Perspectives

Les bombes de nos usines à divertissement

CHRONIQUE/ Je suis né en avril 1962, quelques semaines avant le déploiement de 38 missiles, quatre sous-marins et 50 000 soldats soviétiques à Cuba. Si la Crise des missiles avait dégénéré, je n’aurais probablement jamais soufflé la chandelle de mon premier gâteau d’anniversaire. Peut-être l’aviez-vous oublié, mais votre propre vie n’a tenu qu’à un fil.

« S’il te plaît, je veux rester dans les jardins si cela arrive. Tu sais quoi, je veux juste être avec toi, je veux mourir avec toi, et les enfants aussi, plutôt de vivre sans toi », a insisté Jacqueline Kennedy auprès de son légendaire mari ayant eu à gérer comme président des États-Unis l’assommante surprise d’un arsenal nucléaire ennemi déployé à 500 km de la Floride, qui pointait vers toutes les grandes villes de son pays.

Perspectives

Qui l’eût cru ?

CHRONIQUE / Bien que son offre d’achat ait été approuvée en octobre par le conseil municipal de Sherbrooke, l’Association culturelle islamique de l’Estrie (ACIE) n’a pas encore pris possession du terrain vacant qu’elle veut convertir en cimetière musulman.

Retour sur le sujet en complément de l’entente de réciprocité dont je vous ai parlé plus tôt cette semaine : j’ai contribué à la collecte de fonds pour ce cimetière, en échange, un Sherbrookois de confession musulmane, Madjid Djouaher, a versé une somme équivalente à l’organisme Amen, Saint-Michel pour la restauration de la cathédrale.

Perspectives

Inspirés par l’harmonie du passé

CHRONIQUE / Sous l’effet de surprise et dans la torpeur de ma sieste du samedi après-midi, j’ai complètement figé au téléphone.

— Bonjour, accepteriez-vous de contribuer à la campagne de financement du futur cimetière musulman de Sherbrooke?

Chroniques

La clémence royale

La Cour fédérale ne servira pas de rempart à SNC-Lavalin et n’offrira pas non plus de sortie de secours à Justin Trudeau sur la question des accords de réparation. En refusant d’entendre une contestation signifiée au mois d’octobre, le tribunal renvoie la patate chaude dans la cour des politiciens.

S’il y avait eu débat devant la Cour fédérale et que celle-ci s’était rendue aux arguments de la firme d’ingénierie, qui reprochait aux instances judiciaires canadiennes d’avoir exercé un pouvoir discrétionnaire de manière déraisonnable en ne lui offrant la possibilité de négocier un arrangement financier pour réparer des gestes délinquants commis par certains de ses dirigeants, le premier ministre Trudeau aurait vite récupéré la décision à son avantage : voyez, mes représentations auprès de l’ex-ministre Jody Wilson-Raybould de même que celles de mon cabinet étaient pleinement justifiées, aurait-il dit.

Pour isoler ses deux ministres démissionnaires, M. Trudeau y aurait vu la preuve que loin d’être inappropriée, l’insistance était nécessaire pour préserver l’intérêt collectif et éviter de causer préjudice à un citoyen corporatif repentant. Les partis d’opposition se seraient retrouvés, eux aussi, muselés.

Le chef libéral n’aura pas cette opportunité, car la juge ayant été saisie du dossier, Catherine Kane, a plutôt conclu que les « tribunaux n’ont aucun rôle de supervision » lorsque des procureurs fédéraux sont appelés à exercer ce pouvoir discrétionnaire qui, ultimement, devient celui du titulaire du poste qu’occupait Mme Wilson-Raybould, l’automne dernier, au moment où ce dossier est devenu source de division au sein du cabinet Trudeau.

À qui s’en remettre alors pour trancher, à un panel de psychiatres qui pourrait déterminer à l’examen des traits caractériels si l’avenir de SNC-Lavalin s’est retrouvé entre les mains d’une femme de convictions ou d’une politicienne entêtée?

Même confiée à des professionnels, cette évaluation demeurerait partiellement subjective et jamais les acteurs qui se retrouveraient du côté des perdants ne voudraient en reconnaître les fondements. 

Il est cependant admis de tous qu’il en revenait à l’ex-ministre Wilson-Raybould et à elle seule, de souscrire ou non à la recommandation de maintenir les accusations criminelles déposées en 2015 plutôt que d’exprimer une position plus conciliante d’ouverture à un accord de réparation.

David Lametti, détenteur de ce pouvoir suprême depuis sa nomination comme ministre de la Justice et procureur général du Canada, le 14 janvier, peut aujourd’hui être d’avis contraire. Mais comment pourra-t-il dissocier de la décision les jeux d’influence politique révélés au grand jour et devenus une véritable dévastation pour Justin Trudeau et son gouvernement? 

Une crise politique de cette ampleur est bien la dernière chose dont SNC-Lavalin avait besoin pour se sortir d’embarras en payant des amendes afin d’échapper à des pertes de marché et de contrats qui, fait-on valoir, signeraient pratiquement son arrêt de mort.

Les faits démontrent que le mur empêchant le pouvoir exécutif d’imposer ses volontés à la gardienne ou au gardien du pouvoir judiciaire s’est avéré efficace. C’est rassurant pour l’ensemble des Canadiens.

Mais de l’autre côté, sur des enjeux d’une pareille importance, aussi émotifs qu’explosifs, n’est-ce pas concentrer trop de pouvoir entre les mains d’une seule personne, quelle qu’elle soit? C’est quasiment revenir à l’époque où seul le roi, personne d’autre, pouvait accorder sa clémence.

N’osant surtout pas me prétendre spécialiste en droit, je m’interroge tout de même comme citoyen : aurions-nous la même confiance dans la Cour suprême si son regard ultime n’était celui que d’un seul juge? 

Ramener ce droit de regard à la base citoyenne est impensable. Où, quand et comment choisirait-on 12 personnes compétentes et impartiales pour former un jury qui serait apte à décortiquer les pratiques d’affaires dans l’économie mondiale de même que l’encadrement légal appliqué dans différents pays où les dirigeants malveillants sont punis sans pour autant mettre en péril le gagne-pain de celles et ceux qui travaillent avec intégrité?

Je n’ai pas la moindre idée de ce que serait la procédure la plus juste et la plus efficace, mais celle qui a été suivie laisse perplexe. 

Les 9000 emplois chez SNC-Lavalin au Canada sont souvent mis dans la balance. Il y en a assurément d’autres, peut-être même des nôtres. 

Le président de Supermétal étant absent, je n’ai pu savoir cette semaine si les poutres que l’entreprise a fabriquées et livrées à partir de Sherbrooke pour le futur pont Champlain avaient un lien quelconque avec le choix de SNC-Lavalin comme maître d’œuvre de cette réalisation quasi achevée.

Si ce n’est pas le cas pour cette entreprise ou pour ce chantier, des liens d’affaires de longue date unissent les concepteurs de structures aux fournisseurs de biens et services du Québec et de l’Estrie. À éplucher la liste de tous les contrats d’Hydro-Québec, on en réaliserait l’ampleur.

Chose certaine, nous ne sommes pas que des spectateurs de cette crise politique.  

Perspectives

Le parapluie contre les injures

CHRONIQUE / La Ville de Sherbrooke procède à une mise à jour de ses règlements afin de mieux protéger l’ensemble de son personnel de même que les élus municipaux contre les propos offensants, incluant ceux exprimés sur l’exutoire des médias sociaux. Cette révision ne prévoit cependant aucun raffermissement des contrôles et des sanctions pour les propos injurieux tenus dans des gradins sportifs.

Dans un premier temps, précisons qu’il n’y a aucun lien entre l’avis de changements réglementaires ayant été signifié à la fin de la séance de lundi soir et les reproches que se sont échangés le conseiller Pierre Tremblay et la présidente, Nicole Bergeron, au début de la même assemblée. Le contentieux de la Ville avait amorcé la réflexion dans le sillon des préoccupations exprimées par l’Union des municipalités du Québec depuis déjà quelques années concernant la virulence des attaques à l’endroit d’élus municipaux.

Perspectives

L’argent du beurre et le siège de la fermière

CHRONIQUE / La nomination de Marie-Claude Bibeau à la tête du ministère fédéral de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire est-elle garante pour les producteurs laitiers d’indemnités qui seront à la hauteur de leurs attentes pour compenser les pertes découlant des accords commerciaux qui grignotent peu à peu le modèle canadien de gestion de l’offre?

Le sujet a évidemment alimenté les discussions lors de l’assemblée générale du Syndicat des producteurs de lait de l’Estrie, lundi à Sherbrooke, dans la foulée du remaniement fédéral de vendredi dernier.

Perspectives

La meilleure route jusqu’à la prison de Jeddah

CHRONIQUE / Il y a déjà huit ans qu’Ensaf Haidar a quitté en vitesse l’Arabie saoudite avec ses trois enfants à la demande insistante de son mari, Raif Badawi, qui sentait l’étau se refermer sur lui.

Depuis l’automne 2013, depuis en fait que le Canada a accordé l’asile politique aux membres de la famille du blogueur emprisonné pour « insulte à l’islam » et que Sherbrooke est devenue leur milieu de vie, Mme Haidar parcourt la planète pour essayer de soulever un courant d’influence assez puissant pour briser les chaînes de l’amour de sa vie. Or, la seule clémence obtenue jusqu’ici a été la suspension des 1000 coups de fouet après la première séance de flagellation en public, dont les images ont indigné le monde entier.

Il m’apparaît équitable et même essentiel de revenir au point de départ et de marcher dans les pas d’Ensaf Haidar au milieu d’un désert où il ne semble pas y avoir la moindre oasis d’espoir avant de juger si elle emprunte la meilleure route pour se rendre à la prison de Jeddah.

Ce n’est pas l’avis de tous, mais il est pertinent que des journalistes se soient intéressés aux liens entre Mme Haidar et l’auteur Robert Spencer, dont la plume serait particulièrement vitriolique à l’égard des adeptes du Coran. C’est dans les pratiques d’une presse libre et d’une démocratie soucieuse de vérité.

D’être exposée à la critique ajoute au poids énorme à la femme tourmentée, mais ça vient avec la notoriété. La réaction de persécutée de Mme Haidar sur les réseaux sociaux l’éloigne actuellement du message qu’elle porte en recevant des hommages au nom de son mari bâillonné, et en s’attirant elle-même des éloges pour sa détermination et son courage. Retrouvez vite vos marques, Ensaf, avant que les Saoudiens trouvent dans vos propos la légitimité de continuer à châtier abusivement ceux qui menacent leur immunité! 

J’ai cependant tiqué en lisant cette semaine dans La Presse une remarque de Dennis Horak, qui dirigeait depuis 2015 l’équipe de diplomates canadiens ayant été chassés de l’Arabie saoudite l’été dernier à la suite d’un gazouillis qui dénonçait l’emprisonnement de Samar Badawi.

Commentant ses liens avec Robert Spencer ainsi qu’un changement de ton dans certaines de ses opinions, l’ex-ambassadeur Horak a dit ceci de Mme Haidar : « Ce qu’elle fait présentement c’est de s’assurer que son mari reste en prison pour la durée de sa sentence ». 

Sauriez-vous maintenant nous décrire, monsieur le diplomate, les progrès que vous aviez réalisés avant l’explosion politique des derniers mois avec l’approche patiente et discrète que vous préconisez?

J’ai rejoint M. Horak par courriel et lui ai soumis une série de questions. Les voici, avec ses réponses.

Q : Les relations n’étaient-elles pas déjà très tendues avant le tweet que vous avez qualifié « d’excessif », étant donné que le premier ministre Trudeau a été immanquablement rappelé à l’ordre les rares fois où il s’est porté à la défense de l’un ou l’autre des Badawi?

Si d’autres messages ont mieux passé, celui-là était plus directif. Il exigeait une libération « immédiate » (de Samar Badawi). Durant mon passage à l’ambassade, le gouvernement canadien n’a malheureusement pas eu le souci d’entretenir des relations cordiales à de très hauts niveaux avec les Saoudiens. 

Q : Outre les disputes publiques, y avait-il des discussions sérieuses, constructives et prometteuses à propos de la liberté d’expression et du respect des droits de l’homme?

Nous avons souvent soulevé ces questions, je dirais même qu’elles occupaient une place très importante dans nos relations bilatérales. Outre nos préoccupations, nous exprimions celles des organisations militantes. Sans nécessairement être très productives, ces discussions étaient soutenues.

Q : À titre d’ambassadeur, aviez-vous de contacts avec les autorités saoudiennes qui vous permettaient de connaître les conditions de détention de Raif Badawi et de veiller, par exemple, à ce qu’il puisse parler régulièrement à ses enfants?

Le Royaume était réticent à discuter du cas de M. Badawi. Nous obtenions des rapports occasionnels de la part de la National Society for Human Rights — une entité quasi indépendante du gouvernement. Nous étions également alimentés par d’autres sources dont je ne peux vous parler. 

Q : Avez-vous déjà été autorisé à lui parler ou même à le visiter? 

Non. Étant donné qu’il est citoyen de ce pays, nous n’avions pas de droit consulaire pour exiger de le voir. Il nous a été clairement dit que les pays étrangers n’obtiendraient aucune permission de rencontrer ou de discuter avec un citoyen saoudien ayant transgressé une loi du pays.  

Q : Étiez-vous en contact avec Ensaf Haidar?

Non.

Q : Tout en convenant que les rencontres entre Mme Haidar et l’auteur Robert Spencer ne sont pas un « match idéal », en quoi la femme de Raif Badawi condamne-t-elle son mari à la prison en critiquant la monarchie, tout comme le gouvernement canadien a décidé de le faire?

Je ne vois pas en quoi les critiques ou les insultes peuvent être productives. Le régime ne veut sous aucune considération céder à des pressions occidentales. La plupart des critiques émises par le Canada ayant été dosées, elles ne provoquaient pas de réactions négatives. 

Q : N’est-il pas particulier que vous suggériez à Ensaf Haidar « de travailler avec la famille Badawi » alors qu’il est de notoriété publique que le père du blogueur a appuyé sa lourde condamnation, qu’il entretenait des relations aussi tumultueuses avec sa fille Samar et que Mme Haidar a été reniée par sa propre famille?

C’est vrai. Les traits de caractère du père de M. Badawi compliquent le dossier, mais c’est ainsi que les choses fonctionnent dans ce pays. Une demande de pardon pourrait toujours être adressée au roi par d’autres membres de la famille. Quant à moi, ce sont là les meilleures chances de M. Badawi. 

Q : Au cours de vos trois années à l’ambassade, avez-vous eu un seul moment d’espoir pour Raif Badawi?

Nous n’avons jamais cessé de croire qu’un pardon ou une libération était possible, mais il s’agissait plus d’un « espoir » que d’attentes réelles. Plus la pression extérieure augmentera, moins les probabilités que sa sentence soit écourtée seront élevées.

Q : N’y a-t-il pas qu’un espoir réel qui puisse garder la souffrance dans le silence, dans la même situation, seriez-vous capable de vous en remettre à cette sagesse?

Je sympathise avec Mme Haidar et je comprends ses frustrations. Rester effacé, silencieux, durant toutes ces années serait difficile pour n’importe lequel d’entre nous. Le plus important, à mon avis, est de s’en tenir à des représentations respectueuses. Il y a du travail qui se fait à travers les organisations internationales, mais aussi à l’intérieur même du gouvernement.

Q : Auriez-vous foi dans une approche politico-diplomatique, comme celle de mandater un Jean Charest, un Jean Chrétien ou un Brian Mulroney (qui aurait joué un rôle de médiation en Afrique du Sud) pour tenter de rétablir un lien de confiance avec le régime saoudien?

Passer par des émissaires peut être une option. Personnellement, j’impliquerais les membres du présent gouvernement, incluant M. Trudeau, pour rebâtir les ponts. S’il n’y avait pas eu une telle dégradation de nos relations avec l’Arabie saoudite, nous n’en serions pas là.

Q : Dernière question : craignez-vous qu’après ses dix ans de prison (en principe autour de 2022), M. Badawi ne puisse même pas se soustraire « à l’interdiction de quitter le pays pour les 10 années subséquentes »?

Il est difficile de prédire qu’elle sera la réaction au moment de sa libération. Tous les prisonniers doivent normalement se conformer à ce prolongement de leur peine. Je me répète, les autorités ne veulent pas que le dossier soit un cas d’exception. Les dirigeants seront sûrement très préoccupés par la visibilité qu’obtiendrait M. Badawi pour critiquer le régime s’il était autorisé à sortir du pays. 

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C’est quasiment dire que le silence est une condamnation à vie...

Perspectives

Refuges en milieu scolaire

CHRONIQUE / L’initiative de citoyens de Saint-Claude ayant préparé des repas chauds à l’intention des enfants que les autobus n’avaient pu ramener à la maison en raison du mauvais temps, lundi soir, a été saluée par le président de la Commission scolaire des Sommets, Jean-Philippe Bachand.

« Tout le monde s’est serré les coudes dans cette situation exceptionnelle. Les enfants étaient en sécurité et au chaud », s’est réjoui M. Bachand à l’antenne de Radio-Canada Estrie en précisant qu’aucun gymnase n’avait finalement servi de dortoir.

Perspectives

En quête d’innovation pour les trottoirs

CHRONIQUE / Avec 5 mm de pluie sur les radars pour dimanche, l’achat de pierre à la quincaillerie passera une fois de plus avant l’épicerie dans les emplettes du samedi!

L’hiver est exigeant, capricieux, maudissant. 

Bien qu’elle en soit seulement à sa deuxième saison hivernale, la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, est déjà saturé des critiques sur l’état des trottoirs. Les équipes municipales font le maximum dans ces conditions exceptionnelles, assure-t-on dans toutes les villes de la province.

« C’est ce que l’on m’a aussi répondu quand j’ai questionné nos gestionnaires. Je les crois sur parole. Je n’ai pas le moindre doute quant aux efforts et à l’engagement de nos planificateurs et de nos opérateurs de machinerie. Mais, force est d’admettre que les résultats ne sont pas là », n’hésite pas à reconnaître à Sherbrooke la conseillère Chantal L’Espérance. 

Membre du comité exécutif et doyenne au sein du présent conseil municipal, Mme L’Espérance a vu passer toutes sortes de tempêtes : de neige, de pluie, de vent ou de verglas. Comme alliée de Jean Perrault pour défendre la Cité des rivières ou comme actuelle répondante des projets de revitalisation du centre-ville, elle s’est exposée au mécontentement.

« Quand des citoyens tolérants, de qui tu n’as jamais entendu une seule critique en 10 ou 15 ans, t’écrivent ou t’appellent deux ou trois fois dans la même semaine pour se plaindre des trottoirs, ça envoie le message assez clair que nous devons améliorer nos pratiques. Comment? Je ne sais pas. Mais il faut le faire. »

L’obligation ne tient pas qu’à l’insatisfaction des contribuables. Les épisodes répétitifs de gel/dégel et tout ce qui se résume à des sautes d’humeur de plus en plus violentes de Dame nature collent aux prévisions scientifiques sur les changements climatiques. Au lieu d’être utilisés comme bouclier en verre, les facteurs d’exception devraient nous servir de lunettes : ce type d’hiver est appelé à devenir la norme.

 Le développement de nos villes modernes est un flot continu d’adaptations et de remises en question. L’ingénierie urbaine évolue à résoudre des problèmes extrêmement complexes.

Nous avons réduit, par exemple, la pollution de nos cours d’eau en séparant la canalisation de nos égouts sanitaires de celle des égouts pluviaux. Pour mieux protéger nos propres maisons contre les pluies diluviennes, la Ville a ordonné que les gouttières soient débranchées de son réseau. Elle exige des développeurs qu’ils prévoient des bassins de rétention dans leurs plans de lotissement et aménagera elle-même à grands frais ce type « d’éponge » sous terre. 

 La glace recouvrant nos trottoirs est-elle si épaisse qu’elle a figé nos cerveaux?

Plusieurs innovations sont pourtant sorties des ateliers municipaux de Sherbrooke, dont celle toujours renversante de simplicité consistant à déployer les chenillettes à trottoirs stratégiquement au pied des côtes les plus abruptes les jours de tempête pour pousser les voitures enlisées qui, autrement, paralysent la circulation et réduisent l’efficacité des équipes de déneigement.

On fait quoi, alors? Oublions le jus de betteraves dont l’utilisation sur le réseau routier frappe l’imaginaire, il n’est pas un remède à prescrire pour les trottoirs.

 Six de nos chenillettes sont équipées de souffleuses pouvant être utilisées pour enlevant les accumulations de neige réduisant l’efficacité des rayons solaires. Toutefois, les aménagements paysagers, les entrées de cours et autres obstacles empêcheraient de se fier aux seuls terrains privés pour recevoir la neige qui serait soufflée à partir des trottoirs. Il y a perte d’efficacité à utiliser ces petits appareils alors que les souffleuses à grandes gueules fournissent le convoi de camions effectuant l’aller-retour vers les sites de dépôt à neige, précise-t-on à la Ville.

Mon propos ne se voulant pas un exutoire collectif ou un forum de gérant d’estrade, n’allons pas plus loin dans les aspects techniques. Laissons ce travail aux spécialistes. 

Le ministère des Transports du Québec est le pivot de la recherche sur le déneigement au Québec et ses innovations sont utiles pour améliorer les pratiques d’entretien des boulevards et des rues dans les villes. Les trottoirs étant une responsabilité municipale, le MTQ s’y intéresse peu. 

L’Association québécoise des transports s’en charge, assure-t-on à la Ville. Cet organisme est un centre de partage d’information surtout actif lors des congrès réunissant ses membres. Sa petite équipe permanente m’a fourni comme première référence un expert rattaché à l’Université de Sherbrooke.

« La presque totalité de mes mandats comme consultant depuis une dizaine d’années dans différentes villes a porté uniquement sur le réseau routier. Les rares exceptions ont été pour l’entretien hivernal de voies cyclables, mais aucun sur les trottoirs », raconte Étienne Morin, président de la firme Vison Météo Plus et prétendant au doctorat avec une recherche pointue sur « la modélisation de la poudrerie ».

Ayant été chargé de cours au département de géomatique appliquée, associant l’analyse de toutes les informations météorologiques et géographiques à la prise de décision, M. Morin a été impliqué dans le passé à une démarche qui visait à créer sur le campus sherbrookois une chaire de recherche sur « la viabilité hivernale ».

« Le gouvernement fédéral nous avait alloué 1,5 M$, mais comme Québec a refusé de s’engager pour un montant équivalent, le projet a été abandonné », rappelle-t-il.

Le ministère de la Santé a pourtant un intérêt direct dans la sécurité des trottoirs puisqu’il paye pour soigner les éclopés.

« En plus des changements climatiques, la courbe démographique du Québec devrait nous inciter à mieux protéger les aînés, qui appartiennent à la catégorie des citoyens vulnérables », convient M. Morin.

Ajoutons aux cols bleus ingénieux ainsi qu’aux ressources universitaires que le plus important fournisseur de chenillettes au Québec, la compagnie Prinoth (autrefois Bombardier) est à Granby. 

Sherbrooke et Granby seront bientôt des catalyseurs scientifiques et manufacturiers appartenant à la même région administrative, l’Estrie. François Bonnardel est député de Granby, ministre des Transports au Québec et ministre répondant de l’Estrie : on attend quoi pour lui soumettre nos ambitions à devenir les génies des trottoirs?

Faudrait quand même pas que l’audace et le sens d’organisation nous caractérisent et nous mobilisent seulement au moment de solliciter des fonds pour obtenir la présentation d’événements comme les Jeux de la Francophonie...

Perspectives

Les compteurs à radiofréquences en arbitrage judiciaire

CHRONIQUE / La polémique sur les compteurs à radiofréquences d’Hydro-Sherbrooke refait surface. Une citoyenne contestera sous peu devant la Cour municipale les amendes lui ayant été imposées pour avoir bloqué l’accès aux installations électriques de son triplex.

Résidante du secteur de Saint-Élie, Maryse Garneau compte y justifier sa structure de bois empêchant le remplacement de ses équipements. Le grillage métallique en façade ne cause toutefois pas d’interférence pour prendre les relevés de consommation.