Alors qu’ils se déchargeaient autrefois de toute réclamation découlant d’une inondation, de plus en plus d’assureurs élargissent leur couverture aux débordements des cours d’eau.

Les assureurs commencent à se mouiller

CHRONIQUE / La rivière Saint-François étant moins menaçante, le niveau de stress est aussi à la baisse chez les citoyens de Weedon. S’il eut fallu que les pluies diluviennes de la dernière semaine se produisent à la fin d’un hiver enneigé, les évacuations se seraient multipliées dans toute l’Estrie.

La région s’en tire cette fois-ci avec plus de craintes que de dégâts, ce qui ne sera pas le cas du côté du Nouveau-Brunswick. Les citoyens des communautés touchées mettront des mois à s’en remettre et plusieurs y laisseront une partie de leurs avoirs. Les Estriens connaissent la chanson : les minces compensations publiques ne couvrent qu’une fraction des biens qui ne sont pas assurables.

Un communiqué a cependant attiré mon attention, lundi, sur le fil de presse CNW :

« Co-operators annonce l’ajout d’une protection contre les ondes de tempête à sa garantie Eau multirisque, devenant ainsi le premier et le seul assureur à offrir cette assurance au Canada » lisait-on dans la dépêche précisant également que cette couverture élargie, déjà offerte en Ontario et en Alberta, devenait disponible en Colombie-Britannique ainsi qu’en Nouvelle-Écosse.

Les mots en gras pour accrocher l’œil sont l’initiative de la coopérative ontarienne prétendant offrir l’exclusivité et qui détaille ainsi les risques couverts : « les inondations provoquées par le débordement d’une étendue d’eau, comme un ruisseau, une rivière ou un lac, les refoulements d’eau d’égout ou de fosse septique, et l’accumulation d’eau causée par des pluies abondantes ou des ondes de tempête ».

Des assureurs sont vraiment disposés à défrayer les coûts d’un dégât d’eau causé par le débordement de la Saint-François dans des chalets du lac Louise ou des sous-sols de Cookshire, Sherbrooke ou Richmond?

« Nous comptons offrir cette protection additionnelle au Québec d’ici la fin de 2018 », m’a répondu par courriel le porte-parole de la mutuelle ontarienne, Leonard Sharman.

Le directeur du Service de protection contre les incendies de Sherbrooke, Stéphane Simoneau, un sauveteur d’expérience devenu coordonnateur des mesures d’urgence a paru aussi surpris que moi.

« C’est la première fois que j’entends parler de cela. Je pense que c’est une bonne nouvelle pour les riverains, reste à voir les modalités », a réagi prudemment M. Simoneau.

« Nous n’effectuons pas de monitoring sur les plans de couverture ou les tarifs. Ce sont des choix relevant exclusivement de nos membres. Je peux cependant vous confirmer que oui, il y a une plus grande ouverture à couvrir le risque d’inondation partout au pays, incluant au Québec. Je ne pense d’ailleurs pas que les Québécois soient en décalage puisque ce produit est offert ici depuis un an », précise Anne Morin du Bureau d’assurance du Canada (BAC).

C’est le cas chez Desjardins, qui a introduit l’avenant 16 d au printemps 2017 dans ses polices d’assurance habitation (Desjardins Assurances, La Personnelle et State Farm Canada) avec ces précisions :

« Les clients dont la propriété est située dans une zone où le risque est faible seront désormais automatiquement et gratuitement couverts pour les dommages causés par le débordement d’une étendue d’eau ou la rupture d’un barrage, par exemple. Ceux dont la propriété est située dans une zone moyennement à risque pourront également bénéficier de la nouvelle protection moyennant un supplément. »

L’assureur estimait alors que 80 % de sa clientèle profiterait de la gratuité tandis qu’une autre tranche de 15 % se retrouverait dans la catégorie en surprime. Implicitement, cela signifiait que le dernier segment de 5 %, formé des clients les plus exposés aux crues, serait écarté de toute bonification.

« Les couvertures d’assurance sont basées sur un partage de risque. Ce serait aller à l’encontre de toute logique que d’offrir une couverture complète aux propriétaires subissant des débordements récurrents », répond à ce sujet la représentante du BAC.

Le Canada était jusqu’à récemment le seul pays du G8 où les propriétaires n’avaient pas accès à une assurance pour se protéger contre les inondations. Les assureurs conviennent maintenant que les données de la géomatique permettent aujourd’hui d’établir rapidement et objectivement le niveau de risque de chaque propriété.

« Nous sommes d’avis que ces changements seront profitables aux citoyens. L’assurance est une industrie très concurrentielle et les consommateurs sont, eux aussi, mieux outillés avec l’informatique pour comparer les protections et les prix. C’est à l’usage que nous verrons combien de propriétaires profiteront de cette plus grande ouverture des assureurs de même que l’effet à long terme sur la tarification », analyse le directeur général de l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC), Glenn McGillivray.

Un rapport détaillé et éclairant, intitulé « Rendre les inondations assurables pour les propriétaires canadiens », a été produit en 2010. La version française est disponible sur le site de l’IPSC... depuis le mois dernier!

Comme quoi la protection du bilinguisme n’est pas couverte avec la police de base dans ce beau et grand pays. Elle est une spécificité contractuelle ne progressant que très lentement, malgré l’évolution des logiciels...