Le promoteur sherbrookois Denis Custeau, qui avait déploré en 2009 un manque d’objectivité et d’équité de la part de la Ville pour le choix du site du Centre de foire, se retrouve cette fois parmi les investisseurs privilégiés de Well inc. envers lesquels le maire Lussier reste commis même si la période d’exclusivité de neuf mois est terminée.

Les 100 premiers jours de Bernard Lussier

CHRONIQUE / Y’a pas d’erreur dans le titre, qui est ma lecture des 100 premiers jours à la mairie de Sherbrooke de Steve Lussier. Ce dernier va devoir se méfier de son subconscient s’il se retrouve trop longtemps dans la peau de Bernard Sévigny avec le projet Well inc. Ça pourrait lui causer un dédoublement de personnalité.

C’est un diagnostic politique, on s’entend. Je ne veux pas m’exposer aux griffes du Collège des médecins du Québec en jouant l’expert en psychanalyse qui présente un début d’irritation comme signe pathologique.

« Le monde met de la pression partout, partout. Moi, je n’en veux plus de pression. Je veux m’assurer que le dossier est bien fait. Une lettre d’intention n’est pas un projet, et si d’autres ont mieux à offrir qu’ils soumettent une proposition élaborée », a lancé le maire Lussier en réaction à la démarche de la firme sherbrookoise Immeubles Must Urbain.

Celle-ci a informé la Ville par écrit le 5 février de son désir de soumettre « un cadre financier avantageux et sérieux » pour Well inc. Le maire veut étudier en priorité « le beau projet » du Fonds immobilier de solidarité de la FQT et ses partenaires locaux SherWeb et le Groupe Custeau.

« On n’investira pas 100 000 $ dans des études qu’on n’aurait pas le temps de finaliser avant le vote des élus annoncé pour le 28 février. Qu’on nous accorde par contre 60 jours et nous aurons dans deux mois des plans en 3D aussi détaillés que ceux les élus ont devant eux », répond le président d’Immeubles Must Urbain, Philippe Dubois.

Steve Lussier devra apprendre à composer avec la pression, car elle est inhérente à la fonction. Elle s’exerce avec les jeux de pouvoir et d’influence que M. Lussier a lui-même appris en accéléré l’an dernier pour atteindre la mairie en très peu de temps.

La tournure que prend le dossier Well inc. n’est pas sans rappeler la bataille entre de grosses pointures de l’immobilier à Sherbrooke pour le choix du site d’implantation du Centre de foires, au printemps 2009.


Après avoir financé nombre d’études afin de promouvoir son site dans l’Est, le duo formé des promoteurs Denis Custeau et Gérard Allard avait posé un geste d’éclat en annonçant à la veille du vote des élus qu’ils étaient disposés à faire don à la Ville de leurs terrains estimés à 1,8 M$ le long de la 12e Avenue et de l’autoroute 610, près du CHUS.

L’ex-maire Jean Perrault s’était montré agacé par ce « jeu de cachette » alors que Jean-François Rouleau avait été encore plus cinglant en parlant d’une stratégie immorale ».

Cette ultime tentative n’avait toutefois rien changé à l’orientation qui se dessinait clairement à l’hôtel de ville avant que la décision soit prise. Après avoir brièvement flirté avec les défenseurs du Versant Est, le conseiller Bernard Sévigny (devenu maire quelques mois plus tard) s’était rallié au choix du plateau Saint-Joseph et cela, même si la Ville avait dû débourser 3,3 M$ pour acquérir les terrains de la compagnie Immex où le Centre de foires a été construit.

Ce résultat avait laissé Denis Custeau avec un goût amer, avec le sentiment que les élus et les fonctionnaires avaient manqué d’objectivité et n’avaient pas accordé les mêmes chances à tous les coureurs.

À titre de membre du consortium. M. Custeau se retrouve cette fois-ci du côté des privilégiés. Les affaires étant les affaires, il serait étonnant que lui ou son fils Charles défende le principe d’équité en reconnaissant que la période d’exclusivité est terminée.

Parlant de cela, le maire Steve Lussier avoue avoir appris jeudi (le 15) que cette période avait plutôt expiré mardi (le 13). C’était pas le gros stress à l’hôtel de ville!

On se lancerait, vous et moi, dans une négociation d’affaires, en convenant d’une date butoir et en sachant que l’entrée en scène de nouveaux acteurs pourrait compliquer les choses par la suite, me semble qu’on garderait un œil sur le calendrier. Moins il resterait de grain dans le sablier, plus nous serions portés à intensifier les pourparlers.

Les préoccupations du locataire d’envergure et de prestige comme SherWeb, qui veut l’assurance que son personnel en croissance pourra emménager à temps dans de nouveaux locaux, sont souvent invoquées. C’était une raison de plus pour viser une entente avant l’échéance. Or, il n’y a pas eu de blitz de négociations intenses entre tous les acteurs au cours de la dernière semaine.

L’administration Lussier attendra le retour de quelques élus et de la directrice du contentieux, qui étaient en vacances cette semaine, pour tout attacher et tout vérifier avant le vote des élus, qui avait été annoncé pour le 19 et qui été repoussé au 28 février.

By the way, Monsieur Lussier, l’expansion de Costco et ses pompes à essence, ça avance? J’entends plutôt qu’il y a de l’eau dans le gaz de ce côté-là aussi. Me semble que vous nous aviez parlé d’intensité et d’agressivité pour plus de prospérité.

Après les 100 premiers jours, c’est à se demander si notre nouveau maire arrivant du secteur bancaire a reçu ses cartes d’affaires.