Perspectives

L’unicité va enterrer l’uniformité

CHRONIQUE / Le bon sens va triompher. Le Québec fera du mont Hereford un symbole de fierté plutôt qu’un martyr de l’uniformité avec des pylônes.

Je n’en ai plus le moindre doute après avoir entendu le premier ministre Philippe Couillard, à Richmond, où il s’est décrit comme « l’allié » des partisans de l’enfouissement de la future ligne d’exportation vers le New Hampshire, sur la portion qui doit traverser le massif montagneux que l’Estrie et le Québec ont reçus en héritage de l’Américain Neil Tillotson.

« Moi j’entends très bien ce que la population dit et je vois également les aspects particuliers de cette ligne-là. Tout le monde voudrait enfouir des fils partout au Québec, mais ça c’est une ligne qui est entièrement dédiée à l’exportation et en plus, elle a un caractère patrimonial particulier », a ajouté le premier ministre.

Le chef libéral s’était présenté en défenseur de l’uniformité lors d’une table éditoriale à La Tribune en décembre dernier.

« L’enfouissement engendre des coûts énormes qui se répercuteraient sur les factures d’électricité et moi, j’ai pris l’engagement qu’on maintiendrait l’augmentation des tarifs à l’inflation. C’est ce que l’on fait et je veux que ça reste comme ça », avait-il alors priorisé.

M. Couillard n’est pas revenu sur cet aspect, mais il n’a pas semblé inquiet d’avoir à annoncer à l’ensemble des Québécois qu’il devrait rompre sa promesse en imposant une ligne souterraine qui coûterait 60 M$ de plus à Hydro-Québec.

Rappelons que les investissements requis en sol québécois pour ce projet ont été chiffrés à 618 M$ par Hydro-Québec, qui prévoit récupérer la totalité de ses investissements en moins de 15 ans. Les coûts d’enfouissement allongeraient la période d’amortissement d’à peine deux ans sur une durée de vie estimée à 40 ans.

« Les propos de M. Couillard correspondent à ce que j’entendais autour de la table du conseil des ministres. Quand un premier ministre se déclare publiquement votre allié, les intentions sont claires », se réjouit le ministre responsable de l’Estrie, Luc Fortin, qui défend cette avenue depuis des mois en compagnie du député de Saint-François, Guy Hardy.

Hydro-Québec aurait soumis des plans actualisés au ministère de l’Environnement qui vont dans ce sens.

« Je ne peux vous fournir de précisions à ce sujet, mais oui, nous restons en mode solution » se limite à dire le porte-parole de la société d’État, Serge Abergel.

Autre bonne nouvelle, le risque de division entre les groupes environnementaux, qui aurait éventuellement pu servir de prétexte à Hydro-Québec pour se soustraire à l’enfouissement, est écarté.

Les organismes nationaux membres de la Coalition SOS mont Hereford se rallient à la proposition d’enfouir les fils sous les chemins forestiers de la Forêt communautaire Hereford, tel que le souhaitent les administrateurs du groupe fiduciaire qui a le double mandat de veiller à la préservation des 5300 hectares boisés et d’en assurer un développement modéré.

Auparavant, certains groupes refusaient qu’une ligne, même souterraine, empiète sur l’aire protégée. Cela aurait eu pour effet de priver le mandataire Forêt Hereford de redevances qui lui seront précieuses pour financer des projets, dont la première phase annonce de nouveaux sentiers pédestres et de vélo de montagne ainsi que la construction d’un relais refuge.  

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« Une montagne aux activités diverses et berceau d’expériences innovantes, qui contribue au développement local et régional. »

Pas sûr que le premier ministre Couillard, qui souhaite l’émergence de pôles d’innovation dans les régions, connaissait cet énoncé de vision de l’organisme Forêt Hereford, qui tombe pourtant dans les visées du programme Place aux jeunes dont il est venu faire la promotion.

L’enthousiasme de jeunes qui ont expliqué les motifs pour lesquels ils ont choisi de s’établir définitivement en région a enivré le Centre d’arts de Richmond. Je vous les ferai découvrir éventuellement. À les écouter, j’ai pensé à Richard Séguin, l’étranger débarqué un bon matin à Saint-Venant-de-Paquette. Certains échotiers du village parlaient même de « l’étrange » à son arrivée. Richard a nourri son bled de sa poésie, il s’est battu pour ses montagnes (Hereford et Orford), il est un Estrien fier et engagé.


Je suis sur la même longueur que vous, M. Couillard. Pour assurer le salut des villages et des régions, ça prend d’autres Richard. Il en faut dans le Val et dans le Haut-Saint-François, ça nous prend des Richard de tous les horizons partout.

Hydro-Québec a financé plusieurs centres communautaires au passage de ses premières lignes d’exportation en Estrie. C’était une bonne idée. Pour la prochaine étape, élevons notre point de vue au-dessus des pylônes pour mesurer l’étendue de la forêt communautaire dans laquelle poussent aussi la vie, l’esprit et l’entraide communautaires.  

Lorsque le courant est positif, on peut en augmenter jusqu’à un certain point la puissance. Heureux par contre que le premier ministre ait réalisé l’importance de ne pas court-circuiter nos efforts avec une autre ligne à haut voltage sans considérer l’unicité d’un legs forestier qui marque l’histoire du Québec.

Coureur des bois

Un chum, c’est un chum!

CHRONIQUE / Vous lisez le titre et vous pensez immédiatement aux malversations politiques avouées devant la Commission Charbonneau. C’est à croire que Bernard Trépanier, celui qui a utilisé ces mots pour décrire les liens qui unissaient des magouilleux, a contaminé à jamais l’expression et en a condamné l’utilisation pour décrire une amitié généreuse et plus sincère.

Réhabilitons-la dans l’ambiance d’un camp de chasse où un chef cuisinier peinant à se déplacer récompense avec ses talents culinaires le chum sans qui il ne pourrait plus chasser et régale les autres membres de l’expédition.

Ancien restaurateur, atteint de sclérose en plaques, une maladie paralysant 70 % de son côté droit et de 10 % du côté opposé, André Drapeau habite Saint-Simon-de-Bagot et vit un quotidien assez contraignant.

Il vient néanmoins se ressourcer chaque automne depuis une dizaine d’années en chassant en Estrie, une dose de bonheur qui lui est encore plus essentielle parce que son autonomie décline plus rapidement.

« Jusqu’à il y a deux ans, j’étais encore capable de marcher presque un kilomètre pour me rendre à ma cache. J’ai atteint le point où j’ai dû admettre qu’il me fallait céder cette place à un autre. J’ai cru que la chasse était finie. J’avais commencé à en faire mon deuil, à coups de rage et de pleurs. Un deuil de plus, après le golf et la pêche puisque ma condition ne me permet plus de prendre place dans une chaloupe » raconte M. Drapeau.

Parce qu’un chum est un chum et qu’un passionné de chasse peut comprendre la rupture qu’il vivrait s’il était privé de ce contact avec la nature et poussé à l’égard du cercle d’amis, Daniel Dostie se charge de palier aux limitations du chef qui gâte son estomac.

« Daniel m’a convaincu de continuer et grâce à lui, j’y arrive encore. Étant gaucher, ma mobilité est du bon côté et ayant toujours été un chasseur qui tire juste, quand j’appuie sur la gâchette, ça tombe », décrit fièrement celui qui s’apprête à se lancer avec son épouse dans le débitage de sa récolte des derniers jours, une femelle qu’il avait droit d’abattre avec un permis de cerf sans bois obtenu lors du tirage au sort réservé aux personnes handicapées.

« Malgré ses limitations physiques, André s’investit comme bénévole de notre club. C’est un sacré bon membre et j’ai autant de plaisir que lui, juste à l’aider. J’ai eu l’opportunité samedi matin de clore ma saison avec un beau six pointes. Si je l’avais fait, j’aurais risqué d’arriver en retard au rendez-vous fixé avec André. Il était la priorité de ma journée » me confie Daniel Dostie.

« André prend place dans une cache au sol, je l’installe avec un bon point d’appui, je m’assois à ses côtés et nous avons comme entente que c’est moi qui lui donne le feu vert pour tirer. André n’était pas un chasseur très expérimenté et il apprend d’une occasion à l’autre à mieux choisir sa cible avec le souci de saine gestion du cheptel dans notre secteur » ajoute celui qui préside le Club de Compton, dont le territoire se trouve dans la MRC du Haut-Saint-François.

M. Dostie présente sur sa page personnelle Facebook des extraits en vidéo de leur dernière chasse. La capacité d’adaptation de M. Drapeau est impressionnante. Son sourire, à ne point en douter, est celui d’un chum comblé!

Oups!

Je vous ai rappelé la semaine dernière de vous mettre à l’heure des nouveaux règlements sur la taille légale des bois (RTLB) s’appliquant pour le chevreuil dans les zones 6 Nord et 6 Sud, mais j’ai aussi par inadvertance retranché une journée de chasse à la saison à l’arme à feu. Gabriel Nadeau et Étienne Duteau, deux lecteurs attentifs et assidus, m’en ont fait la remarque. De fait, la dernière journée ne sera pas le 18, mais bien le dimanche 19 novembre.

Perspectives

Les persécutés

CHRONIQUE / Les policiers qui veulent soumettre une personne à un interrogatoire sont tenus de l’aviser qu’elle a le droit de garder le silence. Un politicien peut évidemment s’il le souhaite prendre cette voie pour sa sortie.

« Après la mêlée de presse de dimanche soir, pour moi, la page était tournée. Le reste, on va vous laisser ça aux journalistes. C’est un choix que je fais ».

À défaut d’exprimer le fond de sa pensée, M. Sévigny aurait eu intérêt à éviter les boutades lors de la passation des pouvoirs.« Bon, c’est le moment où il faut sourire » a-t-il lancé avant la photo symbolique.

Quels conseils avez-vous donnés à votre successeur?

« Se méfier des journalistes » a-t-il répondu. HA, HA. HA !

Cré Bernard, ça m’a rappelé le temps où TVA t’envoyait en reportage le soir d’une élection et que tu avais, toi aussi, à te montrer insistant pour satisfaire ton auditoire et tes patrons, en collant la lentille et le micro dans le visage du favori, qui crispait à la vue des premiers résultats.

Vous n’aviez pourtant qu’une courte phrase à prononcer devant les  journalistes, M. Sévigny, pour vous montrer collaborateur et bon joueur dimanche soir.: « ce ne sont pas les résultats que nous attendons, mais j’ai tiré de l’arrière durant tout le dépouillement de 2009 et ma victoire n’a été confirmée qu’autour de minuit. Laissez-moi y croire ».

Les reporters régionaux auraient eu du matériel pour démarrer leur couverture en direct et même les analystes nationaux se seraient montrés prudents avant d’écrire votre épitaphe. Mais non, vous vous êtes senti plus à votre place en retrait, dans un espace limité où l’accès était contrôlé.

Gagne ou perd, c’était prévu ainsi, avez-vous même pris soin de nous préciser. Tant qu’à vous trahir en nous confirmant que la distance de l’électeur avait peu d’importance pour vous, vous auriez été mieux de ne rien dire!

Vous auriez d’autre part été perçu comme un gentilhomme en acceptant les invitations à participer aux émissions matinales du lendemain à la radio, ne serait-ce que pour vous en tenir à des remerciement aux Sherbrookois, qui vous ont permis de grandir, personnellement et professionnellement, en vous accordant leur confiance durant huit ans.

Vous auriez obtenu 10, 15, 30 minutes, à différentes antennes, pour donner de la portée à votre message de reconnaissance.

J’ai réécouté votre brève allocution de 5 minutes, prononcée après que vous ayez admis tardivement que l’avance de M. Lussier lui assurait la victoire. Vous avez alors exprimé « votre fierté d’avoir été maire, d’avoir servi la Ville », vous avez vanté tous les membres de votre équipe, mais vous n’avez pas adressé un seul merci aux électeurs sherbrookois. Est-ce qu’ils n’en méritent pas, que le rejet d’un soir a déjà effacé de votre mémoire les remerciements généreux au terme de vos deux victoires?

À la suite d’une défaite politique, le silence colle généralement l’étiquette de mauvais perdant. Bernard Sévigny risque d’avoir de la difficulté à s’en défaire.

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La chasse aux journalistes est ouverte au Renouveau sherbrookois et Mariette Fugère, qui a mordu la poussière pour une deuxième élection de suite, met de la poudre dans le canon. « M. Lussier va goûter à la nature tordue des journalistes »!, a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

Vous vous souvenez que Mme Fugère avait plongé son ex-mari dans l’embarras, durant une campagne provinciale, en écrivant sur Facebook qu’en élisant Serge Cardin comme député, les Sherbrookois passeraient Jean Charest à la guillotine. Bien, elle a trouvé le moyen de récidiver.

Dans un salon funéraire, où elle s’est rendue pour exprimer ses sympathies à une collègue du Renouveau sherbrookois en deuil de sa mère, Mme Fugère s’est mêlée à une conversation au cours de laquelle un de mes amis chasseurs racontait qu’il revenait du champ de tir avec moi.

« T’as pas eu envie de le tirer ? Lui, il tire sur tout ce qui bouge à l’hôtel de ville ! »  Il y a plus d’un témoin.

Ce samedi-là, ma chronique vantait pourtant la prévoyance des gestionnaires qui font de Sherbrooke une ville très bien préparée pour réagir aux catastrophes naturelles et cela, parce que les élus débloquent les sommes nécessaires. Méchante job de mercenaire !

J’ai porté cette remarque déplacée à l’attention du directeur de cabinet du maire, Étienne Vézina, qui m’a demandé ce qu’étaient mes attentes. Il a été convenu ce jour-là que  j’allais y réfléchir.

Puis, à l’émission La Joute, commentant une pétition réclamant d’autoriser la chasse aux écureuils, l’analyste Luc Lavoie a échappé « qu’il aurait aimé pouvoir chasser les séparatistes ». Avec la fusillade de Las Vegas en manchette dans l’actualité, M. Lavoie s’en est vite excusé.

C’est alors que j’ai reparlé du sujet avec M. Vézina, à qui j’ai donné carte blanche pour traiter l’affaire comme il l’entendait.  Au journal, nous avons déjà convenu de ne pas traiter du sujet pendant la période électorale. D’autant que  mon partenaire de chasse est ensuite devenu l’un des organisateurs de Pierre Avard, le candidat indépendant ayant eu le meilleur sur Mariette Fugère dans le district du Pin-Solitaire.

La campagne a passé, j’ai fréquemment croisé le maire, et en quelques occasions Mme Fugère, pas la moindre allusion. Pas le moindre retour. Rien.

Sauf le chien de chasse qui aboie encore...

Je ne brise pas le silence pour déclencher une polémique et demander des excuses. Non, juste pour vous dire qu’en réponse au maire, je tourne la page.

Perspectives

La livraison par courrier prioritaire à l’élection

CHRONIQUE / Alors qu’on croyait les hostilités de la campagne municipale terminées, nous voilà à nous demander si la Commission municipale du Québec n’a pas elle-même manqué d’éthique en ne prenant pas les dispositions nécessaires pour que les Sherbrookois apprennent avant de voter que la plainte qui visait l’ex-maire Bernard Sévigny à propos du projet Well inc. était « manifestement mal fondée ».

La Commission municipale n’a même pas jugé nécessaire d’entreprendre une enquête pour en arriver à cette conclusion, tellement il lui est apparu évident que l’exclusivité accordée sans appel d’offres à un consortium pour la conception et la réalisation d’une première phase de revitalisation au centre-ville ne contrevenait à aucune règle.

Cette décision a été rendue par écrit en date du 1er novembre, soit quatre jours avant que les bulletins des électeurs tombent dans les boîtes de scrutin. Le temps que la correspondance se rende par le courrier régulier, le jour du vote était passé et le maire Sévigny était renversé.

Réponse bébête de l’autorité juridique et morale de la démocratie municipale : nous avons toujours communiqué nos décisions ainsi, par courrier, de manière confidentielle.

Autrement dit, la Commission est fort aise de ses procédures internes, même lorsque celles-ci ont préséance sur sa raison d’être, sur sa crédibilité et sur ce que l’on souhaite être ses principes d’objectivité et d’équité afin de prévenir qu’on condamne et qu’on salisse pour attirer l’attention et influencer le geste libre et symbolique de voter.

C’est une piètre excuse, un détachement aussi grave, sinon plus, que les habitudes reprochées à la moitié de l’électorat qui reste en marge et ne se déplace pas pour voter. Au fait, lançons-nous dès maintenant à la recherche des idées les plus créatives pour financer avec nos impôts une autre campagne humoristique, qui invitera cette fois la Commission municipale du Québec à ne plus exercer son mandat qu’à moitié en période électorale. Des fois que l’ironie décaperait une couche d’inertie!

Bernard Sévigny n’était pas seulement maire de la sixième ville en importance au Québec, il présidait l’Union des municipalités du Québec. Cela ne lui assurait en rien un traitement différent, mais ça rend la bêtise encore flagrante puisque, avec l’agitation des dernières années dans le monde municipal, M. Sévigny était une cible potentiellement exposée à l’enflure et à l’exagération.

Au-delà de cela, si l’on reconnaît à l’ex-conseiller Jean-François Rouleau ou à tout citoyen la pleine légitimité de contester lorsqu’un doute est soulevé, comment garantit-on les mêmes droits à celui qui est visé par une dénonciation dès qu’il est démontré que ce doute n’est pas fondé?

Au choc d’une amère défaite qui était peu prévisible au début de l’automne s’ajoute sans doute une vive déception chez Bernard Sévigny parce que la Commission municipale du Québec n’a pas démontré un très grand sens des responsabilités. Sans qu’on puisse vraiment le mesurer, l’ex-maire Sévigny a subi un préjudice évident dans l’appréciation de son travail.

Son successeur Steve Lussier, chevalier de la transparence, subira son premier véritable test. Hier, il lui a été facile de répondre qu’il n’avait pas pris connaissance de la décision de la Commission, mais admettra-t-il aujourd’hui aux Sherbrookois, en présence de celui dont il prendra le bureau, qu’il ne s’est pas privé d’être le rouleau compresseur d’une prétention « manifestement mal-fondée » pour discréditer le maire sortant?

Au moins, M. Lussier reconnaît déjà que, par souci d’équité, cette information aurait dû être portée à l’attention des Sherbrookois avant qu’ils fassent leur choix.

Comme les ministres provinciaux n’osent même pas critiquer la Commission municipale du Québec sous prétexte que l’indépendance des pouvoirs nous est plus précieuse que cette minable gestion de la démocratie, les pressions vers le changement devront vraisemblablement partir de Sherbrooke.

Notre communauté doit se mobiliser, s’élever au-dessus de la partisanerie et exiger de manière insistante que la Commission municipale du Québec passe à l’ère des communications instantanées, au moins lors de situations exceptionnelles comme celle que nous venons de vivre. Pas besoin de chercher longtemps pour trouver les numéros d’Urgence Environnement, des Services en sécurité civile 24/7 ou même de S.O.S. Braconnage. Comment rejoint-on Urgence démocratie pour parler à des gens alertes et responsables?

« Veuillez agréer, Monsieur Sévigny, l’expression de nos sentiments les meilleurs » exprime avec égard la secrétaire de la Commission, Me Céline Lahaie.

Une autre lettre suivra peut-être d’ici quelques jours, celle-là, signée par la présidente Brigitte Pelletier, qui s’excusera auprès de l’ancien maire pour les quelques inconvénients qui auraient pu lui être causés par les délais de livraison du courrier...

Sherbrooke

Mairie Inc.

CHRONIQUE / Pour la première fois depuis 35 ans, le maire que les Sherbrookois ont choisi dimanche ne vient pas du milieu institutionnel comme cela avait été le cas pour Jean-Paul Pelletier, Paul Gervais, Jean Perrault et Bernard Sévigny. Le premier avait préalablement dirigé le Service de police de Sherbrooke (SPS), MM. Gervais et Perrault avaient respectivement été directeur général et directeur des sports du Cégep tandis que M. Sévigny arrivait du corps professoral de l’Université.

Il y a donc une certaine concordance entre les intentions de l’ex-maire Sévigny de faire naître le Quartier de l’entrepreneuriat au centre-ville et l’élection de Steve Lussier, un homme de finances ayant également investi dans l’immobilier.

« Je ne m’étais pas arrêté à cela. Faut dire que les choses vont pas mal vite depuis le dévoilement des résultats. Pas grave, c’est ma cadence habituelle. J’aime que les choses bougent rapidement », répond celui qui s’apprête à prendre le pouvoir.

Après l’échange téléphonique de la veille avec M. Sévigny, le nouveau maire est brièvement passé à l’hôtel de ville mardi pour exprimer au directeur général son désir d’entreprendre l’examen des orientations budgétaires préliminaires sans attendre la cérémonie d’assermentation qui pourrait avoir lieu vendredi.

D’autre part, le maire Lussier ne prévoit pas s’entourer de collaborateurs provenant du monde politique. La garde rapprochée de Bernard Sévigny était constituée des anciens organisateurs souverainistes que sont Étienne Vézina et Sylvie Proulx ainsi que de l’ancienne adjointe du bureau de circonscription de Jean Charest, Julie Vinette. Jean Perrault avait quant à lui miser sur l’ancien conseiller municipal Jean-Yves Laflamme, puis sur la conjointe de ce dernier, Louise Allard, comme conseillers stratégiques.

Le consultant en communication et en marketing, Daniel Bergeron, qui a dirigé la campagne de M. Lussier, atterrira dans un bureau attenant à celui du maire, vraisemblablement comme directeur de cabinet. Si c’est le cas, il arrivera lui aussi dans la sphère du pouvoir comme recrue.

« C’est dans mon esprit une bonne nouvelle puisqu’il n’y a pas que l’arrivée du maire Lussier qui apportera du changement ».

Outre Daniel Bergeron, Claude Leblanc, André Castonguay et Carol Boulet ont joué des rôles de premier plan au sein de l’organisation ayant conduit Steve Lussier à la mairie. Ils sont tous les trois septuagénaires et retraités.

L’ancien gardien de prison Leblanc a été le premier à appeler publiquement à la mobilisation contre Bernard Sévigny.

« J’ai toujours répété que j’étais un organisateur politique et non un politicien. J’ai cru dès le départ que Steve avait le potentiel pour devenir maire et maintenant que c’est fait, je n’interviendrai d’aucune façon dans sa manière de diriger la Ville » précise-t-il.

Ancien officier du SPS, André Castonguay, qui a également été professeur à l’Institut de police de Nicolet, voit les choses de la même façon.

« Le manque de transparence de Bernard Sévigny a motivé mon engagement. Comme les Sherbrookois ont aujourd’hui l’assurance que cette gestion va changer, mon travail est fait ».

Le moins connu du quatuor est Carol Boulet, un ingénieur ayant travaillé dans le secteur pétrolier et qui a choisi Sherbrooke comme milieu de vie pour la retraite. Âgé de 72 ans, M. Boulet est encore actif comme consultant en gestion.

« Ce n’est pas parce que M. Lussier ne provient pas du milieu institutionnel qu’il ne croit pas à l’importance des maillages au sein du pôle universitaire. Lui autant que moi sommes convaincus que la dynamique du pôle universitaire doit rester au cœur du plan d’action de Sherbrooke ».

M. Boulet ne comprend par ailleurs pas le choix de l’administration Sévigny d’avoir confié au directeur général de la Ville, Yves Vermette, la phase finale de recrutement d’un transporteur aérien pour offrir une desserte commerciale à partir de Sherbrooke.

« Le développement est une tâche relevant des élus, pas d’un directeur général. Le responsable d’une organisation de la taille de la Ville de Sherbrooke a bien plus important à faire » juge M. Boulet.

Il n’en demeure pas moins que Steve Lussier se retrouvera en présence de sept conseillers réélus qui ont appuyé autant Well inc. que le projet d’expansion de l’aéroport. Parmi les vétérans, seule Annie Godbout avait émis des réserves face à la navette aérienne.

« Le maire Lussier va demander tous les chiffres et ceux-ci seront fournis à l’ensemble des élus. Ces derniers pourront ainsi mieux comprendre les impacts sur les finances de la Ville et le compte de taxes des citoyens » estime Daniel Bergeron.

Le parti pris pour la vérité dont se targue la nouvelle administration poussera-t-il le conseil municipal à reculer?  

J’ai certains doutes, car à la suite d’un changement de maire, j’ai plus souvent été témoin du contraire. C’est celui qui arrivait, qui finissait par admettre que les projets n’étaient pas si mal ficelés.

Perspectives

La ruade et le cavalier déchu

CHRONIQUE / Le maire et cinq de ses conseillers mis à la porte, le message ne peut pas être plus clair. Les Sherbrookois ont tiré un trait sur l’ère de Bernard Sévigny sans lui permettre de devenir le premier maire à diriger la ville unifiée pour un troisième mandat.

Des bourrasques ont secoué la région durant toute la journée du vote, mais on ne les attendait pas aussi fortes à l’heure du dévoilement des résultats. La directrice de campagne du maire Sévigny, Sylvie Proulx, n’avait rien vu de cette tempête sur ses radars.

Les organisateurs du Renouveau sherbrookois avaient mis les bouchées doubles pour pointer 40 800 électeurs, deux fois plus qu’en 2013. Avec près d’une centaine de bénévoles déployés sur le terrain, ils estimaient avoir déployé les efforts nécessaires pour assurer la réélection du maire en plus de viser une représentation majoritaire de conseillers. Il n’en restera que deux sur 14.

M. Sévigny s’est pointé au lieu de rassemblement de son parti dès la fermeture des bureaux de scrutin. Il a cependant pris ses distances des caméras et des journalistes dès l’apparition des premiers résultats annonçant sa défaite.

Sa conjointe, la ministre fédérale Marie-Claude Bibeau, s’est même posée en préfet de discipline lorsque j’ai tenté d’atteindre le maire au deuxième étage du restaurant Le Bouchon pour obtenir ses premiers commentaires.

« Non, non, nous descendrons vous voir » m’a lancé sèchement la ministre Bibeau qui a servi le même genre de remarque à un confrère de la télé de Radio-Canada Estrie.

Au diable la retenue et le protocole!

La soirée électorale a été à l’image de la campagne du Renouveau sherbrookois : pas très réussie.

Ne vous inquiétez pas, ces premiers résultats sont la compilation du vote par anticipation, les vrais chiffres, ceux qui renverseront cette tendance, ne tarderont pas, a-t-on d’abord véhiculé au sein de l’équipe de M. Sévigny. Ça ne s’est jamais produit.

Le vote par anticipation qui avait sauvé le premier ministre Jean Charest d’une défaite annoncée par Radio-Canada, il y a dix ans, avait été calculé à la fin du dépouillement. Ces voix étaient venues pondérer une dégringolade de fin de campagne des libéraux.

Cette fois, les votes précédant d’une semaine le scrutin général ayant été dépouillés en premier, les résultats ayant suivi ont confirmé la ruade jusqu’à creuser une majorité de près de 6000 voix en faveur de Steve Lussier.

Malgré cela, ce n’est que très tardivement que le maire Sévigny a concédé la victoire à M. Lussier et l’a contacté pour le féliciter.

Le cavalier tombé en bas de sa monture aurait pu se montrer plus courtois et plus diplomate, lui qui avait été privé des traditionnelles réjouissances à l’hôtel de ville lors de sa toute première victoire en 2009. Sa mince victoire par 122 voix avait été confirmée très tardivement.

Le nouveau maire ainsi que plusieurs des conseillers réélus ont tout de même assisté au dévoilement des résultats officiels par la directrice du scrutin Me Line Chabot. Quelques minutes auparavant, le temps d’une photo, Steve Lussier a pris place dans le fauteuil qu’il occupera au cours des quatre prochaines années.

« La tâche ne m’intimide pas. Mon équipe et moi nous avons travaillé fort pour atteindre cet objectif. La nuit porte conseil et je commencerai dès demain à réfléchir à la mise en place des comités », a déclaré le candidat victorieux.

« L’échange téléphonique que j’ai eu avec M. Sévigny a été très correct. Je l’ai senti sincère dans son désir de collaborer pleinement à la transition. Ça devrait bien se dérouler », a-t-il ajouté.

Bernard Sévigny est le deuxième maire de Sherbrooke (incluant l’époque de l’ancienne ville) à subir une défaite surprise tout en occupant la présidence de l’Union des municipalités du Québec.

Jean-Paul Pelletier avait délogé Jacques O’Bready dans des circonstances à peu près similaires au début des années 1980. Tout comme ce fut le cas hier pour M. Sévigny, rien ne laissait présager une défaite du maire sortant quelques mois avant l’élection.

La rebuffade est également sévère pour les vétérans Robert Pouliot et Diane Délisle, eux qui représentaient pourtant des valeurs sûres parmi les sièges que le Renouveau sherbrookois croyait pouvoir conserver.

Avec l’élection d’Évelyne Beaudin, le parti Sherbrooke Citoyen obtient une première place au conseil municipal. Un bel encouragement pour préparer la prochaine campagne.

Sherbrooke

Ils méritent une réponse

CHRONIQUE / C’est ma dixième campagne municipale à Sherbrooke. J’en ai vécu des plus captivantes. Celle qui se terminera avec le scrutin de dimanche a tout de même quelque chose de réconfortant.

Après les échanges stériles et le désert d’idées de 2013, durant l’élection au terme de laquelle Bernard Sévigny a obtenu une passe gratuite en face d’adversaires qui n’avaient ni le contenu ni la stature pour devenir maire de Sherbrooke, l’automne a été un printemps de renaissance dans notre démocratie municipale. Des prétendants plus articulés, capables d’argumenter et de défendre de nouvelles idées ont cette fois alimenté des débats plus relevés.

Tant mieux!

Le maire Bernard Sévigny et les membres de son parti devaient s’attendre à ce qu’il en soit ainsi, que la lutte soit plus corsée. Plus les années au pouvoir passent, plus il y a d’occasions de penser que les choses auraient dû être faites différemment. Le fardeau de la preuve revient alors à celui ou celle qui prétend que ses choix ont été les bons. Pour reprendre une expression que j’ai déjà entendue en coulisses une élection est une purification par le feu pour un élu sortant.

Le maire Sévigny  a-t-il démontré suffisamment de conviction et d’aplomb pour mériter un renouvellement de mandat? Je me suis toujours gardé d’exprimer mes préférences à la veille d’un scrutin et la présente élection ne fera pas exception. Je ne m’en tiendrai qu’au contexte en vous laissant l’entière responsabilité de juger la valeur des candidats et celle de leurs idées.

Le premier handicap que les principaux adversaires de M. Sévigny avaient à surmonter est leur faible taux de notoriété. Steve Lussier et Hélène Pigot étaient peu connus des Sherbrookois.

Ça n’a pas à voir avec eux. C’est la réalité du monde politique dans lequel ils tentent de poser le pied. Un sondage professionnel réalisé pour La Tribune avait confirmé en 2010 qu’à peine 50 % des Sherbrookois pouvaient nommer leur maire et cela un an après son élection comme successeur à Jean Perrault. L’entourage de M. Sévigny avait alors qualifié ce résultat de progrès significatif puisqu’une évaluation interne du Renouveau sherbrookois avait situé la cote notoriété de son chef à seulement 26 % lorsque Bernard Sévigny a participé à sa première campagne à la mairie. Et cela, même si M. Sévigny occupait un fauteuil de conseiller depuis huit ans à l’hôtel de ville.

Celles et ceux qui croient pouvoir courir en seulement quelques mois l’ultramarathon sur la distance séparant les enjeux municipaux des préoccupations du bon peuple sont mieux d’être bien chaussés. Les électeurs ont beau être soumis à un bombardement d’information intensif durant un mois, le taux de pénétration des messages livrés lors des conférences de presse quotidiennes est assez limité. De plus, les quelques étincelles que provoquent les débats n’ont très souvent que la durée de vie de feux de Bengale sur un gâteau d’anniversaire.

Hélène Gravel s’est approchée à 122 voix de son rêve en 2009, mais à sa deuxième participation à la mairie. S’étant préalablement mesurée à Jean Perrault, Mme Gravel avait eu droit à un cours de politique en accéléré pour améliorer ses réflexes politiques. La clarté des idées, la capacité à vulgariser, la vivacité d’esprit et le sens de la répartie pour se démarquer et s’ancrer dans l’esprit de l’électeur jusqu’à ce qu’il coche le bulletin de vote, les coureurs de fond sont mieux de savoir aussi sprinter. Et d’être capable de parler sans paraître essoufflé! Or, quelques moins d’entraînement suffisent rarement pour rallier le fil d’arrivée en premier.

Ne cherchez pas de message subliminal dans mon propos. Ne l’interprétez pas comme un appui déguisé au maire Sévigny avec une certitude qu’il va l’emporter. Une victoire de M. Lussier ou de Mme Pigot est possible. Mais en plus d’être une surprise, elle s’inscrirait parmi les rares cas où les Sherbrookois ont remis les clefs de la mairie à un candidat n’ayant aucune expérience politique, municipale ou autre. Le dernier fut Paul Gervais, en 1990. Ça fait tout de même un quart de siècle.

Le choix du prochain maire n’est pas le seul enjeu de l’élection de dimanche à Sherbrooke, car même si M. Sévigny est réélu avec une avance appréciable, sa zone de confort rétrécira assez vite s’il se retrouve avec une répartition quasi équitable de conseillers municipaux du Renouveau sherbrookois, de Sherbrooke Citoyen et de candidats indépendants.  

Le ménage à deux était déjà passablement compliqué à l’hôtel de ville, il le serait davantage à trois!

Au-delà des personnes et des partis, des candidats sont prêts à s’investir au bénéfice de la collectivité et prêts aussi à renoncer à une partie de leur vie privée et à accepter la critique. C’est de plus en plus rare.

Tous ces candidats ont été bombardés de questions avec la pression d’avoir à répondre sans paraître trop maladroits. Tous ne gagneront pas, mais tous ont minimalement mérité qu’à notre tour, nous leur répondions comme électeurs en allant voter.

perspectives

Le village dans la ville

CHRONIQUE / Roy Patterson prend la bouchée un peu moins grosse, au lieu de proposer ses services comme maire comme en 2013, il convoite le poste de représentant de Lennoxville à l’hôtel de ville. Cela ferait de lui le premier « conseiller indépendant indépendantiste », car il propose rien de moins qu’un détachement de la ville unifiée.

Il commence par présenter sa démarche « comme de la prévoyance » juste au cas où les anglophones ne seraient plus majoritaires en 2021, au moment où cette communauté commémorera ses 150 ans. De crainte aussi que la prochaine réforme politique et administrative n’en fasse même plus un arrondissement distinct.

«Nous ne voulons pas être une partie d’une grande ville, nous sommes un village et comme d’autres villages de 5000 habitants, nous pouvons nous administrer nous-mêmes», clame-t-il.

M. Patterson convient que le chemin de la sortie devrait passer... par une autre fusion! Avec Cookshire-Eaton ou Waterville, qui sont pour lui «des jumelles de Lennoxville.»

Resteriez-vous sous la protection de la police de Sherbrooke ou opteriez-vous pour les équipes de la SQ desservant la MRC du Haut-Saint-François ou de Coaticook? « Je viserais une entente de service avec Sherbrooke », répond M. Patterson.

Les «jumelles» devraient-elles intégrer vos pompiers volontaires à leur schéma de couverture de risques ou vous attendriez la caserne et les pompiers permanents de Sherbrooke annoncés pour 2019? « Cette deuxième option serait probablement la meilleure ».

Comme une partie de l’eau potable alimentant les foyers de Lennoxville provient maintenant du réseau de Sherbrooke et que vos eaux usées sont acheminées et traitées à l’usine principale de la grande ville, vous miseriez également sur des ententes pour ces services? «Honnêtement, je ne sais pas où vont nos égouts, mais je suis persuadé que Sherbrooke serait prête à négocier sans trop serrer la vis et sans nous prendre en otages.»

Dans une communauté étudiante comme Lennoxville, ce serait un must d’ajouter le transport en commun sur la liste des services à la carte, tout comme il serait évidemment logique que vos jeunes hockeyeurs continuent à jouer à l’aréna du nouveau complexe sportif de Bishop’s plutôt que d’avoir à se rendre à Coaticook ou East Angus, non?

«Si après analyse il s’avérait qu’on est mieux de rester à Sherbrooke, ce serait au moins notre choix en toute liberté», justifie le partisan de la défusion.

«Oui, nous avons été poussés vers la grande ville de Sherbrooke par Québec, mais il a aussi fallu se rendre à l’évidence qu’avec autant de services en commun, nous étions déjà passablement intégrés. Ce désir d’autonomie, je l’entends encore régulièrement. Je le comprends, et ça prendra probablement deux générations avant qu’il disparaisse. Mais il ne faut pas rêver en couleur», commente David Price qui, en tirant un trait sur la politique municipale, a quitté la présidence de l’arrondissement de Lennoxville après avoir été l’un des maires de cette ville.

Je me suis arrêté à la quincaillerie Clarke, qui est à Lennoxville l’institution que sont les Restaurants Louis à Sherbrooke.

«Tous les gens ici se saluent, se connaissent. Nous formons une communauté à part entière. Bien sûr que j’aurais préféré que notre ville reste notre ville, mais lucidement, un retour en arrière ne me semble plus possible 15 ans après la fusion», me confie son propriétaire John Grease.

Lennoxville est un village dans la ville, mais c’est aussi un Well inc. qui existe déjà sur l’artère qui, plus au sud, s’appelle la rue Queen.

Il a abondamment été question d’économie au cours de la campagne électorale municipale. Les candidats à la mairie ont débattu sur le Quartier de l’entrepreneuriat et nous ont parlé du pôle universitaire. Mais pas de Global Excel, la firme sherbrookoise née dans un duplex de Lennoxville, qui dessert plus de 300 clients commerciaux dans une quarantaine de pays, qui emploie aujourd’hui 700 personnes à travers le monde dont la moitié à Sherbrooke. Elle vient de lancer les travaux de son nouveau siège social, un immeuble de 5 M$ qui se voudra un environnement stimulant avec un atrium, des installations sportives, etc.

Une autre expansion entièrement financée par des capitaux privés, sans rampe de lancement publique. Un succès planétaire dans le créneau ultra spécialisé des services d’assistance médicale et de gestion des réclamations d’assurance que l’atout de notre bilinguisme rend possible. Pas pire pour une compagnie ne figurant même pas dans le registre des entreprises de Sherbrooke Innopole!

Ça prenait bien un Roy Patterson avec son rêve fou d’indépendance pour orienter notre regard vers des réalisations aussi concrètes pendant qu’on sollicitait notre vote en nous promettant mer et monde...

PERSPECTIVES

L'environnement poussé sous la table

CHRONIQUE / J’ai pris le lunch mardi avec des Sherbrookois teintés du même vert foncé que les territoires d’intérêt écologique que la Ville a identifiés pour baliser son développement. Ces sentinelles trouvent que l’automne électoral a été pâle, que l’environnement a été poussé sous la table au cours de la campagne qui s’achève.

« Plusieurs des engagements qui avaient été pris n’ont été que de la poudre aux yeux. Sherbrooke avait l’ambition de devenir un modèle et même si elle forme 60 % des diplômés québécois en environnement, elle traîne encore le pas », déplore l’ex-directeur du Centre de formation en environnement de l’Université de Sherbrooke Michel Montpetit.

Ce dernier a présidé en 2008 le groupe de travail sur les aires écologiques dans le cadre de la démarche Dialogue-citoyens ayant mené à l’élaboration d’un plan d’action qui devait faire de Sherbrooke LA ville verte au Québec, « en protégeant 10 % de son territoire en aires écologiques et 10 % de son périmètre urbain en aires récréatives ». Une orientation que les élus municipaux avaient endossée.

La cible a été ramenée dans le schéma d’aménagement de 2013 à « la préservation de 12 % du territoire en milieux naturels dans une perspective de biodiversité et de développement durable ». En novembre 2014, la Ville annonçait « que les acquisitions du boisé Fabi, du boisé des Deux-Ruisseaux, d’un terrain à l’est du mont Bellevue ainsi que d’un autre au nord est du marais Réal-D.-Carbonneau assuraient désormais la protection de 6 % du territoire.  

« Ces initiatives avaient été prises pour progresser vers l’atteinte des engagements pris en marge de Dialogue-citoyens. D’autres recommandations se retrouvent dans le schéma d’aménagement comme le souhaitaient les membres de la Table sur les aires écologiques. Nous avons agi conformément aux volontés exprimées », affirme la conseillère Christine Ouellet, membre de l’équipe Sévigny, qui a eu la charge du comité de l’environnement au cours du dernier mandat.

Il est vrai que les cartes municipales sont maintenant plus élaborées pour l’identification de zones ayant un potentiel écologique moyen, fort ou très fort. Le secteur litigieux du boisé Belvédère est l’un de ceux-là.

« Malgré cela, pour cette administration, le développement prime sur tout. La Ville a préféré se référer à une étude d’entrave à la construction payée par un promoteur pour évaluer un plan de lotissement que de se fier à l’étude qu’elle avait commandée à une firme professionnelle ayant mis sa grille d’évaluation en doute », soulève comme contradiction Martin Gagnon, un des militants pour la protection de ce boisé.

La firme sherbrookoise Aqua-Berge a effectivement conclu en 2011 que, selon elle, « la Ville n’avait pas fait ressortir la valeur réelle de trois peuplements forestiers ayant une valeur écologique très élevée ».

La conseillère Ouellet est incapable de chiffrer le pourcentage de protection aujourd’hui atteint à l’échelle de la ville.

« Si vous survolez Sherbrooke, l’abondance de la végétation vous confirmera qu’il n’y a pas péril en la demeure », illustre-t-elle.

La Ville a signé une entente en 2015 avec l’organisme Nature des Cantons-de-l’Est pour solliciter l’adhésion de propriétaires privés à une stratégie de conservation volontaire.

« L’an dernier, nous avons obtenu la caution morale et amorcé des travaux de caractérisation chez des propriétaires dont les terrains représentent une superficie de 130 hectares. Je ne peux cependant vous dévoiler les chiffres de cette année avant de les avoir communiqués à la Ville », rapporte le coordonnateur sur le terrain, Mathieu Dufresne.

L’administration Sévigny essuie par ailleurs des reproches pour son inertie au bois Beckett.

« Depuis que la Ville a échangé des terrains en 2009 avec le promoteur Denis Custeau pour doubler la superficie de cette forêt, elle n’a rien fait. On rit carrément de nous », déplore Claude Cinq-Mars, membre du Regroupement du Bois-Beckett.

Avant même l’élection du prochain maire et du prochain conseil, ces militants ont appris par la bande que leur demande de financement pour l’entretien des sentiers n’a pas été retenue par la direction générale, dans l’analyse du budget 2018.

« Avec le recul, on se rend compte qu’on est au même point qu’il y a dix ans. On n’entend plus parler de rien et la préoccupation environnementale qui devait entrer en ligne de compte dès la phase de planification des projets n’existe toujours pas. Pas plus d’ailleurs que le comité de gestion des espaces verts, dont la pertinence avait pourtant été convenue », ajoute Lucie Desgagné, qui est du groupe du boisé Fabi.

Serait-ce que les fissures dans l’asphalte retiennent encore plus d’attention en 2017 à l’hôtel de ville et dans nos chaumières que les failles dans notre développement? Bien triste constat.

Luc Larochelle

Le chaud et le froid avec Denis Pellerin

CHRONIQUE / Denis Pellerin est un homme aux opinions tranchées et acérées. Un allié potentiel... potentiellement risqué!

Une récente conversation téléphonique entre le directeur de campagne de Steve Lussiser et M. Pellerin, qui visait au départ à calmer le jeu à propos d’échanges sur les médias sociaux, a débouché sur une main tendue se terminant par un virulent coup de bélier.

Avant de vous amener en coulisses, bref retour sur le personnage. Parmi les prétendants à la mairie, Denis Pellerin est dans une classe à part avec Bernard Sévigny pour sa connaissance des rouages municipaux. Il est maître dans l’art de découvrir les subtilités et il vulgarise assez bien les dossiers compliqués.  

Malgré cela, il mène une troisième campagne à la mairie en solitaire.

« Je ne veux pas de campagne d’image. La politique avec de grosses équipes est dépassée et, à la limite, je ne cherche même pas la reconnaissance. »

Pas de reconnaissance, pas de votes. Pas de votes, pas de poste. Parlez-vous seulement pour parler?
« Non, pour dire les vraies choses », juge-t-il.

Voici l’intégrale du dernier segment d’une conversation ayant eu lieu il y a une semaine entre Denis 

Pellerin et le directeur de campagne de Steve Lussier, Daniel Bergeron.

— « Une question de toi à moi : as-tu l’intention d’aller jusqu’au bout? »

— « Bien sûr. Mais, quoi, tu voudrais que je me retire en faveur de Steve », questionne M. Pellerin

— « Tes années d’expérience te donnent de la crédibilité, c’est juste que t’as un problème d’exposition et de publicité. C’est une job d’image aussi... »

« Je sais... »

« On s’entend que je ne rampe pas devant toi pour te demander de te retirer... »

« Non, je n’ai pas le sentiment que tu rampes, je comprends que tu me poses une question qu’Hélène Gravel ne m’a pas posée en 2009 et qui, peut-être, aurait pu lui permettre de gagner. »

« Sans vouloir te dissuader, si ton intention était d’abandonner, on pourrait s’asseoir et regarder comment tu pourrais donner ton appui à Steve tout en expliquant le pourquoi », ajoute le responsable du camp Lussier.

Cette discussion a eu lieu avant la publication des résultats du sondage ayant placé M. Lussier au deuxième rang dans les intentions de vote et qui refoulait le candidat Pellerin à moins de 3 %, beaucoup moins que les 14 % qu’il a récoltés en 2013. Elle prend fin sans engagement de part et d’autre, sans que Denis Pellerin repousse les avances.

La conversation a été enregistrée par Daniel Bergeron, qui a accepté de la rendre disponible afin que les électeurs puissent juger, étant donné que c’est son interlocuteur qui a révélé la teneur d’échanges qui devaient être privés.

En entrevue, mercredi dernier, Denis Pellerin a été incisif.

« Les libéraux n’avaient personne à mettre sur la chaise et, ce n’est pas fin ce que je vais dire, mais ils n’ont trouvé qu’une mitaine. Les Sherbrookois seraient pires avec M. Lussier qu’avec Bernard Sévigny. Le maire cache de l’information, on sait qu’il n’est pas transparent, mais au moins, lui, on le connaît... »
Vous vous montrez réceptif à une offre du camp de Steve Lussier un jour, et le lendemain vous lui sciez les deux jambes?

« Je me gardais des portes ouvertes. Mais un gars qui parvient en quelques jours à ramasser 700 000 $ en capital de risques, j’ai peur de qui est derrière », assume Denis Pellerin.
Daniel Bergeron s’emploie à réduire la portée de ce désaveu fracassant en fin de campagne.

« Nous n’avions d’aucune façon sollicité M. Pellerin avant la campagne. Là, il a joué la game parce qu’il se cherchait des amis. Nous n’avons aucun lien avec l’équipe du ministre Luc Fortin ou avec l’organisation libérale. Les électeurs ne prêteront aucunement attention à des insinuations qui ne sont pas fondées », réplique le directeur de campagne de Steve Lussier.

Comme pour la météo, on vient de passer du chaud au froid dans les rapports entre les candidats Lussier et Pellerin.

Plus rentable qu'on pense

J’ai irrité les dirigeants de Sherbrooke Citoyen en écrivant samedi « qu’ils avaient bousillé leur proposition d’utiliser une partie des fonds des caisses de retraite des employés municipaux pour financer des logements sociaux ».

« De la façon dont vous avez présenté les choses, vous avez discrédité notre idée sans même apporter la nuance que nous parlons d’immobilier au sens large. Concert Properties, par exemple, qui appartient à des caisses de retraite de la Colombie-Britannique, a obtenu de très bons rendements avec plusieurs projets de logements abordables. Les caisses de retraite des employés de l’État et des enseignants de la Californie, tout comme celles de l’État de New York ont diversifié leurs stratégies d’investissements sans abaisser leurs critères de rentabilité. Ce n’est pas une idée lancée en l’air », a tenu à corriger le parti par le biais de sa candidate dans le district du Carrefour, Évelyne Beaudin.

Une mise au point qui aurait été taillée sur mesure pour le débat de la Chambre de commerce. Sauf qu’elle n’est jamais venue.

En politique, une bonne idée progresse à la vitesse des opportunités qu’on saisit pour qu’elle s’imprègne dans l’esprit des électeurs. De ces opportunités, il ne faut pas trop en bousiller.