Les PDG de la santé sont-ils trop payés?

Les PDG de la santé sont-ils trop payés?

Le gouvernement Couillard et les médecins spécialistes sont sur la sellette depuis qu’un rattrapage salarial chiffré à 2 milliards de dollars a été accordé à ces professionnels de la santé. La Coalition avenir Québec, le Parti québécois et Québec solidaire renieront cet engagement s’ils forment le prochain gouvernement. Qu’en est-il des salaires des PDG de la santé? Nous vous présentons le point de vue des candidats de ces quatre partis dans la circonscription de Sherbrooke. Faute de représentant désigné à ce jour du côté de la CAQ, le droit de parole a été accordé à Geneviève Hébert, candidate dans la circonscription de Saint-François. Voici la question telle que formulée ainsi que les réponses qui sont présentées dans le même ordre que si ces noms étaient inscrits sur un bulletin de vote.

À 300 440 $, le salaire de la PDG du CIUSSS de l’Estrie, Patricia Gauthier, est-il :
A) Adéquat
B) Pas assez élevé
C) Trop élevé
Dites-nous pourquoi.

Luc Fortin

Luc Fortin  
Parti libéral du Québec
Refus de répondre à la question à choix multiples

« La rémunération des gestionnaires de l’État est un sujet sur lequel il est très facile de faire de la démagogie. Il y a des gens qui ont des opinions tranchées à cet égard et je peux comprendre que les salaires qui sont versés aux gestionnaires publics soient considérés trop élevés par des citoyens. Mais en réalité, pour avoir un débat éclairé, il faut aussi reconnaître et admettre que la gestion complexe du CIUSSS de l’Estrie CHUS demande des compétences professionnelles qui se distinguent.

Non seulement Patricia Gauthier possède-t-elle ces aptitudes, mais elle exerce ses fonctions de main de maître, avec la rigueur, l’énergie et la passion nécessaires au bon fonctionnement d’un tel établissement toujours dans l’objectif de bien servir la population estrienne. Son expertise est telle que nous avons trouvé essentiel de la ramener en poste, en Estrie, à la suite de son départ pour Montréal. De plus, la réalité étant ce qu’elle est, madame Gauthier aurait pu faire le choix de se diriger vers le privé où elle aurait sans contredit obtenu un salaire beaucoup plus élevé pour un emploi avec des responsabilités comparables. »

Geneviève Hébert

Geneviève Hébert
Coalition avenir Québec
Réponse : Adéquat

« Le salaire de la PDG est adéquat, selon la CAQ, vu la superficie du territoire du CIUSSS de l’Estrie, le nombe d’employés et de médecins à sa charge et le budget qu’elle doit gérer.

Selon nous, ce n’est pas le salaire qui doit être remis en question, mais bien le processus de nomination des PDG des CIUSSS à travers le Québec. En effet, depuis l’adoption de la loi 10 du ministre Barrette, il est le seul maître à bord pour désigner les PDG des CIUSSS. Ces personnes choisies par le ministre se retrouvent donc à agir comme exécutant de ces décisions et ce, au détriment des besoins des citoyens et usagers de la région. La CAQ demande une décentralisation des pouvoirs du ministre. On doit redonner le pouvoir aux décideurs locaux. »

Christine Labrie

Christine Labrie
Québec solidaire
Réponse : Adéquat

« Le ministre Barrette a créé des mégastructures ingérables, ce qui met sur les gestionnaires une pression incroyable : on leur demande de gérer des milliers de personnes et des centaines de points de services, avec moins de ressources. Je crois que le problème n’est pas dans le bureau de la PDG du CIUSSS, mais plutôt dans celui du ministre Barrette, qui est complètement déconnecté de ce que demandent les professionnels du milieu de la santé.

Nous l’avons vu à notre rencontre citoyenne du 12 mars dernier : les professionnels demandent à avoir plus de pouvoir au sein de leurs équipes de travail, pour être plus efficaces. En ce moment, c’est centralisé à un point tel que plusieurs ne voient plus le sens de leur travail. Ils et elles n’ont plus d’emprise sur quoi que ce soit, et ça les mène tout droit à l’épuisement. Ce qu’il faut, c’est décentraliser, comme on le propose avec Québec solidaire. En décentralisant, les ressources pourraient être mieux réparties, au lieu d’être concentrées entre les mains de quelques gestionnaires. »

Guillaume Rousseau

Guillaume Rousseau
Parti Québécois
Réponse : Trop élevé

« L’extrait pertinent du programme du Parti québécois est le suivant : « limiter la rémunération des hauts salariés de l’État à un montant fixé à 10 % en dessous de la rémunération du premier ministre (évaluée à environ 250 000 $, en incluant les avantages) et appliquer cette norme aux cadres supérieurs des sociétés d’État ».

Je suis d’accord avec cette position du parti. Au PQ, nous croyons en l’égalité, ce qui suppose de ramener le haut de l’échelle à la raison et de rehausser le bas de l’échelle. Et en santé, nous souhaitons que moins de ressources soient consacrées aux revenus du haut de l’échelle et que plus de ressources soient consacrées au bas de l’échelle, entre autres aux infirmières et aux préposés aux bénéficiaires dont il faut rendre les conditions de travail plus attractives si on veut en embaucher davantage, ce qui est évidemment souhaitable et même nécessaire dans l’intérêt des patients. »

Complétons avec mes propres observations.

PDG d’une entreprise de santé de 17 000 employés, juste avec le titre, on  voyage en classe affaires. Dire qu’on a déjà appelé les gestionnaires publics, les « commis de l’État ».

Mais l’époque des vocations étant depuis longtemps révolue, chez les employés comme chez les patrons, ce même poste de PDG était payé 247 127 $ à la défunte Agence de la santé de l’Estrie avant la fusion de 2015. Soit dit en passant, des charges sociales de 12,9 % s’ajoutent au salaire révisé de Mme Gauthier.

Il faut cependant avoir une vue d’ensemble. Au moment du regroupement, les coûts des services administratifs représentaient 7,1 % des sommes affectées à la santé en Estrie alors que ce ratio était de 6,3 % pour le Québec. À la fin de l’exercice 2015-2016, cette proportion avait été ramenée à 6,1 % dans la région et la projection pour 2018 est sous la barre de 6 % en Estrie contre 6,4 % pour le reste de la province.

Une PDG dispensant des services de santé en suivant une charte provinciale, avec des ratios de personnel et des échelles salariales négociées par le gouvernement provincial est déchargée de responsabilités, et pas les moindres. Le leadership régional a tout de même un certain poids dans les relations de travail puisqu’une trentaine d’enjeux des conventions collectives, principalement liés à l’organisation du travail, sont négociés dans les régions.

Les CIUSSS seraient privés à 100 % qu’ils se qualifieraient sans problème pour la « clause Bombardier » qu’un gouvernement dirigé par Québec solidaire (QS) imposerait comme balises au soutien de l’État. Toute demande de financement de la part d’une entreprise qui verserait à son président plus de 30  fois le revenu de son plus bas salarié serait rejetée, a expliqué lors de son récent passage à Sherbrooke la cheffe de QS, Manon Massée.

Ce ratio étant nettement moindre chez les PDG de la santé, les griefs de la candidate solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie ne visent pas Mme Gauthier ou son salaire. Seuls le Parti québécois et son candidat Guillaume Rousseau passeraient cette rémunération à la moulinette.

Par contre, les trois partis d’opposition tirent sur la même cible, la mégastructure dont la « gestion complexe nécessite des compétences professionnelles qui se distinguent », écrit le ministre Luc Fortin.

Franchement, bien plus que le salaire de Mme Gauthier ou des autres hauts gradés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, c’est ce géant en déploiement qui m’inquiète. Son efficacité pourra-t-elle un jour être démontrée dans les fins détails de sa motricité ?

Le scepticisme est grand, et davantage à l’intérieur du réseau que chez celles et ceux qui, comme vous et moi, n’en sont que les patients.

On n’a pas encore fini de lacer le premier soulier du géant que d’aucuns proposent déjà de lui couper un pied, une jambe, affirmant que même amputé de tous ses membres, il serait plus alerte et plus agile.

Avant que les viaducs en fin de vie nous tombent dessus les uns après les autre, le ministre des Transports a lancé une série d’appels d’offres, la compagnie Excavations René St-Pierre a décroché plusieurs contrats et a déployé son arsenal de déchiqueteuses hydrauliques qui a éliminé toutes ces menaces en seulement quelques mois.

La santé, c’est long, lourd et toujours compliqué, et on souhaite bien que notre mégastructure soit  autoportante. Mais s’il fallait que non, imaginez les déboursés, les dégâts...

Une pièce d’armature, une brique, juste un éclat de CIUSSS sur la tête, jamais la colonne vertébrale ne supporterait un tel poids. Ce serait la mort assurée. On aurait beau payer nos PDG 1 M$ par année pour prévenir tout refoulement aux urgences que ça ne serait pas encore assez  pour nous sauver !