Les comparaisons font ressortir les avantages des charpentes de bois, prétendent l’architecte Michel Jubinville et l’entrepreneur général Jacques Gosselin qui ont livré les nouvelles installations de l’école privée Plein Soleil à moindre coût que ce que Québec paiera pour l’école publique de La Croisée.

L'école du futur

CHRONIQUE / Au nombre de fois qu’on compare les factures d’un plein d’essence aux États-Unis, d’une bouteille de vin vendue en Ontario ou qu’on demande à un chef politique s’il connaît le prix d’une pinte de lait, les écarts de coûts entre la construction d’une école publique et une autre du privé à Sherbrooke sont d’intérêt.

La facture de 7 M$ (incluant le prix du terrain payé 1 million) pour les nouvelles installations de l’école Plein Soleil, dans le quartier Nord, est beaucoup moindre que les 10 à 12 M$ (terrain échangé à la Ville) pour l’école publique de La Croisée, qui longe le boulevard René-Lévesque dans le secteur Rock Forest. Confronté à ces chiffres lors de sa récente visite à La Tribune, Philippe Couillard a invoqué le souci de qualité.

« On veut les plus hauts standards en terme de luminosité, en terme d’installations pour les activités physiques, pour l’alimentation, etc. Nous avons l’ambition de vouloir servir d’exemple en Amérique du Nord », a justifié le premier ministre soucieux d’offrir un environnement stimulant pour les enfants et le personnel enseignant.

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) juge qu’elle mérite une bonne note pour le résultat en considérant qu’un budget de 15,6 M$ avait été autorisé. Les « économies » s’ajouteront à la provision de 4,3 M$ pour la quatrième école jugée nécessaire dans l’agglomération sherbrookoise. Quiconque visite l’une de ces écoles de la nouvelle génération admet qu’elles sont de qualité supérieure.

« Je suis d’accord, mais au niveau de la conception, de la fenestration jusqu’au sol ainsi que dans tous les autres aspects, vous ne trouverez rien ici qui soit de moindre qualité. La seule différence majeure, c’est le prix », me lance d’emblée l’architecte Michel Jubinville en me guidant dans l’école Plein Soleil.

Pour respecter le budget de ses clients, M. Jubinville a opté pour une structure essentiellement constituée de bois tandis que celle de l’école de La Croisée est en acier.

« Ce seul choix représente à lui seul une économie de l’ordre de 750 000 $. Il en découle d’autres impacts positifs sur la facture finale. Je ne fais que répondre à la volonté gouvernementale d’utiliser davantage le bois pour stimuler notre industrie forestière », soutient l’architecte ayant parallèlement dessiné les plans d’un immeuble de six étages, qui reposera sur des structures de bois au centre-ville, chose qui n’aurait pas été possible avant 2010 alors que la hauteur maximale était de quatre étages.

« Avec des structures de bois, nous avons pu travailler avec des panneaux préassemblés. Ce fut plus rapide et moins coûteux », valide le vice-président de la firme Tijaro, Jacques Gosselin, qui a coordonné le chantier de l’école Plein Soleil.

Celle-ci a une emprise au sol de 2234 m² et une superficie de 4005 m² sur deux étages comparativement aux 2495 m² d’emprise au sol de l’école de La Croisée, qui totalise 4220 m².

« Les codes en vigueur pour un immeuble de cette superficie nous imposent l’acier. Il était impensable d’avoir une structure de bois », précise la répondante du dossier à CSRS, Paule Corriveau.

L’école La Croisée dépasse effectivement de 3 % l’emprise maximale au sol de 2400 m² permettant l’usage du bois.

« Ça ne posait pas un très grand défi d’ajuster les plans ou de prévoir un mur coupe-feu pour fractionner la superficie totale. Une école en bois dotée de gicleurs offre d’ailleurs le même niveau de sécurité qu’une structure d’acier puisque le système de protection se déclenche dès que de la fumée est détectée », prétend l’architecte Jubinville.

Sans vouloir s’engager dans un débat technique, la CSRS note que l’école de La Croisée possède deux débarcadères à l’écart de la circulation dense, l’un pour les élèves et l’autre pour les parents, alors que la nouvelle école privée n’a pas d’infrastructures de ce genre représentant un investissement supplémentaire de 1,5 M$.

On ne parviendra pas en 700 mots à tabler sur les meilleurs choix du rapport qualité/prix pour l’école du futur, mais petite question aux dirigeants de Québec solidaire : n’augmenteriez-vous pas les chances d’atteindre votre cible de recourir aux charpentes de bois dans 80 % des futurs bâtiments non résidentiels en ne coupant pas les vivres aux écoles privées?

Des fois que le modèle générerait dans le réseau public suffisamment d’économies pour rendre un meilleur financement des deux systèmes possibles...