La maladresse que le maire Bernard Sévigny a commise, mercredi, lors d’un débat à La Tribune, n’a pas du tout la même portée que les ratées ou les coups d’éclats des débats provinciaux ou fédéraux. La confrontation de 2007 avait presque propulsé Mario Dumont au poste de premier ministre.

L’erreur qui pardonne

CHRONIQUE / L’intellectuelle Hélène Pigot, qui s’était principalement employée jusqu’à maintenant à nous vendre une forme de révolution tranquille, démontre soudainement un sens plus aiguisé de la politique.

Au lendemain du débat de La Tribune, au cours duquel le maire Bernard Sévigny a échappé un gallon de peinture sur son veston en défendant gauchement son projet Well Inc., la candidate du parti Sherbrooke Citoyen en a rajouté une couche.

« J’ai été sidérée, et je dois dire assez inquiétée, que Bernard Sévigny n’ait même pas été en mesure de dire si le coût de l’immense stationnement de 900 places prévu par les promoteurs faisait partie ou non du 50 M$ qu’ils allaient investir. Il est incroyable que le maire n’ait pas été capable de répondre à une question de 20 M$ sur son projet chouchou », a-t-elle martelé.

N’importe quel stratège politique ou entraîneur de boxe conviendrait que cette relance était la chose à faire. Dans le ring, dès qu’un adversaire baisse la garde et se présente le menton à découvert, vous décochez et tabassez jusqu’à ce qu’il tombe. À moins qu’il soit sauvé par la cloche.

Le maire Sévigny est une bonne pièce d’homme. Au corps à corps, ça doit prendre un bon crochet pour le coucher. De plus, une quinzaine d’années d’entraînement politique ont sûrement augmenté son niveau d’endurance.

Parenthèse, pas game, on essaie de convaincre la ministre Marie-Claude Bibeau d’inviter le premier ministre Justin Trudeau à enfiler les gants face à son mari, pour un combat-bénéfice qui viserait à amoindrir le déficit de 17 millions du CIUSSS de l’Estrie. J’offre les premiers 500 $ pour un selfie avec les deux pugilistes!

Pour revenir à l’actuelle campagne municipale, le leader du Renouveau sherbrookois aurait sûrement voulu s’épargner l’impair qui l’a fait mal paraître. Il n’a cependant pas à craindre comme chef d’un parti municipal les mêmes répercussions que s’il proposait ses services pour devenir premier ministre du Québec ou du Canada.

Sans nécessairement être le facteur déterminant d’une élection, les débats des chefs sont toujours un moment fort des campagnes provinciales et fédérales. Télédiffusée par plusieurs chaînes, cette confrontation rejoint un large auditoire. Les arguments, l’aisance, le langage non verbal, chaque détail est relevé, analysé et comparé durant des jours.

Le candidat qui cause l’effet de surprise durant un débat repart sur un tapis volant. J’en ai été témoin à bord de la caravane de Mario Dumont, en 2007, après que ce dernier eut reproché au gouvernement libéral d’avoir ignoré une étude sur la fragilité du viaduc de la Concorde, la structure qui s’était effondrée quelques mois auparavant, tuant cinq personnes et en blessant grièvement six autres.

Fondé ou pas, ce coup d’éclat avait déstabilisé les libéraux. Avec une meute de journalistes pour en témoigner, Jean Charest s’était vite retrouvé sur la défensive. Cette année-là, il n’a manqué que sept sièges à l’ADQ pour chasser les libéraux du pouvoir.

« Souvent les débats cristallisent le vote, ils font connaître les candidats. Mais il est rare qu’ils provoquent des déplacements importants de l’électorat. Outre l’exemple précédemment évoqué, il y a tout de même eu quelques autres exceptions : le débat lors de l’élection fédérale de 1984 où Mulroney avait habilement piégé et sermonné Turner. Le débat à la radio de 1976 Lévesque-Bourassa, au profit de Lévesque(René) et le fameux débat de 1960, à l’avantage de Lesage (Jean)  » commente le professeur Jean-Herman Guay, politologue réputé et directeur du site Perspective monde développé par l’Université de Sherbrooke.

Les débats municipaux n’ont toutefois pas la même portée.

Dans le cas qui nous préoccupe, je ne suis pas sûr d’un effet significatif, malgré l’oubli surprenant du maire. Ni télévision ni radio... lors d’un débat, le non verbal joue un grand rôle dans la réception par les électeurs. Or, ici, rien de cela n’est accessible », compare M. Guay.

Les répercussions du lendemain ont été peu dérangeantes pour M. Sévigny. La conférence de presse convoquée par Sherbrooke Citoyen pour tenter de garder cette maladresse dans l’actualité n’a été couverte que par La Tribune. Elle n’a pas eu d’écho ailleurs.  

Bernard Sévigny peut donc pratiquement considérer que ce faux pas est effacé tellement sa trace est déjà diluée. D’autant qu’il a été commis durant la pluie de dénonciations sur la déviance sexuelle et au plus fort de l’orage ayant électrocuté Éric Salvail et Gilbert Rozon. À côté de cela, le choc encaissé par M. Sévigny est celui d’une clôture à vache.

Je n’ai pas croisé M. Sévigny depuis le débat, mais je suis persuadé qu’il n’a rien perdu de son assurance. Car s’il est vrai que la politique municipale est exigeante, elle se trouve aussi à être le champ dans lequel l’erreur pardonne davantage.