Bien qu’elle n’y vive qu’à temps partiel en raison d’une garde familiale partagée, la conjointe de l’ornithologue Serge Beaudette, Mélanie Chagnon, affirme avoir découvert « quelque chose de plus grand que sa nature » en habitant le tipi rudimentaire que le couple devra démanteler à Waterville.

Le nid de l'oiseau rare

Nous trouverions les subtilités du monde animal encore plus fascinantes si nous n’avions pas tendance à les dénaturer avec nos propres standards. Oh! là, c’est joli, vous avez un nid vraiment douillet, Monsieur L’oiseau. « De fait, c’est confortable... »

Pour la plupart d’entre nous, un nid n’est douillet que s’il offre minimalement un lit queen. Même avec des oreillers de plumes, le lit double de 54 pouces ne passe plus le test. Six pouces de plus sur la largeur pour mieux dormir, aussi bien installer des portes doubles à l’entrée pour circuler avec plus d’aisance?

Les portes doubles, voyez-vous, sont bien la dernière chose que souhaite l’oiseau pour qui le confort devient de l’insécurité permanente si son entrée est assez large pour que le nez d’un prédateur puisse y passer. Allez voir les photographies aux nids de Serge Beaudette, l’ornithologue gagnant sa croûte à guider d’autres passionnés comme lui à travers le monde.

Ça prenait un oiseau rare comme ce photographe animalier pour aller se faire un nid en forme de tipi dans un îlot boisé de Waterville suffisamment isolé pour se croire à l’époque où les Abénaquis ont vécu le long de la rivière Koatikeku (nom original de Coaticook).

C’est une maison plus que miniature. Un nid rudimentaire presque primitif, qui serait malgré cela suffisamment spacieux et douillet pour réunir une famille reconstituée comptant cinq enfants ainsi qu’un membre de la troisième génération.

Si les Sherbrookois sont des Québécois cités en exemple pour leur consommation moyenne de 395 litres d’eau par citoyen par jour, à l’intérieur du tipi, 15 litres stockés lors des pluies suffiraient pour les différents usages quotidiens excluant la consommation humaine. Sans douche, évidemment.

La toilette chimique camouflée à l’intérieur d’une fausse armoire a deux bassins séparés, l’un servant à récupérer l’urine qui, avec le bon ratio d’un mélange avec l’eau, serait un fertilisant en azote naturel efficace pour les plantes.

« Dans la gestion de masse, nous préférons diriger toute l’urine au même endroit, vers les usines d’eaux usées où un premier traitement est nécessaire avant de renvoyer l’eau dans nos bassins de consommation. Puis, il faut la traiter une seconde fois avant de pouvoir la boire. Mon mode de vie est de la simplicité volontaire et je serais millionnaire que je ne voudrais pas qu’il en soit autrement. Ma conscience ne peut plus accepter un tel gaspillage alors que nous pouvons réduire notre empreinte écologique. »

Je connais le moineau depuis assez longtemps pour savoir qu’il ne s’agit pas d’un coup de gueule pour défendre un coup de tête. Ces valeurs l’habitent depuis longtemps.

Sauf que si les oiseaux peuvent s’installer où ça leur chante et que les Abénaquis n’avaient pas à se soucier de normes d’implantation, les empreintes incontournables de nos jours pour une maison, si avant-gardiste soit-elle, sont celles d’un permis de construction et d’un certificat de conformité.

Ces deux conditions ne sont pas remplies avec le tipi habité depuis la fin de 2016 et qui a déjà été présenté aux autorités municipales comme un gazebo parce que ce type de construction bénéficie d’un spectre d’usages plus large. M. Beaudette contreviendrait notamment à l’interdiction d’une seconde propriété sur une terre agricole.

« Nous ne sommes pas dans un cas d’accommodement local et notre refus de délivrer un permis n’est pas un jugement porté sur un mode de vie. Il est basé sur des règles en matière d’agriculture et d’environnement », fait valoir la mairesse de Waterville, Nathalie Dupuis.

Bien qu’appuyé par un réseau émergent formé d’experts déterminés à faire tomber les barrières du développement conventionnel dans l’ensemble du Québec, Serge Beaudette choisit pour le moment la voie du repli. Il s’est engagé à démanteler ses installations originales et aussi simples d’assemblage qu’un meuble vendu chez IKEA.

« Avec 18 personnes prêtes à m’aider, on défera tout en quatre heures et ça prendra à peine une journée à tout reconstruire. »

Les intentions ne sont pas exprimées au conditionnel. Si ce n’est pas à Waterville, M. Beaudette ira monter son tipi ailleurs.

« Je ne cherche d’aucune façon à me soustraire aux taxes municipales ou à d’autres obligations de cette nature. Les élus les plus avant-gardistes vont comprendre que c’est une voie d’avenir et chercheront des arrangements favorables à toutes les parties. »

« J’ai toujours eu une attirance pour la nature, mais ce que j’ai découvert comme mode de vie avec Serge est devenu plus que ma nature », endosse sa conjointe Mélanie Chagnon qui, durant sa semaine de garde familiale, habite en milieu urbain.

La vague de popularité des mini-maisons remue déjà passablement de façons de penser et de principes d’uniformité dans le monde municipal. Les planificateurs peinent à suivre le rythme, et ça se comprend, car les impacts sont multiples.

Bien que le changement s’annonce à l’avance, il arrive toujours sur le tard. Mais il arrive, irrémédiablement. D’autres citoyens s’intéresseront à ce type d’hébergement comme mode d’expression du bonheur et de protection des milieux de vie, et sans nécessairement que ces convictions soient ancrées dans des racines familiales autochtones.