Ces derniers jours, les membres de la famille immédiate de l’ex-premier ministre du Québec Jean Charest ont dû contribuer à lui faire voir la réalité un peu plus en face. Tant mieux pour lui.

Le roi Charest était nu

CHRONIQUE / Le plus étonnant n’est pas que Jean Charest ait renoncé à briguer la direction du Parti conservateur du Canada. C’est qu’il se soit lancé dans une telle réflexion et qu’elle ait duré un mois. Et le plus surprenant de tout est que les conclusions auxquelles il en est arrivé ne lui aient pas sauté aux yeux plus tôt; qu’il ait mis tant de temps à admettre quelques faits.

On avait déjà fait état ici, deux fois plutôt qu’une, d’un fort scepticisme quant à sa capacité de se lancer dans cette aventure. Il faut croire que les obstacles étaient plus faciles à percevoir de l’extérieur que dans l’esprit d’un batailleur comme Jean Charest — et dans la tête de ceux qui, chez des organisateurs patentés, avaient envie qu’il y aille et l’encourageaient.

Ces derniers jours, les membres de la famille immédiate de l’ex-premier ministre du Québec ont dû contribuer à lui faire voir la réalité un peu plus en face. Tant mieux pour lui.

Jean Charest n’était pas tellement désiré chez les conservateurs. Je le répète une troisième fois, mais quel contraste c’était pour lui avec ce moment de l’année 1998 où il jonglait avec l’idée d’abandonner la direction du Parti progressiste-conservateur pour prendre celle du Parti libéral du Québec. Il était ardemment désiré par les fédéralistes québécois. La seule perspective de sa candidature suscitait déjà l’effervescence chez les libéraux du Québec.

Ce n’était pas du tout le cas cette fois chez les conservateurs. Stephen Harper avait même l’intention de se dresser sur sa route. Et le monsieur a de l’influence chez les conservateurs d’aujourd’hui.

Jean Charest a beau connaître le Canada plus que d’autres, il connaissait le Parti conservateur du Canada beaucoup moins que d’autres. Ce parti n’est plus celui qu’il a connu il y a une génération. Une bonne partie de cette formation a migré vers une droite morale. 

Cela, c’est sans compter le fait que l’ex-premier ministre du Québec est vu par de très nombreux conservateurs comme un «libéral». Il est un défenseur de la Bourse du carbone et du contrôle des armes à feu. Il a souligné ce dernier aspect dans l’entrevue qu’il a accordée à Patrice Roy, de Radio-Canada, pour annoncer qu’il ne serait pas de la course conservatrice.

Éthique...

Dès le début de sa réflexion, il était déjà très clair qu’il serait entravé par un sérieux boulet, celui de l’enquête Mâchurer.

Or, la diffusion la semaine dernière des motifs pour lesquels l’UPAC s’intéresse à son ami Marc Bibeau, un ancien collecteur de fonds, ne pouvait en rien l’aider à devenir le prochain chef du Parti conservateur du Canada. Elle a dû peser lourdement dans sa réflexion.

Ces motifs n’établissent pas de culpabilité, mais leur diffusion a sans doute été un élément déterminant dans sa décision.

Le financement du Parti libéral du Québec qu’il a dirigé ne pouvait pas ne pas le rattraper.

Le roi Charest était nu.

Sur le plan des idées, Jean Charest aurait pu apporter quelque chose à cette course. C’est indéniable. Mais s’il s’était lancé, on aurait aussi beaucoup entendu parler d’éthique dans la course conservatrice.

Dans les circonstances, sa décision était la seule possible. Pour lui et pour nous tous.

Parlant d’idées, cette course a perdu quelque chose avec la décision prise il y a quelques jours par le député Gérard Deltell de ne pas briguer la succession d’Andrew Scheer. M. Deltell n’aurait sans doute pas gagné la compétition, mais il aurait apporté des visions intéressantes chez les conservateurs — des visions et des idées dont ils ont besoin pour gagner le cœur et l’esprit de plus de Québécois.