Pour maximiser les retombées de l’annonce à Sherbrooke des engagements libéraux touchant la situation financière des aînés, le premier ministre Philippe Couillard et son ministre Luc Fortin ont pris le temps de saluer tous les clients de la résidence privée Le Monastère qui les attendaient sur le balcon.

Les choix qui parlent autant que les mots

PERSPECTIVES / C’est un premier ministre calme et détendu qui s’est pointé à La Tribune malgré la secousse provoquée quelques heures plus tôt par la publication d’un sondage refoulant sa candidate Annie Godbout au troisième rang des intentions de vote dans la forteresse de Richmond, qu’Yvon et Karine Vallières ont protégée durant 30 ans pour le Parti libéral du Québec.

Geste instinctif de la part d’un chef, baisser la toile et refuser de commenter les sondages. Parlez-nous alors, M. Couillard, de vos choix, de la récurrence de vos passages à Sherbrooke, de cette seconde visite en moins d’une semaine.

« De façon très directe, l’Estrie est une région où nous sommes très bien représentés et où nous avons fait beaucoup au cours du dernier mandat. On veut conquérir, mais nous voulons conserver aussi », a répondu Philippe Couillard.

Le jeu défensif n’est pas réputé être une stratégie payante durant la course contre la montre d’une campagne électorale. Si les chefs prennent leurs aises en terrain conquis, ils passent en deuxième vitesse dès que leur entourage perçoit que les votes sont acquis. C’est mauvais signe lorsque l’insistance doit se substituer à l’évidence.  

De toutes les circonscriptions estriennes défendues par les libéraux, celle du député de Sherbrooke, Luc Fortin, a toujours été la plus incertaine. Y compris pour Jean Charest. Si la culbute devait s’avérer aussi brutale que celle anticipée dans Richmond, l’ascendant du jeune ministre saurait-il l’en protéger?

Selon certains échos de terrain, M. Fortin aurait actuellement un certain retard par rapport au candidat de la CAQ, Bruno Vachon, dans les intentions de vote. Il se trouverait pratiquement nez à nez avec le péquiste Guillaume Rousseau.

Le site de projection Qc125 relève quant à lui une poussée de la CAQ et une stagnation du PQ dans Sherbrooke depuis le début officiel de la campagne, mais estime encore à 55 % les chances de victoire du ministre Fortin.

Quoi qu’il en soit, Sherbrooke n’a pas été choisie au hasard pour l’annonce des mesures visant à augmenter le revenu disponible des aînés. Rappelez-vous quelle clientèle a sauvé le siège de Jean Charest lors de l’élection serrée de 2007, le soir où l’ex-premier ministre a momentanément été déclaré battu avant le dépouillement du vote par anticipation.

Avec un horaire allégé, le chef libéral et son ministre régional ont disposé du temps nécessaire pour saluer tous les clients de la résidence Le Monastère qui avaient pris place sur le balcon en attendant leur arrivée. Des choix et des gestes qui en disent autant que les mots.

En face d’une volonté de changement exprimée depuis des mois dans des sondages, qu’est-ce que le premier ministre Couillard pense pouvoir faire de plus d’ici la fin de la campagne pour rester au pouvoir, entouré de députés libéraux estriens?

« Moi, je sens qu’on progresse bien et vous allez percevoir la même chose d’ici la fin de la campagne. D’accord, en discutant avec les gens, j’entends le mot changement. Mais pour qui et pourquoi? Qu’est-ce que cette formation a de plus à offrir? Rares sont ceux qui ne reconnaissent pas que le Québec va mieux qu’en 2014. Alors, c’est l’idée du changement qui flotte actuellement...

« Soixante pour cent de nos candidats ont moins de 50 ans, un nombre élevé a moins de 35 ans. Je n’aime pas me référer aux sondages, mais il y a une adhésion de la jeunesse québécoise au Parti libéral du Québec, c’est un phénomène marquant et indubitable. Pourquoi? Parce que nous sommes le parti du changement », plaide le premier ministre sortant.

Cette prétention de M. Couillard deviendra-t-elle en trois semaines l’évidence qui fidélisera aux libéraux le jour du scrutin les milliers votes que les sondages envoient actuellement dans le camp de François Legault?

Prévoyez à tout le moins quelques autres séances de persuasion en région de la part de celui qui l’affirme.

LE MONDE À L’ENVERS

Le changement de personnel politique est beaucoup moins confondant, car il se mesure à l’œil. Alors qu’un ancien président du PQ-Estrie, Étienne Vézina, agit comme attaché de presse régional pour les six candidats de la CAQ, la direction de la campagne des libéraux de l’Estrie est coordonnée par Philippe Girard... qui a été candidat caquiste dans Sherbrooke à l’élection 2014.