Si le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a semblé plutôt mal préparé devant la Chambre de commerce de Sherbrooke sur les questions ayant porté sur l’aéroport, son cabinet a déjà pris le relais auprès des leaders économiques régionaux.

Les chameaux du désert canadien

CHRONIQUE / Alors que j’avais vu un homme bien préparé se livrer à l’exercice risqué d’une soirée d’information sur la voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic, au printemps 2016, j’ai eu le sentiment que le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, était sur le pilotage automatique, mercredi, en ne communiquant que de vagues intentions à propos de l’aéroport de Sherbrooke.

« Je ne peux pas faire de promesse, mais les gens que j’ai rencontrés aujourd’hui m’ont apporté des arguments assez solides. On verra », s’est-il limité à dire devant les membres de la Chambre de commerce.

Suis-je le seul à penser qu’on nous prend pour des chameaux qu’on peut satisfaire en leur servant occasionnellement à boire avec des seaux de si et de peut-être?

Imaginez, le ministre Garneau se serait retrouvé à devoir admettre à ses hôtes qu’il n’avait pas lu, même pas vu une lettre que le président de la Chambre, Claude Denis, lui avait adressée il y a un mois pour le relancer sur ce dossier.

« Ma lettre ne se serait pas rendue jusqu’à lui... Nous nous sommes tout de même montrés particulièrement insistants auprès de M. Garneau durant le repas et je peux vous confirmer qu’il y a déjà eu suivi. J’ai parlé depuis avec un membre de son cabinet ayant pris le dossier en charge et une visite à Ottawa est dans l’air pour les prochaines semaines », rapporte M. Denis, qui juge la conjoncture favorable étant donné que l’effervescence électorale se déplace maintenant sur la scène fédérale.

« Je ne suis pas à la recherche d’une promesse électorale. En bas d’une réalisation avant l’élection, ça manquerait de sérieux », cible le recteur de l’Université, Pierre Cossette, qui n’est pas le seul à manifester une certaine impatience.

« En toute franchise, j’ai été déçu de la réponse du ministre. Depuis le temps qu’on discute, il est temps d’avancer », réclame également le préfet de la MRC du Haut-Saint-François, Robert Roy, vice-président du comité de l’aéroport.

Les délais qui se prolongent ne sont toutefois pas imputables qu’aux décideurs fédéraux. La communauté régionale valse, elle aussi, et devra finir par se brancher.

Rappelons qu’une désignation officielle par l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) assurerait à Sherbrooke des services de sécurité aux frais du fédéral aux mêmes conditions que partout ailleurs au pays, dont l’imposition du droit pour la sécurité des passagers du transport pouvant varier de 10 à 20 $ selon la destination.

Pour contourner l’obstacle de la certification, l’ex-maire Bernard Sévigny avait un accord de principe avec l’ACTSA, qui était disposée à fournir les services que la région et l’exploitant auraient défrayés avec un service de recouvrement de coûts qui aurait augmenté le prix des billets et engagé la Ville comme bailleur de fonds durant les premières années.

« Nous avions souscrit à l’idée, il y a quelques années, pensant qu’elle accélérerait la mise en place du service. Mais comme nous n’avons pas progressé, aussi bien revenir à l’équité. Je ne vois pas pourquoi la région de Sherbrooke n’a pas droit au même support pour son développement que toutes les agglomérations de taille comparable au pays. C’est beau le succès d’estime, mais nos équipes scientifiques sont actuellement pénalisées. Nous perdons tous un temps énorme lors de nos déplacements », argumente le recteur Cossette.

« Pourquoi accepterions-nous des concessions qui ne sont pas exigées aux autres? Les besoins d’une capitale comme Sherbrooke et d’entreprises sur un territoire comprenant l’Estrie ainsi qu’une partie du Centre-du-Québec doivent être au moins équivalents à ceux du Mont-Tremblant », compare le président de la Chambre de commerce.

Alors que les visées précédentes étaient de créer un lien aérien avec l’aéroport de Boston, Claude Denis est plutôt partisan du modèle d’un aéroport pivot pour des vols intérieurs.

« Simplifions les choses. Pour tout dire, ça nous prend une entente vers Montréal avec Air Canada pour voyager avec un seul transporteur. Le succès d’un tel lien réside dans les avantages pratiques faciles à démontrer, et ce serait le cas avec un tel service », croit M. Denis.

« Mettre l’avion et le train en opposition en disant qu’il faut choisir l’un ou l’autre traduit une certaine méconnaissance des enjeux. Nous n’avons pas besoin de prendre l’avion à Sherbrooke pour aller à Montréal. Nous avons besoin de l’avion pour aller plus rapidement partout dans le monde. Sans cela, nous ne serons jamais concurrentiels », insiste quant à lui le Dr Cossette.

Allez les chameaux, attelez-vous, on repart!

Malgré l’immensité de l’administration fédérale, faut finir par trouver l’oasis où coule la fontaine du financement aérien.