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Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Le niveau de la table...

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CHRONIQUE / Dans votre chronique de dimanche dernier, vous ne faites pas mention de l’usage de «niveau» pour «nivellement». Par exemple, est-il exact de dire que «la table n’est pas au niveau» [Daniel Guilbault, Saint-Augustin-de-Desmaures]?

Ne voyez pas dans cette omission un oubli ni de la négligence ma part. C’est simplement que certains mots possèdent un tel éventail d’usages qu’il m’est souvent impossible d’en faire le tour en gardant une longueur de texte raisonnable. Regardez l’ampleur de la définition de «niveau» dans un dictionnaire: vous allez tout de suite comprendre ce que je veux dire.

Lorsqu’on fouille dans les principaux ouvrages de référence, c’est la locution «de niveau» qui est la plus universelle. Le Petit Robert et le Petit Larousse ne sont toutefois pas très loquaces à son sujet. Ils la présentent d’abord dans un contexte comparatif, pour dire que deux choses sont sur le même plan («ces deux allées ne sont pas de niveau»).

Les deux ouvrages relèvent aussi «mettre de niveau», c’est-à-dire «rendre horizontal, plan, uni».

Usito accepte toutefois «mettre au niveau» dans le sens de «niveler» et de «mettre à l’horizontale». Cela valide donc la tournure que vous me soumettez.

Je me suis cependant demandé s’il y avait, dans ce contexte, une distinction à faire entre «horizontal» et «aplani». Peut-on dire, par exemple, qu’une table n’est pas au niveau lorsqu’elle est bancale ou cette expression doit être réservée pour parler d’une surface qui n’est pas plane?

Je n’ai toutefois trouvé aucune source abordant cette question. J’imagine donc, étant donné que l’idée d’horizontalité est évoquée dans les principales définitions, que l’on peut dire qu’une table qui n’est pas droite n’est pas au niveau.

                                                                    ***

«Depuis quelques semaines, je lis et j’entends, dans les médias, le nom "variant", qui désigne la nouvelle mutation du virus responsable de la COVID-19. Serait-ce un anglicisme qui doit être remplacé par "variante" en français? Si c’est le cas, il risque de se répandre de façon fulgurante, comme la pandémie [Martin Parent, Québec]!»

Je vous rassure: ce mot est parfaitement français et est propre au domaine de la biologie. Il est même dans le Petit Robert. Le Grand Dictionnaire terminologique lui donne comme définition: «Individu ou organisme possédant des caractères non héréditaires qui diffèrent de ceux de la majorité de la population à laquelle il appartient.» Le GDT ajoute comme note: «Quand ces caractères sont héréditaires, le terme "variant" ne convient plus pour désigner ce concept; il faut plutôt utiliser le terme "mutant". »

Maintenant, est-ce que ce mot nous vient de l’anglais? Pas dans ce cas-ci, semble-t-il: le Petit Robert nous assure que «variant», apparu en 1980, est issu du verbe «varier». Mais il est vrai que, lorsqu’il est question de sciences et de technologies, une bonne partie du vocabulaire spécialisé d’aujourd’hui a été héritée de l’anglais. On y accepte plusieurs termes qui, dans la langue courante, seront considérés comme des anglicismes.

Prenons le verbe «dédier», dont je reparle régulièrement. Si vous me mentionnez qu’une personne est un employé dédié («dedicated»), je lève mon drapeau rouge pour vous rappeler qu’il faut plutôt dire, en français, que cet employé est dévoué, consciencieux, assidu, enthousiaste…

Par contre, dans le vocabulaire informatique et électronique, les principaux dictionnaires acceptent la définition anglaise du mot, soit «réservé et affecté à un usage particulier». Par exemple, le GDT relève «serveur dédié» (ou spécialisé), c’est-à-dire un «serveur qui est destiné à exécuter des fonctions au sein d’un réseau, sans pouvoir être utilisé comme poste de travail».

Il est malheureusement très difficile de faire marche arrière lorsqu’un anglicisme se faufile ainsi dans la langue spécialisée. D’abord parce que les innovations technologiques sont nommées bien avant qu’elles arrivent dans la langue courante (on se retrouve donc souvent avec une terminologie déjà bien campée dans le milieu d’où elle est issue). Ensuite parce que l’anglais est devenu, à l’échelle mondiale, la langue d’office pour tout ce qui est recherche et innovation scientifique ou technologique. Demandez à n’importe quel étudiant universitaire en sciences...

Remarquez, ce n’est pas une mauvaise chose que tout le monde parle la même langue dans des domaines où la précision est capitale. Mais cela se fait souvent au détriment des autres langues nationales, et pas seulement le français.

Perles de la semaine

D’autres extraits du «Bêtisier 2020» d’Olivier Niquet et du gala journalistique 2020 de Jean-René Dufort.

«COVID-19 : Retour prudent à l’anormal.»

«Est-ce qu’on peut envisager un rouvrage [réouverture] du Québec?»

«Le nouveau chef du Parti québécois, Paul Simplet… Saint-Pierre-Plamondon.»

«Il a pensé plus vite que la rondelle.»

«Je ne suis pas ici pour comprendre: je suis ici pour analyser.»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.