Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
L’organisme Capsana indique que chaque jour, les 18-24 ans passent en moyenne près de quatre heures en ligne sur leur cellulaire. S’ajoutent pour certains plusieurs heures devant d’autres écrans.
L’organisme Capsana indique que chaque jour, les 18-24 ans passent en moyenne près de quatre heures en ligne sur leur cellulaire. S’ajoutent pour certains plusieurs heures devant d’autres écrans.

Les bienfaits de la déconnexion

CHRONIQUE / Est-ce que je prends assez de pauses d’écran? Est-ce que je m’accorde le droit d’être déconnecté, de prendre un «vrai» repos? Ces questions, Magali Dufour, docteure en psychologie et professeure agrégée à l’UQAM, invite les jeunes, ainsi que les moins jeunes, à se les poser. Pour leur bien-être, pour leur santé physique et mentale.

Mme Dufour est présidente du comité d’experts de Pause, une campagne orchestrée pour une troisième année par l’organisme Capsana pour inciter les jeunes à délaisser régulièrement leur cellulaire, leur ordinateur, leur tablette électronique, leur console de jeux vidéo afin de renouer avec les bienfaits de la déconnexion.

Prendre son petit déjeuner sans le cellulaire à la main, aller courir ou skier plutôt que de rester devant sa console de jeux, se débrancher deux heures avant d’aller au lit, ne pas être constamment stimulé ou angoissé à l’idée de manquer quelque chose, ça peut faire grand bien et la terre n’arrêtera pas de tourner. 

«Prendre des pauses sans écran, c’est une façon simple (et rétro) de sortir du tourbillon des notifications, de la pression de publier et du stress causé par la FOMO (fear of missing out)», fait valoir Capsana qui lance pour le 22 novembre le défi 24 heures de pause.

L’organisme indique que chaque jour, les 18-24 ans passent en moyenne près de quatre heures en ligne sur leur cellulaire. S’ajoutent pour certains plusieurs heures devant d’autres écrans.

La pandémie a accru le temps passé en ligne ou devant un écran par obligation ou pour se divertir. Enseignement, travail, loisirs, contacts sociaux passent plus qu’avant par un écran. Et le retour à l’avant-COVID-19 n’est pas pour demain.

Se questionner sur ses habitudes de vie, sur la place que prend Internet dans son quotidien et dans ses temps libres est donc plus important que jamais. Ça va aussi au-delà d’un simple calcul d’heures, précise l’experte. C’est l’occasion selon Mme Dufour de prévenir la dépendance et certains méfaits de l’hyperconnectivité.

«Évidemment, il faut être connecté en 2020. Mais pas tout le temps», affirme la professeure. En ce domaine aussi il faut trouver un équilibre. C’est un peu, selon elle, comparable à la consommation d’alcool. La modération a bien meilleur goût. «Quand on en fait trop, c’est rarement bon. Il faut avoir des moments de déconnexion».

Avant l’arrivée de la COVID-19, plusieurs s’inquiétaient déjà de l’effet des écrans sur la santé mentale et physique des jeunes. Isolement social, diminution de l’estime de soi, sédentarité, obésité, problèmes oculaires, troubles du sommeil, problèmes relationnels. La liste est longue. Les nouvelles technologies n’ont pas que des avantages.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, avait organisé un premier forum sur la question en février. Un second était prévu pour le 20 mars, mais la crise sanitaire a chamboulé l’agenda. 

En juin, à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a suggéré des pistes d’encadrement pour les parents de jeunes enfants et d’adolescents.

Au cabinet de M. Carmant, son attachée de presse assure que l’enjeu n’est pas perdu de vue ni par le ministre ni par le gouvernement. Une campagne de sensibilisation est en élaboration et devrait se déployer à l’hiver 2020-2021.

Le ministère réfléchit aussi à la façon dont il poursuivra les consultations lancées en début d’année.

Selon une étude réalisée en 2014-2015, 1,3 % des jeunes de 15 à 18 ans éprouvaient un problème de cyberdépendance, 18 % avaient un comportement à risques et un jeune sur cinq avait une utilisation problématique d’Internet.

Des données compilées en 2017 font dire à Mme Dufour que le portrait a évolué depuis, mais non dans le bon sens. La cyberdépendance toucherait maintenant plus de 3 % des jeunes.

La professeur invite les parents d’ados à avoir des discussions avec eux. «Pas quand le dossier est chaud et qu’on se dispute». 

Elle conseille de mettre le sentiment de culpabilité de côté, de diminuer la pression du «il faut que» pour mettre l’accent sur les bienfaits qu’apporte une déconnexion de quelques minutes, de quelques heures, de quelques jours. 

Le bonheur et le plaisir sont possibles hors ligne et sans écran.