Le maire Steve Lussier affirme avoir posé un geste de courtoisie et non de partisanerie en assistant samedi au rassemblement politique au cours duquel le ministre Luc Fortin a été confirmé comme candidat libéral dans la circonscription de Sherbrooke.

L’indépendance d’esprit et la liberté d’association

CHRONIQUE / Qu’ont en commun Steve Lussier, Marc Denault, Annie Godbout, Rémi Demers, Claude Charron, Paul Gingues, Pierre Tremblay, Jennifer Garfat et Bertrand Collins, qui ont tous assisté au rassemblement politique au cours duquel le ministre Luc Fortin a été confirmé candidat libéral dans Sherbrooke en prévision du scrutin du 1er octobre prochain?

Chacun d’eux détient un siège à l’hôtel de ville et a été élu comme candidat indépendant aux élections municipales de novembre.

« On aurait quasiment quorum aujourd’hui! Je pense que c’est signe d’un bon support du conseil municipal », a lancé à la blague le conseiller Denault, l’un des orateurs invités lors de cette assemblée partisane.

Est-ce une quelconque indication qu’il existe à l’hôtel de ville un bloc d’élus unis par la pensée, des membres d’un parti fantôme proche du député libéral sortant?

Denis Pellerin doit rire jaune de cet humour rouge!

« Les libéraux n’avaient personne à mettre sur la chaise et ils n’ont trouvé qu’une mitaine », avait lancé avec fracas durant la campagne ce candidat à la mairie, en affirmant que Steve Lussier serait un pire maire que Bernard Sévigny.

« Nous n’avons aucun lien avec l’équipe de Luc Fortin. Les électeurs ne prêteront aucunement attention à des insinuations qui ne sont pas fondées », s’était empressé de répliquer le directeur de campagne de M. Lussier, Daniel Bergeron.

Belle occasion pour le cinglant Pellerin de se pointer à l’hôtel de ville avec un gant de crin et de suggérer au nouveau maire de l’utiliser pour gratter le dos du ministre responsable de l’Estrie...

« M. Fortin collabore très bien avec nous. Il a annoncé le prolongement de l’autoroute 410, il nous a aidés à finaliser l’entente avec le ministère des Transports pour la reconstruction du pont des Grandes-Fourches et je n’ai pas honte de lui exprimer ma reconnaissance. Oui, j’avais les yeux brillants lors de cette assemblée, mais c’était de la courtoisie, pas de la partisanerie. Je n’aurai pas d’hésitation à serrer la main du candidat péquiste et à rencontrer ceux des autres partis pour leur souhaiter bonne chance », fait valoir le maire Lussier.

Guillaume Rousseau m’a fait suivre le courriel qu’il a envoyé à la mairie le 8 mars pour inviter « Monsieur le Maire » à son assemblée d’investiture comme candidat du PQ dans Sherbrooke, six jours plus tard.

« En fait lors de cette seule autre invitation qu’il a reçue, M. Lussier était à Québec pour rencontrer la ministre Anglade. Donc, il n’aurait pas hésité s’il avait pu », a plus tard précisé l’attaché politique du maire Lussier, Sylvain Vessiot.

« En droit, on doit présumer de la bonne foi des personnes et j’applique ce principe à la politique. Ce qui importe, c’est que le maire de Sherbrooke fasse preuve d’impartialité et qu’il laisse les électeurs choisir leur député provincial », commente le professeur de droit qui sera porte-étendard péquiste.

À défaut d’avoir pu compter au soir de son départ sur la présence du maire Lussier et d’une aussi large représentation d’élus municipaux que son adversaire libéral, Guillaume Rousseau a reçu l’appui de la conseillère Évelyne Beaudin, représentante du parti Sherbrooke Citoyen.

Souverainiste déclarée et ex-candidate de la formation Option nationale, Mme Beaudin semble tout comme son ancien chef, Jean-Martin Aussant, revenue au bercail.

« Un parti politique est un véhicule, pas la destination. Ce qui compte pour moi, c’est que le Québec soit un pays et si le Parti libéral du Québec devient trop indépendantiste un jour, j’évaluerai la possibilité de voter pour lui », ironise-t-elle à son tour.

Malgré sa propre implication dans la campagne provinciale, la conseillère Beaudin demande au maire Lussier de se faire plus discret.

« Les conseillers municipaux ont moins de contacts directs avec un député ou ministre qu’un maire. M. Lussier doit afficher l’objectivité garante des intérêts des Sherbrookois », croit-elle.

« Mes convictions nationalistes sont connues et j’avais prévu assister à l’investiture de Guillaume Rousseau. Un empêchement de dernière minute m’en a empêché. Par contre, j’aurais refusé de monter sur la scène. Nous devrions éviter cela. Je suis également d’avis que le maire Lussier est celui qui, d’entre nous tous, doit être le plus prudent lors d’une élection provinciale ou fédérale », juge Vincent Boutin, conseiller dans l’arrondissement de Fleurimont et chef intérimaire du Renouveau sherbrookois, le parti de l’ancien maire Sévigny.

La ligne est mince entre la liberté d’association et l’indépendance d’esprit dans le petit monde de la politique.