Luc Larochelle

La pression pour rendre une justice vigilante

La tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic ayant causé la mort de 47 personnes a été décortiquée par de nombreux experts, dont ceux du Bureau de la sécurité des transports du Canada. Les compagnies mises en cause ont réglé le volet civil en convenant d’arrangements financiers pour réparer une partie des ravages causés à cette communauté.

Restait le volet criminel. Si le train avait été poussé par gravité sur le centre-ville à plus de 100 km/h sans que ne se produise préalablement une série de pépins techniques, le verdict populaire serait tombé dès les premiers jours suivant cette dévastation.

Le conducteur Tom Harding aurait dès lors été montré du doigt comme principal responsable et, dans un tel contexte, ces reproches l’auraient suivi jusqu’au jour de son procès. Cela aurait augmenté les probabilités que son comportement soit interprété par un jury comme « une insouciance déréglée ou téméraire à l’égard de la vie ou de la sécurité d’autrui », qui correspond selon nos lois à une négligence criminelle ayant causé la mort.

Les faits étaient fort différents et après avoir entendu le juge Gaétan Dumas dire durant le procès « qu’il était conscient de la faiblesse de la preuve », les verdicts de non-culpabilité rendus pour le conducteur et deux de ses supérieurs immédiats, Jean Demaître et Richard Labrie, ne sont ni étonnants ni choquants.

Ils traduisent les nuances que la population de Lac-Mégantic a été capable de faire, même après avoir vécu l’effroi, le désarroi et la colère.

Car, il est vite apparu que les raccourcis empruntés par ces trois employés de la Montreal Maine & Atlantic lors du vendredi noir étaient ceux d’une compagnie de broche à foin et d’une industrie plus soucieuse de la rentabilité du pétrole circulant sur les rails que de la vétusté des équipements ou des pratiques d’exploitation sécuritaires.

À ces « coupables par omission », ajoutons les bureaucrates fédéraux qui avaient perdu le sens des responsabilités et se contentant d’un rôle de passager dans l’exercice de leur devoir de vigilance. Et au-dessus d’eux, les décideurs politiques ayant souffert d’aveuglement volontaire pour des considérations budgétaires et parce que les seuls dollars qui comptent pour eux sont ceux qui font rouler l’économie.

Si l’issue du procès était aussi prévisible, pourquoi les délibérations ont-elles été aussi longues et aussi ardues?
Il est facile d’être juge dans un rôle de spectateur, mais c’est une énorme responsabilité que d’éviter de prendre soi-même des raccourcis lorsqu’on se voit confier le rôle de gardien de notre système judiciaire.

Je l’ai vu cette semaine dans le visage d’un juré, qui est l’un des Boys de notre ligue de hockey du vendredi après-midi à Coaticook. Ses traits tirés témoignaient d’une évidente fatigue physique et mentale.

Durant la portion du procès ayant chevauché notre calendrier sportif, l’automne dernier, j’entrais dans le vestiaire en arrivant du journal, d’autres coéquipiers de leur commerce ou de leurs champs. Il débarquait, lui, du palais de justice.

Par curiosité, nous lui demandions de temps à autre comment il vivait l’expérience. En laçant ses patins, il racontait que c’était une méchante différence avec son job de travailleur d’usine. Le moment de sauter sur la glace, pour évacuer la semaine qui venait de se terminer, coupait court à nos conversations.

Nous nous retrouverons bientôt dans ce même contexte sportif, mais jamais je n’essaierai de l’amener à briser son serment de confidentialité pour tenter de lui soutirer quelques bribes d’information sur les points de divergence. Par respect pour lui et pour le rôle crucial que les autres jurés et lui viennent de jouer.  

Même si nos regards ne se sont jamais croisés cette semaine dans la salle d’audience, je me suis vu pour un instant du même côté que lui, dans leur groupe divisé par des questions fondamentales comme : l’insouciance généralisée nous dispense-t-elle de nos responsabilités individuelles et où traçons-nous les lignes de la tolérance et de la confiance?

Exercer une justice responsable et vigilante était pas mal plus compliqué qu’on pense.

#Et maintenant, Lac-Mégantic

La mobilisation derrière les femmes ayant été victimes d’abus sexuels ne doit pas se limiter qu’à recenser les signalements à la police ou les cas rapportés via la campagne #MoiAussi lancée sur Twitter, ont lancé comme second cri de ralliement les instigatrices du mouvement #Et maintenant.

De la même façon, la résilience et la patience dont les citoyens de Lac-Mégantic ont su faire preuve méritent une relance soutenue des pressions publiques et politiques afin qu’on puisse leur garantir la sécurité qu’ils n’ont toujours pas.                                
« Ce n’est pas une défaillance qui produit la catastrophe, mais les systèmes qui transforment le caractère proprement humain de l’erreur en d’incompréhensibles puissances de destruction ».

Cette constatation d’un sociologue allemand, Ulrich Beck, auteur du livre La Société du risque, est en préambule de la thèse de maîtrise qu’un étudiant en management public de l’Université de Sherbrooke a défendue le mois dernier après des recherches fouillées et de multiples entrevues sur la tragédie de Lac-Mégantic.

« Je n’ai entendu personne m’exprimer le souhait qu’un ou des employés de la MMA soient condamnés. Il était clair pour tout le monde qu’ils n’étaient que des boucs émissaires », a commenté l’auteur de cette réflexion fouillée, Jonathan Thiffault.
Je vous le ferai découvrir la semaine prochaine, alors qu’il partagera ses constats avec nous.

Perspectives

Des barbelés devant l’hôtel de ville

CHRONIQUE / Pour mieux connaître notre nouveau maire Steve Lussier, je l’ai questionné sur ses goûts culinaires : préférez-vous la tarte chaude ou servie à la température de la pièce?

« Y’a rien pour battre une bonne tarte réchauffée », m’a-t-il répondu avant d’ajouter un peu perplexe, « pourrais-je savoir en quoi cela vous intéresse... »

Simple analogie avec le dossier Well Inc., Monsieur le Maire, étant donné que votre promesse de transparence a fondu aussi vite qu’une boule de crème glacée sur un morceau de tarte aux pommes sortant du four.

« Pas vrai, j’ai pris l’engagement d’être transparent, je m’emploie à l’être depuis mon élection et je vais le rester », a-t-il protesté.

Si c’est votre échelle du changement, pas besoin de s’équiper d’un ruban à mesurer.

Je ne suis pas parmi les 462 citoyens ayant signé le registre pour exiger la tenue d’un référendum sur le règlement d’emprunt de 26 millions $ que l’administration Lussier s’est donné pour se placer en position de négocier la meilleure entente possible les investisseurs privés qui pourraient devenir la bougie d’allumage de la revitalisation de la rue Wellington Sud.

Les échéanciers sont serrés et comme je suis familier avec la trésorerie municipale, je comprends que les fonds disponibles ne seront pas pour autant dépensés. De la même façon, les emprunts pour un boulevard ne servent pas à payer l’asphalte le lendemain.

Par contre, notre maire recrue ne peut aucunement prétendre qu’il a fait davantage que ses prédécesseurs pour guider le citoyen de la rue — comme celui qu’il était il y a à peine six mois — dans le labyrinthe réglementaire que le gouvernement provincial a remanié au cours de la dernière année.

Fier d’avoir été en novembre le premier maire que les Sherbrookois peuvent voir en direct de leur foyer durant les séances publiques du conseil municipal, M. Lussier a échappé le ballon dès le mois suivant. La séance spéciale au cours de laquelle le règlement d’emprunt de 26 M$ pour Well inc. a été voté, le 21 décembre, n’a pas été filmée.

« Comme cette séance ne visait qu’à entériner une intention communiquée lors de l’assemblée précédente et qu’elle n’a duré qu’une quinzaine de minutes, nous avons fait le choix de ne pas l’offrir en webdiffusion pour une raison de coûts », m’a-t-on fait savoir dans l’appareil municipal.

« Vous me l’apprenez, je ne savais pas. Ni la décision ni les motifs. Je verrai à clarifier nos pratiques », s’est défendu à ce sujet le maire Lussier.

C’était pourtant là une opportunité pour lui de marquer ses différences. S’il avait expliqué devant les caméras son choix de procéder de la sorte plutôt que d’appliquer le moratoire lui ayant attiré plusieurs votes, s’il avait dès lors lui-même dévoilé les dates de signature du registre, il aurait du coup envoyé le message qu’il n’est pas partisan de la démocratie inversée. La documentation qu’il nous promet pour lundi et les séances de consultation à venir n’auraient-elles pas dû, en toute logique, précéder la période d’inscription au registre qui offre une prise légale aux citoyens?

Ça viendra peut-être un jour, mais M. Lussier n’a modifié aucune des habitudes du passé.

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Du gardien de la transparence, passons à nos gardiens de prison. À nos vétérans de la politique municipale qui ont refusé de suivre l’ex-maire Bernard Sévigny et les revendications qu’il a défendues comme président de l’Union des municipalités du Québec en faveur de l’abolition des référendums municipaux.

Reculons d’une année, alors que l’actuelle présidente du comité exécutif, Nicole Bergeron, était responsable de l’urbanisme à l’étape critique de l’adoption du nouveau plan de zonage. Il aurait fallu la signature de 3245 personnes lors du registre ouvert en avril 2017 pour lancer la ville en référendum sur ce nouveau plan d’urbanisme comme cela avait été le cas en 2007. La version améliorée a cependant passé le test haut la main avec seulement 55 requérants.

Peu de temps après, la conseillère Bergeron de même que ses voisins de district Annie Godbout et Julien Lachance ont appuyé une résolution de leur collègue Marc Denault réclamant officiellement le maintien du pouvoir référendaire des Sherbrookois.

Rémi Demers, Danielle Berthold et Chantal L’Espérance sont d’autres conseillers réélus en novembre à voir tenu de semblables propos. Tout cela pour dire que 9 des 14 membres du présent conseil municipal ont vécu les tiraillements politiques à ce sujet.

C’est en se référant à l’article 553 de cette loi adoptée l’an dernier par Québec afin de renforcer l’autonomie des municipalités qu’il a été établi que 8702 signatures étaient nécessaires pour forcer la tenue d’un référendum sur le présent règlement d’emprunt à Sherbrooke. Comme d’autres avant moi l’ont calculé, pour atteindre ce nombre, il aurait fallu un rythme soutenu de 174 personnes par heure en un seul lieu (l’hôtel de ville) pendant cinq jours. Ce n’est plus une barrière de contrôle, c’est une grille avec des barbelés!

Depuis quand connaissons-nous et appliquons-nous à Sherbrooke ces nouvelles règles?

Le projet de loi avait été présenté aux élus en atelier de travail avant le débat public ayant eu lieu au début du mois de juin et ces balises légales équivalant pratiquement à des menottes sont appliquées depuis le 16 juin 2017.

La fin de l’été, les premiers mois de l’automne, la campagne électorale, la mise en place du nouveau conseil de même que la période des fêtes ont passé sans qu’un de nos valeureux protecteurs ne dise mot. Pour protester ou à tout le moins pour nous informer que Québec avait rendu les référendums municipaux pratiquement inatteignables. Pas vrai, j’ai entendu la conseillère Bergeron réprimander cette semaine deux des nouveaux venus du conseil, Pierre Avard et Pierre Tremblay, qui ont eu la perspicacité de questionner les nouvelles règles!

Nous n’avons plus de maire chef de parti à qui faire porter l’odieux. Il ne reste que deux conseillers associés une formation politique et tous les autres élus, incluant le nouveau leader Steve Lussier, sont indépendants. Notre démocratie est-elle protégée pour autant?

Au lieu de la ligne de parti, il y a la ligne de conduite individuelle de feindre de ne pas savoir, de ne pas dire ou de refuser d’admettre que les citoyens de Sherbrooke et ceux des autres villes ont été dupés à cause du silence ou de l’insouciance de leurs représentants.

Perspectives

Autopsie d’un départ obscur

CHRONIQUE / L’ex-directeur général de Commerce Sherbrooke, Gilles Marcoux, est rentré au travail comme d’habitude lundi et a été informé en cours de journée que ses services n’étaient plus requis. Il a été renvoyé à la maison avec un contrat valide jusqu’au 30 mars prochain, qui devra être honoré en lui versant sa pleine rémunération.

Un départ mystérieux et précipité alimentant toutes sortes de supputations, dont celles d’un abus d’autorité ou d’un geste inapproprié commandant une sanction immédiate et sans appel. À la vitesse où pleuvent les bombes artistiques et politiques dans ce rayon, difficile d’y échapper. Or, c’est la première clarification importante à apporter : rien de tel n’est en cause.

Que s’est-il donc passé pour que celui qui était chargé de la criée du développement au centre-ville depuis 1999 se fasse couper le sifflet aussi brusquement?

Des différends auraient dégénéré en relations conflictuelles, davantage dans les rapports entre l’ex-dg et des membres du conseil d’administration qu’avec son personnel. L’un des désaccords a été causé par des arrérages de congés cumulés qui n’avaient pas nécessairement été convenus et que le vérificateur général de la Ville a soulevé le printemps dernier. En demandant que sa portion lui soit payée, l’ex-dg aurait créé un froid qui a dégénéré.

Il manque trop d’information pour se poser en arbitre. Par contre, les circonstances sont tout aussi douteuses que la décision elle-même.

Au même titre que ceux de la Société de transport de Sherbrooke, de Sherbrooke Innopole ou de Destination Sherbrooke, les administrateurs de Commerce Sherbrooke ont les pleins pouvoirs de remplacer un gestionnaire de premier rang. La particularité est que Gilles Marcoux a été nommé en novembre 2016 au sein de « l’équipe agile et intégrée » que l’ex-maire Bernard Sévigny a proposée pour lancer Well inc., le projet phare de sa cabale électorale.

Le feu a pris de l’ampleur d’un mois à l’autre à Commerce Sherbrooke, raconte-t-on. Malgré cela, le président Louisda Brochu n’a pas appelé au vote pour trancher la question pendant l’été ni au début de l’automne.

Son collègue du Renouveau sherbrookois Serge Paquin, qui connaissait mieux que quiconque Gilles Marcoux pour avoir travaillé avec lui sur plusieurs dossiers comme représentant du centre-ville, n’en aurait pas manifesté le désir non plus. M. Paquin est aujourd’hui muet sur la question.

Certains administrateurs de Commerce Sherbrooke ont cru que l’abcès serait crevé lors de l’assemblée du 19 septembre, à laquelle 11 administrateurs non élus ont participé, en plus de trois délégués municipaux (la troisième étant Annie Godbout). Le procès-verbal décrit cette réunion comme une soirée de bilan, vécue dans une atmosphère détendue et positive. Le président Brochu et le vétéran Paquin vivaient leurs derniers moments autour de cette table, comme futur retraité de la politique.

Ces deux collaborateurs de Bernard Sévigny auraient donné une jambette à leur chef en glissant le tapis sous les pieds de Gilles Marcoux en plein blitz électoral. Qu’eux n’aient pas voulu le faire, je peux le comprendre, mais pourquoi pas les autres?

Le 2 octobre dernier, M. Marcoux est l’un des trois membres de l’équipe de coordination de Well inc. à avoir livré des résultats très positifs du démarchage d’affaires et des maillages institutionnels au cours de la première année de mise en œuvre de ce projet de revitalisation. Il n’a pas plané l’ombre d’un doute sur son travail ce soir-là à l’hôtel de ville.

Le ressac à l’interne aurait poussé les membres de l’exécutif de Commerce Sherbrooke à jongler avec l’idée de convoquer une assemblée spéciale pour démettre M. Marcoux de ses fonctions sans attendre le vote du 5 novembre. Un haut fonctionnaire de la Ville les en aurait dissuadés.

Le lynchage a eu lieu deux jours après l’élection, alors que le nouveau maire Steve Lussier n’avait même pas encore pris possession de son bureau. Qu’est-ce qui pressait tant?

« Je n’étais pas là, mais vous en aurez possiblement une meilleure idée en prenant connaissance du procès-verbal de cette réunion. Ce compte-rendu doit cependant être entériné par les participants avant qu’on puisse le rendre public et cela ne se fera que le mois prochain », répond le conseiller Rémi Demers, qui a hérité depuis de la présidence de Commerce Sherbrooke.

Seulement sept administrateurs non élus ont pris part au vote. Dépouillé de tout pouvoir depuis l’élection, l’ex-président Brochu a assisté à la réunion avec le statut d’invité.

Ne trouvez-vous pas cette façon de faire bizarre, assez obscure même?

« Je n’ai pas formellement émis d’avis, mais j’ai été préalablement informé de la décision qui s’en venait et je n’ai aucune raison de douter du jugement des gens qui l’ont prise », cautionne pour le moment le maire Lussier.

Alors, ça veut dire qu’outre la correspondance de la Commission municipale du Québec, le courage d’administrateurs se réclamant libres d’esprit et détachés de toute influence politique ne s’est pas rendu à destination avant l’élection.

Si le problème est aussi gros qu’on le prétend aujourd’hui, évidemment...

Perspectives

Et si les stationnements restaient au privé?

CHRONIQUE / La retransmission intégrale d’une séance du conseil municipal, une première à Sherbrooke, a donné lieu lundi soir à un moment savoureux. Après l’assemblée, avec une fierté et une satisfaction qu’il n’a aucunement cherché à contenir, le nouveau maire Steve Lussier s’est candidement mis à applaudir.

Était-ce de « l’autocongratulation »?

« J’étais simplement heureux de la façon dont cette première soirée s’était déroulée et j’applaudissais les citoyens qui venaient de la vivre avec nous et qui quittaient l’hôtel de ville. »

Emmagasinez ces heureux souvenirs, monsieur le maire, car sans vouloir péter votre baloune, les quatre prochaines années vous feront vivre plus d’assemblées houleuses que de soirées qui se termineront ainsi dans l’exultation!

J’ai sollicité un entretien avec M. Lussier pour savoir s’il avait élargi comme promis le cercle des participants au projet Well inc. pour que s’exerce le jeu de la concurrence dont il était l’ardent défenseur durant la campagne électorale.

« Non, je n’ai pas encore appelé personne. Je veux faire les choses de manière ordonnée en rencontrant d’abord le président du Fonds immobilier de solidarité de la FTQ ainsi que les représentants des deux entreprises sherbrookoises également membres du consortium. Je vous assure que nous n’avancerons pas à l’aveuglette. »

Que la Ville paie pour démolir le stationnement étagé du Dépôt, qui est en fin de vie et qui est appelé à devenir une partie du socle de nouveaux immeubles, cela va de soi. Qu’elle assume une partie des coûts de reconstruction d’infrastructures plus volumineuses, qui permettraient d’offrir jusqu’à 950 cases dans ce secteur du centre-ville, tombe également sous le sens commun.

Mais pourquoi faudrait-il que les contribuables sherbrookois déboursent une vingtaine de millions de dollars afin que la Ville prenne entièrement à sa charge le nouveau parc de stationnement de Well inc.?

La pratique courante est celle de la municipalisation à Sherbrooke. La Ville retire annuellement des revenus de l’ordre de 1,8 M$ des 1975 cases de stationnement qui sont tarifées. Les permis mensuels coûtent entre 440 $ et 695 $. ll est admis des autorités municipales que les opérations sont déficitaires, mais cette gestion est considérée comme un service essentiel.

Dans d’autres grandes villes, des stationnements rattachés à des édifices à bureaux demeurent toutefois la propriété d’exploitants privés, qui en maximisent l’utilisation avec une offre publique avec une tarification concurrentielle.

« Ouais, je sais. J’entends demander des précisons là-dessus aux membres du consortium », affirme le maire Lussier.

Joueur important dans l’immobilier au Québec et propriétaires de plusieurs immeubles à Sherbrooke, la compagnie Olymbec est l’un de ces propriétaires exploitants.

« Si on nous offrait l’opportunité de présenter une offre pour Well inc., nous évaluerions sûrement les modèles que nous avons à Québec ou Trois-Rivières, où nous opérons les stationnements, avec la responsabilité d’en assurer un entretien adéquat. Après avoir entendu les propos de M. Lussier, je m’attendais à ce que notre téléphone sonne dès son arrivée à la mairie. Ça n’a pas été le cas », indique le directeur régional d’Olymbec, Robert Drouin.

Le maire Lussier assure qu’il n’a pas changé d’avis.

« Croyez-moi, une fois que j’aurai le topo, je m’assurerai d’inclure le maximum de participants pour faire de Well inc. une réussite. Je répète que je suis à la recherche des meilleures propositions et j’emprunterai tous les chemins nécessaires pour les trouver. »

Construits il y a une trentaine d’années sur le quadrilatère Marquette, l’immeuble à bureaux du 455 King Ouest, l’édifice Raynald-Fréchette (palais de justice) ainsi que la Bibliothèque municipale Éva-Senécal ont des aires de stationnement distinctes qui sont pour la plupart sous gestion privée.

Les prix des espaces locatifs, généralement négociés en calculant les besoins de stationnement, de même que les revenus complémentaires d’un usage public seraient-ils assez élevés pour convaincre des investisseurs privés d’opérer des stationnements à l’intérieur du périmètre de Well inc.?

Ça reste à démontrer. Mais qu’Olymbec s’avance le nez pour le proposer augmente la pression sur le maire Lussier pour réduire les investissements municipaux sans compromettre le démarrage du projet.

Qui siégera à Sherbrooke Innopole?

Lors des nominations confirmées lundi dernier, il n’a pas été question du ou des représentants municipaux qui siégeront au conseil d’administration de Sherbrooke Innopole. Les élus plient-ils bagage pour respecter la demande d’administrateurs s’étant plaints de tiraillements politiques au cours des dernières années?

« Non, je siégerai à Sherbrooke Innopole. Au début, j’irai seul, mais je n’ai pris aucun engagement de me limiter à un seul représentant du conseil », répond à ce sujet le maire Lussier.

Le conseiller Claude Charron a d’ores et déjà été désigné comme autre mandataire.

Perspectives

Le beurre et l’argent du beurre

CHRONIQUE / La cadette du nouveau conseil municipal de Sherbrooke, Évelyne Beaudin, a essuyé de sévères remontrances après avoir manifesté le désir de sa formation de se constituer un cabinet politique avec des fonds municipaux. La somme de 330 000 $ réclamée pour épauler une seule conseillère du parti Sherbrooke Citoyen a été décriée par d’autres élus, dont le maire Steve Lussier.

La requérante n’a pas attendu que l’indignation se répande dans toute la ville, après avoir défendu lundi soir le bien-fondé de la démarche, Mme Beaudin a offert quelques heures plus tard de partager « plus de la moitié de son budget avec les autres conseillers et conseillères qui sont désavantagés par la loi ».

Pour cerner les enjeux de ce débat, il faut reculer dans le temps. Les services administratifs à la mairie de Sherbrooke ont été assurés par des employés municipaux permanents jusqu’en 2005. La Ville a alors dû s’adapter aux exigences provinciales en détachant du budget général des sommes dont les ex-maires Jean Perrault et Bernard Sévigny sont devenus répondants pour former leur équipe.

M. Sévigny a payé son personnel politique l’an dernier en puisant 550 000 $ dans une enveloppe spécifique d’un peu plus de 1 M$ que la Ville doit rendre disponible. Celle-ci n’est accessible qu’au maire et aux partis politiques. Comme le maire défait aux élections du 5 novembre avait été le seul à porter aussi le chapeau de chef de parti, le mode de partage n’a pas été soulevé avant aujourd’hui.

Si le Renouveau sherbrookois avait manifesté le désir de se former lui aussi un cabinet, la part garantie au nouveau maire Lussier aurait d’office été plafonnée à 50 %. L’autre demi-million serait allé aux deux partis éligibles, au prorata des voix obtenues lors du scrutin. Cette formule aurait procuré un léger avantage aux troupes de M. Sévigny, qui ont récolté 26 % des votes contre 21 % pour Sherbrooke Citoyen. La part de cette formation aurait alors chuté à moins de 250 000 $.

Il ne faut pas confondre cette première allocation de fonds publics avec le budget individuel de recherche (12 000 $ l’an dernier) auquel tous les conseillers municipaux ont eu droit l’an dernier. Il en sera de même cette année.

Une troisième ponction sera effectuée dans les coffres municipaux lorsque la trésorerie recevra les factures payables aux partis pour la contribution des Sherbrookois à « l’assainissement des mœurs politiques ». Une obligation que le gouvernement de Pauline Marois a fixée aux villes en 2013.

« Il faut rappeler le contexte dans lequel cela a été fait. Les maires de Laval, Mascouche et Saint-Rémi étaient soupçonnés de malversations qui éclaboussaient tout le monde municipal. Il fallait préserver la confiance des électeurs et l’une des façons d’y parvenir était de suivre le modèle de financement public instauré au provincial. Même si nous n’avons été au pouvoir que 18 mois, nous avons agi. Les libéraux ne l’auraient probablement jamais fait », rappelle sans le moindre regret l’ex-ministre péquiste Sylvain Gaudreault, qui a parrainé cette loi.

Les sommes dues sont actuellement calculées par le Directeur général des élections du Québec sur des bases complexes. Les élus indépendants n’auront pas accès à cet argent et, à Sherbrooke comme ailleurs, certains s’en plaignent.

« Rien ne m’indique dans les résultats des dernières élections municipales qu’il y a des dommages collatéraux et qu’il s’agit d’une mesure discriminatoire favorisant les partis au détriment des candidats indépendants. À Saguenay, seulement 4 des 15 représentants de districts sont membres d’un parti. À Sherbrooke, la proportion d’indépendants n’a pas chuté non plus, elle a augmenté », répond à ce sujet le député de Jonquière.

M. Gaudreault ne cache toutefois pas que la formule de financement bonifiant chaque vote accordé à un parti est un moyen de contribuer à l’émergence de nouvelles formations politiques comme Sherbrooke Citoyen.

« Il faut effectivement voir cela comme une incitation à la relève. C’est une façon de stimuler et de soutenir la diversité des choix afin d’augmenter la vitalité de notre démocratie », rappelle M. Gaudreault.

Avant de crier au scandale parce qu’un parti municipal se voir offrir une somme appréciable pour un seul élu, retournons à la multitude de rapports fédéraux et provinciaux nous pressant de sortir du bipartisme et de la redondance des gouvernements en alternance.  

La représentation proportionnelle appliquée dans des pays européens favorise les alliances, l’émergence de nouvelles idées et récompense le progrès avec de l’argent, pas seulement les victoires. Ce modernisme est réclamé avec insistance et impatience à Québec comme à Ottawa. On ne va tout de même pas se plaindre qu’il se pointe le bout du nez à Sherbrooke!

Perspectives

Le bail que Québec doit honorer

CHRONIQUE / Si les informations entendues ça et là sont confirmées en cours de journée par le ministre des Finances, Carlos Leitao, les deux tiers des Québécois qui paient des impôts recevront chacun 200 $ tandis que l’autre tiers des citoyens (37 % pour être plus précis) ne trouvera rien sous le sapin de Noël.

Ces cadeaux passeront sous le nez des moins bien nantis, tout comme l’autre réduction d’impôt de 55 $ annoncée dans le budget du mois de mai. Le crédit personnel de base sera bonifié dans la déclaration de revenus 2017.

L’équivalent d’un café par semaine pour récompenser le brave n’ayant pas perdu courage dans les chemins de halage de l’austérité, sans même un bouillon de poulet pour réchauffer les cœurs de celles et ceux qui passeront l’hiver dans des logements mal isolés. Ça viendra peut-être plus tard...

Par équité, il le faut! Les compressions ayant sorti le Québec des ornières des déficits budgétaires ont été appliquées dans tous les programmes. Elles ont frappé tous les Québécois.

J’ai de la difficulté à apprécier le remboursement de cette petite monnaie pour un bien paraître politique alors qu’une patiente de 88 ans a été privée du service élémentaire de l’aide à l’habillement durant le week-end dernier au pavillon Argyll.

Thérèse Jacques a ainsi été clouée à son lit durant 36 heures. Malgré sa déception et son irritation, l’octogénaire a fait preuve de courage en se confiant à des collègues de Radio-Canada Estrie.

« Nous ne sommes pas confortables avec ce qui s’est produit. Un employé a prévenu tardivement qu’il ne pouvait se présenter à son quart de travail, samedi matin, tandis qu’un autre a été renvoyé à la maison parce qu’il avait des symptômes de gastro. En déficit de personnel, les services devant être temporairement suspendus sont déterminés dans un plan de contingence », met en contexte une porte-parole de l’institution Annie-Andrée Émond.

« Ce n’est pas le seul cas. Ça dure depuis le printemps », réagit la présidente du comité des résidents du pavillon Argyll, Claire Mercier, qui corrobore ainsi les prétentions de Mme Jacques.  

« Pour la première fois, on m’invite à participer à des discussions en m’envoyant le signal que la direction se lance à la recherche de solutions durables. Des citoyens pensent que tous les services sont dispensés gratuitement dans un CHSLD public. C’est loin d’être le cas. Des patients déboursent des sommes appréciables. La situation commande de pousser les choses de manière à ce que la situation s’améliore rapidement », ajoute Mme Mercier.

Pour clarifier les obligations des institutions et rendre l’État québécois imputable, le Conseil pour la protection des malades réclame depuis des années déjà que le Québec se dote d’une loi sur les soins de longue durée. Un signe de respect et une garantie de services que l’Ontario offre à ses aînés depuis 10 ans.

« À cette même époque, le Québec s’orientait dans cette voie. C’est clair dans les énoncés d’intentions que Philippe Couillard formulait comme répondant de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest, en 2004. Comme cette revendication semble dépourvue d’intérêt pour le ministre Gaétan Barrette, il serait bien que son patron replonge dans ses lectures » soulève son président Paul Brunet.

Le ministre Barrette juge avoir suffisamment donné la réplique à M. Brunet sur cette question et considère que les réductions de services dénoncées relèvent strictement des autorités régionales.

« Encore au pavillon Argyll et, une fois de plus, avec des explications assez superficielles! Il me semble que ça devrait sonner des cloches à Québec », réagit l’avocat spécialisé dans le domaine de la santé, Me Jean-Pierre Ménard, qui a sévèrement dénoncé le manque de transparence du CIUSSS de l’Estrie — CHUS, à la suite d’une altercation ayant entraîné la mort d’un patient en octobre 2016.

Le ministre Barrette aurait-il réagi plus promptement si ce type de dénonciation avait visé une résidence privée?

« Les inspecteurs seraient débarqués rapidement. Nos premières explications, par contre, c’est à nos clients qu’il aurait fallu les fournir, car les baux nous fixent des obligations légales », répond le président du Regroupement des résidences pour aînés, Yves Desjardins.

« L’article 5 de la Loi sur les services de santé et de services sociaux oblige le gouvernement à rendre des services adéquats sur les plans à la fois scientifique, humain et social, avec continuité et de façon personnalisée et sécuritaire. »

« Cet autre cas à Sherbrooke est aux limites de la maltraitance. Les patients ou leurs proches peuvent demander à voir le Plan d’intervention que les CHSLD doivent produire. Dans ces plans, l’objectif, la nature ainsi que la récurrence des soins sont précis. » ajoute l’avocat Ménard.

Le site vosdroitsensante.com est une bonne façon d’élargir ses connaissances.

Perspectives

L’unicité va enterrer l’uniformité

CHRONIQUE / Le bon sens va triompher. Le Québec fera du mont Hereford un symbole de fierté plutôt qu’un martyr de l’uniformité avec des pylônes.

Je n’en ai plus le moindre doute après avoir entendu le premier ministre Philippe Couillard, à Richmond, où il s’est décrit comme « l’allié » des partisans de l’enfouissement de la future ligne d’exportation vers le New Hampshire, sur la portion qui doit traverser le massif montagneux que l’Estrie et le Québec ont reçus en héritage de l’Américain Neil Tillotson.

« Moi j’entends très bien ce que la population dit et je vois également les aspects particuliers de cette ligne-là. Tout le monde voudrait enfouir des fils partout au Québec, mais ça c’est une ligne qui est entièrement dédiée à l’exportation et en plus, elle a un caractère patrimonial particulier », a ajouté le premier ministre.

Le chef libéral s’était présenté en défenseur de l’uniformité lors d’une table éditoriale à La Tribune en décembre dernier.

« L’enfouissement engendre des coûts énormes qui se répercuteraient sur les factures d’électricité et moi, j’ai pris l’engagement qu’on maintiendrait l’augmentation des tarifs à l’inflation. C’est ce que l’on fait et je veux que ça reste comme ça », avait-il alors priorisé.

M. Couillard n’est pas revenu sur cet aspect, mais il n’a pas semblé inquiet d’avoir à annoncer à l’ensemble des Québécois qu’il devrait rompre sa promesse en imposant une ligne souterraine qui coûterait 60 M$ de plus à Hydro-Québec.

Rappelons que les investissements requis en sol québécois pour ce projet ont été chiffrés à 618 M$ par Hydro-Québec, qui prévoit récupérer la totalité de ses investissements en moins de 15 ans. Les coûts d’enfouissement allongeraient la période d’amortissement d’à peine deux ans sur une durée de vie estimée à 40 ans.

« Les propos de M. Couillard correspondent à ce que j’entendais autour de la table du conseil des ministres. Quand un premier ministre se déclare publiquement votre allié, les intentions sont claires », se réjouit le ministre responsable de l’Estrie, Luc Fortin, qui défend cette avenue depuis des mois en compagnie du député de Saint-François, Guy Hardy.

Hydro-Québec aurait soumis des plans actualisés au ministère de l’Environnement qui vont dans ce sens.

« Je ne peux vous fournir de précisions à ce sujet, mais oui, nous restons en mode solution » se limite à dire le porte-parole de la société d’État, Serge Abergel.

Autre bonne nouvelle, le risque de division entre les groupes environnementaux, qui aurait éventuellement pu servir de prétexte à Hydro-Québec pour se soustraire à l’enfouissement, est écarté.

Les organismes nationaux membres de la Coalition SOS mont Hereford se rallient à la proposition d’enfouir les fils sous les chemins forestiers de la Forêt communautaire Hereford, tel que le souhaitent les administrateurs du groupe fiduciaire qui a le double mandat de veiller à la préservation des 5300 hectares boisés et d’en assurer un développement modéré.

Auparavant, certains groupes refusaient qu’une ligne, même souterraine, empiète sur l’aire protégée. Cela aurait eu pour effet de priver le mandataire Forêt Hereford de redevances qui lui seront précieuses pour financer des projets, dont la première phase annonce de nouveaux sentiers pédestres et de vélo de montagne ainsi que la construction d’un relais refuge.  

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« Une montagne aux activités diverses et berceau d’expériences innovantes, qui contribue au développement local et régional. »

Pas sûr que le premier ministre Couillard, qui souhaite l’émergence de pôles d’innovation dans les régions, connaissait cet énoncé de vision de l’organisme Forêt Hereford, qui tombe pourtant dans les visées du programme Place aux jeunes dont il est venu faire la promotion.

L’enthousiasme de jeunes qui ont expliqué les motifs pour lesquels ils ont choisi de s’établir définitivement en région a enivré le Centre d’arts de Richmond. Je vous les ferai découvrir éventuellement. À les écouter, j’ai pensé à Richard Séguin, l’étranger débarqué un bon matin à Saint-Venant-de-Paquette. Certains échotiers du village parlaient même de « l’étrange » à son arrivée. Richard a nourri son bled de sa poésie, il s’est battu pour ses montagnes (Hereford et Orford), il est un Estrien fier et engagé.


Je suis sur la même longueur que vous, M. Couillard. Pour assurer le salut des villages et des régions, ça prend d’autres Richard. Il en faut dans le Val et dans le Haut-Saint-François, ça nous prend des Richard de tous les horizons partout.

Hydro-Québec a financé plusieurs centres communautaires au passage de ses premières lignes d’exportation en Estrie. C’était une bonne idée. Pour la prochaine étape, élevons notre point de vue au-dessus des pylônes pour mesurer l’étendue de la forêt communautaire dans laquelle poussent aussi la vie, l’esprit et l’entraide communautaires.  

Lorsque le courant est positif, on peut en augmenter jusqu’à un certain point la puissance. Heureux par contre que le premier ministre ait réalisé l’importance de ne pas court-circuiter nos efforts avec une autre ligne à haut voltage sans considérer l’unicité d’un legs forestier qui marque l’histoire du Québec.

Coureur des bois

Un chum, c’est un chum!

CHRONIQUE / Vous lisez le titre et vous pensez immédiatement aux malversations politiques avouées devant la Commission Charbonneau. C’est à croire que Bernard Trépanier, celui qui a utilisé ces mots pour décrire les liens qui unissaient des magouilleux, a contaminé à jamais l’expression et en a condamné l’utilisation pour décrire une amitié généreuse et plus sincère.

Réhabilitons-la dans l’ambiance d’un camp de chasse où un chef cuisinier peinant à se déplacer récompense avec ses talents culinaires le chum sans qui il ne pourrait plus chasser et régale les autres membres de l’expédition.

Ancien restaurateur, atteint de sclérose en plaques, une maladie paralysant 70 % de son côté droit et de 10 % du côté opposé, André Drapeau habite Saint-Simon-de-Bagot et vit un quotidien assez contraignant.

Il vient néanmoins se ressourcer chaque automne depuis une dizaine d’années en chassant en Estrie, une dose de bonheur qui lui est encore plus essentielle parce que son autonomie décline plus rapidement.

« Jusqu’à il y a deux ans, j’étais encore capable de marcher presque un kilomètre pour me rendre à ma cache. J’ai atteint le point où j’ai dû admettre qu’il me fallait céder cette place à un autre. J’ai cru que la chasse était finie. J’avais commencé à en faire mon deuil, à coups de rage et de pleurs. Un deuil de plus, après le golf et la pêche puisque ma condition ne me permet plus de prendre place dans une chaloupe » raconte M. Drapeau.

Parce qu’un chum est un chum et qu’un passionné de chasse peut comprendre la rupture qu’il vivrait s’il était privé de ce contact avec la nature et poussé à l’égard du cercle d’amis, Daniel Dostie se charge de palier aux limitations du chef qui gâte son estomac.

« Daniel m’a convaincu de continuer et grâce à lui, j’y arrive encore. Étant gaucher, ma mobilité est du bon côté et ayant toujours été un chasseur qui tire juste, quand j’appuie sur la gâchette, ça tombe », décrit fièrement celui qui s’apprête à se lancer avec son épouse dans le débitage de sa récolte des derniers jours, une femelle qu’il avait droit d’abattre avec un permis de cerf sans bois obtenu lors du tirage au sort réservé aux personnes handicapées.

« Malgré ses limitations physiques, André s’investit comme bénévole de notre club. C’est un sacré bon membre et j’ai autant de plaisir que lui, juste à l’aider. J’ai eu l’opportunité samedi matin de clore ma saison avec un beau six pointes. Si je l’avais fait, j’aurais risqué d’arriver en retard au rendez-vous fixé avec André. Il était la priorité de ma journée » me confie Daniel Dostie.

« André prend place dans une cache au sol, je l’installe avec un bon point d’appui, je m’assois à ses côtés et nous avons comme entente que c’est moi qui lui donne le feu vert pour tirer. André n’était pas un chasseur très expérimenté et il apprend d’une occasion à l’autre à mieux choisir sa cible avec le souci de saine gestion du cheptel dans notre secteur » ajoute celui qui préside le Club de Compton, dont le territoire se trouve dans la MRC du Haut-Saint-François.

M. Dostie présente sur sa page personnelle Facebook des extraits en vidéo de leur dernière chasse. La capacité d’adaptation de M. Drapeau est impressionnante. Son sourire, à ne point en douter, est celui d’un chum comblé!

Oups!

Je vous ai rappelé la semaine dernière de vous mettre à l’heure des nouveaux règlements sur la taille légale des bois (RTLB) s’appliquant pour le chevreuil dans les zones 6 Nord et 6 Sud, mais j’ai aussi par inadvertance retranché une journée de chasse à la saison à l’arme à feu. Gabriel Nadeau et Étienne Duteau, deux lecteurs attentifs et assidus, m’en ont fait la remarque. De fait, la dernière journée ne sera pas le 18, mais bien le dimanche 19 novembre.

Perspectives

Les persécutés

CHRONIQUE / Les policiers qui veulent soumettre une personne à un interrogatoire sont tenus de l’aviser qu’elle a le droit de garder le silence. Un politicien peut évidemment s’il le souhaite prendre cette voie pour sa sortie.

« Après la mêlée de presse de dimanche soir, pour moi, la page était tournée. Le reste, on va vous laisser ça aux journalistes. C’est un choix que je fais ».

À défaut d’exprimer le fond de sa pensée, M. Sévigny aurait eu intérêt à éviter les boutades lors de la passation des pouvoirs.« Bon, c’est le moment où il faut sourire » a-t-il lancé avant la photo symbolique.

Quels conseils avez-vous donnés à votre successeur?

« Se méfier des journalistes » a-t-il répondu. HA, HA. HA !

Cré Bernard, ça m’a rappelé le temps où TVA t’envoyait en reportage le soir d’une élection et que tu avais, toi aussi, à te montrer insistant pour satisfaire ton auditoire et tes patrons, en collant la lentille et le micro dans le visage du favori, qui crispait à la vue des premiers résultats.

Vous n’aviez pourtant qu’une courte phrase à prononcer devant les  journalistes, M. Sévigny, pour vous montrer collaborateur et bon joueur dimanche soir.: « ce ne sont pas les résultats que nous attendons, mais j’ai tiré de l’arrière durant tout le dépouillement de 2009 et ma victoire n’a été confirmée qu’autour de minuit. Laissez-moi y croire ».

Les reporters régionaux auraient eu du matériel pour démarrer leur couverture en direct et même les analystes nationaux se seraient montrés prudents avant d’écrire votre épitaphe. Mais non, vous vous êtes senti plus à votre place en retrait, dans un espace limité où l’accès était contrôlé.

Gagne ou perd, c’était prévu ainsi, avez-vous même pris soin de nous préciser. Tant qu’à vous trahir en nous confirmant que la distance de l’électeur avait peu d’importance pour vous, vous auriez été mieux de ne rien dire!

Vous auriez d’autre part été perçu comme un gentilhomme en acceptant les invitations à participer aux émissions matinales du lendemain à la radio, ne serait-ce que pour vous en tenir à des remerciement aux Sherbrookois, qui vous ont permis de grandir, personnellement et professionnellement, en vous accordant leur confiance durant huit ans.

Vous auriez obtenu 10, 15, 30 minutes, à différentes antennes, pour donner de la portée à votre message de reconnaissance.

J’ai réécouté votre brève allocution de 5 minutes, prononcée après que vous ayez admis tardivement que l’avance de M. Lussier lui assurait la victoire. Vous avez alors exprimé « votre fierté d’avoir été maire, d’avoir servi la Ville », vous avez vanté tous les membres de votre équipe, mais vous n’avez pas adressé un seul merci aux électeurs sherbrookois. Est-ce qu’ils n’en méritent pas, que le rejet d’un soir a déjà effacé de votre mémoire les remerciements généreux au terme de vos deux victoires?

À la suite d’une défaite politique, le silence colle généralement l’étiquette de mauvais perdant. Bernard Sévigny risque d’avoir de la difficulté à s’en défaire.

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La chasse aux journalistes est ouverte au Renouveau sherbrookois et Mariette Fugère, qui a mordu la poussière pour une deuxième élection de suite, met de la poudre dans le canon. « M. Lussier va goûter à la nature tordue des journalistes »!, a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

Vous vous souvenez que Mme Fugère avait plongé son ex-mari dans l’embarras, durant une campagne provinciale, en écrivant sur Facebook qu’en élisant Serge Cardin comme député, les Sherbrookois passeraient Jean Charest à la guillotine. Bien, elle a trouvé le moyen de récidiver.

Dans un salon funéraire, où elle s’est rendue pour exprimer ses sympathies à une collègue du Renouveau sherbrookois en deuil de sa mère, Mme Fugère s’est mêlée à une conversation au cours de laquelle un de mes amis chasseurs racontait qu’il revenait du champ de tir avec moi.

« T’as pas eu envie de le tirer ? Lui, il tire sur tout ce qui bouge à l’hôtel de ville ! »  Il y a plus d’un témoin.

Ce samedi-là, ma chronique vantait pourtant la prévoyance des gestionnaires qui font de Sherbrooke une ville très bien préparée pour réagir aux catastrophes naturelles et cela, parce que les élus débloquent les sommes nécessaires. Méchante job de mercenaire !

J’ai porté cette remarque déplacée à l’attention du directeur de cabinet du maire, Étienne Vézina, qui m’a demandé ce qu’étaient mes attentes. Il a été convenu ce jour-là que  j’allais y réfléchir.

Puis, à l’émission La Joute, commentant une pétition réclamant d’autoriser la chasse aux écureuils, l’analyste Luc Lavoie a échappé « qu’il aurait aimé pouvoir chasser les séparatistes ». Avec la fusillade de Las Vegas en manchette dans l’actualité, M. Lavoie s’en est vite excusé.

C’est alors que j’ai reparlé du sujet avec M. Vézina, à qui j’ai donné carte blanche pour traiter l’affaire comme il l’entendait.  Au journal, nous avons déjà convenu de ne pas traiter du sujet pendant la période électorale. D’autant que  mon partenaire de chasse est ensuite devenu l’un des organisateurs de Pierre Avard, le candidat indépendant ayant eu le meilleur sur Mariette Fugère dans le district du Pin-Solitaire.

La campagne a passé, j’ai fréquemment croisé le maire, et en quelques occasions Mme Fugère, pas la moindre allusion. Pas le moindre retour. Rien.

Sauf le chien de chasse qui aboie encore...

Je ne brise pas le silence pour déclencher une polémique et demander des excuses. Non, juste pour vous dire qu’en réponse au maire, je tourne la page.

Perspectives

La livraison par courrier prioritaire à l’élection

CHRONIQUE / Alors qu’on croyait les hostilités de la campagne municipale terminées, nous voilà à nous demander si la Commission municipale du Québec n’a pas elle-même manqué d’éthique en ne prenant pas les dispositions nécessaires pour que les Sherbrookois apprennent avant de voter que la plainte qui visait l’ex-maire Bernard Sévigny à propos du projet Well inc. était « manifestement mal fondée ».

La Commission municipale n’a même pas jugé nécessaire d’entreprendre une enquête pour en arriver à cette conclusion, tellement il lui est apparu évident que l’exclusivité accordée sans appel d’offres à un consortium pour la conception et la réalisation d’une première phase de revitalisation au centre-ville ne contrevenait à aucune règle.

Cette décision a été rendue par écrit en date du 1er novembre, soit quatre jours avant que les bulletins des électeurs tombent dans les boîtes de scrutin. Le temps que la correspondance se rende par le courrier régulier, le jour du vote était passé et le maire Sévigny était renversé.

Réponse bébête de l’autorité juridique et morale de la démocratie municipale : nous avons toujours communiqué nos décisions ainsi, par courrier, de manière confidentielle.

Autrement dit, la Commission est fort aise de ses procédures internes, même lorsque celles-ci ont préséance sur sa raison d’être, sur sa crédibilité et sur ce que l’on souhaite être ses principes d’objectivité et d’équité afin de prévenir qu’on condamne et qu’on salisse pour attirer l’attention et influencer le geste libre et symbolique de voter.

C’est une piètre excuse, un détachement aussi grave, sinon plus, que les habitudes reprochées à la moitié de l’électorat qui reste en marge et ne se déplace pas pour voter. Au fait, lançons-nous dès maintenant à la recherche des idées les plus créatives pour financer avec nos impôts une autre campagne humoristique, qui invitera cette fois la Commission municipale du Québec à ne plus exercer son mandat qu’à moitié en période électorale. Des fois que l’ironie décaperait une couche d’inertie!

Bernard Sévigny n’était pas seulement maire de la sixième ville en importance au Québec, il présidait l’Union des municipalités du Québec. Cela ne lui assurait en rien un traitement différent, mais ça rend la bêtise encore flagrante puisque, avec l’agitation des dernières années dans le monde municipal, M. Sévigny était une cible potentiellement exposée à l’enflure et à l’exagération.

Au-delà de cela, si l’on reconnaît à l’ex-conseiller Jean-François Rouleau ou à tout citoyen la pleine légitimité de contester lorsqu’un doute est soulevé, comment garantit-on les mêmes droits à celui qui est visé par une dénonciation dès qu’il est démontré que ce doute n’est pas fondé?

Au choc d’une amère défaite qui était peu prévisible au début de l’automne s’ajoute sans doute une vive déception chez Bernard Sévigny parce que la Commission municipale du Québec n’a pas démontré un très grand sens des responsabilités. Sans qu’on puisse vraiment le mesurer, l’ex-maire Sévigny a subi un préjudice évident dans l’appréciation de son travail.

Son successeur Steve Lussier, chevalier de la transparence, subira son premier véritable test. Hier, il lui a été facile de répondre qu’il n’avait pas pris connaissance de la décision de la Commission, mais admettra-t-il aujourd’hui aux Sherbrookois, en présence de celui dont il prendra le bureau, qu’il ne s’est pas privé d’être le rouleau compresseur d’une prétention « manifestement mal-fondée » pour discréditer le maire sortant?

Au moins, M. Lussier reconnaît déjà que, par souci d’équité, cette information aurait dû être portée à l’attention des Sherbrookois avant qu’ils fassent leur choix.

Comme les ministres provinciaux n’osent même pas critiquer la Commission municipale du Québec sous prétexte que l’indépendance des pouvoirs nous est plus précieuse que cette minable gestion de la démocratie, les pressions vers le changement devront vraisemblablement partir de Sherbrooke.

Notre communauté doit se mobiliser, s’élever au-dessus de la partisanerie et exiger de manière insistante que la Commission municipale du Québec passe à l’ère des communications instantanées, au moins lors de situations exceptionnelles comme celle que nous venons de vivre. Pas besoin de chercher longtemps pour trouver les numéros d’Urgence Environnement, des Services en sécurité civile 24/7 ou même de S.O.S. Braconnage. Comment rejoint-on Urgence démocratie pour parler à des gens alertes et responsables?

« Veuillez agréer, Monsieur Sévigny, l’expression de nos sentiments les meilleurs » exprime avec égard la secrétaire de la Commission, Me Céline Lahaie.

Une autre lettre suivra peut-être d’ici quelques jours, celle-là, signée par la présidente Brigitte Pelletier, qui s’excusera auprès de l’ancien maire pour les quelques inconvénients qui auraient pu lui être causés par les délais de livraison du courrier...