Le sauvetage du navire torpillé

CHRONIQUE / En politique municipale, les enjeux de voisinage peuvent remplir une salle dès l’instant que le changement se pointe au coin de la rue et peut paraître menaçant. C’est normal, le citoyen se sent directement concerné.

Une centaine de personnes se déplaçant pour une séance d’information pour un dossier comme Well inc., comme ce fut le cas cette semaine à Sherbrooke, c’est plus rare. Il faut nourrir cet intérêt, et surtout éviter de l’interpréter comme une barrière au développement.

Nous prépare-t-on le même coup fourré qu’au registre sur le règlement d’emprunt de 26 M$, en retenant les détails de la proposition finale du consortium d’investisseurs privés jusqu’à ce que le conseil municipal ait statué sur la question?

« Cette information sera disponible avant. Le plan de match arrêté ces derniers jours prévoit que la présentation du consortium se fera lors d’un atelier de travail public, le 12 février, alors que le vote des élus doit avoir lieu le lundi suivant », précise le maire Steve Lussier.

Bravo!

De nouvelles esquisses ont été présentées mardi. Vous pouvez les voir sur notre application mobile ainsi que sur notre site latribune.ca.

« Je sais que des citoyens s’inquiètent de la hauteur des deux tours qui seraient construites ainsi que du coup d’œil qu’elles dégageraient. J’ai demandé à ce qu’on nous produise des esquisses montrant l’ombre pour mieux évaluer cet aspect » précise M. Lussier.

Bien qu’heureux du déroulement de ces échanges avec les citoyens, le maire convient qu’ils n’ont été pour l’essentiel qu’une revue des études et des fiches synthèses publiées par la Ville il y a deux semaines. De la même façon, il admet que les informations les plus pertinentes sont celles qui manquent, car l’étude détaillée des coûts chiffrés par les investisseurs ainsi que le cadre légal qui détaillera les obligations municipales à l’égard de son partenaire exclusif seront des facteurs déterminants.

L’administration municipale aurait pu se rabattre sur des clauses de confidentialité la liant au consortium pour tenter de justifier un dévoilement à huis clos, avec une présentation accessible aux citoyens, le 19 février, durant le comité plénier qui précède chaque séance publique du conseil municipal. Cette façon de procéder en accéléré a souvent de fois été critiquée puisque l’information et la décision tombent alors durant la même soirée.

« Les citoyens ou les organismes auront du temps pour argumenter », insiste M. Lussier.

Est-ce au nom de la noblesse de la transparence que le maire veut s’éloigner des pratiques municipales usuelles?

Peut-être.

Mais c’est sûrement aussi pour essayer de mettre Well inc. à l’abri de ce qui s’est avéré jusqu’ici sa plus grande menace : la désinformation. Or, M. Lussier est mieux placé que quiconque pour en évaluer le danger, car il a utilisé cette arme à profusion pour déstabiliser Bernard Sévigny durant la campagne électorale qui, contre toute attente, l’a mené à la mairie l’automne dernier.

Tous les doutes qu’il a soulevés, c’est lui qui doit maintenant les dissiper. La crédibilité qu’il a fragilisée, c’est lui qui doit la restaurer. S’il réussit, il en retirera le crédit. Autrement, on retiendra que c’est lui qui était capitaine du navire qui a coulé et il ne pourra d’aucune façon blâmer son prédécesseur.

Dès lundi prochain, d’autres informations seront fournies aux élus municipaux et dévoilées publiquement.

« Les coûts d’opération des infrastructures municipales, qu’on parle de la place publique ou du stationnement, sont maintenant chiffrés et seront communiqués aux citoyens », précise le chargé de projet Well inc., Philippe Cadieux.

Jusqu’ici, seuls les revenus prévus avaient été publiés.

« On doit faire confiance au jugement du maire et des élus formant l’actuel conseil municipal. Oui, le projet Well inc. pourrait alourdir la dette et nous sortir du cadre de la politique d’endettement, mais ce sont des choix qui se cautionnent plus facilement lorsqu’il s’agit d’investissements structurants », affirme le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Claude Denis.

Bien sûr.

Mais Steve Lussier n’a cessé de répéter comme postulant à la mairie que « questionner n’est pas s’opposer ». À lui de réaliser le sauvetage du bateau qu’il a bombardé... d’intérêt et de curiosité!