La Ville de Sherbrooke ne laisserait pas passer un pareil geste à l’endroit du maire, mais les changements réglementaires annoncés lundi soir ne prévoient aucun resserrement des contrôles pour le même geste s’il est posé dans des gradins sportifs.

Le parapluie contre les injures

CHRONIQUE / La Ville de Sherbrooke procède à une mise à jour de ses règlements afin de mieux protéger l’ensemble de son personnel de même que les élus municipaux contre les propos offensants, incluant ceux exprimés sur l’exutoire des médias sociaux. Cette révision ne prévoit cependant aucun raffermissement des contrôles et des sanctions pour les propos injurieux tenus dans des gradins sportifs.

Dans un premier temps, précisons qu’il n’y a aucun lien entre l’avis de changements réglementaires ayant été signifié à la fin de la séance de lundi soir et les reproches que se sont échangés le conseiller Pierre Tremblay et la présidente, Nicole Bergeron, au début de la même assemblée. Le contentieux de la Ville avait amorcé la réflexion dans le sillon des préoccupations exprimées par l’Union des municipalités du Québec depuis déjà quelques années concernant la virulence des attaques à l’endroit d’élus municipaux.

La mairesse de Magog, Vicky May Hamm, en a été une victime, ayant essuyé un doigt d’honneur sur Facebook en décembre suite à l’adoption d’un budget qui annonçait une hausse de taxes de 3,5 %. Mme Hamm s’était par la suite attiré un fort courant de sympathie en dénonçant ce type de contestation.

Un citoyen aurait pu être mis à l’amende pour des propos jugés offensants en vertu d’une disposition générale de la réglementation actuelle, spécifiant « qu’il est défendu à toute personne d’injurier ou d’offenser, par des paroles ou par des gestes, une ou des personnes dans un endroit public ou une place publique de la ville ».

À condition toutefois que l’endroit où le geste répréhensible a été causé corresponde à l’une des zones désignées, ce qui n’est pas nécessairement le cas pour des messages pouvant être lancés sur le web à partir d’endroits privés.

La version amendée élimine ce critère restrictif. Elle place les membres du conseil municipal ainsi que tous les fonctionnaires sous ce parapluie réglementaire et précise également que « toute entrave ou tout geste qui pourrait nuire à l’exercice de leurs fonctions peut être puni d’une amende minimale de 150 $ et d’au plus 1000 $ dès la première offense ».

Ne craignons pas, les policiers placés à l’entrée de la salle du conseil municipal lors des séances publiques ne se verront pas confier le mandat de sévir dès qu’ils entendront des propos qu’ils estimeront déplacés. Aucun de leurs collègues n’aura pour tâche non plus de surveiller les opinions déplacées sur les réseaux sociaux. Pour qu’un constat soit émis, il faudra un plaignant.

Un plaignant prêt à venir défendre devant la Cour municipale le caractère vexatoire du geste reproché. Il est souhaitable que les excès se retrouvent devant les tribunaux et il faudra appuyer les politiciens qui auront le courage de les dénoncer. Par contre, les élus qui auront l’épiderme trop sensible risqueront un jugement plus sévère du tribunal populaire que de leur présumé « bourreau ».

Les ajustements apportés par la Ville fixent des balises de politesse et de courtoisie, mais elles ne constituent en rien une opération de censure. La directrice du contentieux, Line Chabot, affiche d’ailleurs réserve et prudence en refusant de préciser si le qualificatif de « maîtresse d’école », que Nicole Bergeron n’a pas digéré et pour lequel son collègue Tremblay a refusé de s’excuser sur-le-champ lundi, représente une insulte au sens de ce nouveau règlement.

Un citoyen reprocherait au maire d’être un singe sans tête qu’il y aurait peu d’équivoque quant à la faute à punir. La Ville ne chercherait toutefois pas nécessairement l’auteur de tels propos blessants et méprisants si ceux-ci étaient lancés des gradins d’un plateau sportif en direction d’un joueur. Que cela survienne au Palais des sports, lors d’un match de football du Vert et Or ou des Gaiters, sur les lignes de côté d’un terrain de soccer, peu importe où.

« Le règlement général demeure et si un policier est témoin d’une injure d’une personne envers une autre, il peut sévir. Mais sans cela, ce n’est pas évident d’engager la compétence de la Ville dans la gestion des rapports entre citoyens. Comment monter une preuve sur la base de seulement deux témoignages contradictoires? Nous n’avons jamais demandé à nos gardiens de sécurité ou à nos surveillants de parc d’agir en enquêteurs. Peut-être faudra-t-il se questionner là-dessus un jour, mais cet aspect n’est pas touché dans la présente mise à jour », avoue Me Chabot.

Choqué par les propos racistes dirigés vers un joueur de hockey noir, la semaine dernière à Saint-Jérôme, le premier ministre François Legault s’est déclaré surpris que les spectateurs témoins de cette disgrâce n’aient pas exigé l’arrêt de la partie et l’expulsion des fautifs.

« J’en appelle aux ligues de hockey, aux autres spectateurs : on a le droit de dire que ça n’a pas de bon sens! »

D’accord avec vous, M. Legault. Mais, on le dit à qui et en réclamant quoi si les insultes civiques ne relèvent pas du palier municipal, ne semblant préoccupé pour l’instant que par les insultes politiques ou bureaucratiques?