Le seul moment au cours duquel Bernard Sévigny a éprouvé un certain plaisir durant la passation des pouvoirs, c’est lorsque son successeur Steve Lussier a dû admettre qu’il avait maintes fois utilisé la plainte non fondée pour l’attaquer. Pour le reste, ce fut pénible pour lui comme pour les gens en face de lui.

Les persécutés

CHRONIQUE / Les policiers qui veulent soumettre une personne à un interrogatoire sont tenus de l’aviser qu’elle a le droit de garder le silence. Un politicien peut évidemment s’il le souhaite prendre cette voie pour sa sortie.

« Après la mêlée de presse de dimanche soir, pour moi, la page était tournée. Le reste, on va vous laisser ça aux journalistes. C’est un choix que je fais ».

À défaut d’exprimer le fond de sa pensée, M. Sévigny aurait eu intérêt à éviter les boutades lors de la passation des pouvoirs.« Bon, c’est le moment où il faut sourire » a-t-il lancé avant la photo symbolique.

Quels conseils avez-vous donnés à votre successeur?

« Se méfier des journalistes » a-t-il répondu. HA, HA. HA !

Cré Bernard, ça m’a rappelé le temps où TVA t’envoyait en reportage le soir d’une élection et que tu avais, toi aussi, à te montrer insistant pour satisfaire ton auditoire et tes patrons, en collant la lentille et le micro dans le visage du favori, qui crispait à la vue des premiers résultats.

Vous n’aviez pourtant qu’une courte phrase à prononcer devant les  journalistes, M. Sévigny, pour vous montrer collaborateur et bon joueur dimanche soir.: « ce ne sont pas les résultats que nous attendons, mais j’ai tiré de l’arrière durant tout le dépouillement de 2009 et ma victoire n’a été confirmée qu’autour de minuit. Laissez-moi y croire ».

Les reporters régionaux auraient eu du matériel pour démarrer leur couverture en direct et même les analystes nationaux se seraient montrés prudents avant d’écrire votre épitaphe. Mais non, vous vous êtes senti plus à votre place en retrait, dans un espace limité où l’accès était contrôlé.

Gagne ou perd, c’était prévu ainsi, avez-vous même pris soin de nous préciser. Tant qu’à vous trahir en nous confirmant que la distance de l’électeur avait peu d’importance pour vous, vous auriez été mieux de ne rien dire!

Vous auriez d’autre part été perçu comme un gentilhomme en acceptant les invitations à participer aux émissions matinales du lendemain à la radio, ne serait-ce que pour vous en tenir à des remerciement aux Sherbrookois, qui vous ont permis de grandir, personnellement et professionnellement, en vous accordant leur confiance durant huit ans.

Vous auriez obtenu 10, 15, 30 minutes, à différentes antennes, pour donner de la portée à votre message de reconnaissance.

J’ai réécouté votre brève allocution de 5 minutes, prononcée après que vous ayez admis tardivement que l’avance de M. Lussier lui assurait la victoire. Vous avez alors exprimé « votre fierté d’avoir été maire, d’avoir servi la Ville », vous avez vanté tous les membres de votre équipe, mais vous n’avez pas adressé un seul merci aux électeurs sherbrookois. Est-ce qu’ils n’en méritent pas, que le rejet d’un soir a déjà effacé de votre mémoire les remerciements généreux au terme de vos deux victoires?

À la suite d’une défaite politique, le silence colle généralement l’étiquette de mauvais perdant. Bernard Sévigny risque d’avoir de la difficulté à s’en défaire.

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La chasse aux journalistes est ouverte au Renouveau sherbrookois et Mariette Fugère, qui a mordu la poussière pour une deuxième élection de suite, met de la poudre dans le canon. « M. Lussier va goûter à la nature tordue des journalistes »!, a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

Vous vous souvenez que Mme Fugère avait plongé son ex-mari dans l’embarras, durant une campagne provinciale, en écrivant sur Facebook qu’en élisant Serge Cardin comme député, les Sherbrookois passeraient Jean Charest à la guillotine. Bien, elle a trouvé le moyen de récidiver.

Dans un salon funéraire, où elle s’est rendue pour exprimer ses sympathies à une collègue du Renouveau sherbrookois en deuil de sa mère, Mme Fugère s’est mêlée à une conversation au cours de laquelle un de mes amis chasseurs racontait qu’il revenait du champ de tir avec moi.

« T’as pas eu envie de le tirer ? Lui, il tire sur tout ce qui bouge à l’hôtel de ville ! »  Il y a plus d’un témoin.

Ce samedi-là, ma chronique vantait pourtant la prévoyance des gestionnaires qui font de Sherbrooke une ville très bien préparée pour réagir aux catastrophes naturelles et cela, parce que les élus débloquent les sommes nécessaires. Méchante job de mercenaire !

J’ai porté cette remarque déplacée à l’attention du directeur de cabinet du maire, Étienne Vézina, qui m’a demandé ce qu’étaient mes attentes. Il a été convenu ce jour-là que  j’allais y réfléchir.

Puis, à l’émission La Joute, commentant une pétition réclamant d’autoriser la chasse aux écureuils, l’analyste Luc Lavoie a échappé « qu’il aurait aimé pouvoir chasser les séparatistes ». Avec la fusillade de Las Vegas en manchette dans l’actualité, M. Lavoie s’en est vite excusé.

C’est alors que j’ai reparlé du sujet avec M. Vézina, à qui j’ai donné carte blanche pour traiter l’affaire comme il l’entendait.  Au journal, nous avons déjà convenu de ne pas traiter du sujet pendant la période électorale. D’autant que  mon partenaire de chasse est ensuite devenu l’un des organisateurs de Pierre Avard, le candidat indépendant ayant eu le meilleur sur Mariette Fugère dans le district du Pin-Solitaire.

La campagne a passé, j’ai fréquemment croisé le maire, et en quelques occasions Mme Fugère, pas la moindre allusion. Pas le moindre retour. Rien.

Sauf le chien de chasse qui aboie encore...

Je ne brise pas le silence pour déclencher une polémique et demander des excuses. Non, juste pour vous dire qu’en réponse au maire, je tourne la page.