Si la Caisse de dépôt et placement du Québec s’intéressait elle aussi à Well inc. les caisses de retraite des employés municipaux de Québec pourraient en retirer des bénéfices. Sherbrooke a-t-elle au moins évalué le virage que la Ville de Québec a fait afin de réduire les coûts de gestion et augmenter les revenus des placements?

Le levier des caisses de retraite

CHRONIQUE / Au secondaire, les cours de physique m’ennuyaient. Au lieu de décortiquer les formules pour essayer d’en comprendre les fondements, je pratiquais mon anglais en écrivant les paroles des succès des groupes rock au dos de mes cahiers.

En m’appuyant sur la logique, j’arrivais à me tirer d’affaire lors des examens à choix multiples. La loi de la gravité m’a cependant rattrapé le jour où je me suis retrouvé en face de cinq questions à développement... pour lesquelles j’ai obtenu une note de 10 pour cent. Des échanges de la dernière semaine entre les candidats à la mairie, je retiens cette question : les caisses de retraite municipales devraient-elles, elles aussi, servir de levier économique local?

Après tout, les gouvernements autorisent des ponctions remboursables dans les REER pour acheter une première maison, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a le mandat clair du gouvernement Couillard d’investir dans le transport en commun à Montréal et le fédéral courtise également les caisses de retraite pour le financement d’infrastructures.

Le parti Sherbrooke Citoyen est d’avis que ce serait une bonne idée, mais il l’a bousillée en l’associant au financement de 100 logements sociaux, l’investissement le plus coûteux pour une Ville et le plus contesté par les propriétaires d’immeubles locatifs qui sont confrontés à un taux de vacances élevé à Sherbrooke.

« Y’a 6 % de votre compte de taxes, cette année et encore pour cinq ans, qui sert à payer les déficits des caisses de retraite. Comment irez-vous chercher le rendement actuariel minimal de 6,25 % qui est nécessaire, sans creuser davantage les déficits », a demandé le maire Bernard Sévigny lors du débat de la Chambre de commerce.

L’inquiétude du maire est légitime et sans doute partagée par les contribuables qui financent ces emprunts improductifs ainsi que par les employés municipaux eux-mêmes, puisqu’ils sont maintenant responsables de la moitié des déficits.
« Nous ne demandons pas de tout investir dans le logement social, mais d’y consacrer de 3 à 5 % », a précisé Mme Pigot.

Si cette proposition avait été mieux ficelée, expliquée à l’avance pour être mieux comprise, elle pourrait être soumise à l’épreuve des faits avec le dossier fétiche du maire Sévigny.

« Je suis allé à Montréal pour rencontrer le Fonds immobilier de la FTQ qui est un partenaire privilégié », a une fois de plus mis en évidence le maire Sévigny, pour justifier l’exclusivité accordée au consortium complété par SherWeb et le Groupe Custeau, qui a charge de la conception et de la construction des premières composantes de Well inc.

L’essentiel du portefeuille du Fonds immobilier de la FTQ est constitué d’épargnes individuelles de retraite, non? Comme celui-ci doit livrer le meilleur rendement possible à ses actionnaires, son intérêt est proportionnel au potentiel de rendement des projets, on s’entend.

La Caisse de dépôt est propriétaire à 50 % du Carrefour de l’Estrie depuis 2013 avec l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada. Prenons-nous pour acquis qu’elle n’aurait aucun intérêt pour l’opportunité d’affaires que semble constituer Well inc. ?

En supposant qu’elle puisse en avoir, la caisse de retraite des employés municipaux de Québec serait susceptible de s’enrichir avec la revitalisation de la rue Wellington Sud. Depuis l’an dernier, le maire Régis Labeaume et l’ensemble de ses syndicats ont confié un bas de laine de 2 milliards à la CDPQ. Au moment où ces transferts de fonds ont été effectués, la Ville de Québec et ses 9500 employés cotisants anticipaient des économies de 22 M$ (l’équivalent de 1 % sur les investissements) avec la réduction des coûts de gestion et l’augmentation de la rentabilité des placements.

Dans la ville où le monstrueux déficit des caisses de retraite a coûté l’équivalent « de huit arénas payés comptant » (l’analogie du maire Sévigny), le virage de la Ville de Québec a-t-il été à tout le moins examiné? Avons-nous évalué si les Sherbrookois pourraient retirer des avantages d’un partenariat avec la CDPQ, pour la gestion de nos avoirs comme pour lever Well inc. avec une partie de la caisse des employés municipaux de Sherbrooke en visant à faire de l’argent avec notre argent?

Oui, le Fonds immobilier de solidarité de la FTQ est un bailleur de fonds dynamique et crédible. C’est une valeur sûre.

Mais l’engagement de l’administration Sévigny à occuper la totalité d’un immeuble de 70 000 pieds carrés en y regroupant des organismes de développement assurera des revenus de location stables et fiables. De même, les besoins urgents d’espaces pour une autre phase d’expansion d’une compagnie qui a le vent dans les voiles comme SherWeb ajoute aux acquis suggérant une rentabilité quasi immédiate du projet. À ces conditions, d’autres s’y intéresseraient c’est sûr, et peut-être même sans qu’il soit nécessaire de prendre de taxi et de sortir de la ville.

Maintenant que son débat chronométré obligeant à des réponses assez superficielles est passé, il ne serait pas superflu que la Chambre de commerce ose une ou deux questions à développement.