Dans les pays en développement, l’éducation est souvent la première pierre à poser pour sortir les femmes de la pauvreté. Et de l’exploitation.

Les femmes dans tous leurs États

CHRONIQUE / Godelieve De Koninck revient de New York, elle y a passé une semaine et, à 81 ans, elle m’a dit ceci : «C’est la plus belle semaine de ma vie.» J’ai trouvé ça beau.

Particulièrement parce que Godelieve a une vie déjà bien remplie, qu’elle n’est pas du genre à se tourner les pouces. Je vous ai déjà parlé d’elle, de Liratoutâge, son projet de lecture dans les CHSLD et dans les résidences pour personnes âgées. Elle a commencé toute seule il y a 12 ans, a recruté depuis une quarantaine de bénévoles.

New York, maintenant.

Godelieve a passé une semaine aux Nations Unies, seule Québécoise de la délégation canadienne, qui comptait une vingtaine de femmes. C’était la 63e session de la Commission de la condition de la femme, ou CSW63, à raison d’une par année. Ça fait donc 63 fois que des femmes de partout s’y réunissent.

Elles étaient 9000 cette année.

Et Godelieve n’en est pas totalement revenue. «J’ai choisi des séances données par des femmes d’un peu partout. C’est incroyable de voir tout ce qui se passe, autant les problèmes que les choses qui se font. Je ne serai plus jamais pareille.»

C’est pour ça qu’elle voulait que je vous en parle. «Je ne peux pas avoir reçu tout ça sans pouvoir le partager…»

Elle a entendu des femmes de la Sierra Leone. «Il n’y a pas de toilette dans les maisons. Il y avait juste sept toilettes publiques pour environ un million de personnes. On n’y pense pas, mais ça pose un gros problème avec les menstruations. Il y a un projet d’en construire d’autres, ils sont rendus à 100…»

Elle a entendu une poétesse de 10 ans.

Elle a appris qu’au Bangladesh, un mouvement social s’est organisé pour mettre un terme aux mariages de jeunes filles, parfois dès l’âge de 10 ans. «Dans la vidéo qu’on nous a montrée, on voit un homme qui vient chercher une fille à l’école et les gens autour se sont mis à frapper dans leurs mains. Ils frappent jusqu’à ce que l’homme parte…»

Et il part.

La scène s’est répandue comme une traînée de poudre dans les réseaux sociaux, «98 % des gens sont sur Facebook. On nous a dit qu’avant ça, 6 millions de jeunes filles étaient promises en mariage. Avec ce mouvement, elles sont rendues 2 millions. Ça montre que c’est possible de changer les choses…»

Comme cette femme, au Pérou, qui a endigué un problème d’anémie en cuisinant chaque matin des dizaines de déjeuners. 

Godelieve est allée à New York au nom de l’Association de femmes diplômées des universités de Québec, AFDU de son acronyme, qui fait de l’éducation son cheval de bataille. Et la bataille est loin d’être gagnée, surtout dans les pays où la femme est réduite à un rôle de soutien.

En fait, l’éducation est souvent la première pierre à poser pour sortir les femmes de la pauvreté.

Et de l’exploitation.

«Il y a un pays en Afrique où il y a seulement du transport pour les hommes, les femmes, elles doivent marcher. Elles marchent des kilomètres nu-pieds. […] Et il y a toute la question du trafic humain…»

Et la corruption, qui complique le tout.

Ça ne fera malheureusement pas la une du Time, mais ils ont nommé la Femme de l’année, une jeune Afghane qui s’est tenue debout, littéralement, devant les talibans. À 22 ans, Gharsanay Ibnul Ameen est la plus jeune à recevoir ce titre, on le lui a octroyé pour avoir cofondé un programme pour envoyer les filles à l’école.

L’éducation, toujours.

Elle a même organisé en Afghanistan une Conférence sur le leadership des femmes, elles étaient un millier, et convaincu Ashraf Ghani d’accueillir 5000 jeunes dans son palais présidentiel pour discuter du rôle qu’elles pourraient jouer dans le pays. C’est une brèche, la lumière pourrait entrer.

Et Godelieve a vu ceux qui font ces brèches. «J’ai été impressionnée par la quantité de jeunes qui étaient là, des jeunes allumés, qui prenaient le micro. Ce sont les jeunes qui vont nous sauver. Là, ils s’énervent avec le climat, il va falloir qu’ils s’énervent avec autre chose…»

C’est très bien une Bourse du carbone, mais il nous faudrait peut-être aussi une Bourse de l’humanité.