Claude Cinq-Mars (bois Beckett), Jean Dupuis (boisé du parc Victoria), Martin Gagnon (boisé Belvédère) et Lucie Desgagné (boisé Fabi) m’ont exprimé leurs doléances face à l’administration Sévigny en compagnie de Michel Montpetit, l’expert qui avait présidé le comité sur les aires écologiques, et Anne-Sophie Demers du Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (debout derrière).

L'environnement poussé sous la table

CHRONIQUE / J’ai pris le lunch mardi avec des Sherbrookois teintés du même vert foncé que les territoires d’intérêt écologique que la Ville a identifiés pour baliser son développement. Ces sentinelles trouvent que l’automne électoral a été pâle, que l’environnement a été poussé sous la table au cours de la campagne qui s’achève.

« Plusieurs des engagements qui avaient été pris n’ont été que de la poudre aux yeux. Sherbrooke avait l’ambition de devenir un modèle et même si elle forme 60 % des diplômés québécois en environnement, elle traîne encore le pas », déplore l’ex-directeur du Centre de formation en environnement de l’Université de Sherbrooke Michel Montpetit.

Ce dernier a présidé en 2008 le groupe de travail sur les aires écologiques dans le cadre de la démarche Dialogue-citoyens ayant mené à l’élaboration d’un plan d’action qui devait faire de Sherbrooke LA ville verte au Québec, « en protégeant 10 % de son territoire en aires écologiques et 10 % de son périmètre urbain en aires récréatives ». Une orientation que les élus municipaux avaient endossée.

La cible a été ramenée dans le schéma d’aménagement de 2013 à « la préservation de 12 % du territoire en milieux naturels dans une perspective de biodiversité et de développement durable ». En novembre 2014, la Ville annonçait « que les acquisitions du boisé Fabi, du boisé des Deux-Ruisseaux, d’un terrain à l’est du mont Bellevue ainsi que d’un autre au nord est du marais Réal-D.-Carbonneau assuraient désormais la protection de 6 % du territoire.  

« Ces initiatives avaient été prises pour progresser vers l’atteinte des engagements pris en marge de Dialogue-citoyens. D’autres recommandations se retrouvent dans le schéma d’aménagement comme le souhaitaient les membres de la Table sur les aires écologiques. Nous avons agi conformément aux volontés exprimées », affirme la conseillère Christine Ouellet, membre de l’équipe Sévigny, qui a eu la charge du comité de l’environnement au cours du dernier mandat.

Il est vrai que les cartes municipales sont maintenant plus élaborées pour l’identification de zones ayant un potentiel écologique moyen, fort ou très fort. Le secteur litigieux du boisé Belvédère est l’un de ceux-là.

« Malgré cela, pour cette administration, le développement prime sur tout. La Ville a préféré se référer à une étude d’entrave à la construction payée par un promoteur pour évaluer un plan de lotissement que de se fier à l’étude qu’elle avait commandée à une firme professionnelle ayant mis sa grille d’évaluation en doute », soulève comme contradiction Martin Gagnon, un des militants pour la protection de ce boisé.

La firme sherbrookoise Aqua-Berge a effectivement conclu en 2011 que, selon elle, « la Ville n’avait pas fait ressortir la valeur réelle de trois peuplements forestiers ayant une valeur écologique très élevée ».

La conseillère Ouellet est incapable de chiffrer le pourcentage de protection aujourd’hui atteint à l’échelle de la ville.

« Si vous survolez Sherbrooke, l’abondance de la végétation vous confirmera qu’il n’y a pas péril en la demeure », illustre-t-elle.

La Ville a signé une entente en 2015 avec l’organisme Nature des Cantons-de-l’Est pour solliciter l’adhésion de propriétaires privés à une stratégie de conservation volontaire.

« L’an dernier, nous avons obtenu la caution morale et amorcé des travaux de caractérisation chez des propriétaires dont les terrains représentent une superficie de 130 hectares. Je ne peux cependant vous dévoiler les chiffres de cette année avant de les avoir communiqués à la Ville », rapporte le coordonnateur sur le terrain, Mathieu Dufresne.

L’administration Sévigny essuie par ailleurs des reproches pour son inertie au bois Beckett.

« Depuis que la Ville a échangé des terrains en 2009 avec le promoteur Denis Custeau pour doubler la superficie de cette forêt, elle n’a rien fait. On rit carrément de nous », déplore Claude Cinq-Mars, membre du Regroupement du Bois-Beckett.

Avant même l’élection du prochain maire et du prochain conseil, ces militants ont appris par la bande que leur demande de financement pour l’entretien des sentiers n’a pas été retenue par la direction générale, dans l’analyse du budget 2018.

« Avec le recul, on se rend compte qu’on est au même point qu’il y a dix ans. On n’entend plus parler de rien et la préoccupation environnementale qui devait entrer en ligne de compte dès la phase de planification des projets n’existe toujours pas. Pas plus d’ailleurs que le comité de gestion des espaces verts, dont la pertinence avait pourtant été convenue », ajoute Lucie Desgagné, qui est du groupe du boisé Fabi.

Serait-ce que les fissures dans l’asphalte retiennent encore plus d’attention en 2017 à l’hôtel de ville et dans nos chaumières que les failles dans notre développement? Bien triste constat.