L'heure de pointe(s) au labo des chevreuils

CHRONIQUE / On recule horloges et cadrans samedi soir, mais l’imposante cohorte de chasseurs de chevreuil qui entrera dans le bois à compter de la fin de semaine devra se mettre à l’heure de la nouvelle réglementation sur la taille légale des bois (RTLB) dès samedi matin.

Du 4 au 19 novembre, ce sont les chasseurs à l’arme à feu, constituant la masse des adeptes, qui ouvriront la porte du laboratoire que sont devenues les zones 6 Nord et 6 Sud couvrant une bonne partie du territoire de l’Estrie. Tous devront se soumettre aux règles de protection des jeunes mâles.

Y compris les détenteurs de permis de cerf sans bois.

« Certains détenteurs de ces permis obtenus par tirage au sort croient qu’ils ne sont pas visés par les restrictions du RTLB. Ce n’est pas le cas. Pour qu’un jeune mâle entre dans la catégorie des cerfs sans bois, ses cornes ne doivent pas avoir plus de 7 cm » rappelle la biologiste Sonia de Bellefeuille, qui coordonne le programme expérimental de cinq ans mis à l’essai en région.

Tous les autres chasseurs devront avoir le souci inverse de valider préalablement s’ils s’apprêtent à prendre pour cible un mâle dont le panache compte au moins 3 pointes de 2,5 cm (1 pouce) ou plus d’un côté. Dans ce cas, il s’agira en principe d’un mâle adulte, le segment que les gestionnaires fauniques visent à augmenter pour donner satisfaction aux chasseurs s’étant déclarés majoritairement favorables à une récolte orientée vers la qualité plutôt que sur la quantité.

Des cas d’exception sont possibles et le ministère de la Faune a d’ailleurs commencé à les documenter dès l’automne dernier à partir d’un échantillon de 350 bêtes récoltées dans les zones 6 Nord et 6 Sud. Pour ces cerfs, une analyse dentaire a été effectuée en complément de l’examen visuel auquel du personnel qualifié a procédé à l’une des stations d’enregistrement.

« Dans la grande majorité des cas, la détermination de l’âge suite à l’analyse en laboratoire des dents prélevées a confirmé la classification préliminaire que nous avions faite en fonction des caractéristiques corporelles (1,5 an Vs 2,5 ans et plus). Nous nous sommes cependant retrouvés avec des cerfs d’un an et demi dont le poids atteignait 70 kilos ou possédant des panaches de 6 pointes ou plus. À l’inverse, des individus qui semblaient plus jeunes en fonction de leur panache et de leur poids se sont avérés être des mâles plus âgés », précise Mme de Bellefeuille.

Dans les faits, 92 % des mâles au panache de 4 pointes et moins avaient un an et demi. Dans l’autre catégorie, 76 % des mâles qui portaient un panache de 5 pointes et plus avaient l’âge correspondant, soit deux ans et demi ou plus.

Sous réserve de répondre à tous les critères du RTLB, ceux-ci entrent dans la catégorie des mâles pouvant être récoltés par les chasseurs en 2017 suivant les nouvelles règles édictées. Idem pour la tranche de 8 % qui était hors norme chez les juvéniles.

« Ces résultats sont semblables à ceux compilés dans l’État de New York, qui a un habitat faunique comparable à celui de l’Estrie pour le chevreuil. Ils démontrent que les restrictions imposées aux chasseurs devraient permettre de protéger une très forte proportion de jeunes mâles », ajoute la biologiste.

Passionné de chasse et lecteur assidu de cette chronique, Pierre Simard m’a fourni deux photos de beaux mâles récoltés dans le même secteur, dont le poids oscillait à près de 80 kilos, mais dont le panache ne comptait que quatre pointes. S’agit-il d’une caractéristique génétique?

« La génétique peut être un facteur, mais elle n’est pas le seul. Souvent, c’est l’alimentation qui est en cause. D’une part, certains mâles ont une malformation à la mâchoire qui ne les empêchera pas de se nourrir suffisamment pour prendre du poids, mais qui fait en sorte que l’on ne retrouvera pas dans leur alimentation la quantité de minéraux influençant la croissance des bois. L’habitat entre aussi en ligne de compte. Une forte concentration de cerfs dans un secteur où la nourriture est peu abondante peut produire l’effet inverse, soit des individus progressant moins rapidement en poids qu’en âge », analyse Mme de Bellefeuille.

Dernier volet, la mise en œuvre du projet expérimental RTLB ne causerait pas d’impact négatif sur l’intérêt des chasseurs, le ministère de la Faune n’observant pas pour le moment de baisse dans la vente de permis.

Rappelons que l’obligation d’acheter un permis au coût de 10 $, en sus du permis régulier pour chasser le chevreuil dans les zones 6 Nord et 6 Sud, sera l’un des moyens utilisés pour raffiner les banques de données afin de suivre l’évolution du taux de succès en proportion du nombre de participants tout au long du programme expérimental.

Ce chevreuil de 80 kilos récolté l’an dernier par Pierre Simard avait le poids d’un mâle adulte, mais le panache d’un juvénile. Les gestions de la Faune ont commencé à documenter les cas d’exception dès l’an dernier afin de disposer de données précises sur l’impact du projet expérimental sur la restriction de la taille des bois (RTLB) débutant cet automne dans les zones 6 Nord et 6 Sud de l’Estrie.