La somme de tous les projets à l’étude aux extrémités de la rue Wellington représente presque 40 M$ en investissements municipaux dans le centre-ville. Des visées ambitieuses, susceptibles d’être aussi plus chatouilleuses en électorale.

Le tri des grands projets

La foi avec laquelle le maire Bernard Sévigny a vanté à nouveau cette semaine le projet Well inc. ne laisse aucun doute quant à son désir d’aller de l’avant s’il est réélu le 5 novembre. D’autant que le consortium privé choisi par la Ville veut mettre en marche rapidement un projet de 50 M$.

CHRONIQUE / Le maire Sévigny se dit incapable à ce moment-ci de chiffrer la participation financière de la Ville. Des projections à cet effet figurent pourtant au Plan triennal de dépenses municipales en immobilisation 2017-2018-2019, déposé en décembre dernier au moment de l’adoption du budget 2017.

Dans ce document, des investissements totalisant 18,8 M$ sont annoncés pour le Quartier de l’entrepreneuriat. Les déboursés les plus substantiels (17 M$) sont prévus en 2019. Cela correspondrait au moment où la Ville ferait l’acquisition du parc de stationnement sur lequel deux immeubles doivent être construits.

Cette anticipation de coûts a probablement été calculée en fonction des attentes minimales de 500 cases de stationnement exprimées par la Ville au mois de mai. Ce serait la logique, du moins. La proposition déposée lundi dernier référant plutôt à « un stationnement à étages dont la capacité pourrait se situer entre 700 et 950 places », à un coût approximatif de 20 000 $ la case, les millions pourraient s’additionner rapidement.

En contrepartie, le maire Sévigny pourra toujours plaider que les engagements privés, initialement fixés à 38 M$, ont grimpé de 30 pour cent.

Dans cette planification triennale, 13 M$ sont également associés à la revitalisation du secteur des Grandes-Fourches, si Québec accepte de déplacer le pont en fin de vie devant être reconstruit. La Ville voudrait éloigner cette structure de la rivière Saint-François en orientant les futures voies de circulation dans l’axe de la rue Wellington. De ce partenariat avec le ministère des Transports, l’administration provinciale espère une contribution provinciale de 19 M$. Aucune entente n’est encore intervenue.

C’est dans la foulée de ces réaménagements que la Ville a également pour projet de sortir le Club de curling du secteur de la rue des Abénaquis et le greffer au complexe sportif du Centre Julien-Ducharme. Chiffrée à 6,2 M$, l’initiative serait entièrement à la charge des Sherbrookois.

La somme de tous les remue-ménage à l’étude aux extrémités de la rue Wellington atteint presque 40 M$ en investissements municipaux dans le centre-ville. Des visées ambitieuses, susceptibles de devenir aussi plus chatouilleuses en période électorale.
« On va procéder par étape et aucune décision n’a encore été prise dans le dossier du pont des Grandes-Fourches » s’empresse de pondérer le maire Sévigny.

De fait, un budget triennal n’annonce que des intentions. Celles-ci peuvent être revues d’une année à l’autre.

Comme le pont fait déjà l’objet de restrictions de charge, les délais ne pourront toutefois pas être étirés très longtemps. Dans ce cas, par contre, si le conseil municipal retirait sa demande de déplacer le pont, Québec assumerait seul la presque totalité des coûts de reconstruction.

De même, la nécessité d’un nouveau centre opérationnel pour les équipes des Travaux publics se fait de plus en plus pressante. Parce que le toit menaçait de s’écrouler, la Ville a dû raser le bâtiment principal des ateliers municipaux, qui sera remplacé par une structure temporaire plus coûteuse que prévu.

Or, il s’agit d’un autre projet considérable. Il est estimé à une trentaine de millions, et pas moins de 9 M$ doivent y être consacrés d’ici la fin de 2019.

Devenu lui aussi incontournable, le quatrième poste de distribution d’Hydro-Sherbrooke a accaparé 9 M$ en 2017 dans l’enveloppe des immobilisations et des déboursés supplémentaires seront nécessaires en 2018 - 2019.

Ces emprunts seront remboursés à même les revenus du réseau municipal d’électricité, mais à cause de cela, les profits retournés à la Ville baisseront durant quelques années. Ces passifs sont aussi calculés dans la dette municipale, qui est passée de 397 M$ à 454 M$ entre 2013 et 2016.

À ce propos, après avoir flirté à la fin de 2015 avec la ligne rouge de sa politique de gestion de la dette (le total de la dette ne devrait pas dépasser celui des revenus), l’administration Sévigny a récupéré un peu de marge de manœuvre - en bonne partie grâce aux ponctions supplémentaires dans nos poches découlant de la hausse de taxes de 4,77 % appliquée en 2016!

Comme les revenus de la Ville ont augmenté de 37 M$ comparativement à 8 M$ pour la dette, le ratio d’endettement servant d’indicateur d’alerte est redescendu à 93 % le 31 décembre dernier. Pendant ce temps, la part du budget consacrée au service de la dette, elle, a été maintenue à 13,5 % alors que le seuil de tolérance est à 15 %.

Avec les factures des nouveaux boulevards, celle de la caserne promise à l’arrondissement de Lennoxville, la pression financière demeure forte. Le maire Sévigny envisage-t-il sortir de cette « zone de confort » pour mener tous ces grands projets de front?
« Quand on fait des investissements comme ceux que nous proposons pour Well inc., c’est un quartier complet qu’on lève. Les nouveaux immeubles généreront des revenus supplémentaires, il y aura une hausse des valeurs foncières, ça assurera des revenus à long terme pour la Ville », répond-il prudemment.

En terminant, les investissements de 64 M$ annoncés au cours des « années ultérieures » pour l’aéroport risquent de faire sursauter. Ces chiffres ont très peu circulé.

Des coûts de 26 M$ sont associés à « l’amélioration des infrastructures d’accueil pour les usagers et les aéronefs » tandis que 38 M$ sont liés à « des améliorations majeures des infrastructures aéroportuaires, dont le prolongement de la piste ».

Ce scénario est qualifié de « très hypothétique » par la mairie puisqu’il ne se concrétiserait qu’avec une offre vers des destinations internationales avec de très gros appareils. La Ville n’a pas à prendre un tel engagement auprès d’une compagnie aérienne pour une desserte régulière de base que le maire Sévigny vise depuis qu’il a fait de l’aéroport un symbole de l’économie moderne.