Le président de MYM Neutraceuticals, Erick Factor, a conversé avec deux investisseurs boursiers estriens, Pierre Pichette et Richard Audet, confiants que le projet de serres de cannabis à Weedon puisse faire fructifier leur argent.

Les premières graines de l’économie du risque

CHRONIQUE / En parcourant les 5 km vers le cul-de-sac du Rang 2 avant d’entrer dans un chemin forestier passant par une gravière, on se croit bien plus en route vers Woodstock que sur le point d’aboutir dans le champ qui pourrait devenir le plus grand jardin de cannabis au Canada.

C’est en étirant l’élastique qu’on associe le site des futures serres de MYM Neutraceuticals à Weedon. Il se trouve à 15 km du clocher du village, chemin faisant vers Gould et aux limites de Dudswell.

« J’habite dans le rang 2. Ça commence juste à se parler, il n’y a que quelques pancartes et même au milieu de nulle part, c’est déjà une voie plus achalandée. Les touristes viendront en grand nombre », rapporte le maire Richard Tanguay, fier de remporter une première manche sur les sceptiques.

On saura assez rapidement si le premier coup de pelle de ce mégaprojet de 200 M$ a été donné pour la forme, car les premières serres produiront les plants qui seront testés et devront répondre aux normes strictes de Santé Canada. Sans quoi l’entreprise n’obtiendra pas de licence.

Les 3 M$ déjà engagés, dont une partie pour l’achat du terrain, sont sortis des poches des promoteurs.

« Qu’une compagnie de Vancouver débarque à Weedon et investisse de pareilles sommes sans avoir obtenu quoi que ce soit d’Ottawa ou de Québec, ça m’impressionne », commente Pierre Pichette, ayant suffisamment confiance pour avoir investi une partie de ses épargnes dans MYM.

Ancien directeur des relations publiques chez BRP à Valcourt, M. Pichette est natif de Weedon. Sa famille a longtemps dirigé l’Hôtel La Salle.

« Mon placement a un côté sentimental, mais je veux appuyer cette opportunité de relance dans ma communauté, qui en arrache après avoir été jadis prospère avec ses mines, sa forêt et ses usines de sciage. Les unités de production de BRP occupent 1 million de pieds carrés à Valcourt alors que les serres pourraient un jour couvrir ici une superficie 50 % plus grande. Wow! Je retiens des explications que c’est une industrie dans laquelle vous devez bouger, risquer, sans quoi vous n’y mettrez jamais les pieds », analyse M. Pichette.

« J’ai investi une somme appréciable et sans nécessairement craindre de tout perdre. Mes actions valent moins cher qu’à l’achat, mais c’est normal durant le processus de départ. La démarche me semble cohérente et crédible », juge également l’ancien propriétaire des restaurants Woods, Richard Audet, qui a été parmi les premiers membres de la communauté des affaires à appuyer publiquement la candidature de Steve Lussier à la mairie de Sherbrooke, l’automne dernier.

Après avoir grimpé jusqu’à 4,75 $ à la fin du mois de décembre, le titre de MYM Neutracenticals a plongé à 1,00 $ en mai. Il a clôturé mardi à 1,64 $ sans avoir effectué de gain après le signal de départ.

La compagnie a de nouveau eu à défendre son image ces derniers jours parce qu’une filiale dont elle a fait l’acquisition a été associée à la commercialisation illégale de bonbons de cannabis ayant notamment été vendus à Sherbrooke.

« L’intervention de Santé Canada a été effectuée avant la transaction et nous n’avons jamais été mis en cause. Ces histoires sont bien secondaires dans notre plan d’affaires et dans les contrôles auxquels nous sommes soumis pour transiger en bourse en Allemagne, au Canada ainsi qu’aux États-Unis », a précisé le chef de direction, Rob Gietl.

D’autre part, MYM ne se sent pas menacée par la cabale protectionniste de Donald Trump.

« Nos marchés sont diversifiés et nous ne vendons pas aux États-Unis. Ces soubresauts économiques n’influenceront pas notre développement », ajoute M. Gietl.

Quinze années d’opération à plein régime à Weedon rapporteraient tout près un demi-milliard au gouvernement du Québec et 380 M$ à Ottawa, estiment les dirigeants de la compagnie. Malgré cela, aucun membre du gouvernement Couillard n’a assisté au lancement du projet.

« Si, moi », s’est objectée l’attachée politique du député de Mégantic, Ghislain Bolduc.

Au nombre de ministres et de députés paradant depuis des mois avec des annonces souvent de moindre envergure et parfois même recyclées, le plaidoyer n’a pas été très convaincant.

« C’est décevant, difficilement compréhensible même », a ouvertement déploré le préfet de la MRC du Haut-Saint-François, Robert Roy.

« J’aurais aimé que des représentants gouvernements soient présents; des invitations ont été envoyées. Comme nous sommes une jeune entreprise dans un nouveau marché, je comprends cependant qu’il n’y en ait pas », a quant à lui répondu avec diplomatie le président de MYM, Erick Factor.

Ce rôle de spectateur oblige tout de même nos « champions de l’économie » à nous fournir quelques explications.