«Trop de parents élèvent leurs enfants comme des bonsaïs. On les chouchoute pour qu’ils aient l’air – trop tôt – d’un résultat final et parfait», croit l’auteure Julie Lythcott-Haims.

Les enfants bonsaïs

CHRONIQUE / L’autre jour, un communiqué est atterri dans ma boîte courriel et a aussitôt capté mon attention. On y annonçait la sortie imminente d’un livre de l’acteur, auteur et conférencier Martin Larocque. Son titre: «Quand t’éduques, éduque!»

Pour être franche, je trouvais le ton un peu autoritaire. Un brin directif, voire quelque peu condescendant. Mais on nous le présentait comme un recueil de réflexions parentales pratiques, un ouvrage décomplexant « sur l’éducation des enfants parce que, dans ce magnifique univers de parents, si vous essayez d’être comme tout le monde et de faire “comme il faut”, vous ne saurez jamais à quel point vous êtes un bon parent ! » Bref, « soyez donc le parent que vous avez envie d’être ! »

Du coup, l’approche m’était moins rébarbative.

En gros, ce petit bouquin d’à peine plus de 100 pages se veut un condensé de toutes les idées qui reviennent le plus souvent dans les conférences que Martin Larocque donne depuis 25 ans sur la parentalité, dérivées de son hypothèse bien séduisante : tous les parents sont compétents, mais ils ne le savent pas tous. Évidemment, cela exclut les cas extrêmes de violence, maltraitance et négligence.

J’ai déjà abordé le sujet sous cet angle dans une précédente chronique (Comment être un bon parent), donc je m’attarderai surtout ici sur un autre point qui m’a fortement interpellée à la lecture de son bouquin et qui a alimenté une réflexion que j’avais entamée, il y a quelques semaines, à la suite d’une discussion entre collègues-mamans.

La loi du moindre effort

Je leur avais demandé leur opinion sur les devoirs après avoir vu passer une pétition pour leur abolition.

Elles étaient pour. Les devoirs, pas leur abolition. Pas tant pour ce que sont les devoirs en tant que tels, mais pour ce qu’ils enseignent à l’enfant par la bande. Ça leur montre à être responsables, organisés, à gérer leur temps et à faire des efforts pour obtenir des résultats, affirmaient-elles toutes deux.

« On dirait qu’on leur en demande de moins en moins, qu’il faut que tout soit facile alors que la vie, c’est pas comme ça ! Il faut qu’ils sachent se débrouiller ! » s’est quelque peu emportée la plus fougueuse des deux.

Je trouvais leur point de vue fort pertinent. Et je l’ai retrouvé dans le livre de Martin Larocque. « Je n’enseigne pas à faire un lit, j’enseigne à être fier », y écrit-il notamment.

« Nous avons cessé, et je ne sais pas pourquoi, d’exiger des choses de nos enfants. C’est un grave problème. Nous créons tranquillement une génération d’enfants qui vivent avec du personnel, des agents, des majordomes, des domestiques... et non des parents », dénonce-t-il, en lançant notamment une flèche à tous ces parents qui portent, à la place de leur enfant, sac à dos, boîte à lunch, et tutti quanti quand ils vont le chercher à l’école. Parce qu’ils ont leur journée dans le corps, tsé. « Même si sa journée a été longue, je vous rappelle que la vôtre aussi ! Vous aussi, vous avez votre journée dans le corps. Et personne ne vous attendait à la sortie de votre travail pour porter votre boîte à lunch... »

« Ce n’est pas un acte d’amour que de faire croire à l’enfant qu’il a du personnel. Ce n’est pas l’aider que de lui donner l’impression qu’aussitôt qu’un chouïa d’effort arrive qu’il y aura toujours quelqu’un pour le délester de sa charge », dit-il encore.

En est-on vraiment rendu là ? À prôner la loi du moindre effort, bien malgré nous ? À leur nuire dans notre désir de leur éviter des tracas, tant on les aaiiiiimmmmeeee, comme le dit Martin Larocque ? Il cite à cet effet l’auteure Julie Lythcott-Haims, qui croit que « trop de parents élèvent leurs enfants comme des bonsaïs. On les chouchoute pour qu’ils aient l’air — trop tôt — d’un résultat final et parfait. »

Le vrai sens du mot « difficile »

Vrai qu’on tente, de nos jours, de nous faire croire que tout est facile et sans effort. Maigrir sans effort, apprendre une langue sans effort, jardiner sans effort, cuisiner sans effort, devenir riche sans effort, réussir sans effort... élever ses enfants sans effort. 

Tout ça est utopique et il est de notre devoir de parents de l’apprendre à nos jeunes le plus tôt possible. Même si ça nous demande plus d’efforts. 

Dans cette ère du tout tout de suite, on semble avoir oublié le vrai sens du mot « difficile », fait remarquer Martin Larocque. 

« En abandonnant le plaisir de l’effort, nous avons diminué les exigences et, de surcroît, les efforts devant les obstacles qui se présentaient à nous. [...] “Difficile” voudrait dire que ce ne sera pas fluide, que je devrai chercher au-delà de ce que je sais présentement et qu’en bout de course, je n’aurai peut-être pas de médaille, de chèque ou de like ! [...] Nous avons collectivement baissé l’échelle de l’effort. Elle se calcule rapidement : Je ne connais pas = Je trouve ça difficile = Je ne fais pas », expose-t-il, alors qu’auparavant, « “difficile” annonçait qu’il fallait se remonter les manches et chercher la solution mariée à l’effort. “Difficile” était l’énergie qu’il fallait pour commencer la journée du bon pied. »

Imaginez seulement combien nos petits trouveront la vie difficile, une fois adultes, s’ils n’ont pas appris tôt à faire des efforts. Oui, ça demande des efforts aux parents de les coacher en ce sens. Mais qui a dit qu’être parent était facile ?