Lire, c’est le bonheur!

CHRONIQUE / Il mesurait six pieds, n’avait pas tout à fait 18 ans et sans gêne, il avouait n’avoir lu qu’un seul livre dans sa vie. « Et je ne l’ai pas fini ! », renchérissait-il, presque fier. Ce jeune homme représente malheureusement une bonne part de notre société. Dans les chaumières, la lecture ne fait pas partie de la programmation du quotidien. Pourtant, la lecture est un remède à l’isolement, un baume pour la culture, une plus-value pour s’extirper de l’ignorance crasse qui mène le monde à tant de conflits.

Une image percutante

Pour imager l’importance de la lecture, je pense à la très courageuse Helen Keller. Je parle parfois à mes élèves de cette Américaine hors du commun née à la fin de 19e siècle. Sourde et aveugle, c’est une jeune institutrice, Anne Sullivan, qui l’a arrachée de la nuit à laquelle elle était condamnée. Comment ? En lui apprenant à lire ! À lire le braille, à déchiffrer les codes, les objets, les mots en relief… Elle lui a fait réaliser que la lecture lui permettrait de communiquer. Après ce long défi qu’elle est parvenue à surmonter sans ses yeux et ses oreilles, Helen Keller est devenue écrivaine, conférencière et militante politique pour le droit des femmes.

« Les quelques mots transmis par les doigts d’une autre, un rayon de lumière d’une autre âme, ont percé l’obscurité de mon esprit et m’ont permis de me découvrir et de découvrir le monde », discourut-elle, lors de la Convention internationale du Lions Clubs International, en 1925.

Au rancart les écrans

Sans être trop draconiens, des changements peuvent être instaurés dans les familles. Ainsi, pendant la semaine, si les parents obligeaient tous leurs enfants d’âge scolaire à décrocher quelques heures de leur tablette, iPad, iPomme et iPet, les choses s’amélioreraient ; c’est certain ! Il ne faut pas oublier que les romans, journaux, magazines, encyclopédies et autres sont des sources d’informations fiables, ce qui n’est pas toujours le cas sur le Web.

Tant de bienfaits

Les nombreuses études relatives à la lecture le démontrent nettement. Pour commencer, selon des chercheurs américains, la lecture fait augmenter l’espérance de vie, car ceux qui lisent plus de 3 h 30 par semaine ont 20 % de chances de vivre plus vieux. Il faut préciser que la lecture est un excellent traitement pour diminuer le stress. Elle est aussi efficace qu’un bain chaud, qu’une musique douce ou qu’une tasse de thé. Je vous le dis : c’est magique !

Une raclée à l’Alzheimer

Depuis les dernières années, les recherches neurologiques ont prouvé que la lecture, qui consiste en un exercice intellectuel, diminue grandement les risques de développer la maladie d’Alzheimer. Aussi, les grands lecteurs de chefs-d’oeuvre de la littérature, pour leur connaissance des personnages, ont davantage de facilité à discerner les émotions. Une autre étude londonienne a même prouvé que les lecteurs étaient plus gentils que les amateurs de télévision !

Le mot de Nicolas…

Ce matin-là, je circulais entre les bureaux dans ma classe de français de 5e secondaire et j’arrêtais ici et là pour féliciter un, pour aider l’autre. Éberluée, estomaquée, chavirée, je stoppai soudainement au bureau de Nicolas.

« Il aila un taksi, avait-il écrit dans sa nouvelle littéraire.

— Un quoi ?

— Un taxi, me précisa Nicolas.

— Redis-le mot lentement, s’il-te-plaît.

— Taaaakkkksssi, prononça-t-il.

— Écoute-toi, t’es sûr que le mot ne prend pas deux ‘‘s’’ ?

— Ouais ! Je pense que oui. »

Et il a écrit un autre « s » pour former le très international mot « takssi ». Sans doute, la lecture ne fait pas partie de la programmation quotidienne dans la famille de Nicolas…