Coureur des bois

Tolérance réduite dans la forêt publique de l’Estrie

Le grand ménage visant à mettre fin à « l’occupation sans droit » de terres publiques est entrepris en Estrie. Certains chasseurs ont reçu l’ordre de démanteler des installations jugées illégales et Québec a brûlé un camp de fortune à Notre-Dame-des-Bois.

L’opération est toutefois en décalage dans la région par rapport à l’Est du Québec ou aux régions situées au nord du Saint-Laurent où les autorités provinciales ont eu à arbitrer de vives tensions entre chasseurs se disputant les « territoires libres ». Ceux-ci sont constitués de secteurs appartenant à l’État québécois où l’exploitation de la ressource faunique n’a pas été accordée à la Sépaq, à un pourvoyeur ou à une zone d’exploitation contrôlée (ZEC).

Les affrontements entre les partisans du libre accès et ceux qui imposaient des règles d’ancienneté sur des territoires qu’ils considéraient comme étant déjà occupés ont amené le gouvernement provincial à mettre en application des règles d beaucoup plus strictes pour éliminer le vandalisme et l’intimidation.

En cela, l’Estrie était loin d’être une priorité. Alors que la chasse se pratique sur des territoires appartenant presque exclusivement à l’État dans les régions chaudes, 91 % des terres boisées de l’Estrie sont privées.

Avec ses 39 000 hectares, le territoire public non structuré est marginal puisqu’il ne représente même pas le quart de la superficie forestière détenue par la papetière Domtar. C’est donc dans la quasi-indifférence et sans trop de concurrence que de petits groupes de chasseurs s’étaient installés dans des coins isolés de Notre-Dame-des-Bois et Chartierville.

Les premiers avis sont arrivés l’an dernier et d’autres suivent cette année. Les intimés disposent d’un délai de sept mois pour se manifester et obtempérer.

« Oui, des opérations sont effectuées en Estrie pour retracer des occupants et leur demander de démanteler des installations qui contreviennent au règlement interdisant d’ériger ou de maintenir un bâtiment, une installation ou un ouvrage sur une terre de l’État sans autorisation ministérielle » confirme Nicolas Bégin, porte-parole du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

Les photos à l’appui montrent des abris de chasseurs surélevés, solides et confortables. L’accès à l’un d’eux se faisait avec un escalier conventionnel d’une quinzaine de marches qui avait été construit avec soin.

« Nous savions que nous vivions sur du temps emprunté. Entre la tolérance d’hier et la rigidité d’aujourd’hui, nous sommes cependant passés d’un extrême à l’autre », déplore Francis Gaudreau l’un des occupants ciblés.

« Tout ce qui était raisonnable à démonter a été enlevé ou le sera avant l’expiration des délais. Ce n’était toutefois pas pour le cas pour notre camp qui était trop éloigné. Le ministère en connaissait l’existence depuis une bonne vingtaine d’années. Ce camp n’a jamais été verrouillé, n’importe qui pouvait y entrer et comme il était situé tout près d’un sentier de randonnée, il aurait pu servir à d’autres usages.

« Ce n’était pas le gros luxe, mais jusqu’à huit personnes pouvaient y dormir et nous aurions été prêts à payer des droits annuels et à nous investir comme bénévoles pour l’améliorer afin que plus de gens puissent en profiter. Ce fut triste de le retrouver brûlé sans même avoir pu en discuter », décrit M. Gaudreau.

Le ministère s’est appuyé sur le même critère d’accessibilité pour limiter les coûts de démantèlement. 

« Comme nos aires de camping et d’hébergement ont été délimitées par le ministère, aucun de nos membres ne risque d’être délogé. Nos propres règlements concernant les caches sont stricts, mais si un membre refusait un jour de s’y plier, je n’hésiterais pas à demander au ministère d’utiliser son autorité », commente de son côté le président de la ZEC Louise-Gosford, Steeve Edwards.

« La préoccupation de nos 600 membres se situe davantage au niveau des usages multiples. La location d’érablières dont la tubulure reste en place à l’année devient de plus en plus contraignante pour chasser l’orignal sur notre territoire » précise M. Edwards.

Parlant de la ZEC Louise-Gosford, son souper-bénéfice annuel aura lieu le 1er septembre prochain à l’OTJ de Lac-Mégantic. Vous trouverez tous les détails sur le site internet de l’association.

Perspectives

La sévérité envers la marine marchande

Chronique / Grand-maman et grand-papa étaient sur le lac pour encourager leur petit-fils de 13 ans qui avait été invité à se joindre comme nageur à l’aventurière Mylène Paquette ainsi qu’à la ministre Marie-Claude Bibeau, au moment où ces dernières sont arrivées sous escorte dans la baie d’Ayer’s Cliff en pagayant, samedi dernier, pour souligner le 50e anniversaire de l’organisme Bleu Massawippi.

« Ce qui devait être un après-midi festif m’a plutôt laissé un goût amer », résume Michel Duffy après avoir été écarté du défilé par un contrôle de la patrouille nautique Memphrémagog.

— Auriez-vous l’obligeance de nous montrer votre permis de conducteur d’embarcation de plaisance?

— Je l’ai, mais pas sur moi. En fait, je l’attends, je ne l’ai pas encore reçu. Je vous assure cependant que je suis en règle, aurait fait valoir l’homme qui était à la barre d’une chaloupe d’aluminium équipée d’un moteur électrique de faible puissance.

Ayant passé ce test de qualification en ligne au mois de juin, les dernières consignes sont fraîches à ma mémoire : 

Vous avez réussi l’examen. Vous recevrez sous peu votre carte permanente. D’ici là, voici une attestation temporaire que vous pouvez imprimer et présenter comme preuve.

M. Duffy n’avait pas cet imprimé au lac où il a passé une partie de l’été. Sa carte était cependant dans le courrier qu’il a dépouillé à son retour à la maison.

Il est fait mention durant la formation de l’obligation d’avoir sa carte de compétence sur soi. Comme cela est d’ailleurs prescrit dans le Code de la sécurité routière pour la conduite automobile. Les portefeuilles et les sacs à main suivent toutefois moins intuitivement sur l’eau qu’en voiture.  

Quiconque manque à cette obligation sur la route s’expose à une contravention de 30 $ à 60 $, m’a-t-on confirmé à la Société de l’assurance automobile du Québec. En vertu de la Loi de 2001 sur la marine marchande au Canada, le navigateur fautif a reçu à une contravention de 322 $.

« C’est absurde, c’est de l’abus de pouvoir. Encore plus dans le contexte bon enfant d’un défilé protocolaire. La priorité aurait dû être les conducteurs de motomarines qui circulaient à haute vitesse en périphérie du groupe. Le patrouilleur m’a répondu sèchement qu’il n’était pas là pour défendre les règlements, mais pour les appliquer », maugrée-t-il.

Ça aurait pu être bien pire. 

M. Duffy a été informé que, faute d’avoir une lampe de poche fonctionnelle et parce qu’un sifflet à billes n’est pas considéré comme fiable pour appeler du secours, il aurait pu avoir à payer la même amende de 250 $ en plus des frais pour chacun de ces manquements additionnels. 

Dans la trousse de sécurité nautique (petite chaudière orange) vendue dans la plupart des grands magasins et que je me suis procurée, la corde de 15 m raccordée à une bouée et le sifflet sont certifiés et prêts à utiliser. Mais la lampe de poche est livrée sans piles. Ce détail qui m’avait échappé aurait pu me valoir une amende 25 fois plus coûteuse que la trousse elle-même!  

Rappelons que la règle s’applique également pour les « engins à propulsion humaine » comme les canots ou les kayaks. Si les utilisateurs ne portent pas de gilet de sauvetage durant l’activité, la trousse est obligatoire.

J’ai vu plus tôt cette saison les constats remis à deux kayakistes : le total des infractions cochées représentait pour chacun une amende de 1600 $! Fort heureusement pour eux, il ne s’agissait que de billets d’avertissement.

« Comme dans la majorité des cas », commente la coordonnatrice de la patrouille nautique Memphrémagog, Sylvie-Anne Laverdure.

Selon les relevés des deux dernières années, seulement 65 constats d’infraction (voir tableau) ont été donnés sur les lacs Memphrémagog, Massawippi, Magog et Lovering durant la saison 2017 alors que 390 avertissements écrits ont été signifiés au cours de la même période. 

Ce ratio de 1 billet pour 17 avertissements a été un peu moins sévère que celui de 2016, qui avait été de 1 billet pour 12 avertissements.

Perspectives

La période des fissures dans l’unité

CHRONIQUE / Décision judicieuse que celle d’avoir assuré le financement à long terme de l’Observatoire du Mont-Mégantic, une annonce ayant sécurisé cette semaine cette expertise scientifique fiable s’avérant également un produit touristique précieux.

On s’ennuierait des astronomes en tout cas, s’il fallait s’en remettre à la mathématique politique pour calculer les jours d’éclipses solaires.

Perspectives

Le moment de sortir les casseroles

CHRONIQUE / Un jour les Canadiens, et je dirais au premier chef les Sherbrookois, bombent le torse pour appuyer la bravade de leurs gouvernants face aux Saoudiens. Le lendemain, ils se flagellent pour se punir d’avoir défendu la liberté d’expression de manière trop insistante, craignant d’avoir ainsi nui aux chances de libération de Raif Badawi.

« C’est clair qu’on ne peut pas être optimiste », a exprimé comme point de vue le professeur Thomas Juneau de l’Université d’Ottawa.

Perspectives

Les enfants du Bon Dieu

CHRONIQUE // Il n’y aura rien de spécial aujourd’hui au bas de la côte du chemin du Théâtre, à Eastman, là où 40 personnes sont mortes noyées il y a 40 ans jour pour jour. Même pas une minute de silence comme rappel des cris de détresse des victimes, la plupart des personnes handicapées.

L’autobus qui transportait des membres de la Fraternité des malades et handicapés d’Asbestos, de leurs proches ainsi que des accompagnateurs avait atterri à grande vitesse dans le lac d’Argent et avait surfé sur plusieurs dizaines de mètres. Une fois immobilisé, le véhicule avait flotté durant une douzaine de minutes avant de couler dans 18 mètres de profondeur en n’épargnant que sept passagers.

« Un jour, il faudra admettre une vérité : si les victimes avaient été des enfants normaux, nous serions allés d’enquête en enquête et de procès en procès. Le drame n’aurait pas lui-même sombré dans l’oubli », croit Estelle Dufour.

Mme Dufour habite sur la 5e Rue, à mi-chemin dans la pente raide de 1 km séparant le Théâtre de la Marjolaine et le lac d’Argent, là où le chauffeur de l’autobus s’était rendu compte que les freins ne répondaient plus. Sans même tenter de s’engager dans l’intersection en T, il avait poussé son véhicule propulsé par la gravité dans le lac.

 « Ce sont des remarques entendues par la suite qui m’ont marquée et choquée : des amis et des proches de victimes ont parlé d’une délivrance, d’une générosité divine pour accueillir ces enfants plus rapidement au paradis! »

 Des enfants qui avaient à peu près tous dépassé la vingtaine, ainsi étiquetés à cause de leur vulnérabilité.  

 « N’en doutez pas, j’ai entendu les mêmes remarques qui étaient l’expression de croyances et de valeurs de l’époque », confirme Alain Pouliot, l’un des sept rescapés de cette sombre soirée. 

« Le fun était dans l’autobus après la pièce de théâtre à laquelle nous venions d’assister. Imaginez, nous chantions Il était un petit navire lorsque le conducteur nous a dit que les freins avaient lâché. C’est aussi frais dans mes souvenirs que si ça s’était passé hier. »

 Accompagnateur ce soir-là, l’artiste aujourd’hui connu sous le nom de Big Daddy ventile depuis avec la musique ce flirt avec un fin atroce.

« Après ça, tu n’as plus peur de mourir. Tu t’ancres dans le présent. Tu portes davantage attention aux autres et je n’ai pas besoin d’aller loin pour trouver des exemples de courage. Guylaine (Veilleux), la femme qui partage mon quotidien, a combattu quatre cancers. C’est assez mouvementé, ça aussi, comme trajectoire de vie. »

« Exceptionnellement, je n’étais pas au chalet ce soir-là. Ce seul hasard est de la chance, car je ne suis pas certaine que j’aurais pu vivre avec les souvenirs des appels à l’aide. Les séquelles psychologiques ont été telles que certains riverains ont choisi de vendre et de partir », soutient Nicole Lupien, une voisine immédiate des lieux du drame.  

Un garde fou ralentirait aujourd’hui un véhicule en difficulté au bas de la côte. Cette rampe métallique aurait-elle été assez résistante pour empêcher le naufrage de l’autobus dans le lac d’Argent? Peu probable.

« C’est un site qui était très fréquenté à l’époque par les jeunes d’Eastman, dont j’étais. Nous n’y percevions aucun danger », témoigne le maire actuel, Yvon Laramée.

Les équipes d’urgence n’étaient pas il y a 40 ans ce qu’elles sont aujourd’hui.

 « Même après cette tragédie et même en considérant que nous avons quatre lacs sur le territoire de notre municipalité, il n’a pas été simple de vendre aux citoyens l’investissement dans une chaloupe pour nos secouristes », souligne le maire à ce sujet.

Le site est maintenant privé et seuls les propriétaires du Domaine de l’Estrie y ont accès. Une haute haie de cèdres a été installée pour en augmenter l’intimidé.

« Nous voulons honorer la mémoire des victimes. Ça n’a pas été possible de le faire pour le 40e anniversaire, mais ça viendra », assure M. Laramée.

Communauté d’origine des 40 victimes, Asbestos a déjà un lieu de commémoration.

« Ce n’est pas de porter un jugement sur des familles que de rappeler objectivement que les personnes handicapées étaient laissées dans la marge il y a 40 ans », fait valoir Estelle Dufour lorsque nous reprenons le fil de cette discussion.

 « Parfaitement d’accord. Les apprentissages transmis aux personnes atteintes de limitations intellectuelles se résumaient à quelques exercices de mémoire comme se laver les dents, faire son lit, etc. Les programmes pour le développement des connaissances et de la confiance avec le souci d’intégration sont arrivés plus tard », souscrit Mark McQuaid, ex-professeur auprès de cette clientèle adaptée, qui se joint à la conversation.

Qu’une puissante corporation comme Wal-Mart ait préféré en début d’année au Québec reconsidérer sa politique d’embauche de personnes handicapées plutôt que d’ignorer les reproches en dit long sur les transformations sociales.

Les accidents meurtriers du lac d’Argent et de la côte des Éboulements dans Charlevoix (à deux reprises) ont d’autre part mené au renforcement des normes provinciales d’entretien et d’inspection des autobus au même titre que la dévastation du centre-ville de Lac-Mégantic a réécrit de longs chapitres sur la sécurité ferroviaire au pays.

« Ce parallèle tient la route jusque dans les arguments invoqués devant les tribunaux pour disculper le chauffeur ainsi que la compagnie d’autobus de toute responsabilité criminelle. À Eastman comme à Lac-Mégantic, on ne pouvait imputer à des individus les conséquences de règles mal définies ou mal appliquées », compare l’avocat Patrick Fréchette.

Me Fréchette n’avait pas encore entrepris sa formation en droit il y a 40 ans. Par contre, c’est son illustre père Raynald qui avait obtenu comme avocat de la défense l’acquittement des accusés à la fin des années 70.

Le 4 août 1978 n’a pas été qu’une journée de deuil collectif. C’est un autre jalon de notre passé.

Jusqu’au dernier jour

CHRONIQUE / Je suis désolé et déçu de ne pas pouvoir vous annoncer si le compositeur Yanni prévoit une libération prochaine de Raif Badawi ou s’il prévoit lui donner un coup de pouce.

Qu’est-ce qu’un artiste grec, aussi connu soit-il, aurait pu nous apprendre de plus que le premier ministre Justin Trudeau à propos du blogueur toujours emprisonné, au désarroi des membres de sa famille devenus citoyens canadiens et qui résident en permanence à Sherbrooke?

Preuve que la musique est un rabot aplanissant les différences culturelles même dans le bois le plus dur, Yanni a reçu un traitement royal en Arabie saoudite, l’automne dernier. C’est un des rares pays où l’artiste de renom n’avait encore jamais mis les pieds depuis le début de sa longue carrière de presque 40 ans. 

« Celle qui interprétera la prochaine pièce est la première chanteuse à avoir été autorisée à monter sur scène en Arabie saoudite sans porter le voile traditionnel. J’en suis, et nous en sommes tous très fiers », a-t-il mentionné lors de son concert présenté dimanche soir dernier au Centre Bell de Montréal, auquel j’ai assisté.

« L’Arabie saoudite est en mutation profonde et il était important pour moi d’aller sur place pour découvrir et mieux comprendre la culture de ce peuple s’ouvrant sur le monde. Un pays n’est pas une voiture qu’on peut instantanément faire tourner à gauche ou à droite en donnant un coup de volant. Les Saoudiens progressent dans la bonne direction et je leur souhaite de réussir ce qu’ils ont entrepris », a poursuivi Yanni avant d’inviter la chanteuse américaine Lauren Jelencovich à le rejoindre sur scène pour interpréter Nightingale. 

Dans cette pièce, la soprano native du Texas reproduit le chant d’un rossignol sur des arrangements de violon. Une combinaison particulièrement réussie. La voix et la musique en crescendo, le talent ainsi que la passion des artistes en font un moment divin. Comme d’autres séquences du spectacle, d’ailleurs. 

Bien qu’absorbé, j’ai eu un flash. J’ai cru que la table venait ainsi d’être mise afin que Yanni enchaîne en formulant le souhait que le blogueur Badawi n’ait pas à purger la totalité de la lourde peine de 10 ans de réclusion pour « insulte à l’islam ».

Ce n’était pas dans le scénario. L’auditoire montréalais n’a pas scandé le nom de Raif Badawi non plus. 

J’ai quand même essayé d’attraper Yanni cette semaine entre deux avions et deux spectacles aux États-Unis pour lui demander s’il connaît Raif Badawi. Pour savoir s’il avait eu une pensée pour le prisonnier d’opinion le soir où il a été, lui, chaudement applaudi à Jeddah, ville dans laquelle l’auteur censuré a été flagellé en public et est toujours incarcéré. 

J’ai écouté ce concert, disponible sur YouTube, et l’invité de marque n’a pas joué de fausse note en évitant d’aborder de front la question de la liberté d’expression. Convenons que ce n’était ni l’occasion ni l’endroit pour soulever ce sujet délicat. 

Dans les commentaires de sa tournée rapportés par la presse saoudienne, le globe-trotter musical s’est déclaré touché par l’accueil des Saoudiens. « Il n’y a qu’une seule première fois et, pour moi, celle-ci est vraiment historique », a-t-il notamment déclaré en précisant que c’est la raison pour laquelle sa fille Kristal Ann avait tenu à être du voyage.

C’est l’Autorité générale du divertissement de la monarchie saoudienne qui s’est chargée de promouvoir la tournée.

« Nous avons réagi à la forte demande en augmentant la capacité des sites, avec l’objectif d’offrir un programme diversifié d’actes de divertissement au public saoudien », a diffusé l’instance gouvernementale servant de caution morale au régime.

On n’imagine pas la ou le ministre de la Culture jouer ce même rôle à Ottawa ou à Québec!

Les horloges des deux mondes sont encore loin d’être à la même heure. Pour un, Yanni s’est réjoui sur son site personnel d’avoir eu l’occasion de se produire un soir devant un auditoire de 3000 personnes constitué presque exclusivement de femmes. À l’opposé, on ne voyait aucune femme dans les extraits de spectacles choisis pour la vidéo promotionnelle produite par l’Autorité générale du divertissement.

Il y aurait eu tant à discuter avec Yanni. J’ai frappé à plusieurs portes en expliquant ma démarche et le contexte particulier associant la famille à notre communauté, mais je n’ai pas eu de retour. Peut-être une prochaine fois.

Rappelons que le groupe britannique U2 avait projeté la photo de M. Badawi sur grand écran durant son concert à Montréal, en 2015, en associant le jour de sa libération à la populaire chanson Beautiful Day, en présence de son épouse et de ses enfants qui avaient été invités au spectacle. Le chanteur Bono avait même livré promesse à Ensaf Haidar de porter la cause de son mari partout dans le monde.

Je n’en tire pas pour autant la conclusion que Yanni a manqué de tact ou de considération en vantant les Saoudiens devant un auditoire québécois sans la moindre référence à Raif Badawi. C’est plutôt symptomatique de l’attitude générale. D’une sensibilité et d’une solidarité érodées par le temps, y compris ici. Au Canada, au Québec ainsi qu’à Sherbrooke. Cette quasi-indifférence doit être pesante et décourageante après plus de 2200 jours d’attente!

 À ce sujet, voici ce que l’épouse de M. Badawi a exprimé comme sentiments au cours des dernières heures depuis l’île d’Hawaii où elle s’accorde un peu de repos :

« Ma vie ici au Canada est exceptionnelle. La façon avec laquelle je suis traitée par les Québécois est extraordinaire. Il me manque à vrai dire une seule chose; c’est d’avoir Raif avec nous. »

Gardons en mémoire un autre grand succès de Yanni : la famille Badawi aura besoin de nous Until the Last Moment. Jusqu’au jour qui assurera le retour.

Perspectives

Le nid de l'oiseau rare

Nous trouverions les subtilités du monde animal encore plus fascinantes si nous n’avions pas tendance à les dénaturer avec nos propres standards. Oh! là, c’est joli, vous avez un nid vraiment douillet, Monsieur L’oiseau. « De fait, c’est confortable... »

Pour la plupart d’entre nous, un nid n’est douillet que s’il offre minimalement un lit queen. Même avec des oreillers de plumes, le lit double de 54 pouces ne passe plus le test. Six pouces de plus sur la largeur pour mieux dormir, aussi bien installer des portes doubles à l’entrée pour circuler avec plus d’aisance?

Les portes doubles, voyez-vous, sont bien la dernière chose que souhaite l’oiseau pour qui le confort devient de l’insécurité permanente si son entrée est assez large pour que le nez d’un prédateur puisse y passer. Allez voir les photographies aux nids de Serge Beaudette, l’ornithologue gagnant sa croûte à guider d’autres passionnés comme lui à travers le monde.

Ça prenait un oiseau rare comme ce photographe animalier pour aller se faire un nid en forme de tipi dans un îlot boisé de Waterville suffisamment isolé pour se croire à l’époque où les Abénaquis ont vécu le long de la rivière Koatikeku (nom original de Coaticook).

C’est une maison plus que miniature. Un nid rudimentaire presque primitif, qui serait malgré cela suffisamment spacieux et douillet pour réunir une famille reconstituée comptant cinq enfants ainsi qu’un membre de la troisième génération.

Si les Sherbrookois sont des Québécois cités en exemple pour leur consommation moyenne de 395 litres d’eau par citoyen par jour, à l’intérieur du tipi, 15 litres stockés lors des pluies suffiraient pour les différents usages quotidiens excluant la consommation humaine. Sans douche, évidemment.

La toilette chimique camouflée à l’intérieur d’une fausse armoire a deux bassins séparés, l’un servant à récupérer l’urine qui, avec le bon ratio d’un mélange avec l’eau, serait un fertilisant en azote naturel efficace pour les plantes.

« Dans la gestion de masse, nous préférons diriger toute l’urine au même endroit, vers les usines d’eaux usées où un premier traitement est nécessaire avant de renvoyer l’eau dans nos bassins de consommation. Puis, il faut la traiter une seconde fois avant de pouvoir la boire. Mon mode de vie est de la simplicité volontaire et je serais millionnaire que je ne voudrais pas qu’il en soit autrement. Ma conscience ne peut plus accepter un tel gaspillage alors que nous pouvons réduire notre empreinte écologique. »

Je connais le moineau depuis assez longtemps pour savoir qu’il ne s’agit pas d’un coup de gueule pour défendre un coup de tête. Ces valeurs l’habitent depuis longtemps.

Sauf que si les oiseaux peuvent s’installer où ça leur chante et que les Abénaquis n’avaient pas à se soucier de normes d’implantation, les empreintes incontournables de nos jours pour une maison, si avant-gardiste soit-elle, sont celles d’un permis de construction et d’un certificat de conformité.

Ces deux conditions ne sont pas remplies avec le tipi habité depuis la fin de 2016 et qui a déjà été présenté aux autorités municipales comme un gazebo parce que ce type de construction bénéficie d’un spectre d’usages plus large. M. Beaudette contreviendrait notamment à l’interdiction d’une seconde propriété sur une terre agricole.

« Nous ne sommes pas dans un cas d’accommodement local et notre refus de délivrer un permis n’est pas un jugement porté sur un mode de vie. Il est basé sur des règles en matière d’agriculture et d’environnement », fait valoir la mairesse de Waterville, Nathalie Dupuis.

Bien qu’appuyé par un réseau émergent formé d’experts déterminés à faire tomber les barrières du développement conventionnel dans l’ensemble du Québec, Serge Beaudette choisit pour le moment la voie du repli. Il s’est engagé à démanteler ses installations originales et aussi simples d’assemblage qu’un meuble vendu chez IKEA.

« Avec 18 personnes prêtes à m’aider, on défera tout en quatre heures et ça prendra à peine une journée à tout reconstruire. »

Les intentions ne sont pas exprimées au conditionnel. Si ce n’est pas à Waterville, M. Beaudette ira monter son tipi ailleurs.

« Je ne cherche d’aucune façon à me soustraire aux taxes municipales ou à d’autres obligations de cette nature. Les élus les plus avant-gardistes vont comprendre que c’est une voie d’avenir et chercheront des arrangements favorables à toutes les parties. »

« J’ai toujours eu une attirance pour la nature, mais ce que j’ai découvert comme mode de vie avec Serge est devenu plus que ma nature », endosse sa conjointe Mélanie Chagnon qui, durant sa semaine de garde familiale, habite en milieu urbain.

La vague de popularité des mini-maisons remue déjà passablement de façons de penser et de principes d’uniformité dans le monde municipal. Les planificateurs peinent à suivre le rythme, et ça se comprend, car les impacts sont multiples.

Bien que le changement s’annonce à l’avance, il arrive toujours sur le tard. Mais il arrive, irrémédiablement. D’autres citoyens s’intéresseront à ce type d’hébergement comme mode d’expression du bonheur et de protection des milieux de vie, et sans nécessairement que ces convictions soient ancrées dans des racines familiales autochtones.

Perspectives

Le boulevard à plusieurs voix (!)

Nos yeux suggèrent à notre cerveau de lever le pied plutôt que d’accélérer à la sortie du carrefour giratoire donnant accès au premier tronçon du boulevard René-Lévesque. S’agit-il vraiment d’un boulevard ou plutôt une ruelle?

La Ville de Sherbrooke a entrepris un virage dans la conception de ses grands axes routiers avec le prolongement du boulevard de Portland et cette fois, la rupture avec le passé est encore plus marquée. Les emprises réservées aux piétons et aux cyclistes sont pratiquement aussi larges que celles destinées aux véhicules routiers.

On n’a plus les boulevards qu’on avait, et c’est tant mieux!

La prochaine fois que vous circulerez sur le boulevard de l’Université, portez attention à la largeur excessive des voies, de l’accotement et de tout l’espace sous-utilisé. Un manque de créativité que le corridor pour piétons et cyclistes sur seulement quelques centaines de mètres, entre l’école du Triolet et l’autoroute 410, rend particulièrement flagrant.

« Les priorités ont été inversées. La sécurité des piétons passe maintenant en premier tandis que les besoins des véhicules routiers sont considérés en dernier. On peut rendre les milieux de vie sécuritaires et plus conviviaux sans compromettre la fluidité de notre réseau routier », juge le directeur de la planification urbaine et du développement durable, Yves Tremblay.

« Dès que j’ai entendu des inquiétudes quant à la largeur des voies, je suis venu faire l’essai du nouveau boulevard. Les tests effectués avec nos véhicules d’urgence de même qu’avec les autobus de Société de transport ont aussi été probants. Ce n’est pas un semblant de boulevard, c’est une infrastructure moderne et efficace », assure le maire Steve Lussier, en remerciant tous ceux ayant contribué à la concrétisation d’un dossier qui était sur les rails depuis 30 ans.

Les premiers plans avaient été élaborés à la demande des dirigeants de l’ancienne ville de Rock Forest. À cette époque, Sherbrooke et Saint-Élie-d’Orford avaient aussi intérêt à ce qu’un nouveau boulevard sorte leurs citoyens des culs-de-sac s’étant multipliés aux anciennes territoriales qui, aujourd’hui, n’existent plus.

Les discussions ayant été complexes entre l’unique interlocuteur municipal qu’est la ville unifiée et les développeurs immobiliers pour le partage des coûts, imaginez ce qu’auraient été les interminables discussions pour trouver une formule équitable et acceptée de trois anciennes villes qui étaient soucieuses de recettes fiscales autonomes et qui subissaient chacune les pressions de promoteurs. Pas mal certain que sans fusion, le jour de l’inauguration aurait été repoussé dans le temps!  

Il y a moins de voies pour les véhicules routiers sur le boulevard René-Lévesque, mais plus de voix ont mené à ce résultat qui, de l’avis des dirigeants municipaux, est conforme aux attentes exprimées lors des multiples séances de consultation remontant elles-mêmes à une dizaine d’années.

« Au départ, j’ai trouvé ça assez particulier comme boulevard. En patins à roues alignées, j’en apprécie grandement l’efficacité pour faire de l’exercice. J’aurai aussi à l’utiliser comme automobiliste et si jamais je trouve que mes déplacements sont trop lents, j’envisagerai sérieusement de prendre mon vélo pour me rendre au travail », réagit un résidant du quartier, Réjean Dion.

Lise Degré profite également de la nouvelle promenade presque tous les jours, passant ainsi d’un secteur résidentiel à la zone industrielle sans être exposée au danger de la circulation.

« C’est vraiment plaisant. J’ai des amis de Québec qui ont été impressionnés par nos nouvelles infrastructures », rapporte-t-elle.

« Je trouve aussi que c’est une planification intelligente », renchérit son amie Nicole, de Magog, marchant à ses côtés.

Le corridor multifonctionnel souterrain raccordant les boulevards n’a rien d’un tunnel fermé duquel on est pressés de sortir pour des soucis de sécurité. De larges puits de lumière laissent entrer la clarté du jour et même si le centre du carrefour giratoire est à ciel ouvert, on entend à peine la circulation pourtant dense au-dessus de nos têtes. La Ville a mis en terre arbres et végétaux qui filtreront eux aussi les sons ambiants afin d’accentuer ce sentiment d’isolement. Des bancs suggéreront d’y faire une pause.

L’amélioration ne tient pas qu’aux boulevards. Les bâtiments des entreprises manufacturières nouvellement implantées dans le secteur sont plus proches de la voie publique et de l’environnement urbain partagé. Avec l’aménagement paysager qui habillera la façade de l’immeuble de la compagnie Motrec, cette dernière aura une signature parfaitement d’époque pour ses véhicules électriques industriels.

Y’a pas que le beau temps qui fasse du bien au moral. Une urbanisation plus réfléchie et plus soignée, aussi.

Chronique

La vigilance en vrac

Un collègue a récemment trouvé une vis dans une salade de brocoli achetée au comptoir du prêt-à-manger d’un supermarché de Sherbrooke. Son plat a vite été remplacé, et avec des excuses.

Des vérifications en sa présence ont d’autre part démontré que la pièce de quincaillerie ne correspondait à aucune des composantes de l’aire de travail où les mets sont préparés. L’erreur aurait donc été celle d’un fournisseur.

Un autre mystère non résolu, à plus petite échelle et à moindre résonnance que la carcasse de rongeur qu’une cliente de la chaîne Normandin avait découverte il y a quelques années dans son assiette. Ou que l’énigmatique cathéter dont personne n’a pu expliquer la présence dans un contenant de crème glacée de la Laiterie de Coaticook, acheté l’été dernier en Mauricie.

Rappelons que dans ce cas, ayant pu rapidement démontrer l’efficacité de son système de contrôle de qualité, l’entreprise coaticookoise avait été blanchie au terme d’une brève enquête de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

Intégrée au processus de mise en marché pour la viande ainsi que pour une multitude d’autres produits alimentaires, la traçabilité s’avère une police d’assurance autant qu’un instrument de marketing­ pour les compagnies orientée vers la consommation de masse.

Des émissions télévisées telles Comment ça marche ou sa version adaptée On va se coucher moins niaiseux, ayant attiré l’humoriste Mario Jean comme animateur dans une entreprise québécoise de pâtes alimentaires, nous montrent le débit ainsi que la précision obtenue sur les chaînes de production grâce à la mécanisation.

Sans prétendre que la Sherbrookoise Karyne Blanchette vit d’ambition de freiner cette immense roue avec sa seule demande de pouvoir réutiliser ses contenants personnels pour l’achat de produits en vrac dans les supermarchés, c’est le contexte général dans lequel sa requête a été exprimée. C’est pourquoi il est peu étonnant qu’elle ait reçu un accueil plutôt tiède de la part de la direction de la chaîne Sobeys (propriétaire de la bannière IGA).

Mme Blanchette y voit un geste bénéfique pour lutter contre l’omniprésence du plastique que nous récupérons en grande quantité au Québec mais pour lequel le taux de recyclage est beaucoup moindre. Les attentes de la jeune femme se butent cependant aux préoccupations de sécurité et de salubrité dont les autorités fédérales et provinciales se font gardiennes avec des règlementations ne pouvant être appliquées en vrac, selon le niveau de tolérance de chacun.

L’an dernier, 36 commerces du secteur alimentaire de l’Estrie ont écopé d’amendes totalisant 26 750 $ pour des infractions aux règles édictées, la plus commune étant une sanction de 250 $ « pour avoir détenu pour la vente, un produit altérable à la chaleur sans le maintenir constamment à une température interne et ambiante ne dépassant pas 4 degrés Celsius jusqu’à sa livraison au consommateur ».

De la crème à café trop tiède ou des œufs laissés trop longtemps sur le bord de la plaque de cuisson peuvent valoir mauvaise presse à un commerçant, en plus de la pénalité financière.

Nos normes sont strictes, à croire parfois qu’elles tiennent de la paranoïa. Mais gardons en mémoire que des milliers de personnes âgées sont mortes de la bactérie C. difficile dans nos hôpitaux québécois avant l’admission par les autorités que cette clientèle vulnérable pouvait être mieux protégée avec de meilleures pratiques d’hygiène interne et un entretien ménager plus minutieux. C’était avant qu’on se mette à compter les victimes de coup de chaleur une à une pour se donner bonne conscience...

Tout à fait d’accord avec Mme Blanchette ainsi qu’avec toutes les autres personnes prêtes à s’investir afin que cesse la pollution causée par le plastique et ses dérivés. Les océans souillés, sur lesquels il faudra envoyer des bateaux-usines pour espérer un jour recycler ces matières premières, sont un miroir de honte.

Mais la lecture d’un rapport scientifique produit à la demande de Recyc-Québec et publié en décembre dernier appelle au discernement en même temps qu’à la bonne volonté. Les auteurs concluent que le bannissement des sacs de plastique n’est pas un remède miracle. Pas plus que l’usage de sacs réutilisables en coton qui, selon eux, « nécessiteraient entre 100 et 2954 utilisations afin que son impact sur les indicateurs environnementaux de cycle de vie soit équivalent à celui du sac en plastique conventionnel ».

Il faut certes revoir nos modes de consommation, mais la solution à de tels désastres écologiques passe par une valorisation à la même échelle. Par des innovations comme celles nous permettant aujourd’hui de traiter plus efficacement nos eaux usée avec le souci de ne plus jamais exposer cette ressource précieuse aux abus du passé.

Perspectives

Le rôle de développeur... avec un nouveau rôle d’évaluation

CHRONIQUE / Le maire Steve Lussier a sourcillé cette semaine lorsque j’ai écrit qu’il « naviguait toutes voiles dehors » avec les grands projets alors qu’il s’était inquiété de l’ampleur de la dette municipale tout au long de la campagne électorale.

« Je n’ai pas changé d’avis sur le niveau d’endettement préoccupant des Sherbrookois. J’endosse néanmoins l’injection supplémentaire de 5 M$ pour le pont signature qui remplacera le pont des Grandes-Fourches parce que j’ai la certitude qu’il y aura un retour sur ces investissements. Étant lié par la confidentialité, je ne peux vous donner de détails, mais des projets concrets sont sur la table », fournit-il à titre d’exemple.