Perspectives

De la bouteille interdite au joint légalisé

CHRONIQUE / Avec sa bouille de star, le premier ministre Justin Trudeau a su charmer les Canadiens lors la dernière campagne fédérale et il livre aujourd’hui sa promesse de légaliser le cannabis, une décision nous plongeant dans un fouillis réglementaire indescriptible.

De l’expérience des derniers mois, retenons d’abord l’importance de ne jamais accorder la pleine latitude aux autorités locales d’amender le Code de la sécurité routière comme bon leur semble. Car si la conduite automobile était encadrée par autant de balises distinctes que celles que devra respecter le bon citoyen qui voudra fumer son joint en toute impunité, les routes seraient un labyrinthe infernal.

Au jour 1 de cette ère permissive, nous baignons toujours dans une mer de contradictions. L’Association médicale canadienne a posé d’une part un regard très critique sur ce qu’elle décrit comme une « expérience incontrôlée » tandis que la Direction de la santé publique du Québec a reproché aux dirigeants municipaux, dont ceux de Sherbrooke, de ne pas avoir suivi ses recommandations éclairées en restreignant à pratiquement rien, les lieux de consommation autorisés. 

Pendant que certaines provinces, comme le Québec, ont freiné le mouvement de libéralisation lancé par le fédéral, d’autres ont vu l’opportunité d’aller plus vite et plus loin. 

Avons-nous pris soin de vérifier si ce n’est pas après avoir été autorisé à fumer du pot que les occupants de la Tour de Babel auraient fini par se détendre et, ultimement, à se comprendre? 

Pas nécessaire d’aller enquêter aussi loin, il suffit de monter quelques marches jusque dans le grenier de notre passé pour se rendre compte que ces tergiversations sont des traits de nos fronts plissés à douter des choix. Elles sont dans notre ADN.

Le premier ministre libéral Lomer Gouin a-t-il considéré l’effort de guerre couronné par la première victoire des Alliés comme des conditions gagnantes avant de lancer le Québec dans un référendum, le 10 avril 1919, sur la question suivante : « êtes-vous d’opinion que la vente de cidres et vins légers devrait être permise? »  

Ce jour-là, 78,6 % des Québécois ont voté « Oui » et ils avaient aussi été les seuls Canadiens à rejeter le plébiscite fédéral sur la prohibition en 1893. L’exemption réclamée et obtenue par la province avait toutefois été court-circuitée par des villes et des comtés ayant interdit la vente et la consommation d’alcool sur le territoire sous l’influence du clergé et de citoyens plus conservateurs.

Premier comté à imposer la prohibition en 1863, Brome a été avec Compton, Stanstead et Richmond parmi les sept comtés s’étant opposés au retour de la vente légale durant le référendum de 1919. Les Townshippers ont été de fervents partisans de la prohibition, mais il n’y avait pas un endroit au Québec où l’on retrouvait une plus forte concentration de contrebandiers!

Les magasins de la Commission de liqueurs se sont-ils remplis de clients assoiffés le jour où tous se sont enfin ralliés?

« Non. Probablement que la plupart de ceux qui consommaient avaient déjà leur réseau d’approvisionnement ou fabriquaient leur bagosse, une boisson alcoolisée qui était souvent de piètre qualité et qui pouvait même rendre aveugle à cause d’aliments qui devenaient risqués durant la fermentation », rapporte l’historien Jean-François Nadeau.

Natif de Cookshire-Eaton, M. Nadeau maintient toujours un lien d’affection avec la région malgré ses obligations professionnelles dans la métropole à la direction du journal Le Devoir.

Tous les gouvernants n’ont pas été des modèles de modération.

« L’épouse de John  A. Macdonald consommait de 10 à 15 boulettes d’opium par jour alors que le tout premier ministre du pays élu, élu en 1867, buvait tellement qu’il a failli mourir comme grand brûlé après avoir provoqué un incendie dans son hôtel », ajoute au portrait M. Nadeau. 

En 2014, le Musée de Sutton a connu du succès avec une exposition sur la prohibition. Ses archives les plus étoffées sont arrivées de la Sûreté du Québec, qui reconnaît elle-même que son ancêtre méconnu est la « Police des liqueurs ». Cette escouade a été créée en 1921 afin de veiller au respect les règles de production et de mise en marché de l’alcool au Québec ainsi que pour faire la vie dure aux contrebandiers qui poursuivaient leurs activités criminelles malgré la légalisation du produit.

« Je peux me tromper, mais je n’entrevois pas de grande révolution. Je pense même qu’un jour, on abordera la question de la légalisation du cannabis avec une certaine curiosité historique comme c’est le cas aujourd’hui pour la prohibition », s’avance à dire le président du Musée de Sutton, Richard Leclerc.

Chose certaine, c’est du déjà vu, du déjà vécu et non, tout n’avait pas été prévu en 1919!

Les connaissances ont grandement évolué depuis sur les dangers du cannabis et de l’alcool. Nous avons aussi tout ce qu’il faut pour s’ajuster rapidement s’il s’avère que c’était une décision trop risquée. La suite est une question de maturité individuelle, sociale et politique.

La collision annoncée

CHRONIQUE / Les déboires de Valoris contaminent les rapports politiques et deviennent source de conflit régional. C’est bien la pire chose qui pouvait nous arriver, aux uns comme aux autres, alors que les immenses défis environnementaux nous laissent de moins en moins de temps pour agir.

Refusant de subir ce qu’il considère être une forme de mise en tutelle, le préfet de la MRC des Sources, Hugues Grimard, quitte la présidence de Récup Estrie dont le budget a été taillé en pièces par la Ville de Sherbrooke. Celle-ci exige que les bénéfices de 2 M$ de l’année courante soient partagés sous forme de ristournes plutôt qu’investis dans l’amélioration des équipements servant à valoriser les matières recyclables amassées sur l’ensemble du territoire estrien, excluant la MRC du Granit.

L’ex-maire Bernard Sévigny avait heurté des susceptibilités à pareille date l’an dernier en manifestant l’intention d’utiliser les revenus des opérations rentables pour financer le centre de valorisation à gros volumes construit à Bury, beaucoup plus coûteux que prévu. Or, la vente des matières recyclables rapporte un peu plus de 1 M$ chaque année.

« Je ne suis pas du genre à laisser les autres prendre des décisions à ma place », avait prévenu le maire d’Asbestos.  

Après avoir reproché l’automne dernier à son prédécesseur une approche directive et incendiaire propice à la division plutôt qu’à la concertation, le maire Steve Lussier n’a pas vraiment cherché à empêcher cette collision annoncée.

M. Lussier a formulé des objections seulement après l’adoption du budget que le conseiller Pierre Avard a entériné le 25 septembre comme représentant de la Ville de Sherbrooke ainsi qu’à titre de vice-président de ce regroupement municipal.

« J’ai été témoin des propos échangés par la suite entre les maires et ils n’étaient pas particulièrement polis », rapporte le conseiller Pierre Avard, lui-même penaud d’avoir à admettre qu’il n’avait reçu préalablement aucune directive contraire de la mairie ou du comité exécutif.

Il n’est pas usuel de renvoyer les surplus du recyclage aux actionnaires. Cela s’est toutefois produit l’an dernier et en fonction du nombre de logements, Sherbrooke a reçu 850 000 $ des 1,5 M$ disponibles. L’administration Lussier cherche donc à mettre la main sur une somme de 1,3 M$ qui serait bienvenue, car elle viendrait couvrir la hausse des dépenses d’enfouissement qu’ont dû s’imposer les actionnaires de Valoris. Les gestionnaires de Récup Estrie ne veulent toutefois pas se retrouver à découvert au risque de créer... un autre Valoris!

Si Sherbrooke compte pour le deux tiers des portes, elle ne détient par contre que 50 % des voix lors d’un vote. Son objection peut donc bloquer le budget sur table, mais le maire Lussier ne peut espérer une redistribution du surplus approprié sans l’appui d’au moins une autre MRC.

« Je serais surpris que cela se produise. Sa volonté, Sherbrooke peut l’exprimer sans l’imposer. Je suis d’accord à ce qu’on y réfléchisse à deux fois pour les investissements majeurs avant d’avoir statué sur la pertinence de regrouper toutes les matières à valoriser à Bury. Les sommes réservées ne seront pas automatiquement dépensées. Notre MRC souscrira au budget de Récup Estrie, mais en demandant à ce que chaque projet d’investissement nous revienne pour approbation », commente de son côté le préfet du Haut-Saint-François, Robert Roy.

Comme le maire Lussier à Sherbrooke, le préfet Roy a un pied dans le pré plus vert du recyclage au sein de Récup Estrie et un autre dans la mare de Valoris.

Sans adresser de blâme à l’administration sherbrookoise, M. Roy craint que ce conflit brise la confiance entre les parties. Cela risque effectivement de se produire à court terme, le temps que chacun refasse ses calculs.

Une régie régionale de recyclage pourrait-elle être aussi rentable et garantir aux MRC plus étendues et moins populeuses un prix avantageux de 7 $ par porte sans la densité et le volume de matière première généré par Sherbrooke, comme c’est le cas actuellement?

De la même façon, les garanties d’approvisionnement et de revenus de chacun des partenaires de Récup Estrie augmenteraient la crédibilité financière et politique d’une relance de Valoris, aux bénéfices des contribuables de la région.

La destination souhaitable, on la connait. Il faut par contre trouver le bon chemin pour s’y rendre. Or, de tous ceux qui peuvent être envisagés, celui de la bisbille est assurément le moins prometteur.

Les fantômes du dépotoir

CHRONIQUE / Nos vidanges reviennent nous hanter, vampiriser les dépenses municipales et elles pourraient mordre nos portefeuilles, une fois de plus, dans le budget de la prochaine année.

D’autres imprévus s’ajoutant aux précédents chez Valoris, la hausse du tarif d’enfouissement de 107 $ à 133 $ la tonne entraînera des déboursés supplémentaires de l’ordre de 1 M$ en 2019 pour la Ville de Sherbrooke.

Les démêlés judiciaires avec le principal fournisseur d’équipements du complexe ayant coûté une trentaine de millions ne sont toujours pas réglés et le plan d’affaires qui garantirait une relance viable des opérations, au lieu de pertes mensuelles de 124 000 $, tarde à venir.

Bref, il n’y a pas vraiment de signe d’embellie, même si Steve Lussier s’est présenté au conseil d’administration de Valoris en pompier tel qu’il l’avait promis, après avoir reproché à son prédécesseur Bernard Sévigny durant la campagne à la mairie un inexcusable laisser-aller.

M. Lussier se raccroche au gain « d’un plan de travail comportant un échéancier », qui repose essentiellement sur l’accès à des redevances auxquelles la région aurait droit et qu’elle aurait été sur le point d’obtenir avant le changement de gouvernement à Québec.

L’optimisme du maire Lussier est partagé par le président de Valoris, Robert Roy, qui mise sur l’efficacité du nouveau député de Mégantic, François Jacques, pour aider les administrateurs régionaux à obtenir ce financement.

Rappelons que le libéral Roy et le caquiste Jacques étaient des rivaux qui s’affrontaient en débats il y a un mois à peine pour obtenir un siège à l’Assemblée nationale. La situation est donc pour le moins inusité, alors que le perdant s’en remet au gagnant pour nous sortir du bourbier.

Dire que l’on croyait la saga des vidanges terminée en 2013 lorsque le partenariat dans Valoris a été retenu comme solution pour mettre fin au transport des matières résiduelles des Sherbrookois sur 160 kilomètres jusqu’au site d’enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès, en Mauricie, à un prix de 57 $/tonne qui a été fixe durant cinq ans... transport inclus!

Le tarif général pour l’enfouissement est actuellement de 80 $/tonne à Saint-Étienne-des-Grès, soit 36 % de moins que celui que la Ville et ses partenaires municipaux du Haut-Saint-François ont dû se résigner à payer durant l’année qui s’achève, avant d’essuyer une autre hausse spectaculaire de 24 % pour remplir leur site à vitesse accélérée, faute de pouvoir exploiter les chaînes de triage mécanisées.

Jusqu’ici, le rapatriement de nos déchets est tout, sauf un coup de maître!

Le projet Valoris était et reste ambitieux. Comme bien d’autres, j’ai cru au départ en son potentiel car il n’est qu’une reproduction à grande échelle du modèle de Récup Estrie, l’entreprise municipale remplissant sa mission environnementale tout en étant profitable à disposer des matières recyclables de toutes les MRC de l’Estrie. 

À voir l’organisation de Valoris toujours aussi anémique et dépendante de fonds de survie, il devient difficile de rester optimiste. Mais en même temps, comme des sommes d’argent substantielles ont déjà été engagées, il est possiblement trop tard pour reculer et renoncer définitivement.

Faudra-t-il une surtaxe, une autre « taxe verte » à Sherbrooke pour pomper le million supplémentaire?

Le maire Lussier pourrait toujours essayer de nous vendre que c’est la mesure exceptionnelle qui avait été appliquée par l’administration Perrault, en 2008, pour absorber le choc tarifaire de la fermeture du site d’enfouissement, voisin du parc Victoria, qui était à la fin de sa vie utile et duquel des biogaz s’étaient échappés vers la zone habitée du quartier Dubreuil.

Sauf que M. Lussier réveillerait ainsi le souvenir de la « taxe ascenseur » dont le défunt leader péquiste Jacques Parizeau n’a jamais pu se détacher après qu’une taxe sur l’essence qu’il avait annoncée comme temporaire soit devenue permanente.

Or, c’est exactement ce qui s’est produit à Sherbrooke. Le jour où la « taxe verte » a disparu, elle n’a pas été soustraite du compte de taxes, elle a été fondue dans la taxe foncière. Elle est payée chaque année.

Je me souviens. Bon nombre d’autres Sherbrookois aussi, j’en suis persuadé. Ce serait donc un pari audacieux si le maire Lussier se risquait à récidiver.  

Perspectives

Au cœur de la gestion de crise

CHRONIQUE / Même si l’Estrie reste exempte de toute trace de contamination de la maladie débilitante du cerf (MDC), l’alerte déclenchée par un cas détecté dans une ferme d’élevage des Laurentides a des effets collatéraux tangibles dans la région.

Pour un, l’éleveur Gervais Therrien doit s’employer à rassurer sa clientèle moins encline à visiter la ferme de Cookshire-Eaton et son troupeau de 70 cerfs rouges.

« Veux, veux pas, ça rend les consommateurs plus hésitants. Notre achalandage a quelque peu diminué. Mais comme j’écoule toute ma viande moi-même et que nous produisons en petite quantité, je suis moins vulnérable aux répercussions que de gros éleveurs », rapporte M. Therrien, copropriétaire avec sa conjointe Christiane Richard de la ferme Le Sabot d’Or.

Les dangers d’une possible contamination y seraient moins élevés parce que toutes ses bêtes sont nées en Estrie. 

La MDC entraîne chez les cerfs des maladies irréversibles s’apparentant à celles de la « vache folle ». Les représentants fédéraux et provinciaux ont ordonné l’abattage des 3000 cerfs rouges de la ferme touchée ainsi que la décontamination des bâtiments et du terrain.

« Cette mesure préventive n’entraîne toutefois pas une tuerie de masse. Moins d’une centaine de bêtes ont été envoyées à l’abattoir jusqu’à maintenant et comme tous les tests ont été négatifs, la viande a été récupérée et est écoulée sur le marché. Ça pourrait prendre de trois à quatre mois pour éliminer tout le troupeau qui, en quantité, représente les ventes de toute une année pour l’ensemble des producteurs du Québec. Ce surplus de viande poussera les prix et la rentabilité à la baisse », poursuit l’éleveur estrien qui, à titre de vice-président de l’Association de cerfs rouges du Québec, se retrouve au cœur de la cellule de gestion de crise.

Selon le rapport provincial communiqué mardi aux éleveurs, les représentants du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) auraient quant à eux abattu tout près de 300 cerfs de Virginie à l’intérieur du périmètre immédiat qui a été interdit aux chasseurs cet automne. Tous ces cas se sont également avérés négatifs.  

En Estrie, la récolte de cerfs par les chasseurs va bon train durant le premier segment de l’arc et de l’arbalète. Ce prélèvement annuel est suivi, mais se déroule sans perturbation. La Boucherie Lamontagne de Magog (secteur Omerville) demeure un joueur de premier plan dans le programme de surveillance assuré depuis dix ans au Québec.

Station d’enregistrement et centre de dépeçage, ce commerce a fourni à lui seul au cours des cinq dernières années (entre 2013 et 2017), sur une base volontaire et sans la moindre compensation gouvernementale, pas moins de 1309 têtes de cerfs de Virginie ayant par la suite été soumises en laboratoire à des tests de détection de la MDC.  

Et si l'Estrie devenait les Cantons-de-l'Est?

Qu’il s’agisse du député de Richmond, André Bachand, qui a l’expérience de la vie parlementaire à Ottawa et de la mairie d’Asbestos, ou du nouveau représentant d’Orford, Gilles Bélanger, que François Legault a étiqueté durant sa campagne comme membre de son équipe économique, « ça prend un ministre de l’Estrie pour l’Estrie ».

C’est le message que le préfet de la MRC Memphrémagog, Jacques Demers, a envoyé via nos pages au nouveau premier ministre François Legault. Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, ajoute son poids dans la balance.

« M. Legault a tout intérêt à ce qu’il en soit ainsi. D’une part, parce que son parti a remporté quatre comtés en Estrie. Deuxièmement, parce que l’élection d’une députée solidaire dans Sherbrooke lui envoie un autre genre de message. »

Les décideurs régionaux ne veulent pas revivre les visites espacées et les communications à distance que Philippe Couillard leur a imposées au début de son mandat en désignant Pierre Paradis comme ministre de la région de l’Estrie, bien que la circonscription de Brome-Missisquoi ne comprenne aucune municipalité appartenant à la région administrative 05.

La référence aux Cantons-de-l’Est, ajoutant le secteur Granby-Bromont à l’Estrie, est celle d’une alliance stratégique de mise en marché touristique reposant sur des considérations historiques ainsi que sur l’intérêt commun d’une offre diversifiée pour le ski ainsi que pour nos autres attractions régionales.

Après avoir passé autant de temps ici, à nous répéter à quel point le vote des Estriens ferait une différence, il serait pour le moins irrévérencieux que le chef de la Coalition avenir Québec nous délègue un parrain ou une marraine comme représentant ministériel.

À moins que M. Legault nous surprenne en nous annonçant qu’une partie de la réduction de postes figurant dans son programme se fera en fusionnant des régions administratives afin d’en réduire le nombre...

Je n’ai jamais entendu cette intention de la bouche de M. Legault, mais il ne faudrait pas s’étonner qu’elle surgisse durant le chantier des réformes caquistes puisque le CIUSSS de l’Estrie-CHUS dispense les soins de santé sur une partie du territoire de la Montérégie. Le ministère accaparant plus de la moitié du budget de fonctionnement de l’État québécois répartit donc déjà ses budgets en se référant à la zone extraterritoriale des Cantons-de-l’Est plutôt qu’aux limites administratives de l’Estrie.

En éducation, le territoire de la Commission scolaire Eastern Township s’étant lui aussi aux MRC de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska.

Poussons la réflexion plus loin.

« André, vérifie donc si Jean-Philippe serait totalement réfractaire à l’idée ou pourrait plutôt y voir une forme de compromis afin de réduire l’appareil gouvernemental sans abolir la totalité des commissions scolaires », pourrait, par exemple, souffler François Legault à l’oreille d’André Bachand en sachant que le frère de ce dernier préside la Commission scolaire des Sommets, dont le centre administratif est à Magog.

J’ai évoqué cette possible collision avec Jean-Philippe Bachand durant une activité partisane de la CAQ au cours de laquelle sa présence n’était que l’expression d’une solidarité familiale tout à fait normale. Voici ce qu’avait été sa réponse :

« C’est très spéculatif. On va laisser passer l’élection pour voir qui formera le prochain gouvernement et j’analyserai ensuite ».

Ça demeure hypothétique, mais ça l’est moins qu’il y a trois mois puisque le gouvernement Legault doit maintenant trouver des façons de financer les baisses d’impôts promises aux Québécois. Or, demandez aux ministres et députés libéraux congédiés lundi soir dernier s’il est possible de réformer sans déranger!

Je m’étonne d’ailleurs que les libéraux soient consternés par la violente ruade qu’ils viennent d’encaisser puisque la quarantaine imposée à Gaétan Barrette trahissait ce châtiment appréhendé. Autrement le Dr Barrette aurait été envoyé au front comme chevalier au lieu de rester terré.

Les compressions et les transformations sont récurrentes dans la Santé et ne sont pas sur le point de cesser. Sauf que cette fois, l’approche directive du réformateur a agacé. Sa médecine de cheval a répandu dans le réseau estrien de la santé un mécontentement qui, à mes oreilles du moins, n’avait jamais été aussi perceptible. Le Dr Barrette n’aurait pas été déguisé en courant d’air si les stratèges libéraux n’avaient pas entendu la même chose.

Sans prétendre que les 17 000 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont systématiquement voté contre le gouvernement Couillard, il est reconnu en marketing qu’un client insatisfait en contamine une dizaine d’autres. Agrandissez ce cercle au personnel des écoles primaires et secondaires de même qu’aux cégeps et universités ayant baigné jour après jour dans les effets d’un financement réduit.

N’oubliez pas les employés municipaux ayant tempêté, après s’être retrouvés sous le coup de deux lois, l’une sur les caisses de retraite et l’autre ayant augmenté le pouvoir de négociation des villes. La somme de mécontents se retrouvant chez les importants employeurs de Sherbrooke et de l’Estrie, représentait donc une charge particulièrement puissante.

Le ministre Luc Fortin a été soufflé dans l’explosion, tout comme l’ex-ministre péquiste Réjean Hébert l’a été lors l’élection précédente. À l’ère de la consommation rapide et du jetable, même l’espérance de vie de politiciens de qualité n’est guère plus longue qu’un seul mandat!

Perspective

Partir dans la dignité

PERSPECTIVES / Autant Philippe Couillard a défendu énergiquement ses choix en campagne électorale, autant il était vide de carburant en annonçant sa démission comme chef des libéraux de même que comme député de Roberval.

« Avec un bilan plus qu’enviable et le résultat de l’élection du 1er octobre, après avoir mis toute mon énergie au service du Québec, demeurer en politique, à quelque titre que ce soit, est au-delà de ce que je me sens humainement capable de faire. Je demande aux Québécoises et aux Québécois de le comprendre et de me laisser prendre congé en paix » a-t-il mis en opposition.

La raclée subie par son parti poussait inévitablement M. Couillard vers la sortie. Le contexte est fort différent de celui qui avait permis à Jean Charest de demeurer à la tête du PLQ après sa défaite de 1998. Car, si Lucien Bouchard avait alors facilement remporté la bataille des sièges (76 contre 48), la victoire libérale sur le nombre absolu de votes traduisait une certaine réceptivité à l’égard de l’ancien chef fédéral qui venait d’arriver sur la scène provinciale.

Comment Philippe Couillard aurait-il pu incarner en 2022 un renouvellement d’idées après avoir dirigé la province durant quatre ans et avoir été ministre de la Santé dans le premier gouvernement Charest en 2003?

Le chemin de l’avenir était décidément trop étroit pour M. Couillard, qui tire lucidement sa révérence même s’il devient l’une des victimes des règles instaurées par son gouvernement. Il n’a pas droit à l’allocation de départ que le chef démissionnaire du Parti québécois, Jean-François Lisée, obtiendra à la suite de sa défaite électorale dans Rosemont.  

L’ex-ministre et ex-député de Sherbrooke, Luc Fortin, pourra également retomber sur ses pieds en bénéficiant d’une somme représentant habituellement environ une année de salaire. Il en va de même pour Pierre Reid, Ghislain Bolduc, Guy Hardy et Karine Vallières, les quatre députés sortants du PLQ en région n’ayant pas sollicité de renouvellement de mandat.

« Ça représente pour moi autour de 95 000 $. Bien que cela n’ait pas été un facteur de ma décision, j’avoue que la situation devant laquelle M. Couillard se retrouve n’est pas facile et je serais surprise que le parti puisse suppléer » commente Mme Vallières.

Le PLQ n’a jamais versé dans le passé de supplément à Philippe Couillard et il n’y a pas d’arrangements en ce sens pour la suite des choses, m’a-t-on confirmé.

Rappelons que Jean Charest a reçu 75 000 $ par année de son parti en plus de son salaire de chef d’État du temps où il a été premier ministre. Mario Dumont avait aussi eu droit à une telle bonification salariale comme chef de la défunte ADQ.

Aurait-il fallu prévoir une clause d’exception pour garantir une allocation de départ à un chef de parti durant les premiers mois suivant une élection générale, qu’il soit réélu ou pas?

Oui. Par considération envers celles et ceux qui nous représentent à Québec ainsi que pour lutter contre le cynisme qui a grimpé d’un cran avec le lancement sur les réseaux sociaux d’une campagne de sociofinancement « pour aider Philippe Couillard à sortir de la pauvreté ».

Cette moquerie est apparue après que l’ancien chef libéral eut révélé que les avoirs et les actifs nets qu’il possède avec sa femme étaient de l’ordre de 1 M$. Si la déclaration de M. Couillard, comme quoi « c’est à peine suffisant pour pourvoir à ses besoins » était malhabile, l’initiative qu’elle a provoquée est assez navrante.

Qu’on rejette massivement les décisions d’un gouvernement et qu’on pousse le chef sur le trottoir, d’accord. Mais, on devrait l’aider à partir dignement et équitablement, peu importent ses allégeances politiques. Car voter équivaut à exercer un droit de vie ou de mort sur des candidats et leurs idées. Ce parallèle avec l’aide de soins de vie est boiteux si on limite la comparaison à la portée du geste. Mais pourquoi ne pas lui donner le même sens et lui accorder la même importance dans notre échelle de valeurs?

Ce modèle de discernement et d’intelligence valant à la société québécoise une reconnaissance d’ouverture et de respect devrait en fait devenir modèle de référence pour la plupart de nos décisions collectives.

Si cette clause avait été inscrite dans la législation initiale, on l’appellerait méchamment aujourd’hui « la clause de prévoyance de Philippe Couillard ». Le précédent gouvernement pouvait justifier une telle clause, d’autant que M. Couillard avait bénéficié d’une allocation de départ de l’ordre de 150 000 $ en 2008.

Ayant obtenu une somme équivalente au terme de sa précédente vie de péquiste, le nouveau premier ministre François Legault voudra se tenir loin de ce nid à problèmes. Trouvera-t-on alors chez des péquistes et les solidaires des gens assez courageux pour s’éloigner du populisme et du dénigrement systématique en proposant un amendement?

Dans une logique totalement apolitique et de bon sens démocratique, il le faudrait.

Perspectives

Les imperfections du système

CHRONIQUE / Je comprends la frustration d’une travailleuse du CHSLD de Windsor, outrée que des bulletins aient été remis à des personnes dont l’aptitude à voter était discutable. Quiconque assiste à l’exercice du droit de vote dans ces bureaux itinérants se demande si les organisations politiques n’abusent pas d’un contrôle insuffisant.

Avant chaque élection, les institutions publiques et privées sont invitées à produire une liste de leurs bénéficiaires qu’ils jugent assez alertes pour voter. Par la force des choses, les cas plus douteux sont identifiés. Cette démarche n’est cependant que consultative. Seul le personnel désigné par le DGEQ peut disqualifier un électeur et dès qu’une personne réussit à décliner son nom ainsi que son lieu de domicile, elle peut voter.

Cette vérification est-elle trop superficielle?

Comme parallèle, une mise en tutelle n’est décrétée qu’au terme d’un long processus d’analyse de critères médicaux et légaux afin de prévenir toute forme d’abus. Or, à moins que d’autres carences sévères soient soulevées pour prouver l’incapacité à voter, une personne sous régime de tutelle peut prendre part aux élections fédérales, provinciales, municipales, lors des référendums.

Bien qu’elle réfère à un degré d’inaptitude plus élevé, la curatelle n’écarte pas systématiquement non plus un citoyen du processus démocratique. Une personne sous curatelle perd son droit de vote au Québec, mais peut prendre part aux élections fédérales.

Déterminer l’aptitude d’une personne âgée à conduire est relativement simple. Un examen de la vue et un test pratique suffisent à valider ou non sa compétence. 

Juger de l’aptitude à voter est plus compliqué. C’est même plus délicat que l’aide médicale à mourir, puisque celle-ci n’est obtenue qu’avec le consentement éclairé et lucide du demandeur.

Par quoi pourrait-on remplacer les évaluations sommaires sans risquer de verser dans l’arbitraire? Devrions-nous accorder des pouvoirs légaux au personnel dispensant des soins ou d’autres types de services aux aînés? Comment alors la société pourrait-elle garantir l’objectivité et l’intégrité des personnes qui participeraient à cet arbitrage pour les rendre exemptes de tout soupçon ou de tout reproche de malversation?

J’en ai aussi été témoin dans des bureaux itinérants, il y a des cas qui nourrissent la suspicion. Qui soulèvent l’indignation et nous amènent à croire que notre système démocratique est un panier percé. Sauf que de fois en fois, de dénonciation en dénonciation, je cherche comment exercer un meilleur contrôle sans brimer. Aiguillez-moi si vous avez un éclair de génie car, pour être franc, je ne trouve rien de mieux. 

Outre l’examen de qualification pour les immigrants, faudrait-il imposer une mise à jour aux électeurs vieillissants?

Ou aux électeurs tout court!

Car, des dizaines de milliers de Québécois vont se rendre aux urnes encore indécis, lundi prochain, et feront leur choix seulement une fois qu’ils auront leur bulletin de vote en main. Peu importe leurs motifs ou la qualité de leur raisonnement, ils auront voté.

C’est une imperfection du modèle, d’un système démocratique qui semble passablement usé et pas mal délabré certains soirs de débats entre chefs, mais qui au fond est envié dans plusieurs pays du monde.

Garantir l’accès au plus grand nombre, se prévaloir massivement de ce droit en votant individuellement, voilà la meilleure façon de diluer les bulletins téléguidés d’aînés potentiellement instrumentalisés.

Perspectives

Toute la mise sur Sherbrooke

CHRONIQUE / Gonflés à bloc par le sondage leur accordant de réelles chances de victoire dans Sherbrooke, des militants de Québec solidaire (QS) de toute l’Estrie ainsi que du reste de la province prêteront main-forte à Christine Labrie durant la dernière semaine de campagne.

La coporte-parole Manon Massé a participé dimanche après-midi à ce « tous pour un » dans le local électoral de son équipe sherbrookoise en communiquant par téléphone avec un électeur indécis. 

Ce dernier a été surpris de recevoir pareil appel. 

« Non, non, ce n’est pas une blague. Je suis dans le local de Christine pour lui donner un coup de main. Vous êtes sur le point d’aller voter par anticipation et vous me dites que votre choix est maintenant définitif, que Mme Labrie peut compter sur vous! C’est extraordinaire, merci beaucoup »

Plus que jamais, le résultat de l’élection dans Sherbrooke dépendra de l’efficacité des organisations, commentait dans nos pages samedi l’analyste de la firme de sondage Mainstreet, Steve Pinkus, à la lumière du coup de sonde effectué mardi dernier auprès de 763 électeurs de Sherbrooke. 

Le député libéral sortant Luc Fortin de même que ses adversaires Christine Labrie (QS), Bruno Vachon (CAQ) et Guillaume Rousseau (PQ) se retrouvaient alors au coude à coude dans les intentions de vote, avec un écart inférieur à la marge d’erreur.

 « Nous avons tous mené une campagne à fond de train. Dans le dernier droit, comme Christine est en train de gagner Sherbrooke, on rassemble les troupes. Il y a beaucoup de gens prêts à donner ce dernier coup d’épaule. Ça va être serré, mais le contact avec les gens est notre force » m’avait précédemment précisé Mme Massé à bord de son autobus de campagne.

L’accueil chaleureux réservé aux membres de la caravane solidaire à la brasserie 11 Comtés, à Cookshire-Eaton, traduirait également une popularité en hausse dans la circonscription de Mégantic. Malgré cela, il est déjà convenu que la directrice de campagne et l’attachée de presse de la candidate Andrée Larrivée travailleront dans Sherbrooke le jour du scrutin.

« Bien que j’aie encore espoir de l’emporter, je suis d’accord avec la stratégie de concentrer nos troupes aux endroits stratégiques », entérine Mme Larrivée.

Les attentes pour la circonscription de Sherbrooke sont grandes depuis le début chez QS. C’est une permanente du bureau de Montréal, Charlotte Dussault, qui dirige la campagne de Mme Labrie.

Expérimentée et bien réseautée, Mme Dussault coordonne des troupes motivées à Sherbrooke, mais aussi des militants du reste de la province effectuant du travail de soutien à distance.

« Nous savons que les libéraux et les péquistes ont des équipes bien rodées, mais nous avons l’organisation pour rivaliser avec eux sur le terrain. Nous avons été beaucoup plus rapides que nos adversaires à relever nos pancartes au lendemain de la tempête de vent », compare notamment Mme Dussault.

Bien que libérée de la pression des débats, Manon Massé a été malmenée ces derniers jours par des attaques sur la transparence du programme de Québec solidaire ainsi que sur une mainmise de l’État dont les Québécois devraient se méfier.

« Je n’ai jamais été courtisée par le KGB et il n’y a pas d’influence russe ou en encore d’autres pays socialistes dans notre campagne. Ces résultats sont la force de travail de citoyens tannés de se faire avoir, tannés que les décisions soient prises pour avantager une poignée de gros portefeuilles », répond Mme Massé qui, rappelons-le, est une Estrienne née à Windsor.

Si vous deveniez première ministre, qu’iriez-vous dire aux banquiers de Wall Street pour les rassurer?

« Québec solidaire est en mesure d’assumer des choix politiques et économiques qui sont différents, mais viables. D’abord, il n’a jamais été question de nationaliser toutes les banques. Par contre, il est normal qu’un État ait sa propre banque pour gérer sa monnaie et c’est ce que nous ferons après avoir franchi toutes les étapes pour faire du Québec un pays souverain.

« Nous n’allons pas non plus endetter davantage les Québécois en consacrant 12,6 milliards à la transition énergétique avec le transport en commun ou avec le développement de la filière des piles pour mettre notre expertise à profit. Nous n’allons pas vider le Fonds des générations, nous allons cesser d’y verser les redevances d’un peu plus de deux milliards par année pour le virage nécessaire en environnement. Des économistes chevronnés ont validé qu’à 49 pour cent en 2030, le ratio de la dette/PIB ne sera pas plus élevé qu’il ne l’est actuellement » argumente Mme Massé.

Ce n’est pas la première fois que l’un des leaders de Québec solidaire le dit. Mais les deux auront sûrement à le répéter souvent d’ici le 1er octobre, car c’est sur les aspects financiers que le capital de sympathie de QS est le plus vulnérable.

Perspectives

La flamme de l’espoir

C’était un gros jeudi pour les candidats de la circonscription de Sherbrooke. Ils se sont affrontés à la radio quelques heures avant le débat des chefs au réseau TVA, dernier de ces rendez-vous souvent déterminants dans le choix des députés.

Le péquiste Guillaume Rousseau se réjouissait en quittant les studios du 107,7 Estrie, d’avoir pu vendre son idée de clinique d’infirmières praticiennes spécialisées (superinfirmières).

« C’est l’engagement qui, je l’espère, aura le plus de portée auprès des électeurs sherbrookois parce qu’il est concret et crédible. Le modèle existe à Québec et il est appuyé par le syndicat des infirmières. »

Son chef Jean-François Lisée n’était cependant pas dans le même registre à la télé lorsqu’il a substitué la gouvernance de Québec solidaire (QS) à la thématique convenue de la santé. Les cotes d’écoute les plus élevées d’un Super Bowl étant enregistrées lors du botté d’envoi, M. Lisée a-t-il commis une coûteuse échappée en début de match?

« Ce fut un peu chaotique, mais la question était pertinente. Ce n’est quand même pas banal que de chercher à savoir qui dirige vraiment ce parti », a cautionné le porte-couleurs péquiste avant même d’avoir entendu les justifications de son chef après le débat. 

Peut-être. 

Mais était-ce une stratégie porteuse pour décoller l’étiquette de négligé?

« Le vote péquiste est sous-estimé. Les gens oublient qu’il a été historiquement plus élevé dans Sherbrooke que pour le reste du Québec. Il suffit qu’on atteigne 24 ou 25 pour cent dans les intentions de vote et que j’aille chercher les 5 à 6 points liés à la performance du candidat pour remporter le comté, et c’est loin d’être irréaliste. Que le ministre Luc Fortin prenne aussi souvent ses distances de son gouvernement est un signe évident de rejet du gouvernement libéral », analysait jeudi soir M. Rousseau.

Une lecture de terrain qu’accrédite le sondage Mainstreet publié dans nos pages aujourd’hui. Les quatre candidats seraient au coude à coude. Avec un vote aussi fractionné, le vainqueur pourrait l’emporter avec à peine 25 % d’appuis.

 Le pays est encore loin, mais Sherbrooke est de nouveau à portée, claironneront sans doute les péquistes en appelant au ralliement d’ici le 1er octobre.

« Je l’ai pris dur, d’avoir été poussé de Sherbrooke et d’avoir perdu la convention contre Solange Masson, dans Saint-François. Mais la cause est plus importante que nos petites personnes. Il y a eu un burn-out politique chez les souverainistes et c’est le bon moment pour s’en remettre », a confié avant le débat le vétéran Claude Forgues, qui avait mené une chaude lutte au premier ministre Charest en 2007 comme candidat péquiste dans Sherbrooke.

L’ancien directeur de Centraide Estrie a mis toute amertume de côté et il s’implique activement au sein de l’équipe péquiste de Sherbrooke. 

« Ce n’était pas qu’une rumeur, l’ex-ministre Réjean Hébert a sérieusement songé, l’été dernier, à se porter candidat dans Sherbrooke. Sans que cela me pose problème, je l’ai informé que je n’entendais pas renoncer. Pas parce que je pense être meilleur que lui, mais parce que je suis bien entouré et bien préparé », a repris M. Rousseau. 

« En plus d’être très proactif sur le campus universitaire, je rencontre des gens qui ont appuyé le Parti québécois toute leur vie. Il y a autant de souverainistes que de fédéralistes chez les aînés. Il faut les rassurer et leur dire de garder espoir, car il y a de la relève pour défendre le français et parler de justice sociale », poursuit le candidat.

Les leaders de QS ne parlent-ils pas aussi souvent de justice sociale et davantage d’indépendance que le Parti québécois?

« Christine Labrie ne vous le dira pas ouvertement, mais son objectif réel est probablement de franchir la barre des 15 % pour obtenir le remboursement de ses dépenses électorales, ce qui serait en soi une belle victoire pour elle ainsi et pour son parti », pense M. Rousseau.

Ce n’est pas méchant, mais c’est un brin d’arrogance qui devient risqué dans un ménage à quatre. Peu importe qui tournerait la poignée ou l’autre qui donnerait la poussée, une dégringolade du PQ au bas de l’escalier dans Sherbrooke ne ferait pas mal seulement à l’orgueil!

La combinaison du coffre-fort

Le maire Steve Lussier est rentré de Québec avec l’esprit plus léger, vendredi soir, mais pas nécessairement libéré de tous les tracas pour équilibrer son deuxième budget qu’il nous présentera en décembre

« J’avais promis un gel de taxes pour la première année sans me commettre sur la suite des choses. Or, ça ne se dessine pas du tout ainsi pour le budget 2019, car les nouveaux fonds du provincial n’arriveront que dans quelques années », a-t-il déclaré au retour du Sommet au cours duquel les élus municipaux ont obtenu la garantie d’un financement accru de la part des principaux partis engagés dans la présente élection provinciale.

Tous sont disposés à accorder aux villes 1 pour cent des recettes de la taxe de vente du Québec (TVQ), soit l’équivalent de 1,6 milliard de dollars.

« Le présent pacte fiscal vient à échéance seulement à la fin de 2019. Nous nous donnons un an pour attacher tout ça avec le prochain gouvernement », précise le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, qui préside l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

Le mode de partage n’a pas encore été déterminé. Si, par exemple, la population était le seul élément pris en compte, Sherbrooke recevrait 3,2 M$ et la région, 6,4 M$ par année à partir des recettes de la TVQ.

Si le parti élu le 1er octobre convient également que Québec doit dorénavant payer la totalité de ses taxes municipales, Sherbrooke verra ses revenus grimper de 5,1 M$ par année et le gain pour la région sera de 6,8 M$. En vertu de la présente entente (2016-2019), la province paie 82,5 % des taxes municipales pour ses institutions de santé, les cégeps et les universités tandis que les services municipaux sont compensés à hauteur de 69,5 % pour les écoles.

L’UMQ exige de plus que Québec revienne à la formule du plein remboursement de la TVQ payée par les municipalités sur les biens et services qu’elles doivent se procurer. Sherbrooke aurait ainsi récupéré 13,8 M$ sur ses achats alors que le retour aurait été de 24,6 M$ pour l’ensemble des municipalités de la région.

Autre main tendue, pour compenser cette fois les pertes de taxes imputables au commerce en ligne. Cette revendication pourrait rapporter 1,8 M$ dans les coffres de Sherbrooke.

L’administration Lussier pourrait donc voir ses revenus externes grimper de plus d’une vingtaine de millions d’ici quelques années, une somme qui assurerait entre 6 et 10 pour cent du budget de fonctionnement de la Ville, qui est cette année de 300 M$.

N’est-ce pas rêver au père Noël?

Le président de l’UMQ  semble au contraire persuadé que les maires ont trouvé la combinaison du coffre-fort provincial.

« Comme les quatre principaux partis ont accepté le principe, je les vois mal reculer après. Il est possible que le gouvernement veuille abolir certains programmes avant d’accepter de verser tout cet argent. Cependant, au lieu de tenir seulement à une entente pouvant être reniée facilement, les engagements gouvernementaux seront enchâssés dans une loi et toute modification devra passer par l’Assemblée nationale », présente comme autre gain M. Cusson.

Les maires ont de la mémoire. Le gouvernement Couillard leur a imposé une ponction de 300 M$ comme effort pour le redressement des finances de la province. Rappelons que c’est parce que le gouvernement Marois avait auparavant agi de la même façon que l’ex-maire Bernard Sévigny nous avait envoyé une facture de taxes à responsabilité partagée. Une hausse de taxes de 1 pour cent était associée aux besoins de la Ville tandis le gouvernement provincial essuyait le blâme pour la ponction supplémentaire de 2,4 pour cent dans les poches des Sherbrookois.

Dernier facteur dans l’équation, mais pas le moindre. L’élection d’un gouvernement minoritaire pourrait compliquer les choses pour les administrateurs municipaux étant donné que le gouvernement risquerait de tomber avant l’adoption de la loi qui leur assurerait le pactole. Le président Cusson, le maire Lussier et leurs homologues du reste du Québec souhaitent sûrement ne pas avoir à composer avec ce scénario.