Sonia Bolduc
C’est jour de retrouvailles potentielles aujourd’hui avec les gens qu’on aime, ceux qu’on choisit, ou à tout le moins une partie de ces gens, ceux qui étaient restés coincés à l’extérieur de notre bulle, de notre cocon de confinés. Ce jour où on s’autorise une dizaine de personnes dehors, à deux mètres de distance, pour s’amadouer un peu.
C’est jour de retrouvailles potentielles aujourd’hui avec les gens qu’on aime, ceux qu’on choisit, ou à tout le moins une partie de ces gens, ceux qui étaient restés coincés à l’extérieur de notre bulle, de notre cocon de confinés. Ce jour où on s’autorise une dizaine de personnes dehors, à deux mètres de distance, pour s’amadouer un peu.

L’équilibre

CHRONIQUE / J’pense beaucoup à vous. 

C’est vendredi matin, le soleil se lève comme s’il était en mission.

Entre deux paragraphes, je vais bouler le pain que j’ai préparé la veille, et je me demande si vous faites encore le vôtre, celui dont vous étiez si fiers il y a quelques semaines à peine, ou si ç’a fait son temps.

Je me demande si le plaisir de faire votre pain, de vous retrouver dans votre bulle, avec vous-même ou avec votre gang, de ralentir le rythme, de revoir vos priorités, de chercher vos produits locaux, à l’épicerie et en ligne, tout ça, si ç’a fait son temps.

Je me demande si vos élans de solidarité et de générosité, vos initiatives d’entraide et de doudou collective, vos ça-va-bien-aller et vos ça-va-aller-correct, tout ça, ç’a fait son temps.

C’est jour de retrouvailles potentielles aujourd’hui avec les gens qu’on aime, ceux qu’on choisit, ou à tout le moins une partie de ces gens, ceux qui étaient restés coincés à l’extérieur de notre bulle, de notre cocon de confinés. Ce jour où on s’autorise une dizaine de personnes dehors, à deux mètres de distance, pour s’amadouer un peu.

Je pense à vous en me demandant comment vous vivez chacune de ces étapes de « retour à la normale »; les petits qui retournent à l’école, les aînés qu’on déconfine un peu, les uns qui reprennent le chemin du boulot, les autres les allées du magasinage, puis chacune de ces petites et grandes « permissions » qui nous sont redonnées une à une ou en lot de deux.

Alors dites-moi, est-ce que vous tracez vous-mêmes ces lignes que vous ne souhaitez pas franchir encore, ou peut-être plus jamais? 

Est-ce que vous suivez les directives à la lettre? Êtes-vous plus prudents que la prudence? Plus délinquants que la délinquance? Plus inconscients que la bonne conscience?

Je me demandais comment vous alliez passer ce week-end, si vous alliez garder le cap, parce que toutes ces incertitudes, ces zones grises, ces inconnus qui mènent la danse du déconfinement et de l’entre deux vagues, ou si vous alliez enfin retrouver ces gens qui vous ont tant manqué depuis deux mois?

Les revoir. Mais pas les serrer dans vos bras, pas leur faire la bise, pas leur raconter une histoire à dormir debout avec de grands gestes à quelques pouces du nez ou leur dire à l’oreille à quel point vous les aimez et qu’ils vous ont manqué.

Je me demandais surtout si vous alliez trouver votre équilibre, là, quelque part, entre la prudence et le respect et la crainte et l’amour et le besoin de l’autre et l’envie de vivre aussi.

Je me demandais si on allait penser un peu à soi, sans oublier les autres, tous ces autres encore au front, dans ces soins qui se donnent et se reçoivent encore, même si on en parle moins et qu’ils nous semblent peut-être plus lointains, moins menaçants.

Je me demandais tout ça, sans même savoir comment j’allais organiser ma soirée et d’éventuelles retrouvailles.

Un peu comme vous sans doute, je cherche un certain équilibre.