Candidat l’automne dernier au sein de l’équipe du Renouveau sherbrookois de Bernard Sévigny, Sébastien Aubé est embauché comme stratège politique par l’autre parti municipal, Sherbrooke Citoyen.

Le monde est petit

CHRONIQUE / L’érosion politique se poursuit au Renouveau sherbrookois à la suite des grandes crues ayant emporté son chef, l’ex-maire Bernard Sévigny, au mois de novembre.

Cette fois, c’est celui qui en a été le candidat dans le district de Saint-Élie, Sébastien Aubé, qui saute la clôture pour devenir conseiller politique d’Évelyne Beaudin au sein de l’autre parti politique municipal, Sherbrooke Citoyen.

Un départ s’ajoutant à celui de l’une des deux rescapées du Renouveau sherbrookois, Danielle Berthold, ayant annoncé au lendemain de sa réélection qu’elle siègerait dorénavant comme conseillère indépendante. Le nouveau maire Steve Lussier lui a depuis offert un siège au sein de son exécutif.

Rappelons également que M. Lussier a confié la direction de son cabinet à Julie Vinette, l’ancienne attachée de presse de Bernard Sévigny. Madame Vinette a l’expérience d’avoir aussi dirigé le bureau de circonscription de Jean Charest, tout comme ce fut le cas d’ailleurs pour M. Aubé, au fédéral et au provincial, en appui à Serge Cardin.

Les deux bataillaient dans le même camp l’automne dernier et les voilà redevenus des rivaux sur le plan de la stratégie politique, avec notamment pour mission d’empêcher le Renouveau sherbrookois de reprendre le pouvoir à l’hôtel de ville dans quatre ans!

François Legault pige lui aussi goulûment dans le plat, ayant arrêté son choix sur Geneviève Hébert comme candidate dans la circonscription de Saint-François alors qu’il misera vraisemblablement sur l’ex-conseiller municipal Bruno Vachon, dans Sherbrooke. Les deux consacreront sûrement plus d’énergie d’ici le 1er octobre à essayer de devenir députés à Québec qu’à s’investir dans la reconstruction du Renouveau sherbrookois, en songeant peut-être à la chefferie et à la mairie en 2021.

Les ours polaires que les changements climatiques condamnent à dériver seuls sur une banquise font vraiment pitié, mais y a-t-il âme assez généreuse pour se porter au secours du conseiller orphelin Vincent Boutin, devenu par défaut pilote intérimaire du navire ayant heurté un iceberg?

Pôvre lui, c’est à se demander s’il restera un secondeur dans le parti pour appuyer le titre de « chef de propositions » qu’il préfère à celui de chef de l’opposition.

« Après une élection et après des résultats comme ceux que nous avons eus, c’est normal que des gens partent et qu’il y ait du changement. Pour vous rassurer, pas plus tard que la semaine passée, une dizaine de personnes ont participé à une réunion et nous n’étions pas du tout dans une perspective de fermer les livres. Au contraire, j’ai la conviction que ces gens veulent continuer », pondère Vincent Boutin.

La durée de vie d’un parti municipal correspondant souvent à celle de sa figure de proue, j’hésiterais à parier 20 $, même juste un ours polaire, que l’hiver du Renouveau sherbrookois ne durera pas éternellement.

« Le test ultime sera la prochaine élection. Si le parti n’obtient pas à ce moment-là des résultats convaincants, ce sera la fin », analyse Serge Paquin, la star repêchée par Bernard Sévigny à quelques mois des élections de 2013 et qui en a été le bras droit jusqu’à la dissolution du précédent conseil.

M. Paquin parle par expérience. Il a été élu comme candidat du Regroupement des citoyens et citoyennes de Sherbrooke (RCS) en 1990, mais les résultats décevants de son parti l'avaient incité à s'en détacher.

Alain Leclerc s'était alors retrouvé seul représentant du RCS, qui a connu un faible regain de vie quatre plus tard avec l'arrivée de Jean-Yves Lavoie. La défaite de ces deux conseillers, en 1998, a toutefois sonné le glas de cette formation politique.

Je n’ai évidemment pas jeté cette brutale vérité au visage du jeune Vincent Boutin. J’ai vu pire, ai-je plutôt dit pour l’encourager.

Perdre le pouvoir, son chef et passer d’une équipe de 11 membres à seulement 1, ça doit semer certains doutes. Mais ce n’est rien par rapport à la purge que Jean Charest a vécue chez les conservateurs après que le caucus des 169 députés élus sous Brian Mulroney en 1988 ait été anéanti et réduit à seulement 2 représentants à Ottawa, cinq ans plus tard.

« C’est vrai et les conservateurs ont fini par rependre le pouvoir », a relevé Vincent Boutin.

Nuance, malgré cinq années d’efforts, M. Charest n’est pas celui qui a ramené les conservateurs au pouvoir à Ottawa. Il n’a même pas passé proche. Après qu’il eut bifurqué au provincial, un clone des réformistes de l’ouest, Stephen Harper, a été élu premier ministre du pays sous la bannière conservatrice.

Quoi retenir de ce chassé-croisé qui dépasse tout ce que nous avions à ce jour connu sur la scène municipale?

Bien que Sherbrooke soit devenue une grande ville après la fusion de 2002, la politique reste un bien petit monde dans lequel se développe une expertise rare, pointue, et adaptable à tous les discours.