Les fortifications en granit

CHRONIQUE / La ligne d’exportation qui représentait le chemin le plus court pour aller livrer pour 10 milliards de dollars d’électricité québécoise au Massachusetts a frappé un mur au New Hampshire. Pour une deuxième fois!

L’aboutissement de ce corridor figurant sur les plans d’Hydro-Québec depuis presque dix ans paraissait si proche qu’on avait perdu de vue le défi qu’il représentait. Le Québec avait rencontré la même opposition et s’était finalement buté aux mêmes fortifications dans l’État du Granit lors de la construction de sa toute première ligne de transport entièrement dédiée à la vente d’électricité aux États-Unis.

Dans la planification initiale d’Hydro-Québec, la ligne Des Cantons/Nouvelle-Angleterre qui est en service depuis 2006 devait entrer par le New Hampshire. Le point de traversée avait également été placé dans le secteur d’East Hereford, à moins de dix kilomètres du point de jonction convenu pour l’actuel projet Northern Pass. Ce dernier avait reçu la plupart des approbations requises tant au Québec qu’aux États-Unis, mais est aujourd’hui hypothéqué par le blocage unanime des membres de la Commission d’examen du site au New Hampshire (SEC).

« Le contexte d’aujourd’hui, avec la fermeture de centrales polluantes et d’installations nucléaires favorisant un virage vers les énergies vertes, nous était nettement plus favorable qu’il y a 30 ans pour espérer un dénouement positif. La réaction du gouverneur Chris Sununu de même que certaines critiques formulées par d’importants acteurs économiques de la Nouvelle-Angleterre traduisent l’étonnement même de l’autre côté de la frontière », nuance une porte-parole d’Hydro-Québec, Lynn St-Laurent.

L’illustration ci-contre rappelle le crochet vers l’ouest qui avait été nécessaire il y a trois décennies pour rendre l’électricité québécoise à destination en entrant plutôt par le Vermont à la hauteur de Norton, près du poste frontalier de Stanhope du côté canadien.

Du coup, Hydro-Québec avait aussi contourné le massif du mont Hereford qui, cette fois, a alimenté un débat jusqu’à ce que les dirigeants d’Hydro-Québec de même que leurs patrons politiques, à commencer par le premier ministre Philippe Couillard, finissent par accepter des déboursés supplémentaires d’une soixantaine de millions pour enfouir cette ligne sous la forêt communautaire représentant le plus important legs forestier du Québec.

À moins qu’une instance judiciaire ou que des remous politiques provoquent un renversement de la décision de la SEC, ce compromis ne sera plus nécessaire. Hydro-Québec écarte par ailleurs la voie de contournement avec des lignes en parallèle du poste des Cantons jusqu’à la frontière. Ce doublement était prévu jusqu’à Saint-Herménégilde et devait franchir 80 % de la distance sur la portion québécoise de Northern Pass.

1. Ligne Des Cantons/Nouvelle-Angleterre en service depuis 1986. Le doublement de cette ligne existante jusqu'au Vermont est exclu des solutions de rechanges.

À moins qu’une instance judiciaire ou que des remous politiques provoquent un renversement de la décision de la SEC, ce compromis ne sera plus nécessaire. Hydro-Québec écarte par ailleurs la voie de contournement avec des lignes en parallèle du poste des Cantons jusqu’à la frontière. Ce doublement était prévu jusqu’à Saint-Herménégilde et devait franchir 80 % de la distance sur la portion québécoise de Northern Pass.

« Ce crochet vers le Vermont n’est pas parmi nos solutions de rechange », précise Mme St-Laurent.
Si une nouvelle ligne d’exportation est construite en direction du Vermont pour desservir le marché de Boston et l’État du Massachusetts, elle entrera par la Montérégie, dans l’axe et sous les eaux du lac Champlain. C’est le projet New England Clean Power Link.

L’abandon définitif du projet Northern Pass n’épargnerait pas pour autant l’Estrie puisque l’autre option d’Hydro-Québec pour espérer sauver sa mise passerait par un partenariat avec Central Maine Power. Leur projet commun New England Clean Energy Connect ferait transiter l’électricité québécoise par le Maine en empruntant une nouvelle ligne à l’intérieur d’un corridor existant entre The Forks et Lewiston. La carte publiée sur le site internet du promoteur américain situe le point de traversée au Québec dans la municipalité de Frontenac, à la hauteur du lac aux Araignées.

Hydro-Québec aurait l’option d’approvisionner cette ligne par le poste des Appalaches (situé à Thetford Mines) ou par le poste des Cantons. Dans le premier scénario, la ligne contournerait vraisemblablement la ville de Lac-Mégantic par le nord. Avec le second choix, les infrastructures de transport passeraient plutôt au sud du lac Mégantic et traverseraient vraisemblablement une partie des MRC du Haut-Saint-François et du Val-Saint-François après avoir quitté celle du Granit.

« Nous entretiendrons un dialogue constant avec les instances régionales et locales concernées dès que les choses se préciseront », se limite à dire pour le moment la porte-parole d’Hydro-Québec.
Un tracé en partance du poste des Cantons vers le Maine avait été envisagé il y a 30 ans. Mais il avait vite été écarté, car il était le plus long et le plus coûteux. Une entrée par le Vermont ou par le Maine décalerait les premières livraisons d’énergie d’au moins deux ans.

L’ouverture soudaine au New Hampshire ne tient plus d’un miracle. Mais presque.