Une saisie hebdomadaire de 105 $ sera effectuée pendant 10 ans sur le salaire du Sherbrookois Christian Laflamme pour payer les dommages qu’il a causés à une école de Stanstead en octobre 2001. Son père Jean-Luc a également participé à l’entrevue.

Les braises du passé

CHRONIQUE / La paye de Christian Laflamme a été amputée cette semaine de 105 $. Comme ce fut le cas la semaine dernière et comme cela se répétera au cours des 500 à 600 prochaines semaines, selon les fluctuations de ses revenus et des taux d’intérêt.

Cet employé du supermarché Métro de Rock Forest, qui atteindra le cap des 35 ans au mois de mai, rembourse des erreurs du passé, dont celle d’avoir mis le feu à une table de pique-nique qui, elle, avait embrasé par la suite l’école primaire Jardins-des-Frontières de Stanstead. Il avait alors 17 ans

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« C’était notre spot caché pour fumer du pot. J’y étais ce jour-là avec quelques camarades. Jamais je n’ai eu l’intention de causer des dommages à l’école, mais c’est malheureusement ce qui s’est produit », confesse-t-il.

M. Laflamme pensait encore moins que les braises de ce méfait commis en octobre 2001 couveraient aussi longtemps et brûleraient autant d’argent dans son portefeuille! Si vous avez complété l’équation en vous référant aux chiffres du premier paragraphe, vous avez compris qu’on parle ici de paiements qui pourraient atteindre les 60 000 $.

Confronté par la police, Christian Laflamme a avoué son geste « en pensant que les conséquences seraient moindres ». À cet effet, il admet avoir bénéficié d’une certaine clémence devant la Chambre de la jeunesse.

« J’ai été condamné à une prolongation de six mois en garde ouverte à Val-du-Lac, mon bon comportement des mois précédents m’ayant évité une garde fermée. J’ai fini l’année dans un centre de transition pour préparer mon retour dans la société ».

Ça réglait le volet criminel, mais, parallèlement, Christian Laflamme, son père Jean-Luc de même que les répondants de sa famille d’accueil avaient été ciblés pour les dommages avoisinant les 30 000 $ causés à l’école. Cette réclamation a rebondi 47 mois plus tard.

Les autres intimés ont été dégagés de toute responsabilité, pas lui. Sa deuxième erreur a été de naviguer dans l’univers complexe du droit sans support adéquat.

« Comme on m’a amené à croire au départ que ça règlerait avec les assurances de tiers et que je n’aurais pas à payer, j’étais boqué. J’aurais dû accepter le règlement de 5000 $ m’ayant été proposé au départ », juge-t-il avec le recul.

À l’échelle de ses remboursements d’aujourd’hui, son dû aurait été effacé en 48 « petites » semaines. Avec la réalité financière de la plupart des jeunes qui sont au début de la vingtaine, ce déboursé moindre représentait tout de même une somme astronomique.

« Si j’avais pu, j’aurais sorti mon fils de ce pétrin. Mais je n’avais pas non plus cet argent », affirme son père Jean-Luc, qui assiste à l’entrevue.  

En 2011, Christian Laflamme a déclaré faillite.

« J’avais un peu de retard sur mes cartes de crédit, mais la grosse dette pour laquelle j’espérais être libéré était cette réclamation. Cette demande a été refusée sous prétexte qu’elle était hors délai », raconte-t-il en précisant que ses arrérages de loyer n’avaient pas été inscrits dans ses passifs et qu’il a remboursé son propriétaire jusqu’au dernier dollar.

Un huissier a frappé à sa porte l’an dernier avec une facture fumante, qui incluait des intérêts galopants qui ont ajouté presque 17 000 $ à la facture.

« Mon premier réflexe a été de quitter mon emploi en me disant que sur l’aide sociale, ils ne pourraient pas me saisir. J’ai plutôt décidé d’en finir, alors j’ai commencé à payer. Avec de la discipline, je réussis à arriver. Mais c’est dur, parfois même décourageant. Y’a des jours où je me dis que c’est injuste pour un geste commis à 17 ans. Je ne peux pas me payer d’auto, ça risque de m’empêcher d’avoir un jour une maison. Ce sont des erreurs qui me coûtent cher, très cher », décrit le jeune homme aux sentiments ambivalents.

Cette entrevue est une initiative de la famille. Elle est sans attente particulière de la part du journalier travaillant dans le département de boucherie de son épicerie.

« Je ne me cache pas. Certains de mes collègues de travail savent, mon patron est au courant. Qu’est-ce que les gens diront de moi en mal ou en bien? Je m’en soucie peu. Je n’attends rien. J’affronte ma réalité. »

Début d’adolescence turbulent, errance accentuée au cours cette période par le choc du deuil de sa mère, perte de repères au milieu d’un tourbillon qui assomme bien plus qu’il apaise, les prédispositions à la délinquance s’additionnent elles aussi, entend-on souvent dans les analyses de spécialistes en santé mentale.

À part décrire que c’est le chemin sinueux l’ayant poussé dans le gouffre duquel il essaie de sortir, Christian Laflamme n’invoque pas ces facteurs atténuants à sa défense.

Il se raconte sans soulever qu’à rembourser une somme plus élevée que les dettes étudiantes d’un doctorat, on pourrait lui reconnaître la qualification pour donner des leçons de vie.

Il n’en récoltera aucun diplôme. Que l’honneur et l’intégrité, s’il a le courage de se rendre jusqu’au dernier paiement, le jour où les enfants fréquentant actuellement la maternelle seront à l’âge de commettre des frasques d’adolescent!