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Perspectives

Qui l’eût cru ?

CHRONIQUE / Bien que son offre d’achat ait été approuvée en octobre par le conseil municipal de Sherbrooke, l’Association culturelle islamique de l’Estrie (ACIE) n’a pas encore pris possession du terrain vacant qu’elle veut convertir en cimetière musulman.

Retour sur le sujet en complément de l’entente de réciprocité dont je vous ai parlé plus tôt cette semaine : j’ai contribué à la collecte de fonds pour ce cimetière, en échange, un Sherbrookois de confession musulmane, Madjid Djouaher, a versé une somme équivalente à l’organisme Amen, Saint-Michel pour la restauration de la cathédrale.

Perspectives

Inspirés par l’harmonie du passé

CHRONIQUE / Sous l’effet de surprise et dans la torpeur de ma sieste du samedi après-midi, j’ai complètement figé au téléphone.

— Bonjour, accepteriez-vous de contribuer à la campagne de financement du futur cimetière musulman de Sherbrooke?

Chroniques

La clémence royale

La Cour fédérale ne servira pas de rempart à SNC-Lavalin et n’offrira pas non plus de sortie de secours à Justin Trudeau sur la question des accords de réparation. En refusant d’entendre une contestation signifiée au mois d’octobre, le tribunal renvoie la patate chaude dans la cour des politiciens.

S’il y avait eu débat devant la Cour fédérale et que celle-ci s’était rendue aux arguments de la firme d’ingénierie, qui reprochait aux instances judiciaires canadiennes d’avoir exercé un pouvoir discrétionnaire de manière déraisonnable en ne lui offrant la possibilité de négocier un arrangement financier pour réparer des gestes délinquants commis par certains de ses dirigeants, le premier ministre Trudeau aurait vite récupéré la décision à son avantage : voyez, mes représentations auprès de l’ex-ministre Jody Wilson-Raybould de même que celles de mon cabinet étaient pleinement justifiées, aurait-il dit.

Pour isoler ses deux ministres démissionnaires, M. Trudeau y aurait vu la preuve que loin d’être inappropriée, l’insistance était nécessaire pour préserver l’intérêt collectif et éviter de causer préjudice à un citoyen corporatif repentant. Les partis d’opposition se seraient retrouvés, eux aussi, muselés.

Le chef libéral n’aura pas cette opportunité, car la juge ayant été saisie du dossier, Catherine Kane, a plutôt conclu que les « tribunaux n’ont aucun rôle de supervision » lorsque des procureurs fédéraux sont appelés à exercer ce pouvoir discrétionnaire qui, ultimement, devient celui du titulaire du poste qu’occupait Mme Wilson-Raybould, l’automne dernier, au moment où ce dossier est devenu source de division au sein du cabinet Trudeau.

À qui s’en remettre alors pour trancher, à un panel de psychiatres qui pourrait déterminer à l’examen des traits caractériels si l’avenir de SNC-Lavalin s’est retrouvé entre les mains d’une femme de convictions ou d’une politicienne entêtée?

Même confiée à des professionnels, cette évaluation demeurerait partiellement subjective et jamais les acteurs qui se retrouveraient du côté des perdants ne voudraient en reconnaître les fondements. 

Il est cependant admis de tous qu’il en revenait à l’ex-ministre Wilson-Raybould et à elle seule, de souscrire ou non à la recommandation de maintenir les accusations criminelles déposées en 2015 plutôt que d’exprimer une position plus conciliante d’ouverture à un accord de réparation.

David Lametti, détenteur de ce pouvoir suprême depuis sa nomination comme ministre de la Justice et procureur général du Canada, le 14 janvier, peut aujourd’hui être d’avis contraire. Mais comment pourra-t-il dissocier de la décision les jeux d’influence politique révélés au grand jour et devenus une véritable dévastation pour Justin Trudeau et son gouvernement? 

Une crise politique de cette ampleur est bien la dernière chose dont SNC-Lavalin avait besoin pour se sortir d’embarras en payant des amendes afin d’échapper à des pertes de marché et de contrats qui, fait-on valoir, signeraient pratiquement son arrêt de mort.

Les faits démontrent que le mur empêchant le pouvoir exécutif d’imposer ses volontés à la gardienne ou au gardien du pouvoir judiciaire s’est avéré efficace. C’est rassurant pour l’ensemble des Canadiens.

Mais de l’autre côté, sur des enjeux d’une pareille importance, aussi émotifs qu’explosifs, n’est-ce pas concentrer trop de pouvoir entre les mains d’une seule personne, quelle qu’elle soit? C’est quasiment revenir à l’époque où seul le roi, personne d’autre, pouvait accorder sa clémence.

N’osant surtout pas me prétendre spécialiste en droit, je m’interroge tout de même comme citoyen : aurions-nous la même confiance dans la Cour suprême si son regard ultime n’était celui que d’un seul juge? 

Ramener ce droit de regard à la base citoyenne est impensable. Où, quand et comment choisirait-on 12 personnes compétentes et impartiales pour former un jury qui serait apte à décortiquer les pratiques d’affaires dans l’économie mondiale de même que l’encadrement légal appliqué dans différents pays où les dirigeants malveillants sont punis sans pour autant mettre en péril le gagne-pain de celles et ceux qui travaillent avec intégrité?

Je n’ai pas la moindre idée de ce que serait la procédure la plus juste et la plus efficace, mais celle qui a été suivie laisse perplexe. 

Les 9000 emplois chez SNC-Lavalin au Canada sont souvent mis dans la balance. Il y en a assurément d’autres, peut-être même des nôtres. 

Le président de Supermétal étant absent, je n’ai pu savoir cette semaine si les poutres que l’entreprise a fabriquées et livrées à partir de Sherbrooke pour le futur pont Champlain avaient un lien quelconque avec le choix de SNC-Lavalin comme maître d’œuvre de cette réalisation quasi achevée.

Si ce n’est pas le cas pour cette entreprise ou pour ce chantier, des liens d’affaires de longue date unissent les concepteurs de structures aux fournisseurs de biens et services du Québec et de l’Estrie. À éplucher la liste de tous les contrats d’Hydro-Québec, on en réaliserait l’ampleur.

Chose certaine, nous ne sommes pas que des spectateurs de cette crise politique.  

Perspectives

Le parapluie contre les injures

CHRONIQUE / La Ville de Sherbrooke procède à une mise à jour de ses règlements afin de mieux protéger l’ensemble de son personnel de même que les élus municipaux contre les propos offensants, incluant ceux exprimés sur l’exutoire des médias sociaux. Cette révision ne prévoit cependant aucun raffermissement des contrôles et des sanctions pour les propos injurieux tenus dans des gradins sportifs.

Dans un premier temps, précisons qu’il n’y a aucun lien entre l’avis de changements réglementaires ayant été signifié à la fin de la séance de lundi soir et les reproches que se sont échangés le conseiller Pierre Tremblay et la présidente, Nicole Bergeron, au début de la même assemblée. Le contentieux de la Ville avait amorcé la réflexion dans le sillon des préoccupations exprimées par l’Union des municipalités du Québec depuis déjà quelques années concernant la virulence des attaques à l’endroit d’élus municipaux.

Perspectives

L’argent du beurre et le siège de la fermière

CHRONIQUE / La nomination de Marie-Claude Bibeau à la tête du ministère fédéral de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire est-elle garante pour les producteurs laitiers d’indemnités qui seront à la hauteur de leurs attentes pour compenser les pertes découlant des accords commerciaux qui grignotent peu à peu le modèle canadien de gestion de l’offre?

Le sujet a évidemment alimenté les discussions lors de l’assemblée générale du Syndicat des producteurs de lait de l’Estrie, lundi à Sherbrooke, dans la foulée du remaniement fédéral de vendredi dernier.

Perspectives

La meilleure route jusqu’à la prison de Jeddah

CHRONIQUE / Il y a déjà huit ans qu’Ensaf Haidar a quitté en vitesse l’Arabie saoudite avec ses trois enfants à la demande insistante de son mari, Raif Badawi, qui sentait l’étau se refermer sur lui.

Depuis l’automne 2013, depuis en fait que le Canada a accordé l’asile politique aux membres de la famille du blogueur emprisonné pour « insulte à l’islam » et que Sherbrooke est devenue leur milieu de vie, Mme Haidar parcourt la planète pour essayer de soulever un courant d’influence assez puissant pour briser les chaînes de l’amour de sa vie. Or, la seule clémence obtenue jusqu’ici a été la suspension des 1000 coups de fouet après la première séance de flagellation en public, dont les images ont indigné le monde entier.

Il m’apparaît équitable et même essentiel de revenir au point de départ et de marcher dans les pas d’Ensaf Haidar au milieu d’un désert où il ne semble pas y avoir la moindre oasis d’espoir avant de juger si elle emprunte la meilleure route pour se rendre à la prison de Jeddah.

Ce n’est pas l’avis de tous, mais il est pertinent que des journalistes se soient intéressés aux liens entre Mme Haidar et l’auteur Robert Spencer, dont la plume serait particulièrement vitriolique à l’égard des adeptes du Coran. C’est dans les pratiques d’une presse libre et d’une démocratie soucieuse de vérité.

D’être exposée à la critique ajoute au poids énorme à la femme tourmentée, mais ça vient avec la notoriété. La réaction de persécutée de Mme Haidar sur les réseaux sociaux l’éloigne actuellement du message qu’elle porte en recevant des hommages au nom de son mari bâillonné, et en s’attirant elle-même des éloges pour sa détermination et son courage. Retrouvez vite vos marques, Ensaf, avant que les Saoudiens trouvent dans vos propos la légitimité de continuer à châtier abusivement ceux qui menacent leur immunité! 

J’ai cependant tiqué en lisant cette semaine dans La Presse une remarque de Dennis Horak, qui dirigeait depuis 2015 l’équipe de diplomates canadiens ayant été chassés de l’Arabie saoudite l’été dernier à la suite d’un gazouillis qui dénonçait l’emprisonnement de Samar Badawi.

Commentant ses liens avec Robert Spencer ainsi qu’un changement de ton dans certaines de ses opinions, l’ex-ambassadeur Horak a dit ceci de Mme Haidar : « Ce qu’elle fait présentement c’est de s’assurer que son mari reste en prison pour la durée de sa sentence ». 

Sauriez-vous maintenant nous décrire, monsieur le diplomate, les progrès que vous aviez réalisés avant l’explosion politique des derniers mois avec l’approche patiente et discrète que vous préconisez?

J’ai rejoint M. Horak par courriel et lui ai soumis une série de questions. Les voici, avec ses réponses.

Q : Les relations n’étaient-elles pas déjà très tendues avant le tweet que vous avez qualifié « d’excessif », étant donné que le premier ministre Trudeau a été immanquablement rappelé à l’ordre les rares fois où il s’est porté à la défense de l’un ou l’autre des Badawi?

Si d’autres messages ont mieux passé, celui-là était plus directif. Il exigeait une libération « immédiate » (de Samar Badawi). Durant mon passage à l’ambassade, le gouvernement canadien n’a malheureusement pas eu le souci d’entretenir des relations cordiales à de très hauts niveaux avec les Saoudiens. 

Q : Outre les disputes publiques, y avait-il des discussions sérieuses, constructives et prometteuses à propos de la liberté d’expression et du respect des droits de l’homme?

Nous avons souvent soulevé ces questions, je dirais même qu’elles occupaient une place très importante dans nos relations bilatérales. Outre nos préoccupations, nous exprimions celles des organisations militantes. Sans nécessairement être très productives, ces discussions étaient soutenues.

Q : À titre d’ambassadeur, aviez-vous de contacts avec les autorités saoudiennes qui vous permettaient de connaître les conditions de détention de Raif Badawi et de veiller, par exemple, à ce qu’il puisse parler régulièrement à ses enfants?

Le Royaume était réticent à discuter du cas de M. Badawi. Nous obtenions des rapports occasionnels de la part de la National Society for Human Rights — une entité quasi indépendante du gouvernement. Nous étions également alimentés par d’autres sources dont je ne peux vous parler. 

Q : Avez-vous déjà été autorisé à lui parler ou même à le visiter? 

Non. Étant donné qu’il est citoyen de ce pays, nous n’avions pas de droit consulaire pour exiger de le voir. Il nous a été clairement dit que les pays étrangers n’obtiendraient aucune permission de rencontrer ou de discuter avec un citoyen saoudien ayant transgressé une loi du pays.  

Q : Étiez-vous en contact avec Ensaf Haidar?

Non.

Q : Tout en convenant que les rencontres entre Mme Haidar et l’auteur Robert Spencer ne sont pas un « match idéal », en quoi la femme de Raif Badawi condamne-t-elle son mari à la prison en critiquant la monarchie, tout comme le gouvernement canadien a décidé de le faire?

Je ne vois pas en quoi les critiques ou les insultes peuvent être productives. Le régime ne veut sous aucune considération céder à des pressions occidentales. La plupart des critiques émises par le Canada ayant été dosées, elles ne provoquaient pas de réactions négatives. 

Q : N’est-il pas particulier que vous suggériez à Ensaf Haidar « de travailler avec la famille Badawi » alors qu’il est de notoriété publique que le père du blogueur a appuyé sa lourde condamnation, qu’il entretenait des relations aussi tumultueuses avec sa fille Samar et que Mme Haidar a été reniée par sa propre famille?

C’est vrai. Les traits de caractère du père de M. Badawi compliquent le dossier, mais c’est ainsi que les choses fonctionnent dans ce pays. Une demande de pardon pourrait toujours être adressée au roi par d’autres membres de la famille. Quant à moi, ce sont là les meilleures chances de M. Badawi. 

Q : Au cours de vos trois années à l’ambassade, avez-vous eu un seul moment d’espoir pour Raif Badawi?

Nous n’avons jamais cessé de croire qu’un pardon ou une libération était possible, mais il s’agissait plus d’un « espoir » que d’attentes réelles. Plus la pression extérieure augmentera, moins les probabilités que sa sentence soit écourtée seront élevées.

Q : N’y a-t-il pas qu’un espoir réel qui puisse garder la souffrance dans le silence, dans la même situation, seriez-vous capable de vous en remettre à cette sagesse?

Je sympathise avec Mme Haidar et je comprends ses frustrations. Rester effacé, silencieux, durant toutes ces années serait difficile pour n’importe lequel d’entre nous. Le plus important, à mon avis, est de s’en tenir à des représentations respectueuses. Il y a du travail qui se fait à travers les organisations internationales, mais aussi à l’intérieur même du gouvernement.

Q : Auriez-vous foi dans une approche politico-diplomatique, comme celle de mandater un Jean Charest, un Jean Chrétien ou un Brian Mulroney (qui aurait joué un rôle de médiation en Afrique du Sud) pour tenter de rétablir un lien de confiance avec le régime saoudien?

Passer par des émissaires peut être une option. Personnellement, j’impliquerais les membres du présent gouvernement, incluant M. Trudeau, pour rebâtir les ponts. S’il n’y avait pas eu une telle dégradation de nos relations avec l’Arabie saoudite, nous n’en serions pas là.

Q : Dernière question : craignez-vous qu’après ses dix ans de prison (en principe autour de 2022), M. Badawi ne puisse même pas se soustraire « à l’interdiction de quitter le pays pour les 10 années subséquentes »?

Il est difficile de prédire qu’elle sera la réaction au moment de sa libération. Tous les prisonniers doivent normalement se conformer à ce prolongement de leur peine. Je me répète, les autorités ne veulent pas que le dossier soit un cas d’exception. Les dirigeants seront sûrement très préoccupés par la visibilité qu’obtiendrait M. Badawi pour critiquer le régime s’il était autorisé à sortir du pays. 

*****

C’est quasiment dire que le silence est une condamnation à vie...

Perspectives

Refuges en milieu scolaire

CHRONIQUE / L’initiative de citoyens de Saint-Claude ayant préparé des repas chauds à l’intention des enfants que les autobus n’avaient pu ramener à la maison en raison du mauvais temps, lundi soir, a été saluée par le président de la Commission scolaire des Sommets, Jean-Philippe Bachand.

« Tout le monde s’est serré les coudes dans cette situation exceptionnelle. Les enfants étaient en sécurité et au chaud », s’est réjoui M. Bachand à l’antenne de Radio-Canada Estrie en précisant qu’aucun gymnase n’avait finalement servi de dortoir.

Perspectives

En quête d’innovation pour les trottoirs

CHRONIQUE / Avec 5 mm de pluie sur les radars pour dimanche, l’achat de pierre à la quincaillerie passera une fois de plus avant l’épicerie dans les emplettes du samedi!

L’hiver est exigeant, capricieux, maudissant. 

Bien qu’elle en soit seulement à sa deuxième saison hivernale, la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, est déjà saturé des critiques sur l’état des trottoirs. Les équipes municipales font le maximum dans ces conditions exceptionnelles, assure-t-on dans toutes les villes de la province.

« C’est ce que l’on m’a aussi répondu quand j’ai questionné nos gestionnaires. Je les crois sur parole. Je n’ai pas le moindre doute quant aux efforts et à l’engagement de nos planificateurs et de nos opérateurs de machinerie. Mais, force est d’admettre que les résultats ne sont pas là », n’hésite pas à reconnaître à Sherbrooke la conseillère Chantal L’Espérance. 

Membre du comité exécutif et doyenne au sein du présent conseil municipal, Mme L’Espérance a vu passer toutes sortes de tempêtes : de neige, de pluie, de vent ou de verglas. Comme alliée de Jean Perrault pour défendre la Cité des rivières ou comme actuelle répondante des projets de revitalisation du centre-ville, elle s’est exposée au mécontentement.

« Quand des citoyens tolérants, de qui tu n’as jamais entendu une seule critique en 10 ou 15 ans, t’écrivent ou t’appellent deux ou trois fois dans la même semaine pour se plaindre des trottoirs, ça envoie le message assez clair que nous devons améliorer nos pratiques. Comment? Je ne sais pas. Mais il faut le faire. »

L’obligation ne tient pas qu’à l’insatisfaction des contribuables. Les épisodes répétitifs de gel/dégel et tout ce qui se résume à des sautes d’humeur de plus en plus violentes de Dame nature collent aux prévisions scientifiques sur les changements climatiques. Au lieu d’être utilisés comme bouclier en verre, les facteurs d’exception devraient nous servir de lunettes : ce type d’hiver est appelé à devenir la norme.

 Le développement de nos villes modernes est un flot continu d’adaptations et de remises en question. L’ingénierie urbaine évolue à résoudre des problèmes extrêmement complexes.

Nous avons réduit, par exemple, la pollution de nos cours d’eau en séparant la canalisation de nos égouts sanitaires de celle des égouts pluviaux. Pour mieux protéger nos propres maisons contre les pluies diluviennes, la Ville a ordonné que les gouttières soient débranchées de son réseau. Elle exige des développeurs qu’ils prévoient des bassins de rétention dans leurs plans de lotissement et aménagera elle-même à grands frais ce type « d’éponge » sous terre. 

 La glace recouvrant nos trottoirs est-elle si épaisse qu’elle a figé nos cerveaux?

Plusieurs innovations sont pourtant sorties des ateliers municipaux de Sherbrooke, dont celle toujours renversante de simplicité consistant à déployer les chenillettes à trottoirs stratégiquement au pied des côtes les plus abruptes les jours de tempête pour pousser les voitures enlisées qui, autrement, paralysent la circulation et réduisent l’efficacité des équipes de déneigement.

On fait quoi, alors? Oublions le jus de betteraves dont l’utilisation sur le réseau routier frappe l’imaginaire, il n’est pas un remède à prescrire pour les trottoirs.

 Six de nos chenillettes sont équipées de souffleuses pouvant être utilisées pour enlevant les accumulations de neige réduisant l’efficacité des rayons solaires. Toutefois, les aménagements paysagers, les entrées de cours et autres obstacles empêcheraient de se fier aux seuls terrains privés pour recevoir la neige qui serait soufflée à partir des trottoirs. Il y a perte d’efficacité à utiliser ces petits appareils alors que les souffleuses à grandes gueules fournissent le convoi de camions effectuant l’aller-retour vers les sites de dépôt à neige, précise-t-on à la Ville.

Mon propos ne se voulant pas un exutoire collectif ou un forum de gérant d’estrade, n’allons pas plus loin dans les aspects techniques. Laissons ce travail aux spécialistes. 

Le ministère des Transports du Québec est le pivot de la recherche sur le déneigement au Québec et ses innovations sont utiles pour améliorer les pratiques d’entretien des boulevards et des rues dans les villes. Les trottoirs étant une responsabilité municipale, le MTQ s’y intéresse peu. 

L’Association québécoise des transports s’en charge, assure-t-on à la Ville. Cet organisme est un centre de partage d’information surtout actif lors des congrès réunissant ses membres. Sa petite équipe permanente m’a fourni comme première référence un expert rattaché à l’Université de Sherbrooke.

« La presque totalité de mes mandats comme consultant depuis une dizaine d’années dans différentes villes a porté uniquement sur le réseau routier. Les rares exceptions ont été pour l’entretien hivernal de voies cyclables, mais aucun sur les trottoirs », raconte Étienne Morin, président de la firme Vison Météo Plus et prétendant au doctorat avec une recherche pointue sur « la modélisation de la poudrerie ».

Ayant été chargé de cours au département de géomatique appliquée, associant l’analyse de toutes les informations météorologiques et géographiques à la prise de décision, M. Morin a été impliqué dans le passé à une démarche qui visait à créer sur le campus sherbrookois une chaire de recherche sur « la viabilité hivernale ».

« Le gouvernement fédéral nous avait alloué 1,5 M$, mais comme Québec a refusé de s’engager pour un montant équivalent, le projet a été abandonné », rappelle-t-il.

Le ministère de la Santé a pourtant un intérêt direct dans la sécurité des trottoirs puisqu’il paye pour soigner les éclopés.

« En plus des changements climatiques, la courbe démographique du Québec devrait nous inciter à mieux protéger les aînés, qui appartiennent à la catégorie des citoyens vulnérables », convient M. Morin.

Ajoutons aux cols bleus ingénieux ainsi qu’aux ressources universitaires que le plus important fournisseur de chenillettes au Québec, la compagnie Prinoth (autrefois Bombardier) est à Granby. 

Sherbrooke et Granby seront bientôt des catalyseurs scientifiques et manufacturiers appartenant à la même région administrative, l’Estrie. François Bonnardel est député de Granby, ministre des Transports au Québec et ministre répondant de l’Estrie : on attend quoi pour lui soumettre nos ambitions à devenir les génies des trottoirs?

Faudrait quand même pas que l’audace et le sens d’organisation nous caractérisent et nous mobilisent seulement au moment de solliciter des fonds pour obtenir la présentation d’événements comme les Jeux de la Francophonie...

Perspectives

Les compteurs à radiofréquences en arbitrage judiciaire

CHRONIQUE / La polémique sur les compteurs à radiofréquences d’Hydro-Sherbrooke refait surface. Une citoyenne contestera sous peu devant la Cour municipale les amendes lui ayant été imposées pour avoir bloqué l’accès aux installations électriques de son triplex.

Résidante du secteur de Saint-Élie, Maryse Garneau compte y justifier sa structure de bois empêchant le remplacement de ses équipements. Le grillage métallique en façade ne cause toutefois pas d’interférence pour prendre les relevés de consommation.

Perspectives

Le diplomate du front politique

CHRONIQUE / Les éloges à l’endroit de l’ex-préfet de la MRC de Coaticook, Jacques Madore, n’ont rien d’exagéré et ce ne sont pas que les hasards de la vie qui ont élevé cet ancien militaire au rang de maire dans le village le plus élevé en altitude au Québec : cet homme voyait loin!

La personnalité effacée du maire de Saint-Malo, décédé subitement la semaine dernière à l’âge de 60 ans, ne révélait pas son envergure au premier contact. Il n’était cependant pas nécessaire de multiplier les rencontres avec M. Madore pour apprécier rapidement son écoute et sa capacité d’analyse.

Perspectives

Les rails du train des Jeux

CHRONIQUE / Pendant que Steve Lussier voit poindre un début d’itinéraire pour se rendre à l’événement international qu’il veut amener à Sherbrooke en 2021, son partenaire indispensable pour réussir François Legault, s’engage de son côté dans le défi de trouver des locaux d’apprentissage et suffisamment d’espace dans les cours d’école d’ici cinq ans pour y accueillir les enfants de quatre ans à la maternelle.

Qu’il en coûte 200, 400 ou 700 millions par année, le gouvernement de François Legault va de l’avant avec le souci d’offrir la même chance de réussite à tous les enfants, peu importe le soutien parental qu’ils reçoivent à la maison ou le milieu social dans lequel ils vivent.

D’accord ou pas, cette priorité budgétaire est plus facile à défendre politiquement que les demandes financières inflationnistes d’un événement sportif, culturel et touristique comme les Jeux de la Francophonie. 

N’empêche, le gouvernement provincial a-t-il pris le temps de tout calculer avant de se prétendre intéressé et généreux avec une réponse pourtant peu enthousiaste, soit en reconduisant la garantie de financement de 17 M$ dont la Ville de Sherbrooke s’était satisfaite en 2015?

Une étude produite à partir du modèle MEETS 2.0 de l’Alliance canadienne du tourisme sportif et dont les résultats sont inscrits dans le plan d’affaires de Moncton-Dieppe (le tandem préféré à Sherbrooke il y a trois ans) évaluait les retombées économiques de l’événement à 165 M$, desquelles 148 M$ seraient tombés dans les coffres du Nouveau-Brunswick alors que 132 M$ auraient profité aux villes hôtesses. De même, la province pouvait anticiper 90 % des 59 M$ prévus en salaires (75 % pour les villes). La province et le fédéral auraient également récupéré 11 M$ en revenus de taxation.

Au-delà de chiffres pouvant être discutables, il est indéniable que le gouvernement québécois obtiendrait pour ces Jeux un meilleur retour sur ses investissements que celui d’Ottawa. Avant d’applaudir un peu servilement à l’engagement de Québec, les élus de Sherbrooke n’auraient-ils pas eu intérêt à faire valoir de tels arguments?

« J’avais pris connaissance de ces chiffres, mais quand bien même je me serais fâché... je n’embarquerai pas là-dedans », a réagi le maire Lussier.

Se peut-il qu’on vous ait prévenu, M. Lussier, que le Québec n’offrirait pas mer et monde pour ces Jeux avant la réunion des derniers jours à Paris, pour passer le message aux membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIC) que leurs exigences étaient démesurées et trop coûteuses?

« Vous n’avez jamais si bien dit! » a-t-il admis sans vouloir aller plus loin.

Sans parler de bluff, on comprend qu’il n’était pas question que le gouvernement Québec se compromette sans pouvoir analyser dès l’étape des mises en candidature le fameux cahier de charges que les villes hôtesses du Nouveau-Brunswick n’ont obtenu qu’après avoir été choisies, ce qui expliquerait l’explosion de coûts qu’elles n’ont pu contenir. 

On saisit aussi que la patience et la confiance qu’affiche le maire de Sherbrooke tient probablement à des confidences puisque c’est l’une des règles ayant été modifiées par l’OIC avant de lancer un nouveau concours pour les Jeux de 2021. Voilà qu’il y a un échéancier plus précis ainsi qu’une démarche qui, en étant mieux définie, fournit déjà de meilleures garanties. Sans nécessairement tenir pour acquis que Québec reverra son soutien à la hausse, le gouvernement Legault s’est à tout le moins donné les moyens de ne pas tomber dans le même piège que nos voisins des Maritimes n’ayant pu rendre le projet à bon port.

Le train des Jeux de la Francophonie n’est pas parti, mais il y a maintenant des rails sur lesquels il pourrait avancer. Des rails, convenons-en, aussi chambranlants que ceux qu’emprunterait le train de passagers Sherbrooke-Montréal, mais bon. Je vais l’écrire d’ailleurs avant que le maire le dise : p’tit train va loin, y’a 10 ou 15 ans, un train touristique ne pouvait même pas circuler à basse vitesse sur cette voie ferrée ayant été améliorée depuis.

Dernière observation, si l’approche prudente du gouvernement du Québec devait permettre d’acquérir la certitude que ces Jeux seraient une bonne affaire pour lui comme pour nous et qu’il s’avérait possible de les financer sans exiger la lune du fédéral comme c’est le cas présentement, pensez-vous qu’Ottawa nous récompenserait avec les quelques millions qui manquent pour sortir notre aéroport des ligues de garage?

Perspectives

Même si tu le jures, ben j’te cré pas !

CHRONIQUE / Le maire a lancé sa ligne à l’eau en face de l’hôtel de ville et l’a laissée descendre dans le courant avec l’espoir d’effectuer la capture de sa vie au pied du cap Diamant...

Il n’est pas bredouille. Steve Lussier a obtenu 17 M$ de Québec pour organiser les Jeux de la Francophonie de 2021. Sauf qu’il espérait bien mieux et il aurait eu besoin de beaucoup plus.

Perspectives

Les chèques bonifiés ou la plogue

CHRONIQUE / L’optimisme qu’affichaient lundi soir le maire Steve Lussier et les autres membres du conseil municipal de Sherbrooke aurait-il été aussi manifeste si les élus avaient dit tout ce qu’ils savent quant aux projections de coûts des Jeux de la Francophonie de 2021?

Pour rassurer sa population, le maire Lussier s’en est tenu à un seul chiffre : la contribution maximale de 5,5 M$ que le conseil municipal a fixée et qui ne sera sous aucune considération ramenée aux 8,7 M$ que Sherbrooke était prête à payer il y a trois ans pour se voir confier l’organisation du même événement.

Le mandat annoncé il y a une semaine et que la direction générale de la Ville a exécuté ratissait plus large que cela. Des ressources internes ont actualisé tous les chiffres qui appuyaient la candidature de Sherbrooke en 2015, incluant les prévisions de dépenses et de revenus. Ce portrait a par la suite été soumis à l’examen d’un comité externe.

Les élus municipaux ont eu droit à une présentation détaillée à huis clos, mais le compte-rendu livré un peu plus tard en séance publique par le directeur général, Daniel Picard, a été épuré des trois scénarios de projection de coûts que la Ville a officiellement communiqués au gouvernement du Québec.

Le premier est une reproduction du budget de 2015  à 52 M$; les déboursés grimpent à 64 M$ dans le second; la facture atteint 74 M$ dans le troisième scénario, soit 42 % de plus que le chiffre auquel le maire Lussier se référait encore lundi soir à l’hôtel de ville.

Vous voulez au fond que l’on retienne que les Jeux coûtent 50, 60 ou 70 millions, ces déboursés ne changeront rien pour vous. Votre offre est à prendre ou à laisser, ai-je demandé au maire Lussier en entrevue.

« Vous avez tout compris. »

Relancée mardi sur les facteurs pouvant expliquer des écarts aussi importants, la mairie est restée sur ses positions : « le mot d’ordre est vraiment de laisser maintenant les deux paliers provincial et fédéral se parler », m’a servi comme courte réponse l’attaché de presse Sylvain Vessiot.

Outre les services de sécurité, pour lesquels une facture supplémentaire de 10 M$ est venue chambouler les prévisions budgétaires des villes de Moncton et Dieppe, des coûts de télédiffusion de 8,2 M$ et de 3,4 M$ pour les cérémonies et galas de lauréats ont notamment dû être ajoutés dans le plan d’affaires dont la publication a torpillé et coulé le bateau des Jeux de 2021 dans les Maritimes. 

Le maire Lussier peut bien chanter sur tous les toits « qu’il ne se lancera pas en bungee sans un élastique solide », s’attend-il vraiment à ce que d’autres plongent tête baissée dans cette aventure?

Jusqu’à maintenant, la réceptivité a été meilleure à Ottawa qu’à Québec. Bien que la ministre Marie-Claude Bibeau ait réitéré publiquement l’offre du gouvernement fédéral de couvrir 50 % de toutes les dépenses d’opération et d’immobilisations qui proviendront d’argent public, en privé, elle a été questionnée sur le libellé de la Politique fédérale concernant l’accueil des manifestations sportives internationales.

Celle-ci précise que « la contribution maximale du gouvernement du Canada a été fixée à 35 % du coût total et ne doit pas dépasser 50 % du montant total que le secteur public réserve à la manifestation ». Ce n’est pas la même chose. 

Bien que ces nuances soient connues à l’hôtel de ville, la réponse définitive d’Ottawa semble tenue pour acquise.

Aucune déclaration n’a d’autre part été émise à Québec à l’issue de la rencontre interministérielle de mardi, au cours de laquelle les membres du cabinet Legault directement concernés par le dossier des Jeux de la Francophonie devaient prendre connaissance de l’offre de Sherbrooke.  

Si le choix des mots et le jardinage dans les chiffres étaient prévisibles et ont été bien commodes pour les élus sherbrookois, leur message « d’espérer beaucoup plus en offrant pas mal moins » a sûrement été reçu avec un peu moins d’enthousiasme chez celles et ceux qui se retrouvent à devoir décider s’ils signeront des chèques potentiellement élastiques ou tireront sur la plogue.

Perspectives

La loterie de la Francophonie

CHRONIQUE / Sherbrooke est prête à organiser les Jeux de la Francophonie de 2021 à ses conditions, c’est-à-dire avec une contribution municipale réduite du tiers et en laissant aux gouvernements de Québec et d’Ottawa la pression d’un financement accru pour un événement s’annonçant plus coûteux que prévu.

Cela revient quasiment à dire que les Sherbrookois viennent de s’acheter un billet de loterie!

Perspectives

Du côté passager

CHRONIQUE / Êtes-vous toujours aussi fin observateur ? En vous référant à l’illustration qui est une reproduction de la une de La Tribune du 15 mars 2003, identifiez trois éléments qui sont présentement au cœur de l’actualité.

François Legault, qui était alors ministre de la Santé, est aujourd’hui premier ministre. Cela va de soi. Chacun obtient un point pour cette évidence.

La modernisation de l’Hôtel-Dieu constituait à cette époque le plus ambitieux projet en santé jamais réalisé en Estrie. En octroyant 70 M$ pour la construction d’une nouvelle aile, M. Legault avait mis la région au défi de lui prouver qu’il n’y aurait pas d’imprévus pour les phases subséquentes de réaménagements des services. 

Voilà que le fardeau de la preuve est inversé. Il revient aujourd’hui au gouvernement Legault de livrer le Centre mère-enfant promis à l’Estrie en misant sur une approche centralisée. Or, c’est plutôt mal parti. La Société québécoise des infrastructures (SIQ) se retrouve à devoir payer des pénalités de 600 000 $ à trois soumissionnaires sans avoir reçu de proposition satisfaisante. Pis encore, la seule soumission valide dépassait de 25 % le budget estimé à 198 M$. Vous êtes crédité d’un deuxième point si vous aviez relevé cet autre parallèle. Le troisième élément étant plus subtil, je vous laisse chercher encore un peu...

Le temps de pousser la comparaison entre la gestion actuelle des projets d’infrastructure publique dits « majeurs » et le modèle ayant valu de multiples éloges aux gestionnaires régionaux qui ont coordonné le déploiement des nouvelles unités de soins de l’Hôtel-Dieu.

« Sherbrooke devrait servir d’exemple à tous les projets hospitaliers au Québec, y compris du CHUM », avait mis en évidence Jean Charest comme premier ministre lors de la cérémonie d’inauguration en septembre 2008.

Rappelons que ces installations ont été livrées avec sept mois d’avance sur l’échéancier et à moindre coût que les 112 M$ alloués pour l’ensemble du projet. La région a pu utiliser les quelques millions ainsi économisées pour d’autres besoins qui étaient en attente de financement.

Cette réussite collective a rayonné en dehors de l’Estrie, elle a été applaudie sur des tribunes provinciales. Comment avez-vous réussi ? cherchait-on à savoir.

Tous les plans et devis pour l’Hôtel-Dieu ont été préparés localement, en régie. Pour éviter trop de travaux en même temps et afin d’attirer le maximum de soumissionnaires, les contrats ont été fractionnés. La SIQ a misé, elle, sur une tout autre approche pour le Centre mère-enfant. Son appel de propositions nous ayant ramenés à la case départ a porté sur « une approche conceptuelle de projet clef en main ». 

Les dirigeants du réseau estrien de la santé et des services sociaux auraient pu s’en remettre à des mandataires provinciaux pour la modernisation de l’Hôtel-Dieu, il y a quinze ans. Ils avaient cette option.

Les résultats probants obtenus à Sherbrooke n’ont plus le poids d’une plume dans la balance politique et administrative. Car, ce qui était auparavant un choix est devenu une obligation. C’est sans le moindre pouvoir de contestation que les décideurs estriens se retrouvent assis du côté passager pour le Centre mère-enfant. En vertu de règles provinciales mises en place à la suite de dérapages, tous les projets de 50 M$ sont d’office confiés à la SIQ.

Chef d’orchestre du mégaprojet de l’Hôtel-Dieu, Jacques Monette a toujours partagé le mérite avec l’ensemble du personnel de l’hôpital. Grâce à leur contribution à l’étape de la conception ainsi que par leur collaboration et leur tolérance durant l’exécution de travaux, tous ont veillé à ce que cette greffe « de neuf avec du vieux » soit réussie, a-t-il toujours insisté.

J’ai sollicité l’expertise de M. Monette pour connaître son niveau de confiance de la gestion centralisée. Ayant quitté le milieu pour la retraite depuis déjà un certain nombre d’années et estimant ne pas disposer de toute l’information nécessaire pour porter un jugement éclairé, il a décliné. 

La haute direction ou les membres du conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie — CHUS ne se trouvent évidemment pas davantage dans une position pour porter un jugement sur le mode de fonctionnement de la SIQ. La région doit se plier aux nouvelles règles et s’en remettre à la vigilance des répondants provinciaux du modèle.

À ce titre, M. Legault, saurez-vous comme premier ministre nous démontrer pour le Centre mère-enfant, avec la gestion centralisée de la SIQ, une efficacité aussi incontestable que celle que l’Estrie vous a prouvée avec l’Hôtel-Dieu ?

LE DÉCOMPTE DES JEUX

Voici le troisième parallèle d’actualité. Le 15 mars 2003, il restait très précisément 117 jours avant les Mondiaux jeunesse d’athlétisme ayant eu lieu à Sherbrooke durant l’été de cette même année. La Tribune tenait chaque jour le décompte dans sa une. Si vous l’aviez remarqué, avec trois points sur trois, vous montez sur la plus haute marche de mon podium.

Faudra-t-il remettre les pendules à l’heure après la séance du conseil municipal de lundi avant de lancer le décompte des Jeux de la Francophonie ? Vite calculé, il resterait autour de 900 jours avant la cérémonie d’ouverture annoncée pour le 23 juillet 2021...

Perspectives

Réunir les conditions gagnantes

CHRONIQUE / Le conseil municipal se donne une semaine pour décider si Sherbrooke offrira à l’Organisation internationale de la Francophonie de prendre en charge les Jeux de 2021 que le tandem formé des villes de Moncton et Dieppe est incapable de livrer.

D’ici là, la Ville actualisera les chiffres de sa proposition initiale, elle décortiquera les facteurs d’explosion de coûts que le gouvernement du Nouveau-Brunswick a invoquée pour justifier son retrait et tentera d’obtenir un financement accru de la part des gouvernements de Québec et d’Ottawa.

Perspectives

Les gouvernements de proximité loin des élections

CHRONIQUE / Il y avait là aussi péril en la demeure, prétendait l’Union des municipalités du Québec (UMQ) du temps où elle réclamait que le gouvernement provincial s’attaque une fois pour toutes « au syndrome pas dans ma cour » en abolissant les référendums municipaux.

La loi 122 accordant ce pouvoir discrétionnaire aux villes a été votée en juin 2017, mais rien n’a changé à Sherbrooke dans les règles d’arbitrage sur l’aménagement urbain. 

Les règles conventionnelles que le gouvernement québécois jugeait dépassées et que l’ex-maire Bernard Sévigny a qualifiées de « dysfonctionnelles » avec son chapeau de président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) sont celles qui sont appliquées dans le processus d’approbation des amendements de zonage requis pour lancer le Quartier Sainte-Famille, un projet de 70 M$.

L’étape d’évaluation par les citoyens est commencée et elle se limitera aux seules personnes vivant dans le pourtour immédiat du couvent dont la communauté des Petites sœurs de la Sainte-Famille veut se départir. Rappelons que cette propriété changerait de vocation et se retrouverait à l’intérieur d’une cellule de 360 unités d’habitation. En se référant aux critères légaux, les propriétaires et locataires « concernés » sont essentiellement les voisins en façade de la rue Galt Ouest — entre le boulevard de l’Université et l’ancien Vieux-Clocher — ainsi que ceux du secteur des Montagnais, qui rejoint le campus universitaire. 

Un registre a été demandé par 44 citoyens. Une cinquantaine de signatures au registre (dont la date est à déterminer) forcerait la tenue d’un référendum auquel autour de 400 Sherbookois pourraient participer, selon des estimations préliminaires. La Ville fera prochainement un décompte précis du nombre de personnes habiles à voter et celui-ci déterminera le seuil de 50 % +1  à atteindre pour qu’un avis de renonciation qui serait endossé par une majorité de citoyens ait valeur d’approbation. 

Les référendums confèrent un pouvoir décisionnel à un trop petit nombre de citoyens qui peuvent ainsi entraver le développement de toute une collectivité, a-t-on souvent entendu de la bouche des détracteurs de ce mode de consultation. Est-ce le cas dans le présent dossier?

« Même si ces règles ont été critiquées, je suis tout à fait à l’aise qu’elle soit actuellement notre référence », commente le président du comité d’urbanisme, Vincent Boutin, chef intérimaire du Renouveau sherbrookois, le parti que Bernard Sévigny a quitté après sa défaite à la mairie. 

Autre chef, autre perception.

« Nous avons débattu de cette question avant la dissolution de l’ancien conseil et d’autres élus s’étaient déclarés, comme moi, favorables au maintien des référendums ainsi qu’à une révision des règles. Il faudrait s’y attaquer. Si nous ne faisons rien, des visées immobilières au Club de golf de Sherbrooke pourrait un jour nous éclater en plein visage », appréhende le conseiller Marc Denault, qui avait déclenché un vote sur le sujet en 2017.

« Nous devons composer avec un fort taux de roulement de personnel à la division d’urbanisme et la priorité a été de sortir les projets au lieu de se lancer dans un dossier complexe comme celui-là », précise à ce sujet son collègue Boutin.

« N’ayant jamais eu les mêmes inquiétudes que mon prédécesseur, j’ai eu d’autres priorités depuis mon élection. Je conviens cependant avec M. Denault que la Ville a intérêt à se donner des règles locales et cela, sans priver les citoyens du pouvoir référendaire », juge le maire Steve Lussier.

Ce dernier convient que c’est un premier test pour lui. Demeurera-t-il du même avis si ce projet d’envergure frappe un mur?

« Il y a sûrement des ajustements possibles de la part des promoteurs ou de la Ville pour éviter ce résultat », préfère croire M. Lussier.

La loi 122 accorde aux villes le pouvoir d’abolir les référendums sur leur territoire pour autant qu’elles soumettent leur approche alternative pour approbation à Québec.

« J’entends que les exigences fixées dans la loi 122 sont si complexes que les élus et gestionnaires municipaux préfèrent conserver la formule des référendums », rapporte Me Guillaume Rousseau, professeur à la faculté de droit à l’Université de Sherbrooke et consultant en droit municipal.

Les référendums municipaux avaient été introduits dans les années 40 afin de protéger le droit de propriété. La protection de l’environnement et la qualité de vie sont parmi les autres préoccupations des citoyens auxquelles les villes doivent de nos jours répondre, précise Me Rousseau.

Sherbrooke n’est pas un cas unique. L’Union des municipalités du Québec admet que « ce virage historique » n’est pas vraiment entrepris. L’UMQ propose un guide de référence à ses membres depuis le mois de novembre.

« Les règles sont ce qu’elles sont, et nous sommes tout à fait d’accord avec l’existence d’un tel garde-fou. Un mode d’opposition simple existe en signant un registre, mais l’inverse est aussi vrai. Les citoyens peuvent participer à la vie démocratique et exprimer leur accord en signant l’avis de renonciation. Nous saurons les convaincre de choisir cette option », réagit Matthieu Cardinal, du groupe de promoteurs Services immobiliers First.

Les élus municipaux ont tendance à s’éclipser lorsque le processus consultatif s’enclenche en invoquant le devoir d’impartialité. 

« Comme notre projet a été approuvé à l’unanimité au conseil municipal, j’ai confiance que les élus auront avoir le courage de s’investir dans l’exercice de persuasion », croit M. Cardinal.

Perspectives

Promettre des travailleurs plutôt que des emplois

CHRONIQUE / Les régions du Québec ont les traits tirés, elles s’essoufflent et se vident pendant que Montréal draine les investissements et les emplois. Après avoir superposé les données démographiques aux indicateurs économiques, l’Institut du Québec (ldQ) illustre à quel point la courbe du vieillissement accentuera les écarts.

Une année ne révèle pas tout, mais qu’il y ait eu gain net de 30 200 emplois en 2018 dans la région de Montréal pendant que le reste du Québec subissait des pertes équivalentes a sûrement à voir avec la main-d’œuvre disponible, considérant que la population des 15 à 64 ans a chuté entre 2011 et 2017  dans les régions alors qu’elle n’a cessé de croître dans la métropole au cours de cette période. Montréal a d’ailleurs récolté 85 % des nouveaux emplois québécois au cours des trois dernières années, selon l’IdQ.

Ce portrait provincial se transposerait dans chacune des régions du Québec. Le renouvellement de la main-d’œuvre pose un défi partout, mais il est plus criant dans les MRC périphériques que dans celle de Sherbrooke.

« La pénurie de travailleurs devient le plus grand frein au développement et comme peu d’immigrants se dirigent vers les petites communautés, ça ajoute à leurs difficultés d’attirer des investissements » commente Mia Homsy, directrice générale de l’IdQ et coauteur du Bilan 2018 sur l’emploi au Québec.

L’un des tableaux préparés par cet organisme, qui n’a pas de liens avec l’Institut de la statistique du Québec mais qui est plutôt né d’un partenariat entre le Conference Board du Canada et aux HEC de Montréal, fait ressortir une perte de 3300 emplois en 2018 dans la Région métropolitaine de recensement (RMR) de Sherbrooke.

« Je ne saurai expliquer les causes de cette année creuse. Il y a eu retour à la croissance des programmes, l’an dernier, dans le budget provincial. Mais il n’est pas impossible non plus qu’il y ait un décalage dans les effets des compressions des années précédentes », avance Mme Homsy.

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Le parapluie de Marguerite Poppins

CHRONIQUE / La ministre Marguerite Blais dégage la bonté. Depuis le temps qu’elle porte la cause des aînés avec des convictions l’ayant poussée au front de la politique deux fois plutôt qu’une, ne doutons point de sa sincérité. Mais gare aux pièges de l’émotivité, Madame.

Alors que bien des politiciens se présentent sur le plateau de Tout le monde en parle sur la pointe des pieds, Mme Blais y était confiante et à l’aise, dimanche soir. En la qualifiant « de croisement entre une ministre et Mary Poppins », l’animateur Guy A. Lepage l’a dépeinte avec une pointe d’humour plus sympathique que sarcastique. Selon ma perception, du moins.

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Le discernement au lieu du bazooka

CHRONIQUE / Que pensez-vous du flair du chien pisteur ayant écrit la semaine dernière que François Legault et son gouvernement ne se porteraient pas garants de la Loi sur l’immatriculation des armes à feu sans y soustraire quelques-unes des aberrations libérales?

Les caquistes ont attendu que leur chef soit à l’étranger, loin des contradictions, pour effectuer un pas de côté sans reculer, comme je l’anticipais dans ma dernière chronique sur le sujet.

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Des voisins comme anges gardiens [VIDÉO]

CHRONIQUE / La routine d’un aîné durant la neige et le froid intense de la fin de semaine a failli tourner à Sherbrooke en un drame épouvantable, comme celui qui frappe la famille Duceppe à Montréal.

Un homme de 79 ans a été secouru dans sa cour de l’arrondissement de Fleurimont, dimanche, alors qu’il était incapable de franchir les derniers mètres pour rentrer au chaud dans sa maison. 

À lire aussi: Aînés morts de froid: «Ça m’enrage!»

La mère de Gilles Duceppe est retrouvée morte gelée

Carole Grant s’est inquiétée dès qu’elle a vu son voisin Gérard Lepage sortir de sa cour à pied pour aller, comme d’habitude, acheter ses journaux.

« Je connais la santé chancelante de Gérard et en le voyant peiner dans la neige épaisse, j’ai eu l’intuition que quelque chose allait se produire. Je regardais de temps et autre par la fenêtre et, à un moment donné, j’ai constaté qu’il était de retour. Il était immobile, figé comme une statue à l’entrée de sa cour. Mon mari et moi avons vite compris qu’il pouvait être en danger. »

N’obtenant pas de réponses aux questions lancées depuis son balcon, Jean-Guy Giffard s’est habillé en vitesse et a traversé la rue du Delaware en secouriste.

« Les quelques gestes que Gérard réussissait à effectuer étaient très lents. On n’entendait plus qu’un filet de voix de sa bouche. Ça pressait que je le sorte de là », décrit M. Giffard.

« Je ne ressentais plus le froid. Mon corps ne luttait plus », confirme le septuagénaire dont le cœur bat avec l’aide d’un régulateur. 

J’habite sur cette rue depuis 30 ans et suis familier avec mes voisins. Le hasard a voulu que je débarque chez les Lepage pendant que Gérard récupérait, au grand bonheur de son épouse Lucia. Jean-Guy y était encore, prêt à agir comme ambulancier. Le voyage à l’hôpital n’a finalement pas été nécessaire.

Je venais également de me geler les doigts à passer la souffleuse, au point où j’en ai pleuré une fois rentré parce que je n’arrivais pas à me soulager. Rappel que les rigueurs de l’hiver québécois n’appartiennent pas au folklore, discutions-nous ensemble.

La découverte, quelques heures plus tard, du corps inanimé d’une femme de 93 ans, Hélène Rowley Hotte, la mère de l’ex-politicien Gilles Duceppe, est cependant venue donner une autre dimension « au sauvetage » de la rue du Delaware.

« En apprenant les circonstances de ce décès, des frissons m’ont traversé le corps », a ajouté Carole en me montrant des photos et une vidéo de la scène s’étant déroulée sous ses yeux, à Sherbrooke.

« Sans la vigilance de mes voisins, j’aurais pu connaître ce triste sort », réalise davantage Gérard Lepage.

Une vigilance que le coordonnateur des services d’urgences à la Ville de Sherbrooke, Stéphane Simoneau salue.

 « La trousse de survie de 72 heures que nous offrons aux citoyens est justement une façon de les inciter à développer leur niveau d’autonomie, ce qui contribue également à alimenter l’esprit d’entraide entre voisins. Mme Grant et M. Giffard ont posé un très beau geste. »

Perspectives

De la concurrence entre joueurs établis

Steve Lussier a joué gros durant la dernière campagne municipale. Sans réponse à son appel d’offres pour revitaliser le secteur de la rue Wellington Sud, où la Ville a acheté des immeubles voués à la démolition, il serait dans un cul-de-sac.

Ce n’est pas le cas. Si les trois soumissions reçues passent le test de la conformité, la Ville aura trois options plutôt qu’une seule.  

Bien qu’ils seraient libres de dévoiler leurs intentions, les promoteurs ne veulent rien livrer comme information qui puisse être utile à leurs rivaux avant les analyses et les auditions devant le comité de sélection, qui se feront au cours des 12 prochaines semaines.   Ce n’est donc que dans quelques mois qu’on pourra juger s’il y a eu progrès ou recul dans la qualité du projet.

Le Groupe Custeau  doit juger l’atmosphère politique plus saine aujourd’hui qu’il y a un an, puisqu’il revient dans le décor. Membre d’un consortium à qui l’ex-maire Bernard Sévigny avait accordé l’exclusivité pour le projet initial Well inc., le développeur sherbrookois et ses partenaires d’alors, SherWeb et le Fonds immobilier de solidarité de la FTQ, avaient retiré leur offre d’investir 50 M$ après l’arrivée en poste de Steve Lussier. 

Le Groupe Custeau a cette fois comme partenaire la firme d’ingénierie EXP, qui serait disposée à déménager ses 200 employés dans l’un des deux édifices que la Ville veut voir naître sur les ancrages du futur stationnement souterrain qui desservira ce secteur. EXP exprime les mêmes besoins que SherWeb dans la précédente offre, dont les échéanciers n’avaient pu suivre le rythme de croissance du fleuron sherbrookois de l’informatique.

Une seconde proposition est portée par le président de Must Urban, Philippe Dussault, s’étant notamment allié à Daniel Quirion, un architecte ayant participé à maintes réflexions sur la relance du centre-ville. 

Coup d’éclat, M. Dussault a obtenu l’adhésion du Groupe Pomerleau comme partenaire majeur de la proposition « Projet Espace W s.e. c. ». Cette alliance dissipera tout doute quant à la capacité de ces soumissionnaires à réaliser des projets d’envergure. Pomerleau, dont le siège social est à Saint-Georges de Beauce, est un joueur majeur de l’immobilier au Québec, s’étant notamment vu confier la construction du complexe du Centre de congrès de Sherbrooke au milieu des années 80.

« Cela prouve que nous avions raison de croire que le centre-ville de Sherbrooke pouvait intéresser des entreprises nationales », se réjouit la présidente du comité de revitalisation du centre-ville, Chantal L’Espérance, en se gardant toutefois d’afficher des préférences.

Le troisième soumissionnaire est la compagnie sherbrookoise de gestion immobilière Dusco, qui œuvre dans le domaine depuis 30 ans en proposant le clé en main dans les secteurs industriel, commercial et résidentiel. Elle a été maître d’œuvre de différents projets dans l’arrondissement de Brompton, où se trouve son centre d’affaires.

Dusco a été accueillie à bras ouverts par Drummondville au cours de la dernière année pour lancer la première phase d’un complexe industriel dont la réalisation complète représentera des investissements de 10 M$.

Le Groupe Custeau a maintenant des concurrents crédibles et sérieux pour la revitalisation de la rue Wellington Sud, mais Denis Custeau et Charles Custeau ont la réputation d’être de farouches compétiteurs. La Ville ayant maintenu ses engagements financiers et ayant clarifié les règles des avantages fiscaux accordés pour 10 ans, rien ne porte à croire que l’entreprise familiale aura réduit l’offre élaborée avec l’ancienne administration municipale.

Les dirigeants du Groupe Custeau  refusent d’autre part d’en parler publiquement, mais gagne ou perd le contrat de Well Sud, ils ont d’autres ambitieux projets au centre-ville. Les ponts ne seraient pas définitivement coupés avec Sher-Web, qui pourrait envoyer de ses équipes dans les bureaux d’un complexe technologique qui intéresserait également la compagnie CGI qui, elle, se trouve à l’étroit sur la rue Abénaquis. 

Deux leaders de l’informatique sous le même toit, le long de la rivière Magog, à deux pas du futur pont signature et du quartier résidentiel figurant dans la planification « Centre-ville 20/20 », commencez-vous à voir le topo?

Si le Groupe Custeau n’est pas retenu, croyez-vous qu’il cèdera généreusement son client et partenaire EXP à la concurrence pour Well Sud? Je suis plutôt persuadé qu’il y a déjà un plan B pour l’accueillir à l’autre extrémité de la rue Wellington, que reluquent également d’autres firmes de professionnels.

Tout un remue-ménage pointe à l’horizon.

« D’autres projets sont effectivement à l’étude et même si certains d’entre eux commençaient en même temps que Well Sud, ils ne se cannibaliseraient pas. La planification municipale en fait des secteurs complémentaires », affirme la conseillère L’Espérance.

Bien que rien de cela ne soit encore acquis, les mois se succèdent mais ne se ressemblent pas pour le maire Lussier.

« Décembre a été difficile, éprouvant, mais j’ai beaucoup appris. Je me suis reposé comme jamais durant le congé des fêtes et, croyez-moi, 2019 nous apportera une succession d’annonces. »

Trois propositions d’affaires pour clôturer une semaine ayant également été ponctuée de rencontres avec le premier ministre canadien et celui du Québec : pas pire, pas pire comme début d’année, dirait l’illustre Ron Fournier.

Actualités

Au temps des labours

CHRONIQUE / Au terme d’une série d’entretiens privés avec des acteurs régionaux, dont le maire Steve Lussier, c’est un Justin Trudeau énergique qui s’est amené devant des partisans réunis à l’hôtel Times.

« Dans un pays comme le Canada et une province comme le Québec, il y a énormément de diversité et d’adversité géographique, ethnique et culturelle. Il y a tellement de courants de pensée et de perspectives différentes que la seule façon de bâtir et d’avancer, c’est en s’écoutant et en apprenant à se connaître. Ce n’est pas toujours facile, il y a des gens inquiets, des personnes qui sont froissées, mais il faut résoudre les problèmes ensemble. »

Perspectives

Bon chic bon genre

CHRONIQUE / J’ai mis les pieds dans un nid de guêpes. Même si je n’ai pas eu à prendre mes jambes à mon cou pour échapper à une nuée de poursuivantes, avoir été piqué une seule fois me rendra plus prudent...

La présidente de la Maison Aube-Lumière, Élisabeth Brière, souhaite être candidate libérale dans la circonscription de Sherbrooke aux élections fédérales de l’automne. J’ai commis un impair dans ma chronique de samedi en écrivant « qu’elle ferait le tour de sa garde-robe pour choisir les vêtements qu’elle portera pour son baptême politique », lors du coquetel de financement auquel le premier ministre Justin Trudeau assistera mercredi.

« Faire le tour de sa garde-robe, ouch! Je ne suis pas la plus féministe, mais ça me grafigne l’épiderme. Avez-vous réalisé, vous avez mêlé l’intérêt d’une femme pour la politique et sa tenue vestimentaire avant qu’elle émette ses idées » a soulevé une lectrice froissée dans un courriel.

Honnêtement, non. D’autre part, j’admets avec la même franchise n’avoir jamais songé à décrire dans ce même texte le soin avec lequel le candidat masculin déclaré Edwin Moreno agencera veston, chemise et cravate pour faire lui aussi bonne impression cette semaine auprès du chef.

Me voilà en face d’une évidence : ce passage avait une connotation sexiste. Mon subconscient baignant dans la politique depuis 30 ans est peut-être imbibé d’une culture de ti-mononcle dont je devrai me méfier davantage dans le futur... 

J’entends cette fois des protestations masculines : aie le mou, pas en train de céder à un seul reproche. T’as pas de colonne, t’es pas capable de tenir tête à une femme, une seule?

Je suis têtu. J’argumente plus que pas assez, et c’est de famille. Cette génétique est tellement concentrée chez l’une de mes filles que je l’ai surnommée « Oui, mais parce que... ».

Mais le poids de vérité n’est pas nécessairement celui du nombre. Rien n’est plus utile en ce bas monde que l’ouverture d’accepter qu’une seule personne puisse avoir de meilleurs arguments que 50 confortant leurs opinions les unes avec les autres.

Dans mon cas, il n’y avait même pas à débattre tellement il tombe sous le sens que quiconque aspire à faire partie de l’équipe d’un premier ministre a le souci de soigner son apparence pour ne pas se disqualifier au premier coup d’œil. Il est clair qu’Edwin Moreno se mettra lui aussi « sur son 36 », mercredi soir, pour aller à la rencontre de M. Trudeau et des militants qui, ultimement, choisiront le candidat qui participera à l’élection.

Indépendamment des sexes, cette soirée mondaine bon chic bon genre sera propice aux jeux de coulisses pour les aspirants locaux ainsi que pour tous les autres nourrissant les mêmes ambitions dans les autres circonscriptions de la région. C’est l’essentiel de ce que j’ai voulu exprimer sur ce volet dans ma chronique de samedi et le propos aurait été mieux rendu ainsi. 

Sachez que la femme qui m’a contacté ne connaît ni de près ni de loin Élisabeth Brière. Ses protestations polies n’étaient pas motivées par des intérêts personnels ou politiques.

Sans même savoir si j’avais vexé ou pas Mme Brière, j’ai eu la délicatesse de la prévenir que j’allais clarifier publiquement le fond de ma pensée. 

Ce n’était pas l’affront du siècle, mais ce n’est pas non plus une banalité à ignorer et à passer sous silence. Le respect accru que réclament et méritent les femmes commence avec le souci du détail dans nos relations quotidiennes ainsi que dans la remise en question de comportements paraissant anodins, mais qui les discriminent encore. 

Hommage à celles qui ont initié le mouvement, il y a plusieurs années déjà, ainsi qu’à toutes celles qui portent encore haut et fort les revendications des PÉPINES, le groupe de Promotion des Estriennes pour inititier une nouvelle équité sociale. Leurs efforts de conscientisation portent.

Le temps de savourer pleinement les petites victoires, seriez-vous d’accord par contre de prolonger de quelques semaines ou quelques mois nos délibérations sur la liberté vestimentaire à l’Assemblée nationale que réclament les députés solidaires...

Chroniques

Trouver sa voie au milieu du désordre

CHRONIQUE / Une maman doit se sentir un peu moins seule à chercher son enfant au milieu du désert et dans l’immensité du continent africain quand un quotidien comme Le Monde publie un texte traitant de sa disparition.

Le volume de la caisse de résonnance médiatique augmente en marge de l’inquiétante disparition de la Sherbrookoise Édith Blais, attirée à 34 ans par l’entraide humanitaire dans le pays instable qu’est le Burkina Faso avec un copain italien, Luca Tacchetto, dont la famille est aussi sans nouvelles depuis le 15 décembre.

Imaginons sa mère Jocelyne Bergeron parcourant la revue de presse internationale sur internet à partir du logement de Sherbrooke qu’elle et ses proches ont transformé en bureau d’enquête d’Interpol, d’où elle aurait sans doute voulu réagir en propageant un message d’optimisme dans l’univers :

« Où que vous soyez sur la planète, si vous croisez une jeune femme toujours souriante aux yeux bleus, aux cheveux tressés, c’est immanquablement ma belle Édith! Rappelez-lui à quel point nous l’aimons et incitez-la à nous envoyer un petit coucou dès qu’elle en aura l’occasion ».

Mais voilà que les autorités canadiennes recommandent plutôt aux proches de Mme Blais de cesser les appels à l’aide. De réprimer leurs craintes en s’enfermant dans le mutisme, dans un silence ajoutant au poids de l’incertitude causée par des djihadistes se livrant encore dans ce pays à des purges religieuses et ethniques.

Bien que ce soit difficile à admettre, il ne faut surtout pas nourrir les ambitions de brigands assoiffés de rançons.

« Je me suis déjà retrouvé à l’étranger à devoir discuter et argumenter avec des milices armées qui nous bloquaient le passage. Sans connaître ce qui s’est vraiment passé dans le cas de Mme Blais, j’encourage sa famille à garder espoir. Il y a de très bonnes chances qu’elle et son ami soient toujours vivants. Ces situations sont stressantes et délicates, mais finissent généralement par se régler sans perte de vie », témoigne Patrice Raymond, un infirmier sherbrookois ayant le bagage d’une vingtaine de missions humanitaires.

M. Raymond est d’ailleurs en attente de confirmation d’un autre départ pour retourner combattre la maladie de l’Ebola au cours des prochaines semaines dans une région isolée du Congo où 150 groupes rebelles s’affrontent. Conjoncture locale pour le moins tendue, ne représentant toutefois pas un risque indu aux yeux du coopérant.          

« Ce n’est pas être entêté que de vouloir aider. Il y a toujours du danger, peu importe où l’on nous envoie. Nous sommes adéquatement formés pour composer avec le risque. Le personnel de la Croix-Rouge nous encadre et veille au respect de pratiques sécuritaires. Les besoins des populations locales sont trop urgents et trop importants pour suspendre les opérations de secours », estime-t-il.

Souci de solidarité et d’entraide que l’infirmier du CHUS-Fleurimont perçoit de plus en plus comme une valeur collective dans la ville étudiante qu’est Sherbrooke.

« Avec tous les projets lancés au secondaire, au collégial de même que dans nos deux universités, aucune autre communauté n’engage autant sa jeunesse dans l’entraide internationale que la nôtre. C’est devenu un choix de carrière, un mode de vie, une passion. Les hésitations ne surviennent pas au moment de partir, mais lorsqu’il faut revenir en sachant que ça nous replongera dans le train-train quotidien », affirme l’infirmier missionnaire, dont les fréquents voyages à l’étranger sont cautionnés par son épouse africaine qu’il a d’ailleurs rencontrée dans un contexte humanitaire. Le couple est parent de jumeaux mixtes âgés de neuf ans.

« J’arrive à conjuguer mes responsabilités parentales et mon désir de contribuer au mieux-être des populations durement éprouvées. Les inégalités humanitaires et monétaires nous imposeront dans le futur un devoir encore plus grand à cet égard, en particulier pour secourir des enfants et cela, en étant exposés à de plus en plus de citoyens violents et radicalisés.

« Dans les circonstances par contre, la solidarité commence ici, à Sherbrooke, en saluant l’engagement d’Édith et en épaulant sa famille. Souhaitons-leur un dénouement heureux », plaide Patrick Raymond en appuyant sans réserve le parcours de vie de sa jeune concitoyenne qui, à ses yeux, n’avait rien de trop téméraire.

Chroniques

Si la mairie vous intéresse

PERSPECTIVES / À l’automne 2017, tout s’est effondré pour Bernard Sévigny durant le dernier mois de sa campagne à la mairie. Steve Lussier se trouverait probablement lui aussi dans une position assez précaire s’il devait se présenter devant l’électorat sherbrookois en cette période de turbulence.

Avec six conseillers dissidents contre neuf élus en faveur, son deuxième budget a obtenu à peine la note de passage de 60 pour cent lundi soir. La glace est mince sous ses patins.

Alors qu'il se déclarait le mois dernier pleinement satisfait de sa première année à la mairie et heureux « d’attirer le positif », M. Lussier vient plutôt de s’inscrire dans le livre des records de l’histoire contemporaine de Sherbrooke : aucun maire n’avait encore été à ce point désavoué lors d’un vote sur le budget depuis la création de la ville unifiée en 2002.

Les procès-verbaux des assemblées budgétaires disponibles sur le site internet de la Ville remontent en 2008, année où Bernard Sévigny et Robert Pouliot avaient voté contre ce qui fut le dernier budget de Jean Perrault.

Certains budgets de M. Sévigny ont par la suite été contestés durant ses deux mandats à la mairie, mais l’ancien chef du Renouveau sherbrookois n’a jamais subi un pareil désaveu, même du temps où son parti était minoritaire au conseil municipal.

Le mécontentement provoqué par la fusion imposée par Québec ainsi que la méfiance des anciens citoyens des villes de banlieue à l’égard de la « grosse machine bureaucratique » de Sherbrooke avaient auparavant obligé Jean Perrault à manœuvrer avec tact et diplomatie pour prévenir un braquage des anciens maires qui, comme lui, se retrouvaient au conseil de la nouvelle ville.  

La bataille électorale de M. Perrault en 2001 contre l’ancien maire de Saint-Élie-d’Orford, Richard Gingras, qui avait été leader de la banlieue en présidant la défunte MRC de Sherbrooke, avait causé un certain clivage entre les « anciens » et les « nouveaux » Sherbrookois. Les élus ont eu à ménager les susceptibilités.

En dépit des surtaxes imposées dans les anciennes villes de banlieue afin d’uniformiser le compte de taxes, qui est aujourd’hui le même pour tous, tous les budgets de M. Perrault ont été endossés par les conseils municipaux, non sans critiques, mais sans la menace d’être coulés par une majorité d’opposants.

Des traits d’impatience et d’irritabilité sont par ailleurs apparus cette semaine chez Steve Lussier, qui a même invité des citoyens qu’il jugeait trop partisans à afficher dès maintenant leurs aspirations à devenir maire.

« On se reverra dans quatre ans » a-t-il répondu sèchement.

M. Lussier peut toujours prétendre que ces prises de bec sont le reflet de sa fougue et de sa passion, mais encore faut-il que l’énergie débordante soit canalisée de la bonne façon et pour les bonnes raisons.

Les chefs des deux partis municipaux, Évelyne Beaudin, de Sherbrooke Citoyen, et Vincent Boutin, du Renouveau sherbrookois ont voté contre le budget. Les dissidents sont cependant deux fois plus nombreux dans le camp des conseillers indépendants.

Ceux qui tenaient les partis municipaux responsables des tiraillements politiques à l’hôtel de ville de Sherbrooke sont à court d’arguments là-dessus. Celles et ceux qui ont promis il y a un an aux citoyens une plus grande harmonie au conseil municipal en élisant des élus indépendants, dont M. Lussier, n’ont rien prouvé en ce sens non plus. La défiance de M. Lussier pour la mairie trois années d’avance est le contraire du leadership rassembleur qu’il avait promis.

La tâche est accaparante, épuisante, et notre maire a besoin d’une pause salutaire dans le temps des fêtes.

Chose certaine, en invitant ses adversaires déclarés ou encore des personnalités qui pourraient avoir un certain intérêt pour la politique municipale à s’organiser dès maintenant en prévision de la prochaine course à la mairie, M. Lussier pourrait compliquer sa réélection.

Une embellie pointe dans les finances municipales. Rappelons que le pacte fiscal que l’Union des municipalités du Québec veut faire approuver par le gouvernement Legault pourrait rapporter une vingtaine de millions chaque année à la Ville de Sherbrooke.

Au même moment, les coûteux remboursements pour les caisses de retraite passeront de 10 à 8 M$, puis chuteront à moins de 1 M$ durant le mandat de quatre ans qui sera à l’enjeu en 2021. S’il y a un rendez-vous électoral à ne pas manquer pour espérer devenir maire, c’est celui-là.

Avec autant d’argent disponible, les candidats pourront peut-être même promettre deux gels de taxes consécutifs en étant crédibles.

Si la mairie vous intéresse, mettez votre CV à jour et partez à la recherche d’organisateurs. Le maire Lussier est impatient de vous affronter!

Budget 2019

Le budget de la candeur

CHRONIQUE / Le deuxième budget du maire Steve Lussier se résume en une phrase : un effort supplémentaire de 8 M$ était nécessaire et le nouveau rôle d’évaluation se chargera de la tâche ingrate de répartir les charges additionnelles entre les Sherbrookois.

L’effet combiné de l’évolution du marché immobilier et des choix budgétaires pour l’an prochain donne le portrait général suivant : 33 % des propriétaires recevront le mois prochain une facture de taxes majorée de 0 à 5 %; des hausses de 5 % ou plus toucheront 29 % des contribuables, principalement dans les catégories des immeubles locatifs de plus de six unités; finalement, 38 % des Sherbrooke paieront moins cher de taxes que l’an dernier parce que l’accroissement de la valeur de leur propriété a été inférieur à la moyenne.

Du potentiel de revenus supplémentaires de plusieurs millions du rôle triennal qui s’appliquera en 2019, 2020 et 2021, le maire Lussier avoue n’avoir laissé que 185 000 $ sur la table.

« Il est vrai que c’est un petit montant, mais c’est un peu d’argent dans les poches de citoyens pour qui chaque dollar compte », a-t-il justifié.

M. Lussier était redevenu plus zen après sa montée de lait de la fin de semaine, provoquée par la publication d’information budgétaire dans La Tribune

 « Je sais que vous, journalistes, voulez tout savoir. Mais les élus travaillent assez fort à préparer le budget que vous devriez leur laisser le privilège de le dévoiler eux-mêmes », a-t-il calmement réitéré comme souhait.

Qu’un jeune politicien perce des dents, ça arrive. Une fois la candeur transformée en expérience, M. Lussier cessera de confondre les rôles. Les journalistes travaillent tous plus fort dans les salles de nouvelles rapetissées, pour éviter justement d’être réduits à n’être que des perroquets nourris à la petite graine! 

Il n’y a pas une porte ou une fenêtre assez étanche à l’hôtel de ville, à l’Assemblée nationale ou aux Communes pour enfermer des secrets. D’ailleurs, même les budgets provinciaux ou fédéraux sont presque toujours éventrés et cela, bien que l’information soit encore plus restreinte, détenue par seulement quelques membres d’un même gouvernement. Nombre de fuites médiatiques sont savamment orchestrées par ceux qui dirigent et M. Lussier finira, lui aussi, par en apprendre les recettes.

Revenons au budget qui, avec des hausses de dépenses deux fois supérieures à l’inflation, n’est pas nécessairement un modèle d’austérité. Les négociations s’amorçant le personnel d’Hydro-Sherbrooke seront un premier test pour vérifier si la nouvelle administration compte recourir aux outils légaux dans l’espoir de ralentir la croissance des salaires grugeant 6 M$ de plus cette année. 

La Ville doit également allouer en 2019 une autre tranche de 10,7 M$ au remboursement des emprunts contractés pour les caisses de retraite. Il n’y a cependant pas d’autres déboursés coûteux pour l’employeur.

Sans prendre l’engagement de créer un Fonds des générations permanent, comme celui que le gouvernement Charest a mis en place à Québec, les élus sherbrookois choisissent d’autre part d’affecter au remboursement de la dette la totalité des revenus de 800 000 $ qui doivent provenir de la nouvelle industrie énergivore qu’est la cryptomonnaie.

« Nous contrôlerons les coûts de financement de la Ville et nous éviterons de créer des besoins récurrents dans l’appareil municipal avec des revenus dont nous ne pouvons prévoir la durée dans le temps », a expliqué la trésorière Nathalie Lapierre.

Sage décision.

Bernard Sévigny était prêt à construire des stationnements souterrains comme point d’ancrage de son projet de revitalisation Well inc. sans annoncer de hausse des tarifs aux usagers. Steve Lussier juge, lui, qu’une augmentation de 0,25 cent/l’heure se justifie dans les stationnements municipaux après 10 années de gel, même s’il n’a toujours pas l’assurance de recevoir une seule proposition à l’ouverture des soumissions, dans quelques semaines, pour son projet de revitalisation rebaptisé Well Sud. Ou, peut-être est-ce une indication que d’éventuels investisseurs privés exigeront davantage de la Ville pour en devenir les partenaires.

Alors que la mairesse de Magog, Vicky-May Hamm, a admis que le gel de taxes consenti l’an dernier à ses citoyens était une erreur l’ayant rattrapée cette année, le maire Lussier rejette toujours cet énoncé.

« Nous aurons eu droit en 2017 de la part de M. Lussier à un budget achetez maintenant, payez plus tard », lui reproche la chef de Sherbrooke Citoyen, Évelyne Beaudin.

Curieuse décision de la part de Mme Beaudin que celle d’avoir commenté le budget avant la remise des documents budgétaires sous embargo aux journalistes par la Ville, en après-midi. Surtout sans avoir la prudence de cacher des tableaux qu’un zoom de caméra aurait aisément pu prendre en images. Rien pour se laver de tout soupçon d’être le panier percé. 

Il y avait un brin d’amateurisme et de candeur, là aussi.

LUC LAROCHELLE

La constance du jeu d’équipe

CHRONIQUE / L’annonce d’une subvention assurant pendant deux ans une permanence au pôle d’enseignement supérieur de l’Estrie et la conférence du grand patron d’Aéroports de Montréal sur la tribune de la Chambre de commerce sont des rendez-vous ayant suscité sensiblement le même niveau d’intérêt cette semaine à Sherbrooke. Les deux ont attiré une soixantaine de personnes.

N’ayons pas peur des mots dans le second cas : c’est gênant!

J’étais gorgé de fierté en début de semaine lorsque j’ai décrit la profondeur des liens unissant nos institutions francophones et anglophones formant le pôle d’enseignement supérieur, en comparant cette « approche gagnant-gagnant » aux tiraillements linguistiques dans les réseaux de l’éducation et de la santé chez nos voisins de l’Ontario.

Pour reprendre les propos du recteur de l’Université de Sherbrooke, Pierre Cossette, il ne fait aucun doute que cette collaboration est « porteuse d’avenir ». Le recteur n’hésite d’ailleurs pas à tracer un parallèle avec le projet de revitalisation Well Sud.

« Notre intention d’avoir un pôle de partenariats d’affaires au centre-ville est déjà connue et toutes les initiatives semblables s’inscrivent dans la même logique », affirme M. Cossette.

Tout en précisant que son université a déjà, avec le Centre d’entrepreneuriat Dobson-Lagassé, un guichet d’affaires sur son campus, le principal de Bishop’s Michael Goldbloom pose ainsi le défi des efforts concertés.

« Des idées, nous n’en manquons pas, il y en a une longue liste. Sauf que chacun a des obligations quotidiennes à rencontrer. Une permanence augmentera les possibilités de les mettre en œuvre. »

La même conciliation des horaires des ténors du pôle d’enseignement supérieur n’a toutefois pas été possible, jeudi, au moment où le leader des activités aéroportuaires au Québec, Philippe Rainville, est débarqué à Sherbrooke à l’invitation de la Chambre de commerce. Des représentants des institutions ont assisté à la conférence de ce dernier, mais aucune tête d’affiche n’y était.

Des statistiques sur la vigueur économique, les activités scientifiques, sur les besoins de transporter notre savoir partout dans le monde autrement que par internet, on n’en manque pas pour réclamer plus de considération du fédéral.

Mais former deux tables d’honneur avec les gros canons de nos institutions, asseoir autour d’eux des scientifiques dont la liste des réalisations a elle-même la valeur d’un passeport international et convaincre des chefs d’entreprises d’acheter une table complète est un exploit que la région n’a toujours pas été en mesure de réaliser pour donner de l’altitude à son projet d’aéroport.

Après validation auprès de la direction de la Chambre, il n’y avait qu’une soixantaine d’intéressés en face du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, lorsque LE décideur à convaincre pour enfin décoller est passé sur la même tribune à la mi-octobre.

Sa collègue répondante de l’Estrie, Marie-Claude Bibeau, a affirmé cette semaine « être incapable de faire plus pour aider la région tant qu’il n’y aura pas d’entente avec un transporteur aérien ». Mme Bibeau en est-elle convaincue au point d’avoir jugé inutile d’acheter un billet pour appuyer les efforts de promotion de la Chambre de commerce?

Ayant choisi d’adresser des reproches à la ministre Bibeau lors de la présentation des invités spéciaux en feignant de ne pas connaître le nom de la personne désignée par le fédéral, le président de la Chambre de commerce, Claude Denis, s’est tiré dans le pied. Sa stratégie trop subtile ou mal exécutée a plutôt laissé son auditoire sous l’impression que c’est lui qui était mal préparé!

« C’était une façon de passer un message. Je ne comprends pas le choix de la ministre ou de son bureau de n’avoir envoyé personne », a précisé par la suite M. Denis.

Il y a bien sûr eu des actions discrètes. Le PDG d’Aéroports de Montréal a été invité à visiter les installations de l’aéroport de Sherbrooke avant son allocution.

« Lorsque nous sommes arrivés à l’aérogare, ça m’a rassuré d’entendre M. Rainville dire wow! » rapporte le maire Steve Lussier.

« J’ai eu cette même perception en entendant des remarques positives de notre invité », endosse le président de la Chambre.

S’il a confirmé en entrevue avoir été « impressionné par les installations de Sherbrooke », Philippe Rainville n’en a pas soufflé mot au cours de son allocution. En face d’une foule deux fois, trois fois ou quatre fois plus nombreuse, en dépit de son souci justifié de rester en marge des batailles politiques, M. Rainville aurait difficilement pu ignorer le sujet. Dans les circonstances, il a eu beau jeu de le faire.

À l’étape où nous en sommes, seul le poids du nombre peut augmenter la caisse de résonnance ainsi que la pression sur le gouvernement Trudeau. Plus de constance dans le jeu d’équipe serait également de nature à rassurer les commerçants comme le propriétaire de Glori.us, Jean-François Bédard, qui perd la foi dans le centre-ville dans lequel il a pourtant tellement cru, faute de mobilisation et d’actions politiques structurées.

Si la conférence de Philippe Rainville n’a pas été un succès de participation, elle a été riche d’informations. Les statistiques de croissance explosive des services aériens partout dans le monde, dont Montréal, prouvent encore plus l’importance pour Sherbrooke de ne pas rester en marge de cette tendance.

M. Rainville annonce une telle efficacité des futures infrastructures sur le site même de l’aéroport Montréal-Trudeau ainsi que dans le Réseau express métropolitain (REM), auquel les Estriens pourront se raccorder à partir du carrefour autoroutier 10-30 pour rejoindre rapidement les terminaux de YUL, que plusieurs des irritants vécus actuellement sont susceptibles de disparaître ou, à tout le moins d’être grandement atténués d’ici cinq ans... ce qui pourrait devenir une raison de moins de voler à partir de Sherbrooke.

Le temps presse pour éviter que la région vive avec les regrets... d’avoir raté l’avion!

Chronique

Une ligne d’urgence et des pneus à clous

CHRONIQUE / Deux ministères sont plus à risque à Québec : la Santé et les Transports (MTQ). François Bonnardel a hérité du deuxième, avec la charge supplémentaire de répondant de l’Estrie.

Le député de Granby a pris la barre du MTQ sans expérience ministérielle. Ses neuf années passées sur les bancs de l’opposition lui ont cependant pas fourni un carnet de prévoyance.

Ayant vu l’ex-ministre Laurent Lessard enseveli sous une avalanche de critiques et essuyer le reproche d’avoir dormi au gaz pendant la nuit que des centaines d’automobilistes ont dû passer sur l’autoroute 13 complètement embourbée, François Bonnardel ne prend pas de chance.

Il dort à la distance d’un bras du « téléphone rouge », l’appareil qu’il a exigé à son arrivée, dont le numéro restera quasi secret pour ne recevoir que des appels d’urgence.

« Moi, je veux savoir... Respectueusement, humblement, avec cinq ministres en quatre ans, le ministère des Transports a besoin de stabilité. Pour opérer le changement de culture que je souhaite réaliser, nous nous sommes donné des indices de performance. Vous verrez. »

L’hiver précoce a tout de même failli prendre M. Bonnardel par surprise.

« J’étais à Sherbrooke lors la première tempête et nous peinions à monter les côtes avec mon véhicule, qui n’avait pas été chaussé de pneus à clous. Nous avons rapidement remédié à cela », raconte-t-il avec un brin d’humour.

Téléphone rouge ou pas, la crédibilité du ministre aurait pris une vilaine débarque s’il eut fallu qu’une chenillette à trottoirs de la Ville ait à pousser sa limousine dans la côte King! La scène loufoque lui aurait assuré une place de choix dans les cyniques revues de fin d’année.

Le ministre Bonnardel a eu l’occasion de tester ses pneus à clous jusque dans la cour de La Tribune. Il faut dire que son premier ministre l’avait engagé sur une chaussée glissante en accordant carte blanche à l’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry, en partie sur la base de sa relation de confiance avec le gouverneur du Vermont, Phil Scott.

« Il ne faut pas faire peur au monde. Rien, vraiment rien, ne nous laisse croire qu’il puisse y avoir un risque de contamination du lac », a endossé le ministre Bonnardel.

C’est vite renier le passé.

Du temps où presque toutes les questions caquistes à l’Assemblée nationale étaient teintées de suspicion, combien de chefs de gouvernement ou de ministres ont défendu des préoccupations citoyennes?

« Ce n’est pas parce que nous disons cela aujourd’hui que nous laisserons aller les choses. Mon collègue d’Orford, Gilles Bélanger, reste très impliqué dans le dossier. Tout comme la ministre fédérale Marie-Claude Bibeau, d’ailleurs ».

La mobilisation, de part et d’autre de la frontière, ayant bloqué dans le passé le projet d’enfouir des déchets nucléaires dans le granit du bassin hydrographique du lac Memphrémagog, au Vermont, n’avait pas été l’initiative d’un ministre québécois ou d’un de ses homologues américains, ai-je rappelé à François Bonnardel.

« Vous avez raison, mais nous voulons tout de même rassurer la population en lui disant que le gouvernement suivra la situation de très près. »

Parlementaire respecté, le ministre Bonnardel est un politicien que les Québécois ont souvent vu argumenter sans dénigrer. Ses courtes réponses sont précises, rarement fugitives.  

Il ne repousse pour le moment aucun échéancier de grands projets, qu’il s’agisse du dernier tronçon de l’autoroute 410 ou de la concrétisation du Centre Mère-Enfant, qui sera l’occasion de mettre l’unité d’urgence du CHUS-Fleurimont à la page.

Par ailleurs, qui d’autre aurait cru qu’un député du secteur Granby-Bromont se retrouverait un jour à porter le flambeau de l’aéroport de Sherbrooke à la demande du maire, de la communauté d’affaires et des dirigeants du milieu académique de la capitale régionale?

Non seulement François Bonnardel accepte-t-il cette mission, ce défi, mais il affirme haut et fort son adhésion pleine et volontaire « à l’Estrie unifiée », sans même lier le fractionnement de la Montérégie se dessinant en faveur de la région à un changement de nom. Des susceptibilités qu’il a pourtant fallu gérer durant la fusion à Sherbrooke.  

On n’a pas seulement changé de gouvernement provincial, à entendre le ministre François Bonnardel, la dynamique régionale est complètement transformée.

Le temps est cependant maussade et les routes glissantes à l’année en politique. Les changements pressants perdent souvent de la vitesse à rouler sur les chemins de traverse lorsque les aspirants deviennent ceux qui décident et tracent les itinéraires.

Mais puisqu’il nous le dit, notre nouveau ministre des Transports veillera jour et nuit à ce que son gouvernement ne s’enlise pas trop vite et pas trop profondément...

Chroniques

Queue de castor et langue dans le vinaigre

PERSPECTIVES / On ne construit pas grand-chose avec 500 000 $ de béton. Ça paye à peine le coffrage d’une vingtaine de maisons. Injecté par contre pour cimenter les liens stratégiques entre deux universités et trois cégeps, le même demi-million peut renforcer pour la peine les points d’ancrage d’une communauté.

L’Université et le Collège de Sherbrooke reçoivent une aide financière du gouvernement québécois au nom de leurs autres partenaires du pôle en enseignement supérieur de l’Estrie que sont l’Université Bishop’s, le Collège Champlain ainsi que le Séminaire de Sherbrooke.

Il s’agit d’un mariage d’intérêts entre trois institutions francophones et deux de la communauté anglophone. L’alliance implique quatre établissements publics et un cégep privé (secteur collégial du Séminaire).

Les différences linguistiques et culturelles qui divisent actuellement en éducation de même qu’en santé dans la province voisine de l’Ontario sont ici perçues comme valeur ajoutée et facteur de succès.

« C’est un énorme avantage, un luxe pour Bishop’s d’être entourée de tels partenaires et nous nous donnons un cadre structurant pour relever de nouveaux défis. Le 9 décembre marquait le 175e anniversaire de notre université et nous voulons construire l’avenir ensemble », décrit le principal de Bishop’s, Michael Goldbloom.

Les visées communes les plus évidentes sont celles de l’arrimage des programmes pédagogiques, les « passerelles » visant à rehausser la qualité de l’enseignement et le niveau de compétences des futurs diplômés.

La collaboration va cependant beaucoup plus loin.

Le recteur de l’Université de Sherbrooke détient un siège d’observateur au conseil d’administration de Bishop’s et vice versa. Le campus de l’arrondissement de Lennoxville a notamment misé sur l’expertise de l’ancienne rectrice de l’UdeS, Luce Samoisette, pour présider son comité d’audit.

« Pas plus tard que la semaine dernière, un spécialiste en gestion de risques de l’Université de Sherbrooke est venu travailler avec notre équipe à la mise à jour de nos plans d’intervention. Ce n’est pas une expertise que nous avons ou que nous pourrions nous payer sur une base permanente, mais c’est un autre exemple concret de cette collaboration », ajoute M. Goldbloom.

« Des collègues de l’Université de Bordeaux, où des programmes en génie sont offerts exclusivement en anglais, m’ont récemment demandé si nous comptions faire la même chose. Pas du tout, leur ai-je répondu : nous ne voulons pas enseigner du mauvais anglais et du mauvais génie! Nous marions nos forces avec l’équipe de Bishop’s et la présence de M. Goldbloom au sein de notre comité des ressources humaines est significative lors d’embauches stratégiques », illustre à son tour le recteur de l’Université de Sherbrooke, Pierre Cossette.

« L’apport et le rôle de chacun sont mis en valeur sans égard à qui peut avoir une plus grande importance qu’un autre. L’objectif est que les programmes académiques plaisent aux étudiants et qu’ils soient reconnus à leur juste valeur. Les deux tiers des emplois à combler sont de niveau supérieur et une bonne partie de ceux-là requiert une formation technique au niveau collégial. C’est un besoin auquel nous nous devons de répondre », enchaîne la directrice générale du Cégep de Sherbrooke, Marie-France Bélanger.

La protection des services informatiques figure également parmi les préoccupations des membres du pôle d’enseignement supérieur estrien.

« Dès qu’il a été connu que le Séminaire avait été victime d’un virus informatique, le mois dernier, les experts des autres institutions nous ont offert leur soutien. C’est un partenariat actif à tous les niveaux, institutionnel autant qu’académique, et pour lequel il n’y a plus de cloisons séparant le public du privé. C’est très stimulant de travailler à l’identification des meilleures pratiques et avec le souci constant de les améliorer », se réjouit la directrice de la seule institution privée, Caroline Champeau.

La formule est éprouvée, une dizaine d’autres regroupements du genre ont déjà reçu du financement de Québec. Les particularités linguistiques du pôle de l’Estrie attirent cependant le regard dans le contexte actuel. Pendant que certains choix politiques sont plutôt acides et que le français trempe dans le vinaigre au pays de Doug Ford, les castors des deux peuples fondateurs redoublent encore aujourd’hui d’ardeur, à préparer l’avenir ensemble dans les Townships.

Les deux universités veulent d’ailleurs se doter d’une politique d’accueil conjointe orientée spécifiquement vers les étudiants des Premières Nations canadiennes ou d’ailleurs dans le monde.