Après le Conseil supérieur de l’éducation en 2016, c’est maintenant le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) qui invite Québec à assurer une plus grande mixité sociale et scolaire dans ses écoles primaires et secondaires.

Les iniquités gommées après quatre ans

CHRONIQUE / Au nom de la lutte au décrochage scolaire et aux iniquités sociales, le gouvernement Legault fait des pieds et des mains et lève les obstacles pour implanter des maternelles 4 ans. Mais après, ça se gâte. Les iniquités semblent devenir tolérables après 5 ans et pour le reste du parcours scolaire.

Après le Conseil supérieur de l’éducation en 2016, c’est maintenant le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) qui invite Québec à assurer une plus grande mixité sociale et scolaire dans ses écoles primaires et secondaires.

Le CTREQ préconise notamment que les programmes particuliers offerts dans les écoles publiques (éducation internationale, sport, langues, arts-études) deviennent gratuits et qu’en conséquence, le ministère finance davantage ses écoles publiques.

Il souhaite aussi la fin de la sélection des élèves basée sur les résultats scolaires ou la performance pour accéder à ces programmes qui constituent trop souvent une «école privée» à l’intérieur de l’école publique.

Conscient que certains élèves auront besoin d’un encadrement supplémentaire pour parvenir à passer à travers le programme, il suggère une modulation.

Claude Lessard, président du conseil d’administration du CTREQ et ancien président du Conseil supérieur de l’éducation, dit que ça vient «le chercher» de voir qu’une école primaire exige des prérequis à un élève de 3e année intéressé par un programme de musique. 

Sans une moyenne de 88 % en français et en maths, pas de piano, de violon ou de guitare.

Pas de piano, de violon ni de guitare non plus si l’élève est fort en français et en maths, mais que ses parents sont incapables de payer les frais reliés au programme particulier.

Réaction décevante

La réponse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, aux propositions du CTREQ laisse peu d’espoir de voir bonifier le projet de loi 12 «visant à préciser la portée du droit à la gratuité scolaire et à permettre l’encadrement de certaines contributions financières pouvant être exigées».

Que le ministre répète qu’il souhaite que les programmes soient plus accessibles n’allège pas la facture de ceux-ci et ne modifie pas les critères de sélection.

Ce n’est pas le gouvernement Legault qui remettra de l’équité dans le système scolaire et permettra à tous les enfants d’exploiter leur plein potentiel, qu’importent les revenus de leurs parents et leurs notes.

Le modèle actuel, avec des écoles privées subventionnées à 60 %, des écoles publiques avec des programmes particuliers sélectifs et onéreux, et des écoles publiques dont les classes ordinaires rassemblent un grand nombre d’élèves en difficulté, n’est pas l’objet d’une remise en question de la part du gouvernement. 

Le ministre de l’Éducation prévoit au mieux offrir plus d’activités parascolaires pour rendre l’école publique et ses classes ordinaires plus attrayantes et favoriser la mixité.

Comme les gouvernements libéraux ou péquistes avant lui, celui de la CAQ n’envisage pas de revoir le financement accordé à l’école privée. L’exemple de l’Ontario, qui ne subventionne pas le réseau privé, n’est pas ici une source d’inspiration. 

Le CTREQ ne retient pas non plus cette voie. Le financement des écoles privées étant un sujet chaud qui suscite de vives réactions, il suggère plutôt une voie qu’il juge plus réaliste, soit que le privé s’engage à accueillir plus d’élèves en difficulté.

En 2010, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, formulait le même souhait.

En 2017, 20,8 % des élèves en difficulté se retrouvaient dans le réseau public, comparativement à 7,4 % au privé. 

La Fédération des établissements d’enseignement privés indiquait mercredi que ses membres sont prêts à accueillir plus d’élèves en difficulté, à condition que le ministère leur accorde le financement nécessaire pour offrir le soutien professionnel requis.

Elle a réitéré sa demande au ministère des Finances dans le cadre des récentes consultations prébudgétaires. La réponse sera connue jeudi prochain.

La porte-parole de la fédération souligne aussi que les écoles privées décernent seulement des diplômes d’études secondaires. Le choix de parcours serait donc limité pour les élèves en difficulté qui peinent à se rendre à la fin de leur cinquième secondaire. 

On tourne en rond.

Les petits Québécois, riches ou pauvres, «bollés» ou «poqués», «de souche» ou immigrants, seront regroupés dans les maternelles 4 ans. Mais pour une courte durée si le gouvernement ne fait pas davantage pour revenir à des classes plus hétérogènes tout au long de leur parcours scolaire.