Les activités quotidiennes, comme la course, aident les gens qui ont vécu un traumatisme à rebondir psychologiquement.

L’étonnant pouvoir des activités quotidiennes

CHRONIQUE / Rachel Thibeault travaille depuis plus de 30 ans auprès de survivants. En Afrique, en Asie, en Amérique-Latine, au Moyen-Orient, l’ergothérapeute a aidé des victimes de torture, des orphelins du sida et des enfants soldats à rebondir de leurs traumatismes.

La semaine passée, j’ai appelé la professeure de l’Université d’Ottawa pour discuter avec elle de résilience, cette capacité qu’ont les humains à surmonter les chocs. 

Je lui ai parlé à la suite de ma rencontre avec Christian Maranda, cet ex-militaire de Valcartier blessé gravement en Afghanistan dont je vous ai raconté l’histoire la semaine dernière

Mais ç’aurait pu être vous, aussi. Ou quelqu’un de votre entourage. Un jour ou l’autre, la plupart des gens vivent un traumatisme : un accident de la route, un désastre naturel, un hold-up, une agression physique ou sexuelle, etc. 

Chez nos voisins américains, près de 90 % des gens ont subi un événement traumatique au cours de leur vie — et ça ne doit pas être si différent ici. Du nombre, environ 9 % développent un trouble de stress post-traumatique. 

Certains ne s’en remettent jamais tout à fait. D’autres finissent par reprendre le dessus, comme Christian Maranda. 

Et vous vous souvenez ce qui l’a aidé à s’en sortir ? 

Le kayak.

Mme Thibeault n’était pas étonnée. Ses expériences dans les zones «vulnérables» et ses recherches sur la résilience se rejoignent sur le rôle crucial des activités quotidiennes dans notre capacité à remonter la pente. 

Ç’a l’air banal, comme ça, des «activités». Et elles ont été longtemps snobées par les psys, qui traditionnellement se sont efforcés d’atténuer les symptômes : l’anxiété, l’hypervigilance, la peur, les flash-back, les pensées envahissantes, l’insomnie. 

Mais ces activités fonctionnent pour la santé mentale de la même manière que les exercices fonctionnent pour la forme physique. 

«Les circuits neuronaux de la résilience se développement un peu comme un muscle», dit Mme Thibeault. 

«Il faut que je me confronte à des résistances répétées et régulières, mais bien calibrées. Il faut sortir de notre zone de confort. Si on reste dans notre cocon, il n’y aura pas de résilience.» 

Mais attention, Rachel Thibeault ne parle pas de n’importe quelle activité. Elle parle d’activités «intentionnelles». Celles qui donnent du sens à notre vie, et pas juste du plaisir. 

Il y en a cinq catégories, que la professeure m’a permis de reprendre ici. 

  1. La centration : des activités qui mettent de l’ordre et/ou du mouvement, souvent vigoureux et répétitif, pour se libérer de la fébrilité (ex : jogger, faire la vaisselle, poids et haltères). 
  2.  La contemplation : des activités qui nous mettent dans un état de pleine présence/conscience du moment présent (méditation, prière, observation tranquille). 
  3. La création : des activités qui comblent notre besoin de beauté, en la créant surtout, mais aussi en l’appréciant (musique, peinture, cuisine).
  4. La contribution : des activités qui nous permettent de redonner, d’être des citoyens productifs et valorisés (travail, bénévolat)
  5. La communion : des activités qui renforcent nos liens d’appartenance, nous relient au «vivant» (ex : repas en famille, sport entre amis). 

Dans une présentation à la faculté de médecine de l’Université Laval, Rachel Thibeault soulignait «l’étonnant pouvoir que nous avons sur notre résilience». 

Une bonne partie (30 à 40 %) dépend de notre génétique, une petite partie (10 %) des circonstances de notre vie (riche ou pauvre, en santé ou non, marié ou divorcé, etc.) et la majeure partie (50 à 60 %) relève des activités intentionnelles qu’on pratique au quotidien. 

Mme Thibeault met toutefois en garde contre les activités qui nous font rester dans notre «bulle narcissique» et ne font que nous gonfler l’ego. 

Elle prescrit plutôt des activités qui nous permettent de vivre en «pleine conscience» du moment présent ou des activités qui mettent nos talents au service d’une cause... plus grande que nous-mêmes.