Chroniques

Se mettre à l’abri des soupçons

PERSPECTIVES / La Sûreté du Québec refuse de se prononcer sur le fondement d’irrégularités que la commissaire adjointe aux plaintes et à la qualité des services du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Chantal Lessard, impute aux propriétaires de la résidence Sawyerville et que ceux-ci nient toujours avec véhémence.

La SQ ne s’avance même pas quant à ses intentions d’enquêter ou pas sur les pratiques douteuses ayant servi à justifier la révocation de la certification de cette résidence privée qui hébergeait 23 personnes âgées.

« Nos enquêtes ne sont pas publiques », s’est limitée à préciser la porte-parole régionale, Aurélie Guindon, en réaction aux informations dévoilées samedi par La Tribune.

Aucune surprise, c’est la réserve habituelle de la police. À l’opposé, les moult détails dévoilés publiquement par la commissaire Lessard sortent, eux, du cadre habituel des enquêtes de nature criminelle.

Mme Lessard a reconnu publiquement avoir déposé une plainte à la SQ, avouant avoir appris par la suite qu’elle ne pouvait être elle-même plaignante. Elle a ajouté avoir reçu confirmation des autorités policières qu’il en aurait été autrement si les anomalies reprochées aux propriétaires de la résidence Sawyerville avaient été signalées par un pensionnaire sain d’esprit.

Plutôt expéditif comme procès! La retenue aurait plutôt été de mise.

J’ai dévoilé samedi dernier des dessous de l’enquête administrative sans émettre d’opinion. Voici ma lecture des événements.

Premier constat : chassez de votre esprit toute intention malveillante, tant de la part des propriétaires de la résidence Sawyerville que du côté des représentants gouvernementaux. Rien ne le démontre de façon évidente.

Le processus d’accréditation est en lui-même laborieux. Alain Parenteau et Gilles Daoust ont fait preuve d’agacement durant l’exercice de reddition de comptes déclenché à peine six mois après avoir obtenu une certification qui devait être valide pour cinq ans. Mais pour tracer un parallèle, combien de vos proches ou de vos patrons ont décrit une vérification fiscale comme étant utile et agréable?

Les convictions personnelles de MM. Parenteau et Daoust ont d’autre part exacerbé leurs sentiments, notamment avec le rappel « de laisser le résident qui le souhaite utiliser librement les services de soutien à domicile, tel que l’aide aux bains ».

On ferait le calcul qu’il s’avérerait probablement moins coûteux pour l’État d’offrir une compensation financière aux résidences pour ce service à la carte au lieu d’y envoyer une ressource du secteur public une fois par semaine. Un détail dans la mer des contradictions débattues dans ce dossier depuis deux semaines, direz-vous, mais un des 11 rappels signifiés par la commissaire aux plaintes le 12 septembre. Les intimés ont toutefois d’autres forums pour contester les choix gouvernementaux.

Chantal Lessard recommandait dans la même lettre d’éviter « un potentiel conflit d’intérêts en effectuant la gestion financière de pensionnaires ». Ce service était notamment rendu par les propriétaires de la résidence Sawyerville à une cliente qui vivait à cet endroit depuis plus de 20 ans et qui leur avait accordé ce pouvoir par procuration légale du temps où elle était parfaitement lucide. Voilà tout de même le genre de services que des gestionnaires devraient refuser d’un point de vue éthique et pour se mettre à l’abri de tout soupçon, a insisté la commissaire Lessard.

Avec raison. Mais c’est justement là où le bât blesse : les détenteurs de pouvoirs conférés en vertu de la Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés et toute autre personne en situation de vulnérabilité n’ont pas su, eux-mêmes, se mettre à l’abri de tout soupçon de partialité.

Alors que la commissaire adjointe a proclamé son indépendance d’esprit et sa pleine autonomie pour enquêter dès le début de l’entrevue avec La Tribune, c’est un avis légal réclamé par une représentante du CIUSSS qui a confirmé le droit légitime des propriétaires de pouvoir enregistrer les discussions, lors de rencontres s’étant avérées tumultueuses.

Tel que rapporté samedi, la commissaire Lessard s’est d’ailleurs empêtrée dans des contradictions à ce sujet. Ses propos étaient sincères, ils n’étaient aucunement ceux d’une personne imbue de pouvoir, mais en face d’un jury ou d’un juge, ils auraient porté atteinte à sa crédibilité.

D’autre part, si Mme Lessard a été avisée par la police que sa plainte du 30 août ne pouvait pas déclencher d’enquête, pourquoi retrouve-t-on dans l’avis annonçant l’intention de révoquer le certificat de conformité, signifié le 16 octobre et signé par une répondante administrative en titre, une allusion très explicite à cette enquête ainsi qu’à l’obligation d’un exploitant d’informer les autorités sans délai « de toute accusation relative à une infraction ou à un acte criminel qui serait portée contre lui »?

Si certains rappels étaient nécessaires et pertinents, celui-là poussait la note un peu fort. D’autant qu’il était suivi d’une remarque à l’effet que « la difficulté (des propriétaires) à gérer certaines émotions, telles que la colère et l’agressivité », alimentait des craintes pour la clientèle.

Même en face d’un terrible abus de la part d’un commerçant à l’égard d’un consommateur, un juge de la Cour des petites créances serait probablement blâmé si la condamnation qu’il imposait au coupable mettait son entreprise en péril. Ce sont pourtant les conséquences directes de la révocation d’un permis pour opérer une résidence pour personnes âgées.

Madame la ministre (Marguerite) Blais, vous qui êtes désignée comme répondante de cette loi à titre de ministre responsable des Aînés, sans blâmer, sans insinuer qu’il y a eu incompétence ou mauvaise foi, je vous prie de rappeler sagement à vos répondants que la protection des droits devrait être la même pour tous. 

Chroniques

Les dessous de l'enquête sur la maltraitance

PERSPECTIVES / Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a annoncé le 19 novembre la révocation de la certification de la Résidence Sawyerville, une décision ayant provoqué depuis le déplacement des 23 personnes âgées qui vivaient à cet endroit.

À ce jour, la justification publique « d’avoir ainsi voulu veiller à ce que la clientèle reçoive des services conformes et sécuritaires » a été seulement celle de l’entité administrative dispensant les soins de santé et gardienne des normes régissant les résidences privées pour personnes âgées.

Or, la pertinence ainsi que l’urgence d’intervenir dans ce dossier reposent fondamentalement sur les résultats d’une enquête effectuée par la commissaire adjointe aux plaintes et à la qualité des services en Estrie, Chantal Lessard. Cette dernière prétend avoir traité le dossier avec diligence et discernement, au même titre que si vous ou moi avions exprimé des inquiétudes pour un proche ou de l’insatisfaction face à des services.

La Tribune a épluché ces derniers jours des rapports ainsi que la correspondance échangés entre les parties n’étant pas parvenues à résoudre des différends beaucoup plus profonds que ce qu’on en savait.

« Je ne peux pas interpréter les comportements et je ne m’avancerai pas à dire s’il y a eu malversation ou pas. Ce n’est pas mon rôle. J’avais à juger de la gestion financière et à partir du moment où j’ai constaté que des frais questionnables s’élevant à plus de 1000 $ avaient été facturés et que cela se produisait de façon répétitive, une p’tite lumière s’est allumée.

« Plusieurs situations m’ont influencée, assez pour m’inquiéter. Je n’aurais pas déposé de plainte à la Sûreté du Québec et je n’aurais pas poussé ça aussi loin si ce que j’avais observé était banal, si seulement de petits montants avaient été en cause », confirme Mme Lessard.

Les « irrégularités » qui auraient ainsi été relevées dans la gestion de la Résidence Sawyerville ont été signalées à la SQ le 30 août, en invoquant la Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés et toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité.

« C’est de ma responsabilité, c’est inscrit dans les étapes à suivre. J’ai eu quelques rencontres avec un enquêteur et je sais pour quelle raison la plainte n’a pas été retenue : on m’a expliqué que j’avais contaminé la preuve en formulant des suggestions aux propriétaires quant à la façon de faire les choses. Jamais un policier n’ira dire à une personne sous enquête, vous auriez dû faire ceci ou cela, c’est sûr. D’autre part, c’est quant à moi la preuve que ma démarche auprès des propriétaires de la Résidence Sawyerville était de bonne foi et qu’elle s’inscrivait dans un processus d’amélioration des pratiques.

« Deuxième élément, je ne savais pas qu’une plainte ne pouvait être portée que par un plaignant. Or, dans le cas qui nous occupe, l’état de santé de la personne concernée ne permettait pas qu’elle porte plainte elle-même. Mais on m’a confirmé qu’avec une personne apte, la plainte aurait été retenue », rapporte la détentrice du poste que le gouvernement provincial a identifié comme porte d’entrée de tout signalement de cette nature.

L’enquêteur au dossier étant absent cette semaine, la SQ n’a pas pu confirmer ou infirmer les prétentions de Mme Lessard quant au traitement de cette plainte.

Les propriétaires de la Résidence Sawyerville, eux, ont appris le signalement à la police seulement le 16 octobre, dans l’avis d’intention de révocation de leur certification.

« J’ose croire que si la Sûreté du Québec avait eu des motifs sérieux de croire qu’il puisse y avoir abus d’aînés, elle serait intervenue rapidement et que nous aurions été parmi les premiers à être interrogés. Or, il n’y a rien eu de cela », s’étonne Gilles Daoust.

« Pourtant, j’aimerais tellement qu’il y ait enquête, que les policiers viennent vérifier les fondements de ce qui nous est reproché. Oui, il y a eu certaines lacunes que nous avons admises. Mais rien pouvant justifier une décision aussi soudaine sur la base d’un risque jugé intolérable. Ce que nous avons vécu s’appelle de la maltraitance institutionnelle », renchérit son partenaire d’affaires, Alain Parenteau.

Il est de la prétention des deux hommes que les différentes vérifications de la commissaire adjointe aux plaintes autant que celles effectuées par du CIUSSS ont été effectuées avec suspicion plutôt qu’avec une approche de collaboration.

« Aborder des gens en présumant de leur culpabilité plutôt que de leur innocence et de leur bonne foi, c’est bien différent », soulève M. Parenteau.

« Il y a eu des questions dans d’autres résidences et les administrateurs ont très bien collaboré. Je sentais que les aînés étaient en sécurité. Dans ce cas-ci, les propriétaires n’avaient plus ma confiance », rétorque à cela Chantal Lessard.

Perception qui était visiblement réciproque.

« Après avoir constaté lors de notre première réunion que des choses possiblement fausses avaient été dites à notre sujet, nous avons demandé de pouvoir enregistrer les échanges. Ils ont refusé », soutient M. Parenteau.

Au cours de l’entrevue accordée à La Tribune, discussion enregistrée par le journaliste autant que par une représentante de la division des communications du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Mme Lessard a nié avoir formulé une objection.

« Nous avons simplement précisé que s’il y avait enregistrement, nous voulions en avoir une copie », a-t-elle nuancé.

L’arbitre en chef se retrouve cependant contredite par le contenu d’un enregistrement effectué le 28 septembre, durant la rencontre au cours de laquelle cette question a été soulevée.

« Je vais vous demander de fermer votre enregistrement », a alors exigé Chantal Lessard.

« Non, désolé, je vais le laisser fonctionner », a insisté Alain Parenteau.

« L’ensemble des parties doivent être consentantes pour qu’il y ait enregistrement… »

« Alors, êtes-vous consentante? »

« Non, je viens de vous le dire », tranche la commissaire tenant des propos contraires aujourd’hui.

La séquence dont La Tribune a obtenu copie par les propriétaires se termine sur les mots d’Alain Parenteau affirmant qu’il cesse l’enregistrement. Ce dernier prétend qu’il n’a pas joué double-jeu par la suite.

En face de l’évidence, la commissaire a nuancé ses propos : « Il est vrai que j’ai refusé d’être enregistrée à deux reprises, mais j’ai accepté de l’être à une occasion. J’ai l’intention d’aller en ce sens dans la poursuite de cette situation dans le futur, le cas échéant. »

Luc Larochelle

La voie tout indiquée

PERSPECTIVES / Sans enterrer tous leurs différends juridiques, les parties qui avaient commencé à se reprocher les torts pour l’échec retentissant du complexe de récupération Valoris redeviennent partenaires avec l’objectif commun d’en assurer une relance.

La Ville de Sherbrooke et ses partenaires municipaux du Haut-Saint-François ont accepté de verser les 2,3 M$ qui étaient retenus sur l’entente contractuelle de 15,3 M$ signée avec la compagnie sherbrookoise OEM pour l’installation d’équipements de tri mécanisé. Les paiements avaient cessé en raison des problèmes d’efficacité rencontrés.

Le procès-verbal de la réunion du conseil d’administration de Valoris du 4 octobre réfère à une « entente avec OEM ». Le président Robert Roy en nuance cependant la portée.

« Ce n’est pas une entente globale. Nous acceptons d’effectuer le premier paiement. Pour le reste, la médiation se poursuit. L’idée derrière cela est de travailler ensemble au développement de Valoris », précise M. Roy.

L’autre tranche de 5,8 M$ réclamée pour couvrir des frais d’amélioration hors contrat attendra. Tout comme la somme astronomique de 42,3 M$ que Valoris exige du fabricant pour compenser les pertes commerciales du complexe ayant connu des ratées depuis son ouverture au printemps 2016.

À l’issue d’une audience ayant eu lieu au mois de mai, la juge Line Samoisette ne s’est pas prononcée sur le fond du litige. Elle a eu amplement de travail à déterminer face à qui et pourquoi, le secret professionnel des ingénieurs pourra-t-il être invoqué lors d’interrogatoires qui viseraient à démontrer que c’est la conception qui a été défaillante et non les équipements fournis par OEM.

Bien que les écarts d’appréciation représentent des enjeux financiers de plusieurs millions de dollars pour les uns comme pour les autres, la voie choisie est celle qui était tout indiquée.

Car, comme l’ont mentionné le préfet Roy et le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, en entrevue avec La Tribune, les affrontements devant les tribunaux sont coûteux et sans garantie de résultats.

« Vous allez nous entendre taper sur le clou : Valoris est un complexe destiné à la valorisation maximale. Il fallait donc réunir les conditions pour recentrer nos efforts sur le rendement et la performance, ce qui n’était pas possible tant que nous étions en litige. De nouvelles technologies existent et c’est là-dessus que nous allons travailler », veut ramener à l’avant-plan M. Roy.

Les années à attendre la fin des procédures judiciaires, avec un éléphant blanc d’une trentaine de millions n’ayant pas la moindre crédibilité actuellement pour se positionner dans le marché de la récupération, annonçaient une mort quasi assurée.

« Il y a eu une crise cette année et il fallait prendre des moyens pour l’atténuer. D’avoir repris les discussions avec OEM était la meilleure chose que nous pouvions faire », cautionne le maire Lussier.

Les longs délais d’un arbitrage juridique auraient par ailleurs obligé la compagnie sherbrookoise à continuer de supporter les millions investis. Ce premier pas lui permet d’en récupérer un peu plus du quart.

Le président d’OEM, Alain Brasseur, n’a pas voulu commenter.

« Je vous reviendrai dans les prochaines semaines. Actuellement, nous venons de signer des ententes majeures à l’international qui nécessitent encore de longues heures de négociation », a-t-il répondu dans un bref courriel.

Un litige de cette nature et de cette envergure dans sa propre communauté ne facilite sûrement pas le démarchage de contrats alors qu’une relance dynamique de Valoris deviendrait, au contraire, une vitrine de marketing pour l’entreprise sherbrookoise.

« La mer est encore houleuse », pour reprendre l’image du président de Valoris. Mais il était d’autant plus important de se remettre à ramer tous dans le même sens que Récup Estrie connaît une année difficile, enregistrant actuellement des pertes mensuelles. Celles-ci grugeront les surplus accumulés que convoitait le maire Steve Lussier pour absorber les déboursés supplémentaires de 1 M$ de la Ville pour financer Valoris.

Le sauvetage n’est pas assuré, mais ne rien faire était la pire chose à faire.

Chroniques

L’ascension vers la ligue des grands

PERSPECTIVES / La  Tribune rapportait mercredi que 3000 nouveaux capteurs d’énergie feront du campus de l’Université de Sherbrooke le plus grand parc solaire dédié à la recherche appliquée au Canada.

Dans la même édition, à l’ombre de cette nouvelle, on apprenait le décès à 83 ans d’Aldée Cabana, un ex-professeur de chimie ayant été perçu comme précurseur scientifique avant de devenir recteur de l’institution de 1985 à 1993.

Il paraît invraisemblable que la reconnaissance, aujourd’hui admise de tous, à l’effet que l’Université de Sherbrooke est une institution de classe mondiale, n’était même pas une acquise dans la région il y a une trentaine d’années. C’est pourtant vrai.

Au Sommet socioéconomique de l’Estrie de 1985, d’ardents jeux de coulisses avaient été nécessaires avant que l’assemblée des participants retienne la microélectronique comme axe de développement aussi porteur que le tourisme!

« À cette époque, l’économie régionale reposait encore sur l’industrie manufacturière. La mission d’enseignement de l’Université était valorisée, mais celle-ci n’en était qu’à ses premiers pas dans les transferts technologiques. On doit au leadership d’Aldée Cabana la concrétisation par la suite de plusieurs alliances porteuses », témoigne l’ancien doyen de la faculté d’administration Roger Noël, qui portait aussi le chapeau d’homme d’affaires comme actionnaire des Industries C-MAC, une compagnie sherbrookoise ayant connu des heures de gloire.

Si certains emplois de sous-traitance en microélectronique ont changé de continent depuis, l’association à long terme de la multinationale IBM avec l’Université de Sherbrooke dans le Centre de collaboration MiQro Innovation (C2MI) de Bromont est le sceau d’une expertise demeurant à l’avant-garde.

« M. Cabana fut l’un des premiers professeurs à s’amener à l’Université de Sherbrooke avec une formation postdoctorale. À le côtoyer, on constatait rapidement que repousser les limites était dans son ADN. Bien que conscient que notre petite université était encore toute jeune, il n’a jamais eu le moindre doute quant à notre potentiel. Son ascendant nous a menés dans la ligue des grands », juge également le physicien Serge Jandl, l’ayant côtoyé dans des laboratoires avant ses deux mandats au rectorat.

L’efficacité d’Aldée Cabana était dans l’action, décrivent unanimement les membres de la communauté universitaire à qui j’ai parlé cette semaine. Dans un recueil historique publié dans le cadre du 50e anniversaire de l’UdeS, en 2004, l’auteur Denis Goulet en relevait d’ailleurs un bon exemple en recadrant la toute première campagne de financement externe de l’institution.

Frappée au même titre que les autres universités québécoises par les secousses de la récession du début des années 80, l’UdeS a dû se tourner vers les dons privés pour compenser la réduction du financement public pendant que la clientèle, elle, était plutôt en croissance.

La cible réaliste de 5 M$ suggérée par une firme de consultants pour la toute première campagne de financement de l’UdeS a été portée à 10 millions sur la seule foi du recteur Cabana. Quelques années plus tard, notamment grâce aux appuis d’acteurs influents du milieu des affaires, dont Laurent Beaudoin (Bombardier) et Marcel Dutil (Groupe Canam), la récolte a atteint 18 M$.

« Nous étions tous prêts à supporter la démarche, la grande majorité d’entre nous avons d’ailleurs contribué financièrement à la campagne, mais nous trouvions que le recteur y allait fort. Je pense qu’aucun défi n’a jamais été trop grand pour Aldée Cabana », retient Carmel Jolicoeur, professeur émérite du département de chimie.

« Il n’était pas l’homme le plus charismatique. Pour avoir été parmi ses étudiants, je peux vous dire que devant un tableau, il était plutôt intimidant. Pas dans sa manière d’enseigner ou dans ses rapports avec les étudiants, mais parce qu’il attendait des autres la rigueur qu’il s’imposait comme scientifique » ajoute M. Jolicoeur.

« Les seuls moments d’impatience de M. Cabana dont j’ai été témoin, c’est lorsque quelqu’un essayait de lui vendre un dossier mal préparé. Ses réponses étaient alors directes et expéditives. Autrement, il avait de l’intérêt pour tout et il était ouvert à tout » renchérit Roger Noël.

Louise Cabana esquisse un sourire lorsque je lui résume les témoignages d’ex-collègues de son père.

« En préparant l’éloge que nous prononcerons, nous discutions justement de cela au sein de la famille : notre père était rarement le premier à parler. Il écoutait, analysait, puis il exprimait son point de vue », décrit-elle à l’approche des funérailles, ce samedi.

Sa confiance inébranlable, Aldée Cabana l’a aussi transmise à ses quatre enfants.

« Il a été un père stimulant et très présent en dépit de ses occupations professionnelles. Le jour de sa première élection au rectorat, je l’avais appelée pour lui souhaiter bonne chance. Il m’avait répondu qu’à ses yeux, mon examen en médecine était plus important. Nous avons eu la chance d’avoir un père sensible et généreux. »

Professeur distingué en chimie, recteur rigoureux, mais aussi guide de pêche.

« Il a acheté une canne et a initié à la pêche chacun de ses 11 petits-enfants. Il adorait ces moments privilégiés. C’était une autre forme d’apprentissage à transmettre », rapporte sa fille.

Détourner momentanément un des capteurs solaires vers la carrière d’Aldée Cabana pour cette chronique équivalait à se brancher à une autre source d’énergie que l’ancien recteur, à travers toutes ses actions, aura voulue renouvelable.

Opinions

Au nom de la vigilance

PERSPECTIVES / Sur la base des motifs invoqués pour révoquer la certification de la Résidence Sawyerville, je m’attendais à trouver des toilettes négligées, trop de cheveux accumulés dans les drains des bains ou de poussière dans les conduits de ventilation. Pas du tout.

« Les critères sociosanitaires en lien avec la sécurité des résidents » que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS juge toujours non conformes n’ont pas nécessairement à voir avec l’hygiène. La vétusté n’est pas davantage en cause dans ce bâtiment d’à peine 30 ans.

« Comme je n’ai soudoyé personne pour obtenir le 29 mai 2017 une certification qui devait être valide pour quatre ans, vous comprenez mon étonnement que mon établissement soit devenu un lieu où les personnes âgées ne seraient plus en sécurité », commente le propriétaire Alain Parenteau.

J’ai demandé à M. Parenteau s’il acceptait de me montrer sa correspondance avec les autorités qui viennent de lui tirer le tapis sous les pieds.

« Ce serait long, il y en a beaucoup. Malgré cela, on ne m’a jamais clairement dit quoi faire et comment le faire. J’avais un côté brouillon pour la rédaction des baux et, là-dessus, j’admets des erreurs. Mais rien qui puisse justifier dans une lettre les insinuations de maltraitance financière. Jamais! Au contraire, nous avons accommodé dans notre petit village pas mal de gens qui avaient de gros besoins et bien peu de moyens.

« La commissaire aux plaintes du CIUSSS m’a reproché de ne pas avoir produit de factures pour des services d’accompagnement payés afin d’accommoder des personnes relevant de la curatelle publique qui, elle, n’a jamais tiqué là-dessus. Certaines analyses bâclées ont répandu à notre sujet de l’information erronée dans le réseau de la santé », déplore Alain Parenteau.

Des prétentions que la directrice de la qualité, de l’éthique, de la performance et du partenariat du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Joanne Roberts, réfute.

« Sans entrer dans les fins détails, ce sont de multiples facteurs liés à la gestion ainsi qu’aux opérations qui ont soulevé des doutes, tant du côté de l’équipe de certification que de membres du personnel de soins. Nous supervisons 123 résidences pour personnes âgées. Certains cas ont été plus compliqués que d’autres, mais c’est le seul cas de révocation.

« Il n’y a pas de zèle ou d’acharnement. Nous n’en serions pas là aujourd’hui si le propriétaire n’avait pas ignoré l’avis de révocation lui ayant été signifié à la mi-octobre », affirme Mme Roberts.

Alain Parenteau avance une proposition pour épargner un déménagement forcé à ses 23 pensionnaires.

« Si c’est moi, le problème, je suis prêt à me tasser. J’accepte qu’un tiers s’installe aux commandes, si ça peut rassurer les autorités. Il n’y a aucune raison de pousser ces aînés à la porte », relance M. Parenteau.

« C’est un scénario qui n’avait jamais été évoqué jusqu’ici. Nous prendrons le temps de bien l’évaluer pour voir s’il peut réduire nos craintes face au bien-être des aînés. »

Le préfet de la MRC du Haut-Saint-François, Robert Roy, s’est pointé à la Résidence Sawyerville, mardi midi, pour offrir sa collaboration.

« Une pensionnaire anglophone que j’ai croisée à l’extérieur m’a raconté son bonheur de voir tomber de la neige à l’approche de Noël. Elle n’est pas du tout consciente de la menace. On n’a pas le droit de déraciner aussi brutalement des personnes heureuses. En vous disant cela, je pense à mon frère atteint d’une déficience intellectuelle. Il a une certaine autonomie dans son milieu de vie actuel, mais je sais aussi qu’il subirait un choc terrible s’il était envoyé ailleurs du jour au lendemain », ajoute M. Roy.

« Je ne cherche d’aucune façon à faire de la petite politique. Car, même si j’avais été choisi député, au début du mois d’octobre, je n’adresserais pas de blâmes à François Legault. J’admettrais que c’est une démarche qui avait été entreprise sous les libéraux », prend soin de préciser le candidat défait par le caquiste François Jacques dans la circonscription de Mégantic.

Honorable franchise.

Mais la joute politique étant ce qu’elle est, il se trouvera quelques libéraux siégeant dans l’opposition, à Québec, pour rappeler que la Coalition Avenir Québec a qualifié l’été dernier « d’éviction sauvage » le déménagement forcé et précipité des occupants de la résidence Treizième Nord, dans l’est de Sherbrooke ».

Première mission délicate pour la bienveillante Marguerite Blais, redevenue ministre.               

Opinions

Commanditaires de l’Ontario francophone

PERSPECTIVES / Plutôt que de rouvrir les hostilités entre le Bas et le Haut-Canada, let’s make a deal : « Vous signez un contrat d’approvisionnement en électricité pour les 20 prochaines années et le Québec finance votre campus francophone à Toronto! »

Le premier ministre du Québec, François Legault, réussirait un tel coup de maître qu’il passerait pour un génie. Son homologue Doug Ford n’en retirerait pas moins de crédit s’il pouvait ainsi garantir à long terme les baisses tarifaires de 25 % ciblées dans la Loi de 2017 sur les frais d’électricité équitables. Les Ontariens paient actuellement leur électricité de deux à trois fois plus cher que leurs voisins québécois.

Je sais, c’est de la pure fiction. Si les intérêts étaient aussi simples à marier, d’autres auraient célébré la noce avant que MM. Ford et Legault s’emparent tour à tour du pouvoir. L’un comme l’autre, ils ont bénéficié d’un vent de changement ayant affaibli les libéraux provinciaux qui ont régné au cours de la dernière décennie en Ontario de même qu’au Québec.

Avec une telle intégration des relations commerciales des peuples fondateurs après 150 ans de vie commune, les élections fédérales ne se gagneraient plus à braquer les intérêts des conquérants et ceux des conquis. C’est pourtant le scénario se dessinant une fois de plus alors que le premier ministre Justin Trudeau, chef libéral fédéral, se pose en défenseur d’un Canada bilingue.

Vive la dualité canadienne!

Confronté à des déficits budgétaires risquant d’amener l’Ontario sensiblement au même niveau d’endettement que le Québec (42 % du PIB ontarien en 2020-2021 par rapport à 43,9 % du PIB du Québec au 31 mars 2018), Doug Ford n’a pas mis de gants blancs pour se justifier d’avoir passé le Commissariat aux services en français à la trappe et d’avoir sabré dans le financement de 83 M$ que le précédent gouvernement avait alloué et qu’il avait endossé après son élection pour le campus français dans la capitale ontarienne.

« Il y a 600 000 francophones en Ontario, mais il y a également 600 000 Chinois et 600 000 Italiens », a comparé le premier ministre ontarien sans la moindre considération historique envers les francophones.

Pas tout à fait l’accueil chaleureux invitant François Legault à brasser des affaires sans s’embarrasser du passé. Déjà que M. Legault marche sur le tapis de la diplomatie avec de la peinture fraîche sous les souliers, lui qui a ouvertement invité au boycott de la compagnie Sico parce que cette dernière cessera sa production au Québec et concentrera ses activités en Ontario.

Dans ce contexte, l’échange des chandails de hockey entre les deux premiers ministres symbolise davantage les rudes coups d’épaule dans les coins de patinoire que la passion nous unissant pour le sport dont le Canada se glorifie.

Prière de réviser vos positions, a réclamé comme il se devait François Legault même en sachant qu’il ne provoquerait pas le moindre remord chez M. Ford, qui n’est pas particulièrement sensible aux reproches ou à l’indignation.

Le chef de la Coalition avenir Québec peut tout de même se compter chanceux que Doug Ford n’ait pas cassé de vaisselle durant la campagne électorale québécoise. Si tel avait été le cas, son adversaire péquiste Jean-François Lisée aurait mordu bien plus fort là-dessus que sur le « fantôme à la tête Québec solidaire ».

« Peu importe leurs couleurs politiques, les Québécois sont de fiers défenseurs de la langue française. Selon moi, c’est un thème plus rassembleur que la souveraineté elle-même. La meilleure protection du français serait par contre celle que lui assurerait un Québec indépendant », commente le président du PQ-Estrie, Michel Breton, pour qui les Québécois ne gagneraient rien dans la vengeance.

« J’ai entendu des gens réclamer une réduction du financement aux universités anglophones du Québec. Ce ne sont pas les ouvertures sur le monde et les associations stratégiques que le PQ veut mettre de l’avant, à commencer par le défi d’unir les forces souverainistes », ajoute M. Breton. Pour le premier ministre Legault, ce sera donc business as usual face à son homologue ontarien. Avec ses 14,3 millions d’habitants, l’Ontario représente cependant un marché de taille comparable à celui de la Nouvelle-Angleterre (autour de 14 millions de personnes).

Le contrat signé avec le Massachusetts est chiffré à 1 milliard de dollars sur 20 ans et sa rentabilité est estimée à plusieurs dizaines de millions chaque année. Avec une autre entente du genre dans la plus influente province canadienne, Hydro-Québec pourrait commanditer l’université francophone à Toronto sans trop perdre sur le plan de la rentabilité.

Un scénario pas mal plus facile à idéaliser qu’à concrétiser.

Les dollars les mieux investis

Il fallait bien évoquer la perspective d’un manque à gagner dans le budget de déneigement à Sherbrooke pour que la Ville se retrouve à devoir sortir ses grattes et à déployer son arsenal deux fois durant la même semaine aussi tôt dans la saison froide.

Les accumulations de 20 cm de neige pointant à l’horizon pourraient souffler rapidement le résiduel de 2,4 M$ n’ayant pas encore été engagé des 10 millions qui avaient été budgétés pour couvrir toute l’année. Montants budgétés et sommes dépensées sont deux choses distinctes, en particulier pour ce service sur lequel gestionnaires et élus ne peuvent lésiner, mais qui s’avère d’une année à l’autre une véritable boîte à surprises.

C’est également avec des chiffres actualisés qu’il n’avait pu fournir la veille que Steve Lussier se met à l’abri de reproches à propos des salaires du personnel qui l’entoure à la mairie. Les sommes payées seront inférieures aux prévisions budgétaires et il y aura une économie réelle pour les Sherbookois, veut-il démontrer pour être fidèle aux intentions qu’il avait manifestées en campagne électorale.

Parenthèse : je m’imagine en face de Donald Trump à la Maison-Blanche, à le cuisinier sur ce même sujet...

— Que veux-tu insinuer? Enlevez le micro à cet imbécile. Hors de ma vue, vermine! 

God Bless Sherbrooke, car les journalistes appelés à fouiller ou à analyser les dossiers municipaux ne sont pas soumis à un pareil diktat. Nous ne sommes ni intimidés, ni muselés, ni censurés. 

Cela dit, ce ne sont pas les 35 000 $ en plus ou en moins pour le personnel de la mairie qui m’agacent. C’est la rhétorique de M. Lussier.

Le voilà qui déplore une fois de plus une formule de partage de fonds qui profiterait aux chefs de partis municipaux au détriment des maires qui, comme lui, sont des indépendants.

Si Denis Codère, Régis Labeaume et Bernard Sévigny ont cherché à s’avantager comme chef de parti en influençant la mise en place des nouvelles règles de financement relevant du Directeur général des élections du Québec (DGEQ), MM. Codère et Sévigny n’ont pu miser là-dessus pour obtenir un renouvellement de mandat. 

Je ne parierais pas beaucoup d’argent sur les chances de M. Lussier d’obtenir un appui costaud de le part de l’Union des municipalités du Québec pour remettre en question un cadre de financement venant tout juste d’être modifié. Il n’est pas souhaitable de rendre nos règles démocratiques aussi malléables que de la pâte à modeler.

Pour l’UMQ, une loi engageant le gouvernement Legault ainsi que tous les gouvernements subséquents à céder une partie de la taxe de vente provinciale aux municipalités est beaucoup plus pressant. Espérant du prochain pacte fiscal des recettes annuelles récurrentes d’une vingtaine de millions, le maire de Sherbrooke ne sera pas difficile à convaincre.

Pour revenir à nos enjeux locaux, le souci d’économies n’était pas une raison valable pour justifier une ruade du maire Lussier envers la conseillère Évelyne Beaudin en début de mandat alors que celle-ci était dans son plein droit de s’entourer de personnel politique même si elle était la seule élue du parti Sherbrooke Citoyen. Que Mme Beaudoin utilise seulement 50 % du budget autorisé témoigne d’un respect de l’argent des contribuables. 

Le législateur provincial a garanti aux partis municipaux l’accès à un soutien professionnel et technique et lui seul doit justifier ce souci d’équité. Dans des villes regroupées de la taille de Sherbrooke, il est nettement préférable que les élus soient bien préparés pour être alertes et perspicaces plutôt que vulnérables aux manœuvres administratives et politiques manquant parfois de clarté.

Préparons-nous à lire parmi les toutes premières recommandations du comité présidé par l’ex-conseiller Bernard Tanguay qu’une bonification salariale des élus s’impose à la suite de la réforme sur la gouvernance ayant réduit le nombre d’arrondissements et d’élus. Ce serait tout à fait normal.

La conseillère Beaudin prétend par ailleurs que « le cabinet du maire coûte cher et ne livre pas la marchandise » comparativement à sa petite équipe, dont son « attaché politique payé 150 % moins cher que celui du maire ». Sans plus de profondeur, ces lectures subjectives ont bien peu de valeur.

L’analyse des coûts/bénéfices et des dollars les mieux investis, les électeurs s’en chargeront dans trois ans!

Perspectives

Détachement total face aux risques sur la 410

CHRONIQUE / La carcasse d’un autre chevreuil gisait le long de l’autoroute 410, lundi matin, dans la portion se trouvant entre la rivière Magog et le boulevard de l’Université. L’explication la plus plausible est évidemment celle d’une collision avec un véhicule.

Cette fois, on ne déplore qu’une perte de vie, celle de la bête. Par chance, faut-il ajouter, en opposition à la « malchance » survenue pratiquement au même endroit à la fin du mois de mai. 

Un cerf de Virginie projeté dans les airs après avoir été heurté dans l’une des voies opposées avait alors tué Carl Boutin, 27 ans, en atterrissant dans le pare-brise de sa camionnette. Le champ de vision est réduit et le temps de réaction des conducteurs écourté sur ce tronçon autoroutier plus étroit. 

Sans pouvoir tout prévoir on peut sûrement mieux prévenir, ai-je soulevé le printemps dernier en préconisant l’installation de clôtures adaptées au risque de la forte densité de chevreuils dans l’agglomération urbaine populeuse qu’est celle de Sherbrooke. D’autant que des citoyens de ce secteur s’étaient plaints à la Ville de même qu’aux gestionnaires fauniques d’une prolifération de cerfs autour de leurs maisons bien avant le décès de M. Boutin.

« La facilité avec laquelle un chevreuil peut atteindre l’autoroute m’amène à penser que les autorités ne sont même pas venues voir si des mesures, ne seraient-ce que temporaires, pouvaient être prises » déplore Hugo Vachon que je croise au hasard sous le pont Gingues durant sa marche dans l’un de sentiers récréatifs longeant la rivière Magog.

Opinions

Sortir nos mémoires de l'ombre

PERSPECTIVES / Les commémorations du jour du Souvenir souffleront le chaud et le froid cette année. Traditionnellement sobres et solennelles du jour, elles comprendront un volet plus éclaté en ce 100e anniversaire de l’Armistice.

Cent coups retentiront du clocher de l’archevêché de Sherbrooke, dimanche à 16 h 22, façon de rappeler que « les cloches de paix » ont propagé en 1918 la fin de la Première Guerre mondiale, conflit sanglant ayant laissé 9,5 millions de vies sur les champs de bataille et causé presque autant de décès parmi les civils.

Ces pertes humaines équivaudraient pratiquement à la disparition complète aujourd’hui des populations du Québec et de l’Ontario. En considérant aussi les millions de blessés, il n’y aurait pas un seul Canadien sur la liste des épargnés!

Le cénotaphe érigé au sommet de la côte King depuis 1926, appelé monument des Braves, honore le courage et de détermination des volontaires et des conscrits. Il rappelle les gains stimulants ainsi que les défaites coûteuses durant quatre ans, au milieu du bruit infernal des canons, à devoir se battre aussi contre le froid et la faim.

« Il est triste de voir que ce monument reste dans l’ombre malgré un petit projecteur fort discret à son pied. Sans investir des centaines de milliers de dollars, on devrait mettre le cénotaphe en évidence. Le rendre visible nuit et jour, avec un éclairage à la hauteur de sa valeur historique ainsi que du symbole identitaire qu’il représente encore de nos jours pour Sherbrooke. Qu’en pensez-vous », m’a écrit cette semaine Gilles Godbout.

J’en pense, M. Godbout, que vous venez de sonner une cloche pour casser la routine et nous sortir de la somnolence!

Il n’a pas été nécessaire d’éclairer l’hôtel de ville comme un casino de Las Vegas pour attirer les regards en rehaussant son caractère patrimonial. Les administrateurs municipaux ont cautionné l’installation de mobilier urbain et de lampadaires plus soignés autour du lac des Nations. De la même façon, Destination Sherbrooke a eu recours à des experts pour créer des jeux de lumière dans la gorge de la rivière Magog et ses sentiers récréatifs à vocation touristique.

Un peu gênant qu’une « veilleuse » éclaire le bas de pantalon des soldats du monument des Braves!

Ce filet de lumière est d’ailleurs si faible que personne ne s’était aperçu qu’il ne fonctionnait plus avant que La Tribune soulève cette question. Un électricien a été dépêché sur les lieux illico par la Ville pour éviter les reproches d’un manque de considération à l’approche des commémorations du centenaire.

« L’éclairage actuel est rudimentaire et insuffisant, j’en conviens. Le cénotaphe est un symbole identitaire dont on n’a pas à me convaincre puisqu’il apparaissait sur mes brochures électorales. Des sommes ont été allouées à Destination Sherbrooke pour des projets d’éclairage et nous demanderons à ce que celui-là soit hautement considéré », convient d’emblée le maire Steve Lussier.

« Je suis également d’accord. J’ai d’ailleurs demandé à ce que le dossier soit inscrit à l’ordre du jour de la prochaine réunion de la commission des arts visuels. La dernière restauration du cénotaphe remontant à 2009, ce n’était pas nécessairement dans les critères d’évaluation il y a dix ans. Cela dit, ce sont les balises techniques sur la pollution lumineuse qui devront nous guider », ajoute le président du comité de la culture, le conseiller Paul Gingues.

Protéger la toute première réserve étoilée à avoir été reconnue mondialement, celle du Mont-Mégantic, est effectivement un devoir. Mais il ne faudrait pas non plus que les comités municipaux se montrent aussi pointilleux sur l’éclairage du cénotaphe qu’ils l’ont été sur l’ajout de deux plaques au monument des Braves.

La Ville a refusé ces derniers mois la demande de membres de l’Association des vétérans de l’armée, de la marine et de l’aviation du Canada pour ajouter au cénotaphe des plaques qui auraient rappelé la participation des militaires canadiens à la Guerre de Corée (1950-1953) ainsi qu’à la mission de paix en Afghanistan (2001-2014).

Parmi les motifs de ce refus, les analystes municipaux ont noté que le cénotaphe de la rue King honore la mémoire de soldats tués et non des survivants.

« Il y a une coquille dans les textes du monument des Braves. La version anglaise ne réfère qu’aux seuls disparus alors qu’il est fait mention des survivants dans la version française. J’ai eu beau plaider cela, je n’ai pu obtenir une décision à la satisfaction des requérants », admet le conseiller Gingues.

Paix sur la terre aux décideurs de bonne volonté!

« Un ami précieux des Sherbrookois et des Estriens »

Les témoignages vantant la contribution de Bernard Landry au développement économique du Québec pleuvent depuis l’annonce de son décès. L’Estrie est parmi les régions qui en ont largement profité.

La façon dont M. Landry avait manifesté son appui au projet de la Cité des rivières, en septembre 2000, caractérise bien l’homme, son esprit d’analyse, son audace, de même que son franc-parler.

« Si vous étiez maire, que feriez-vous avec un site comme celui-là », lui avait demandé Jean Perrault lors d’une visite des terrains et des bâtiments laissés à l’abandon à l’intersection des rues King et Belvédère.

La vieille gare n’avait pas encore été rénovée et l’Hôtel Times n’était pas encore dans les cartons. On brassait beaucoup d’idées avec peu de moyens.

« Ce trou n’est vraiment pas à la hauteur et cette horreur ne fait pas honneur non plus à votre communauté », avait sans détour répondu Bernard Landry, l’homme de confiance que Lucien Bouchard avait choisi comme vice-premier ministre et à qui il avait confié plusieurs ministères à vocation économique.

Le ténor, qui était en plus ministre désigné pour l’Estrie, n’avait pas soufflé ces mots crus aux oreilles du maire Perrault sous le sceau de la confidentialité. Il les avait ouvertement livrés durant une table éditoriale à La Tribune.

« C’était fort comme message. Ça ne laissait pas d’équivoque », rappelle un Jean Perrault reconnaissant qui, à cette époque, nageait bien plus dans la critique que dans un courant d’appui populaire.

M. Landry n’a pas signé de chèque le jour même, mais l’ex-maire parrain de la Cité des rivières a par la suite redoublé d’ardeur dans ses représentations jusqu’à ce que le gouvernement québécois souscrive au programme tiers, tiers, tiers ayant bonifié avec des contributions provinciales et fédérales chaque dollar municipal investi autour du lac des Nations.

« Dans un autre dossier, j’avais demandé à l’ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin de nous aider à convaincre M. Landry du potentiel des courses automobiles sur glace. Ce dernier n’avait pas délibéré longtemps avant de me confirmer que si le Challenge sur glace du Canada devenait le Challenge sur glace Canada-Québec, nous aurions les 300 000 $ demandés », garde également en souvenir Jean Perrault.

« Son intérêt pour le développement économique était instinctif. Nous n’avions qu’à préciser en appelant dans les ministères que nous avions l’aval de Bernard pour que les choses bougent rapidement », rappelle son ex-collègue et ami Claude Boucher, l’ayant secondé comme délégué régional de l’Estrie.

« C’était une période d’effervescence politique puisque la fusion municipale se préparait. MM. Bouchard et Landry comprenaient très bien que la concurrence entre les villes-centres et les villes périphériques était inéquitable et malsaine. La ministre Louise Harel se savait bien épaulée lorsqu’elle a orienté les maires dans cette voie », se réjouit encore aujourd’hui Jean Perrault.

L’échiquier politique régional changeait lui aussi, puisque Jean Charest était arrivé pour de bon sur la scène provinciale. Était-ce pour rendre l’ascension vers le pouvoir du chef libéral plus compliquée que les péquistes se montraient aussi réceptifs aux besoins de Sherbrooke et de l’Estrie?

« Je n’ai jamais perçu cela. Les ministres péquistes savaient que nous n’étions pas de la même famille politique, mais ces différences n’ont jamais teinté nos relations. Avec qui que ce soit au Parti québécois, d’ailleurs. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que M. Landry aimait sincèrement l’Estrie parce qu’il voyait notre potentiel ainsi que la qualité de nos universités. Il a été un ami précieux des Sherbrookois et des Estriens », retient l’ex-maire Perrault.    

« Cette collaboration n’a jamais été motivée par des considérations politiques. Nous avions tous un grand sens des responsabilités », endosse Claude Boucher, qui représentait alors la circonscription de Johnson.

N’en reste pas moins que la toute première annonce du projet d’agrandissement de l’Hôtel-Dieu a été effectuée par François Legault, alors ministre de la Santé au sein du gouvernement qu’a dirigé Bernard Landry après la démission de Lucien Bouchard. Cette confirmation est arrivée deux semaines avant l’élection du 14 avril 2003 ayant provoqué le changement de gouvernement et l’accession de Jean Charest au poste de premier ministre.

Les rivaux politiques se sont mutuellement reproché par la suite des annonces bidon avant que le nouveau pavillon de santé de 112 M$ soit inauguré en septembre 2008 par le gouvernement Charest, éliminant ainsi les craintes que le centre-ville perde ce moteur économique.

Les mêmes tiraillements ont marqué les différentes étapes d’analyse et de planification du mégaprojet de 200 millions au CHUS Fleurimont, pour moderniser l’urgence et enfin livrer le centre mère-enfant. 

Un projet auquel M. Landry n’a pas participé, et pour lequel d’ailleurs le crédit ne sera pas simple à partager entre les Jean Charest, Monique Gagnon-Tremblay, Réjean Hébert et autres...