Si en 2014, l’ardeur souverainiste de PKP avait donné un véritable souffle à l’équipe de Philippe Couillard, plusieurs facteurs atypiques pourraient influencer autrement la présente campagne électorale, selon l’analyse de Antonin-Xavier Fournier.

Les angles morts de la campagne électorale

ANALYSE / La campagne électorale qui s’ouvre sera, à plusieurs égards, atypique. D’abord, la montée de la CAQ au cours de la dernière année laisse croire que la question nationale sera un enjeu secondaire, une première depuis près de 50 ans.

N’oublions surtout pas qu’en 2014, c’est l’ardeur souverainiste de PKP qui avait donné un véritable souffle à l’équipe de Philippe Couillard. Ensuite et surtout, la volatilité de l’électorat et la difficulté à prévoir le comportement électoral rendent les campagnes à la fois intéressantes et fortement imprévisibles. Pensons, entre autres, à l’élection de Valérie Plante à Montréal ou à celle de Steve Lussier à Sherbrooke, deux victoires pourtant improbables lors du déclenchement des élections municipales. Pensons aussi à la victoire éclatante de Justin Trudeau, chef d’un tiers parti en 2015, et à la campagne référendaire menant au BREXIT en 2016.

À ces facteurs atypiques s’ajoutent d’autres éléments, plus secondaires, mais qui réunis pourraient rendre cette campagne encore plus palpitante. Quels sont donc ces « angles morts » de la campagne électorale 2018 et quelles conséquences pourraient-ils avoir le 1er octobre?

La rectitude politique

On l’a compris cet été avec le débat autour de SLAV et encore plus récemment avec l’affaire John A. Macdonald, les partis politiques devront être prudents. Plusieurs éléments rarement analysés seront sous la loupe des groupes de pression et de la société civile : proportion de femmes, de candidats issus de l’immigration et de minorités visibles par exemple. Certes, il faut se réjouir de voir ces sujets prendre plus de place dans le débat électoral. Après tout, les candidats doivent être le miroir de la société. Mais ces enjeux obligent les partis à une certaine rectitude politique ou encore à entrer davantage dans une logique de marketing politique que dans une logique de débats et d’idées. Or, une campagne électorale doit aussi être en mesure d’aborder les sujets sensibles, ce que les politiciens cherchent trop souvent à éviter.

Les médias sociaux

Les médias sociaux sont maintenant devenus un incontournable des campagnes électorales. Les citoyens s’en abreuvent et s’activent, les partis politiques l’utilisent. Ce nouvel acteur est cependant générateur de plusieurs interrogations. D’abord au niveau de la confidentialité. Que font les partis politiques et les groupes de pression des différentes données disponibles et quel impact peuvent avoir ces « métadonnées » sur la vie privée et le déroulement des campagnes électorales? Par ailleurs, et on l’a vu à l’occasion des élections américaines, les interventions étrangères peuvent être facilitées par les médias sociaux. Par exemple, l’hypothèse d’une intervention de l’Arabie saoudite à l’intérieur des enjeux électoraux du Québec aurait été une hypothèse farfelue, voire hérétique il y a quelques années. Or, récemment le Royaume wahhabite est pourtant intervenu directement sur les médias sociaux afin de promouvoir l’indépendance du Québec et embarrasser le gouvernement fédéral.

Ensuite, la qualité de l’information relayée par les médias sociaux est souvent discutable et cette information court-circuite les médias traditionnels, un contre-pouvoir pourtant essentiel au jeu démocratique. Les citoyens se retrouvent souvent orientés ou désinformés, ce qui peut influencer la perception des électeurs et le vote lui-même. Bref, les médias sociaux représentent un élément important de l’instabilité électorale observée au cours des dernières élections, que ce soit au Canada, au Québec ou ailleurs.

Tous ces éléments susceptibles d’alimenter la campagne qui s’entame réussiront-ils à inverser les sondages des derniers mois et la volonté de changement des Québécois? Impossible de répondre à cette question compte tenu de l’instabilité politique. En somme, le train électoral est lancé, mais difficile de prévoir clairement où il s’arrêtera le 1er octobre…

Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au Cégep de Sherbrooke, nous livrera son analyse de la présente campagne électorale chaque semaine jusqu’aux élections le 1er octobre.