Perspectives

Une autoroute à péage

CHRONIQUE / La prépondérance de pouvoir que Justin Trudeau compte invoquer pour imposer le passage d’un oléoduc à la Colombie-Britannique pourrait-elle aussi garantir à Terre-Neuve-et-Labrador un accès direct aux marchés d’exportation pour son électricité, en passant bon gré mal gré par le Québec?

La question nous vient évidemment à l’esprit à partir du moment où le gouvernement fédéral se pose en arbitre pour dénouer l’impasse entre deux provinces afin d’ouvrir une nouvelle voie maritime à l’exportation du pétrole des sables bitumineux.

Perspectives

Les gouvernements et les communautés

CHRONIQUE / Justin Trudeau est prêt à marcher sur l’autonomie de la Colombie-Britannique pour ouvrir un passage à l’oléoduc Trans Mountain, du nord de l’Alberta jusqu’aux terminaux maritimes à partir desquels du pétrole extrait des sables bitumineux partirait pour l’Asie.

Lorsque priment les intérêts nationaux, il faut ce qu’il faut, a invoqué le premier ministre canadien en tranchant à la Donald Trump, le politicien ayant relancé de semblables projets dans l’Ouest américain en renversant les décisions de son prédécesseur Barack Obama.

Perspectives

Comment positionner la « marque Kim Boutin »

CHRONIQUE / Podiums olympiques, parmi les invités sur le plateau de Tout le monde en parle, honneurs et bains publics avec ses médailles dans son Sherbrooke natal et conférencière pour parler de motivation, la semaine prochaine à Toronto, devant le personnel d’une grande entreprise.

Kim Boutin en porte des chapeaux et patine à longueur de journée depuis qu’elle est rentrée de PyeongChang médailles au cou.

Après avoir porté le drapeau canadien à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver qui l’ont élevée au rang des grands athlètes canadiens et internationaux, la Sherbrookoise de 23 ans installe un mât pour y accrocher le sien, son drapeau, pendant que le vent de la gloire lui souffle dans le dos.

« Je vous envoie immédiatement une photo de Kim sans son casque de patineuse, car il y a bien plus qu’une athlète dans cette jeune femme énergique authentique » me propose sa nouvelle coach d’image, Marie-Anik L’Allier.

Le casque ne passera pas l’été au fond d’un casier, Mme L’Allier le gardera même dans ses mains parce qu’il a pris de la valeur en Corée du Sud.

Louis Garneau, le président et fondateur de la compagnie ayant développé une gamme de produits pour habiller et protéger les sportifs, l’a confirmé cette semaine à l’animateur Martin Pelletier de la radio du 107,7 Estrie.

« Nous n’avions pas d’entente spécifique avec elle, nous avons commandité toute l’équipe canadienne de patinage sur courte piste lors des derniers Jeux. Il est prévu que Mme Boutin vienne bientôt nous visiter et on aimerait discuter de la manière dont on pourrait travailler avec elle sans être en conflit avec ses autres commanditaires », a déclaré M. Garneau après avoir confirmé que la manne olympique de la triple médaillée avait moussé l’intérêt pour les nouveaux casques que son entreprise destine à ce marché.

« Si le Championnat du monde s’étant déroulé à Montréal quelques semaines après les Jeux avait plutôt eu lieu cinq ou six mois après le rendez-vous olympique, ça nous aurait donné du temps pour approcher des commanditaires et leur offrir cette visibilité », affirme à ce sujet Mme L’Allier.

Quelle est la valeur de Kim Boutin sur le marché des commandites sportives?

Je me suis tourné vers Ray Lalonde, un expert reconnu en la matière, pour nous éclairer.

« Je ne connais de Kim que ce j’ai vu de ses performances olympiques et entendu lors de certaines entrevues. Je ne peux donc pas porter un jugement aussi éclairé que si je l’avais côtoyée. Au premier regard, l’image qu’elle projette annonce plusieurs opportunités au cours de sa carrière sportive. Des opportunités publiques, commerciales ou mêmes professionnelles » répond M. Lalonde.

Nous revenons sur les menaces dont elle a été la cible de la part d’amateurs sud-coréens frustrés de la disqualification de l’une des leurs ainsi que sur l’image forte du lendemain, montrant les deux patineuses unies par un signe de cœur.

« Les circonstances nous l’ont fait découvrir comme une patineuse déterminée et très compétitive, chez qui il y a un esprit de compétition très sain. Ce deuxième volet aura peu d’importance aux yeux de certaines entreprises alors que d’autres en feront un facteur décisionnel. Tout dépend du positionnement, de ce qu’on veut véhiculer comme image. Sans nécessairement être un gage de succès, c’est sûrement un élément positif supplémentaire dans le porte-folio de Mme Boutin », expose celui qui, pendant dix ans, a été vice-président et responsable du marketing du Canadien de Montréal.

Après une autre saison de misère, la cote des Glorieux est en chute libre. Le retour du baseball professionnel à Montréal n’est toujours qu’un souhait. Ce vide professionnel peut-il être profitable aux athlètes amateurs?

« Les Olympiens ont-ils plus de place qu’il y a 20 ans? Oui. Est-ce que ça se traduit nécessairement par une plus grande commercialisation? Non. Une dizaine de nouvelles disciplines olympiques, sinon plus, sont apparues au cours de cette période. Il y a plus de participants dans la course au financement. Guy Lafleur, Yvan Cournoyer et Patrick Roy ont été beaucoup plus populaires que les joueurs portant actuellement l’uniforme du CH, mais ces derniers ont accès aux réseaux sociaux pour assurer leur propre mise en marché », compare M. Lalonde.

« Je suis d’accord. En même temps, les médias sociaux sont également utiles pour nous. Charles Hamelin a plus de 60 000 abonnés sur sa page Facebook. C’est le lectorat d’un hebdo. Nous allons utiliser les mêmes outils afin de promouvoir les exploits sportifs et faire ressortir ce que Kim dégage comme personne », enchaîne son agente.

C’est à titre de conseillère de Marianne St-Gelais que Mme L’Allier a eu ses premiers contacts avec sa nouvelle protégée, qui n’apparaît pas encore comme tête d’affiche sur le site de son agence.

« Notre association ne remonte qu’à quelques semaines et d’un commun accord, Kim et moi avons décidé qu’il ne servait à rien d’agir à la hâte. Kim est une femme calme et réfléchie. Elle veut que nous prenions le temps de bien faire les choses. »

L’agente des deux patineuses aurait écrit le script de la transition qu’elle n’aurait pas réussi à mieux marier les intérêts de ses clientes. Une Marianne St-Gelais amèrement déçue de ses dernières courses et qui aurait boudé les succès de sa cadette aurait sapé ses chances de trouver une place dans l’univers médiatique; une Kim Boutin arrogante et détachée de la fin de parcours de son professeur aurait vite été cataloguée comme une athlète à l’égo démesuré.

« La première a été assez mature pour accepter que c’était la fin pour elle tandis que l’autre a su attendre le temps qu’il fallait pour atteindre les sommets », se réjouit Mme L’Allier représentant aussi les intérêts de la Coaticookoise Josée Bélanger, l’une des joueuses de l’équipe canadienne ayant remporté la médaille de bronze en soccer féminin aux Jeux de Rio.

« D’autres victoires au championnat du monde, d’autres médailles et peut-être même une en or aux prochains Jeux et là, Kim Boutin serait décidément lancée. Pour elle comme pour tous les autres, le défi est de durer. Pensons aux sœurs Dufour-Lapointe, dont la présence en Corée a été plutôt effacée lorsque comparée aux émotions de Sotchi... », rappelle comme autre réalité M. Lalonde.

Comme Ricardo, Kim est aux cuisines. Elle a du temps devant elle, mais il lui faudra aussi marier les saveurs de plusieurs d’ingrédients pour commercialiser sa marque maison.

Perspectives

Les PDG de la santé sont-ils trop payés?

Le gouvernement Couillard et les médecins spécialistes sont sur la sellette depuis qu’un rattrapage salarial chiffré à 2 milliards de dollars a été accordé à ces professionnels de la santé. La Coalition avenir Québec, le Parti québécois et Québec solidaire renieront cet engagement s’ils forment le prochain gouvernement. Qu’en est-il des salaires des PDG de la santé? Nous vous présentons le point de vue des candidats de ces quatre partis dans la circonscription de Sherbrooke. Faute de représentant désigné à ce jour du côté de la CAQ, le droit de parole a été accordé à Geneviève Hébert, candidate dans la circonscription de Saint-François. Voici la question telle que formulée ainsi que les réponses qui sont présentées dans le même ordre que si ces noms étaient inscrits sur un bulletin de vote.

À 300 440 $, le salaire de la PDG du CIUSSS de l’Estrie, Patricia Gauthier, est-il :
A) Adéquat
B) Pas assez élevé
C) Trop élevé
Dites-nous pourquoi.

Luc Larochelle

Le monde est petit

CHRONIQUE / L’érosion politique se poursuit au Renouveau sherbrookois à la suite des grandes crues ayant emporté son chef, l’ex-maire Bernard Sévigny, au mois de novembre.

Cette fois, c’est celui qui en a été le candidat dans le district de Saint-Élie, Sébastien Aubé, qui saute la clôture pour devenir conseiller politique d’Évelyne Beaudin au sein de l’autre parti politique municipal, Sherbrooke Citoyen.

Un départ s’ajoutant à celui de l’une des deux rescapées du Renouveau sherbrookois, Danielle Berthold, ayant annoncé au lendemain de sa réélection qu’elle siègerait dorénavant comme conseillère indépendante. Le nouveau maire Steve Lussier lui a depuis offert un siège au sein de son exécutif.

Rappelons également que M. Lussier a confié la direction de son cabinet à Julie Vinette, l’ancienne attachée de presse de Bernard Sévigny. Madame Vinette a l’expérience d’avoir aussi dirigé le bureau de circonscription de Jean Charest, tout comme ce fut le cas d’ailleurs pour M. Aubé, au fédéral et au provincial, en appui à Serge Cardin.

Les deux bataillaient dans le même camp l’automne dernier et les voilà redevenus des rivaux sur le plan de la stratégie politique, avec notamment pour mission d’empêcher le Renouveau sherbrookois de reprendre le pouvoir à l’hôtel de ville dans quatre ans!

François Legault pige lui aussi goulûment dans le plat, ayant arrêté son choix sur Geneviève Hébert comme candidate dans la circonscription de Saint-François alors qu’il misera vraisemblablement sur l’ex-conseiller municipal Bruno Vachon, dans Sherbrooke. Les deux consacreront sûrement plus d’énergie d’ici le 1er octobre à essayer de devenir députés à Québec qu’à s’investir dans la reconstruction du Renouveau sherbrookois, en songeant peut-être à la chefferie et à la mairie en 2021.

Les ours polaires que les changements climatiques condamnent à dériver seuls sur une banquise font vraiment pitié, mais y a-t-il âme assez généreuse pour se porter au secours du conseiller orphelin Vincent Boutin, devenu par défaut pilote intérimaire du navire ayant heurté un iceberg?

Pôvre lui, c’est à se demander s’il restera un secondeur dans le parti pour appuyer le titre de « chef de propositions » qu’il préfère à celui de chef de l’opposition.

« Après une élection et après des résultats comme ceux que nous avons eus, c’est normal que des gens partent et qu’il y ait du changement. Pour vous rassurer, pas plus tard que la semaine passée, une dizaine de personnes ont participé à une réunion et nous n’étions pas du tout dans une perspective de fermer les livres. Au contraire, j’ai la conviction que ces gens veulent continuer », pondère Vincent Boutin.

La durée de vie d’un parti municipal correspondant souvent à celle de sa figure de proue, j’hésiterais à parier 20 $, même juste un ours polaire, que l’hiver du Renouveau sherbrookois ne durera pas éternellement.

« Le test ultime sera la prochaine élection. Si le parti n’obtient pas à ce moment-là des résultats convaincants, ce sera la fin », analyse Serge Paquin, la star repêchée par Bernard Sévigny à quelques mois des élections de 2013 et qui en a été le bras droit jusqu’à la dissolution du précédent conseil.

M. Paquin parle par expérience. Il a été élu comme candidat du Regroupement des citoyens et citoyennes de Sherbrooke (RCS) en 1990, mais les résultats décevants de son parti l'avaient incité à s'en détacher.

Alain Leclerc s'était alors retrouvé seul représentant du RCS, qui a connu un faible regain de vie quatre plus tard avec l'arrivée de Jean-Yves Lavoie. La défaite de ces deux conseillers, en 1998, a toutefois sonné le glas de cette formation politique.

Je n’ai évidemment pas jeté cette brutale vérité au visage du jeune Vincent Boutin. J’ai vu pire, ai-je plutôt dit pour l’encourager.

Perdre le pouvoir, son chef et passer d’une équipe de 11 membres à seulement 1, ça doit semer certains doutes. Mais ce n’est rien par rapport à la purge que Jean Charest a vécue chez les conservateurs après que le caucus des 169 députés élus sous Brian Mulroney en 1988 ait été anéanti et réduit à seulement 2 représentants à Ottawa, cinq ans plus tard.

« C’est vrai et les conservateurs ont fini par rependre le pouvoir », a relevé Vincent Boutin.

Nuance, malgré cinq années d’efforts, M. Charest n’est pas celui qui a ramené les conservateurs au pouvoir à Ottawa. Il n’a même pas passé proche. Après qu’il eut bifurqué au provincial, un clone des réformistes de l’ouest, Stephen Harper, a été élu premier ministre du pays sous la bannière conservatrice.

Quoi retenir de ce chassé-croisé qui dépasse tout ce que nous avions à ce jour connu sur la scène municipale?

Bien que Sherbrooke soit devenue une grande ville après la fusion de 2002, la politique reste un bien petit monde dans lequel se développe une expertise rare, pointue, et adaptable à tous les discours.

Perspectives

La fin des duels

CHRONIQUE / Le budget Leitao et le rassemblement de 600 sympathisants de Québec solidaire au Théâtre Granada sont deux indicateurs de la prochaine campagne électorale dans la circonscription de Sherbrooke. Le premier est la substance qui nourrira les espoirs de réélection du ministre Luc Fortin tandis que l’autre montre le coefficient de difficulté de son périlleux voyage jusqu’au scrutin du 1er octobre.

Pour paraphraser l’animateur Charles Lafortune de l’émission La voix :

Perspectives

Avant de tourner la page

CHRONIQUE / La séquence inhabituelle au terme de laquelle Alexandre Bissonnette a reconnu être l’auteur du massacre commis à la Mosquée de Québec, en janvier 2017, laisse planer des doutes quant à la sincérité de ses regrets.

L’homme de 28 ans a admis avoir tué six personnes et en avoir blessé de même que terrorisé des dizaines d’autres, quelques heures seulement après avoir enregistré un plaidoyer de non-culpabilité. Ce n’est que deux jours plus tard que ses aveux ont été entendus devant le tribunal.

Perspectives

Avec ferveur et dans le bonheur

CHRONIQUE / Jessica est partie de Magog en transport adapté pour venir rejoindre son amoureux Denis dans l’est de Sherbrooke. Les deux se fréquentent depuis dix ans et leur complicité saute aux yeux juste à les croiser sur le trottoir ou à l’intérieur du Palais des sports Léopold-Drolet.

L’homme de 54 ans tient le bras de sa dulcinée, qui le guide, bien que marchant elle-même d’un pas hésitant.

Perspectives

Conduire une ville

CHRONIQUE / Entrons dans le rayon du sérieux par l’anecdotique : Steve Lussier était pas mal résolu à franchir les portes des services juridiques, à l’hôtel de ville de Sherbrooke, avant que ne s’ouvrent devant lui celles de la mairie.

Vous vous souvenez probablement qu’à pareille date l’an dernier M. Lussier tournait des pubs télévisées de véhicules de luxe.

Perspectives

L’audace qui paye

CHRONIQUE / Sans l’audace de nos dirigeants municipaux, Sherbrooke regarderait passer le train de la cryptomonnaie avec désolation, sans en bénéficier. Au lieu de cela, Bitfarms prévoit injecter 250 M$ pour opérer des centres de stockage de données dans le parc industriel.

Si ces projets tiennent, les profits nets du bloc de 98MW réservé par cette entreprise vorace en énergie sont estimés à 3,5 M$. Ces dividendes rapporteront chaque année dans les coffres municipaux l’équivalent d’une hausse de taxes de 2 pour cent. Une rentabilité dont Bitfarms profitera aussi sur le plan de l’impôt foncier.