Bien que décontractée lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, la ministre Marguerite Blais est tombée dans le piège de l’émotivité à trop vouloir en dire et en faire à la suite du décès de la mère de l’ex-politicien Gilles Duceppe.

Le parapluie de Marguerite Poppins

CHRONIQUE / La ministre Marguerite Blais dégage la bonté. Depuis le temps qu’elle porte la cause des aînés avec des convictions l’ayant poussée au front de la politique deux fois plutôt qu’une, ne doutons point de sa sincérité. Mais gare aux pièges de l’émotivité, Madame.

Alors que bien des politiciens se présentent sur le plateau de Tout le monde en parle sur la pointe des pieds, Mme Blais y était confiante et à l’aise, dimanche soir. En la qualifiant « de croisement entre une ministre et Mary Poppins », l’animateur Guy A. Lepage l’a dépeinte avec une pointe d’humour plus sympathique que sarcastique. Selon ma perception, du moins.

Au nombre de portes qu’elle veut ouvrir ou défoncer pour entreprendre et réformer, avec l’amplitude du virage qu’elle promet pour humaniser les soins aux personnes âgées et reconnaître la contribution des proches se substituant aux coûteuses ressources gouvernementales, la ministre Blais annonce une révolution reposant sur l’esprit de solidarité et le capital humain.

Je la suis dans cette voie, étant déjà convaincu qu’une approche de sociothérapie reposant sur l’implication citoyenne peut réduire notre dépendance face à l’État, que ce soit pour affronter la maladie ou s’adapter au vieillissement. Le modèle est d’ailleurs éprouvé, la participation à des campagnes de sociofinancement a servi de rampe de lancement à des initiatives novatrices qui, autrement, auraient frappé le mur du financement traditionnel.

Je veux bien m’accrocher au parapluie de la dynamique Marguerite Poppins pour voler avec elle vers le changement, mais à condition qu’elle garde aussi les pieds sur terre.

La ministre Blais s’est laissée gagner par l’émotivité en se déclarant « prête à serrer la vis » aux propriétaires d’immeubles locatifs dans les heures qui ont suivi le décès de la mère de l’ex-politicien Gilles Duceppe. Quelles mesures pourraient bien en faire une protectrice plus alerte, capable de garantir mieux que les autres avant elle des méthodes infaillibles?

Un coroner identifiera peut-être quelques lacunes à corriger afin de diminuer les risques de connaître une fin horrible comme celle qu’a vécue la dame de 93 ans retrouvée morte par grand froid. Mais aucun blindage réglementaire n’assurera une protection complète aux personnes vulnérables à moins que la société leur impose une vie de cloîtrées sous une bulle de verre.

La ministre n’a d’ailleurs pas tardé à verser dans la nuance en défendant par la suite la liberté de choix des personnes dont la santé et les capacités déclinent, mais qui ne sont pas prêtes à quitter leur maison ou leur logement sans supervision.

Il y a eu dix ans aux Fêtes cette année qu’une femme de 85 ans a péri dans les flammes à la Résidence du Carrefour, qui était alors et qui est encore aujourd’hui un milieu de vie pour personnes autonomes à Sherbrooke. Ce drame s’était produit à quelques jours de Noël. N’ayant pu quitter son logement à temps, l’octogénaire qui habitait le 5e étage avait été piégée par la fumée.

Une révision volontaire des pratiques locatives de la part des propriétaires a eu un effet aussi préventif que l’ajout de règlements : les locataires qui avancent en âge et qui deviennent moins autonomes se voient depuis offrir de descendre aux étages inférieurs. Les occupants de l’immeuble ont la priorité pour le choix de ces unités stratégiques qui repoussent pour eux le jour du grand dérangement.

À vouloir trop en dire et en faire, la ministre Blais a heurté des susceptibilités.

« S’il est vrai que la mère de Gilles Duceppe n’a pas entendu les consignes, il va falloir travailler à sensibiliser davantage les personnes en vieillissant (aux pertes auditives) » a-t-elle exprimé à la télé après avoir tracé un parallèle entre son acceptation de porter des lunettes et la réticence qu’ont certaines personnes à porter des prothèses compensant la perte de l’ouïe.

« La ministre met-elle ses lunettes même lorsqu’elle dort? » a notamment questionné Alexis Duceppe, petit-fils de la victime réveillée en pleine nuit par l’alerte de feu.

Rappelons que l’évacuation a par la suite été annulée dans ce pavillon avec un message par intercom qu’Hélène Rowley Hotte n’aurait pas entendu.

Alors, un peu de retenue et de respect envers la famille. Laissons les experts passer tous les détails au peigne fin avant de multiplier les hypothèses et les blâmes au nom de la bienveillance.