Pendant qu’une clinique de Brossard soigne et commandite l’équipe de football du Vert & Or, les gestionnaires de la santé s’opposent depuis huit ans à ce qu’un appareil d’imagerie par résonance magnétique de 2 M$ soit acheté et opéré par une clinique privée de Sherbrooke.

L’imagerie du ridicule

CHRONIQUE / Luc Fortin s’attaque à la poche de résistance au sein du ministère de son collègue Gaétan Barrette et du CIUSSS de l’Estrie-CHUS privant la région d’un appareil d’imagerie par résonance magnétique (IRM) de 2 M$ qu’une clinique privée est prête à financer en totalité depuis huit ans.

La croisade du député de Sherbrooke et ministre titulaire de la Famille n’était pas décrite ainsi dans les communications léchées du Parti libéral du Québec, mais le principal intéressé admet que ce sont les faits justifiant l’engagement qu’il a contracté dimanche à la Clinique de radiologie de l’Estrie. 

Les gestionnaires de la santé s’opposent depuis plusieurs années à ce que des radiologues du privé obtiennent l’autorisation d’offrir à Sherbrooke un service parallèle au réseau public, qui n’opère pas à son plein potentiel faute de personnel. Des patients ainsi refoulés et disposés à payer pour les examens d’IRM sont attirés vers des cliniques privées de la région de Montréal.

« Aucune somme d’argent n’est réclamée du gouvernement. Seule une approbation est nécessaire pour répondre à un service réel. Le CIUSSS a les appareils, des ressources financières pour embaucher du personnel, mais prétend qu’il n’y parvient pas. Malgré certaines réticences, j’entends des doléances dans mon bureau à l’effet que ça nous prend cette alternative pour les gens qui ne veulent pas être sur une liste d’attente », argumente le ministre responsable de l’Estrie.

Ce dernier ne perçoit pas sa démarche comme un désaveu des choix de son gouvernement.

« Je n’ai pas été sollicité pour être un arbitre, j’ai été interpellé comme facilitateur dans un dossier de services directs à la population. Tant mieux si l’on trouve un jour une solution dans le public, mais je souhaite qu’il y ait moins d’attente pour une IRM en région. Quant à moi, voilà une bonne façon d’atteindre cet objectif à court terme. »

Le ministre Fortin affirme n’avoir été informé de cette proposition que tout récemment.

« Il y a une nouvelle donne avec le regroupement de professionnels au Complexe de la santé. Il y a un local prêt à accueillir la machine, le personnel spécialisé est disponible. Ne manque que l’autorisation », insiste-t-il.

Cet argument du ministre est un peu mince puisque La Tribune a dévoilé la primeur de ce nouveau carrefour de santé en janvier 2016.

« L’offre qui est sur la table est la même depuis huit ans, soit d’acheter l’appareil d’IRM valant aujourd’hui autour de 2 M$ sans contribution gouvernementale. D’autre part, ça m’insulte que le CIUSSS s’inquiète d’un vol de personnel. Notre équipe d’une quarantaine de personnes ne provient pas du milieu hospitalier. Si nous envoyons deux de ces personnes en formation intensive, si nous recevons l’autorisation d’acheter l’appareil, nous pouvons être fonctionnels dans six mois sans recruter ailleurs », explique pour sa part le Dr Robert Fradet, directeur médical du Centre de radiologie de l’Estrie.

Une IRM coûte autour de 1000 $ au privé. Le déboursé serait couvert pour plusieurs patients par des assureurs privés ou encore par des régimes publics.

« Nous sommes la seule grande ville du Québec à ne pas avoir d’IRM en cabinet. Les cliniques privées traitent beaucoup de cas de CSST ou de SAAQ afin d’écourter les délais. De grandes entreprises comme BRP ou Cascades trouveraient leur compte avec un tel service à Sherbrooke », ajoute le Dr Fradet.

Parallèlement, des discussions exploratoires pourraient mener à un partenariat avec la firme sherbrookoise Imeka, qui est à l’avant-garde en matière de dépistage et de traitement des commotions cérébrales.

« Cette compagnie envoie des tests dans des laboratoires américains faute d’avoir accès à une IRM ici. Nous pourrions lui réserver des plages d’analyse ou de recherche. Les possibilités sont multiples », soutient le Dr Fradet.

« Les joueurs de notre équipe de football universitaire reçoivent certains soins à la clinique DIX30, qui vient s’afficher à Sherbrooke comme commanditaire du Vert & Or parce que les dirigeants voient le potentiel de la région. C’est donc assez incompréhensible que nous n’ayons pas ce service chez nous. »

Étonnant aussi qu’on nous en vante les mérites à deux semaines du vote des électeurs!

« Ma position ne prendra pas le premier ministre Couillard par surprise. En même temps, c’est mon nom qui est sur le bulletin de vote, c’est moi qui prends des engagements en fonction de ma population et je le fais avec la certitude que mon chef m’appuie, comme il l’a fait pour l’école D », assume le député sollicitant un second mandat.

Opportunisme de fin de campagne ou courage?