Roger Blackburn
Même si les périodes de canicule ont donné du fil à retordre au producteur, les cueilleurs pourront très certainement réaliser de belle trouvailles dans les champs de Régis Bolduc, à Chambord.
Même si les périodes de canicule ont donné du fil à retordre au producteur, les cueilleurs pourront très certainement réaliser de belle trouvailles dans les champs de Régis Bolduc, à Chambord.

Les fraises ont eu chaud

Les fraises de la fraisière biologique sur la pointe de Chambord ont souffert de la chaleur, depuis le début de la saison. Ce sera la pire saison depuis 2002 pour le producteur Régis Bolduc, un passionné de la terre.
Régis Bolduc recevra les autocueilleurs à compter de vendredi à sa ferme de fraises biologiques sur le Chemin de la Pointe à Chambord, et ce, malgré une faible production.

«Ç’a été trop sec sur la pointe, nous avons manqué d’eau. J’ai irrigué un peu, mais je n’étais pas organisé pour faire face à des températures extrêmes de 37 degrés», avoue le producteur de fruits biologiques.

«Chaque fois qu’une cellule orageuse s’amenait autour du lac, la pointe de Chambord était épargnée», témoigne celui dont les champs ont été confinés dans un microclimat.

Régis Bolduc garde contact avec ses gens même en plein champs.

«Les feuilles des plants étaient accotées sur la paille et souffraient de la chaleur. Nous allons avoir une très faible production», dit-il.

Au champ avec le sourire
C’est quand même avec un grand sourire que Régis Bolduc m’a reçu dans sa fraisière qui implorait la pluie, mardi après-midi. Je lui ai demandé de s’agenouiller devant un plant avec de belles fraises rouges pour une photo et il a hésité. «Ce n’est pas ma réalité, cette photo ne rend pas compte de ce qui se passe», a-t-il précisé avant d’accepter de se faire photographier.

Malgré une faible production, le producteur lancera dès le vendredi 10 juillet sa saison d’autocueillette. «On va faire ça en mode COVID-19 avec lavage de mains, distanciation sociale et dégustation interdite sur place. On va demander aux parents de garder leurs enfants près d’eux», indique l’agriculteur biologique.

Manon Duchesne reçoit les clients au kiosque fermier le long du Chemin de la Pointe.

Sa conjointe, Manon Duchesne, assure qu’elle a trouvé un désinfectant sans odeur à Saint-Félicien. «Je cherchais un désinfectant pour les mains qui ne changerait pas le goût des fraises, c’était important pour les autocueilleurs», dit-elle.

Grand intérêt pour la culture bio
Le téléphone sonne beaucoup et la page Facebook de la fraisière est très active. «Il y a un intérêt marqué pour la culture biologique. On constate deux fois plus d’intérêt que par le passé. La demande est plus forte que la production et c’est pour cette raison qu’on va demander aux gens de réserver pour l’autocueillette, pour éviter la cohue. On ne veut pas que le “chiard” poigne dans les champs», prévient-il.

Déjà, au kiosque le long du Chemin de la Pointe, ils demandent aux gens de réserver leur panier de fraises d’avance pour éviter les longues files, même si les passants y font une halte.

Pour Régis Bolduc, c’est la dernière année qu’il cultive sans irrigation. «L’an prochain, je transfère mes plants dans un de nos champs sur le bord du lac. On va pouvoir irriguer abondamment avec l’eau du lac Saint-Jean. Nous sommes présentement en demande d’autorisation. Je vais pouvoir laisser les champs se reposer pendant sept ou huit ans avant de relancer la production ici. L’autre champ sera également accessible par la route et le décor est extraordinaire», promet l’agriculteur.

«Nous n’aurons pas le choix. Nous devrons nous adapter à ces grands écarts extrêmes de température et on risque de connaître d’autres canicules dans les années à venir», soutient-il.

«La culture biologique, c’est un “guess”. On prend des risques, car on a besoin d’eau. Les gens nous téléphonent et ils ne comprennent pas quand on leur dit que la production a diminué cette année. Ils me répondent : pourtant il a fait soleil... On dirait qu’ils ne savent pas que ça prend aussi de l’eau», raconte Manon Duchesne, que j’ai rencontrée au kiosque fermier.

Les passants peuvent acheter un panier de fraises sur le bord de la rue en laissant 10 $ dans la tirelire.

Cultivé par la passion
Régis Bolduc fait contre mauvaise fortune bon coeur. «Je suis un passionné de la culture biologique parce que j’ai le temps de m’y consacrer. Je suis à la retraite, j’ai la chance d’être sur les terres de mon grand-père que mes parents, Lucette Villeneuve et Lucien Bolduc, ont exploité pendant des années. Je pratique donc une agriculture relaxe, sans stress et sans employé. J’adore cultiver des fraises biologiques et je le fais par passion», raconte celui qui a des plans d’avenir pour la pointe de Chambord.

«Je n’ai rien inventé, vous savez. Je cultive les fraises sur des paillis de paille comme cela s’est toujours fait dans le passé. Ma culture est certifiée bio, mais je le fais comme nos ancêtres le faisaient», précise-t-il humblement.

Bon, Régis Bolduc avoue que ses paniers coûtent un peu plus cher, mais ce qu’il n’ose pas dire, bon joueur, pour ne pas nuire aux autres producteurs, c’est qu’elles sont meilleures, ça, je le sais, j’en mange régulièrement.

Des mesures ont été mises en place pour la saison d'autocueillette qui débutera le 10 juillet. 

On a tous hâte à l’été pour essayer le shortcake aux fraises de Ricardo, un délice avec crème chantilly. J’en bave encore et ce sera au menu pour au moins deux semaines.