Les élus sherbrookois se retrouvent davantage dans l'approche modérée du ministre Coiteux sur les référendums municipaux que dans l'abolition complète que Bernard Sévigny a réclamée comme président de l'UMQ.

À la va-comme-je-te-pousse

Placé sur la sellette et en contradiction avec son passé sur la question des référendums municipaux, Bernard Sévigny a sorti ses gants blancs, lundi soir, lors d'un atelier de travail sur le projet de loi proposant d'augmenter l'autonomie des villes.
Globalement, les intentions gouvernementales rallient tous les élus et une grande majorité des Sherbrookois est sûrement d'accord à ce que Québec cesse de jouer à la belle-mère en exigeant une reddition de comptes sur plusieurs aspects de la gestion municipale.
L'écueil, c'est la demande de l'UMQ d'abolir les référendums, une position tranchée que le maire Sévigny a présentée en commission parlementaire et défendue sur la place publique comme président de cette organisation.
Or, la position du ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, est beaucoup plus modérée.
« Quand je dis que j'ai un malaise avec ça, le gouvernement n'achète pas cette recommandation de l'UMQ et même nous, ne l'achetons pas. C'est un peu paradoxal, et à la limite incohérent, de reconnaître les municipalités comme des gouvernements de proximité sans permettre aux conseils municipaux de se prononcer avant de prendre une telle position », a déploré la conseillère Nicole Bergeron, qui préside le comité consultatif d'urbanisme.
« L'UMQ, ce n'est pas une secte. Ce n'est pas elle qui a écrit le projet de loi et je ne suis pas ministre. C'est le gouvernement qui a décidé de faire les choses de cette façon », a nuancé le maire Sévigny.
La discussion qui a duré plus de deux heures a été décousue, échevelée, sans aucun positionnement consensuel.
Tout le contraire de ce que le conseil municipal de Gatineau a choisi comme démarche en soumettant un mémoire étoffé dès le mois de février.
« Malgré ses défauts, le processus d'approbation référendaire a pour avantage d'obliger les promoteurs à consulter la population en amont, à travailler avec les autorités municipales et à s'adapter aux besoins de la communauté plutôt que d'imposer un projet qui ne correspond pas aux aspirations de toutes et de tous », ont notamment statué les élus de la capitale de l'Outaouais sur la question référendaire.
Ces derniers croient qu'un élargissement des bassins des personnes habiles à voter serait adéquat pour soustraire les villes à l'opposition systématique d'un trop petit nombre de citoyens du voisinage lorsqu'un projet est contesté.
Alors que le maire de Sherbrooke s'est contenté d'informer ses collègues que la ville pourrait hériter du pouvoir de taxer les places de stationnement, le conseil municipal de Gatineau a déjà pris position en faveur de la mesure.
« Cela pourrait rapporter 2,7 M$ par année, somme que le conseil municipal voudrait affecter au financement du transport collectif », lit-on dans le mémoire.
Les élus de Gatineau déclarent également leur intention de se prévaloir du pouvoir élargi de majorer la contribution de 30 $ que la Société de l'assurance automobile facture aux propriétaires de véhicules lors du renouvellement des droits d'immatriculation.
Ce montant n'a pas été révisé depuis 1992 et chaque tranche de 10 $ d'augmentation hausserait les revenus municipaux de 1,5 M$ à Gatineau, source additionnelle de financement qui est présentée comme un moyen de réduire la pression croissante du transport en commun sur l'impôt foncier.
Alors que la position des élus de Gatineau au regard du projet de loi 122 est campée, chiffrée et clairement exprimée, deux mois plus tard, la soirée d'hier a fait ressortir à Sherbrooke une approche à la va-comme-je-te-pousse.
Une attitude passive contrastant avec l'énergie que l'administration Sévigny a déployée pour réclamer des moyens législatifs pour s'attaquer aux déficits des caisses de retraite. Les élus sherbrookois avaient mené cette cabale de manière insistante, jusqu'à la présentation d'un mémoire à l'Assemblée nationale.
Ça nous donne des résultats pour le moins incongrus alors que les élus sherbrookois trouvent le réconfort dans le discours gouvernemental.
« Je suis moins à l'aise avec la position de l'UMQ d'abolir les référendums. Le projet de loi est pour moi un bon compromis », a affirmé le conseiller indépendant Rémi Demers.
« C'est plus rassurant de savoir que nous aurons toujours le choix de créer ou pas des zones de qualification », a également relevé la conseillère Nicole Gagnon, qui est membre du parti du maire.
Même Bernard Sévigny semble vouloir dissiper aujourd'hui des craintes soulevées par l'UMQ avec les garanties ministérielles.
« Y'a eu une large couverture médiatique, plusieurs positions ont été prises et, ne vous en faites pas, le ministre lit les revues de presse », a-t-il assuré.
Merci, M. Coiteux, de veiller sur nos intérêts!