Les Québécois sont de plus en plus nombreux à aller se faire soigner dans des hôpitaux de l’Ontario pour éviter les attentes à l’urgence.

L’envahisseur québécois

CHRONIQUE / La dame au bout du fil en a long à dire contre les Québécois de plus en plus nombreux qui vont se faire soigner dans des hôpitaux de l’Ontario pour éviter les attentes à l’urgence.

« Ça n’a plus de bon sens. Les Québécois sont en train d’envahir nos hôpitaux. Des hôpitaux que nous payons avec nos taxes d’Ontariens », s’emporte Gisèle Léger, 74 ans, de Saint-Isidore dans l’Est ontarien.

« Le monde ici n’est plus juste fâché de ça, il est enragé », reprend la dame, dont le mari de 83 ans a été hospitalisé trois fois en trois mois à l’hôpital de Hawkesbury à cause de graves ennuis de santé.

La dernière fois qu’elle s’est rendue avec son mari à Hawkesbury, elle a remarqué qu’il y avait plus de plaques du Québec que de l’Ontario dans le stationnement de l’hôpital.

« Dans la salle d’attente, j’ai parlé à des gens qui venaient de Montebello, Lachute, Saint-Jérôme… ils m’ont dit qu’ils venaient à Hawkesbury parce que l’attente est moins longue qu’au Québec.

«Mais moi je pense qu’ils devraient se faire soigner sur leur territoire plutôt que de venir chez nous ! Parce que les Ontariens commencent à en avoir leur voyage. Ça nous prend de plus en plus de temps pour être vu par un médecin. C’est vrai à Hawkesbury, mais aussi à Montfort, Alexandria, New Liskeard… Ça n’a plus d’allure !»

Ce qui a vraiment fait sortir Mme Léger de ses gonds, c’est une déclaration du ministre québécois de la Santé Gaétan Barrette à propos des délais d’attente en orthopédie à l’hôpital de Hull.

En entrevue à Radio-Canada, le ministre Barrette a suggéré que les patients québécois qui n’arrivaient pas à se faire traiter dans leur province avaient toujours l’option d’aller se faire soigner en Ontario.

«J’ai levé ça de haut sur ma chaise en entendant le ministre Barrette ! La vapeur me sortait par les oreilles !», rajoute Gisèle Léger.

Plus j’écoutais la dame, plus je sentais mon malaise grandir. Un malaise que je qualifierais de frontalier. Parce que je suis Québécois. Il m’est arrivé, oui, oui, je le confesse, d’aller me faire soigner en Ontario. Pour attendre moins longtemps.

Et comme tous les Québécois, j’ai remboursé les soins reçus en Ontario par le biais de la Régie de l’assurance-maladie du Québec. Je n’ai volé ou lésé personne.

Sinon, quoi ?

Va-t-on se mettre à refouler les patients québécois à l’entrée des urgences ontariennes ? Va-t-on ériger un mur pour empêcher les Québécois d’y entrer ? Je sais que les murs sont à la mode ces jours-ci, mais quand même.

Mes arguments n’ont pas convaincu Mme Léger qui a répété : ça n’a pas d’allure.

Mais non, ça n’a pas d’allure.

Même le ministre Barrette l’a admis en 2015 lorsqu’il a déclaré que si l’hôpital de Hawkesbury était en mesure de financer son agrandissement, c’était grâce aux milliers de Québécois qui vont s’y faire soigner.

C’est nono, a dit le ministre à l’époque.

Tellement nono qu’il a promis de construire un nouvel hôpital à Vaudreuil afin de rapatrier les patients québécois du côté du Québec. On apprenait le printemps dernier que cet hôpital, en plus de coûter deux fois plus cher que prévu, ne sera pas prêt avant… 2027.

On vit dans une région à cheval sur deux provinces, avec deux systèmes de santé distincts. Cette situation est une source constante d’aberrations et de malaises frontaliers. Mais ça ne changera pas.

Ça ne changera rien non plus si Ontariens et Québecois se mettent à se regarder en chiens de faïence en attendant à l’urgence. On est tous dans le même bateau.

De toute manière, la maladie n’a pas de frontière. On ne pourra jamais reprocher à une personne malade, vulnérable ou en détresse de se diriger vers l’établissement qui lui semble offrir les soins les plus rapidement accessibles.

C’est humain.