de la MRC du Haut-Saint-François, Robert Roy, est allé s’enquérir du sort des aînés de la Résidence Sawyerville en écoutant les explications de son propriétaire Alain Parenteau.

Au nom de la vigilance

PERSPECTIVES / Sur la base des motifs invoqués pour révoquer la certification de la Résidence Sawyerville, je m’attendais à trouver des toilettes négligées, trop de cheveux accumulés dans les drains des bains ou de poussière dans les conduits de ventilation. Pas du tout.

« Les critères sociosanitaires en lien avec la sécurité des résidents » que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS juge toujours non conformes n’ont pas nécessairement à voir avec l’hygiène. La vétusté n’est pas davantage en cause dans ce bâtiment d’à peine 30 ans.

« Comme je n’ai soudoyé personne pour obtenir le 29 mai 2017 une certification qui devait être valide pour quatre ans, vous comprenez mon étonnement que mon établissement soit devenu un lieu où les personnes âgées ne seraient plus en sécurité », commente le propriétaire Alain Parenteau.

J’ai demandé à M. Parenteau s’il acceptait de me montrer sa correspondance avec les autorités qui viennent de lui tirer le tapis sous les pieds.

« Ce serait long, il y en a beaucoup. Malgré cela, on ne m’a jamais clairement dit quoi faire et comment le faire. J’avais un côté brouillon pour la rédaction des baux et, là-dessus, j’admets des erreurs. Mais rien qui puisse justifier dans une lettre les insinuations de maltraitance financière. Jamais! Au contraire, nous avons accommodé dans notre petit village pas mal de gens qui avaient de gros besoins et bien peu de moyens.

« La commissaire aux plaintes du CIUSSS m’a reproché de ne pas avoir produit de factures pour des services d’accompagnement payés afin d’accommoder des personnes relevant de la curatelle publique qui, elle, n’a jamais tiqué là-dessus. Certaines analyses bâclées ont répandu à notre sujet de l’information erronée dans le réseau de la santé », déplore Alain Parenteau.

Des prétentions que la directrice de la qualité, de l’éthique, de la performance et du partenariat du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Joanne Roberts, réfute.

« Sans entrer dans les fins détails, ce sont de multiples facteurs liés à la gestion ainsi qu’aux opérations qui ont soulevé des doutes, tant du côté de l’équipe de certification que de membres du personnel de soins. Nous supervisons 123 résidences pour personnes âgées. Certains cas ont été plus compliqués que d’autres, mais c’est le seul cas de révocation.

« Il n’y a pas de zèle ou d’acharnement. Nous n’en serions pas là aujourd’hui si le propriétaire n’avait pas ignoré l’avis de révocation lui ayant été signifié à la mi-octobre », affirme Mme Roberts.

Alain Parenteau avance une proposition pour épargner un déménagement forcé à ses 23 pensionnaires.

« Si c’est moi, le problème, je suis prêt à me tasser. J’accepte qu’un tiers s’installe aux commandes, si ça peut rassurer les autorités. Il n’y a aucune raison de pousser ces aînés à la porte », relance M. Parenteau.

« C’est un scénario qui n’avait jamais été évoqué jusqu’ici. Nous prendrons le temps de bien l’évaluer pour voir s’il peut réduire nos craintes face au bien-être des aînés. »

Le préfet de la MRC du Haut-Saint-François, Robert Roy, s’est pointé à la Résidence Sawyerville, mardi midi, pour offrir sa collaboration.

« Une pensionnaire anglophone que j’ai croisée à l’extérieur m’a raconté son bonheur de voir tomber de la neige à l’approche de Noël. Elle n’est pas du tout consciente de la menace. On n’a pas le droit de déraciner aussi brutalement des personnes heureuses. En vous disant cela, je pense à mon frère atteint d’une déficience intellectuelle. Il a une certaine autonomie dans son milieu de vie actuel, mais je sais aussi qu’il subirait un choc terrible s’il était envoyé ailleurs du jour au lendemain », ajoute M. Roy.

« Je ne cherche d’aucune façon à faire de la petite politique. Car, même si j’avais été choisi député, au début du mois d’octobre, je n’adresserais pas de blâmes à François Legault. J’admettrais que c’est une démarche qui avait été entreprise sous les libéraux », prend soin de préciser le candidat défait par le caquiste François Jacques dans la circonscription de Mégantic.

Honorable franchise.

Mais la joute politique étant ce qu’elle est, il se trouvera quelques libéraux siégeant dans l’opposition, à Québec, pour rappeler que la Coalition Avenir Québec a qualifié l’été dernier « d’éviction sauvage » le déménagement forcé et précipité des occupants de la résidence Treizième Nord, dans l’est de Sherbrooke ».

Première mission délicate pour la bienveillante Marguerite Blais, redevenue ministre.