Invité à choisir le contexte de la photo traduisant le mieux son passage à la direction générale de la Ville de Sherbrooke, Yves Vermette a opté pour une poignée de main avec un employé sur le terrain, Sébastien Ménard, croisé par hasard au parc du Marché de la gare.

Le général quitte en saluant ses troupes

CHRONIQUE / Yves Vermette a eu des pincements au cœur cette semaine. L’heure de la retraite a sonné pour l’ancien militaire ayant occupé le poste de directeur général de la Ville de Sherbrooke au cours des cinq dernières années.

Entre le maintien de la paix en Bosnie et de l’harmonie à l’hôtel de ville de Sherbrooke, laquelle des deux missions a été la plus exigeante?

« La première est plus risquée, mais nous y sommes mieux préparés. La seconde s’est avérée plus compliquée que je ne l’avais imaginé. Je bouillais certains soirs à entendre des élus exprimer en public le contraire de ce qu’ils avaient dit en privé. J’ai encore le plus grand des respects pour les politiciens, mais je serais incapable de jouer des games allant à l’encontre de mes valeurs », retient le gestionnaire au parcours atypique.

Ne percevez ni déception ni regrets, M. Vermette ne part pas dans l’amertume. Au contraire, il quitte avec le sentiment d’avoir exercé ses responsabilités avec passion ainsi qu’avec le souci de mettre en valeur le même sens de l’engagement dans l’organisation municipale.

« Au 1er avril dernier, la cible d’économies récurrentes de 11 M$ fixée dans le plan d’optimisation avait été atteinte à 99 pour cent. Nous visions à supprimer la moitié des postes libérés par des départs à la retraite; le résultat réel est de 57 pour cent. Au-delà de la commande ponctuelle de réduction des coûts, je suis heureux d’avoir instauré une culture d’amélioration continue en impliquant le personnel dans chacune des unités administratives. La cohésion est aussi fondamentale dans une Ville qu’au sein d’une armée », estime celui qui avait été responsable de la brigade du déneigement, notamment lors de la mémorable tempête du 14 février 2007.

Est-ce en répondant aux attentes de l’ex-maire Bernard Sévigny que vous avez rendu possible le gel de taxes que son successeur Steve Lussier a offert cette année aux Sherbrookois?

« Malgré certaines réticences, nous avons respecté le cadre budgétaire que nous a demandé M. Lussier. Par contre, je vous le dis candidement, un gel de taxes, ça paraît bien, c’est le fun pour les citoyens. Mais le manque à gagner qui se crée lorsque le gros de tes revenus stagne pendant que les salaires augmentent de 2 pour cent, ça complique les choses pour les années suivantes... »

Voilà la franchise qui caractérise Yves Vermette. L’authenticité qu’il a toujours promise et avec laquelle il est passé à travers la rationalisation sans essuyer de reproches de s’être comporté en petit colonel.

« J’étais parmi les soldats de l’OTAN qui ont eu à veiller à l’application du traité de paix signé en Bosnie-Herzégovine, en 1995. Nous étions la grosse police qui avait à désarmer les belligérants. C’était un travail sous tension, avec le risque constant d’être piégé. Que ce soit dans un contexte tendu comme celui-là comme dans n’importe quel autre conflit, sans la confiance des autres, vous n’avancez à rien. »

Le filtre des opinions disparaît dans un autre dossier.

« Je suis prêt à ce que vous me confrontiez dans quelques années face à ce que je vous dis aujourd’hui : la loi 15 (NDLR Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestation déterminées du secteur municipal) a créé des attentes qui ne seront pas rendues. Les tribunaux vont invalider cette loi. Je ne m’étais pas privé de le dire au maire Sévigny du temps où il présidait l’Union des municipalités du Québec. Sauf que comme mandataire du conseil municipal, j’avais un rôle d’exécutant. Bien que les accords n’aient pas encore été dévoilés, les ententes de principe sont signées à Sherbrooke pour le partage des responsabilités des caisses de retraite », précise-t-il.

Outre la réforme de la gouvernance et le plan d’optimisation, Bernard Sévigny a également eu en Yves Vermette un allié convaincu dans le dossier Well inc.

Le premier fonctionnaire de la Ville admet cependant s’être retrouvé à cheval sur la ligne politique après les élections de novembre en ayant eu à défendre la valeur des études que le nouveau maire Steve Lussier refusait de cautionner.

« Nous avions reçu du précédent conseil le mandat de la mise en œuvre du concept développé par M. Sévigny, puis nous nous sommes retrouvés en face de critiques pour un projet de fonctionnaires!

« Il n’était pas étonnant que M. Lussier ne soit pas le plus enthousiaste, mais d’autres élus qui avaient précédemment appuyé le concept ont aussi mis les brakes. La campagne les a rendus nerveux, hésitants et discrets. Il y a eu à ce moment-là un manque évident de leadership politique. En plus d’avoir été une situation inconfortable, ce fut très décevant. Pas pour moi, car je n’avais aucun intérêt personnel. Mais un investissement privé de 50 M$ dans un projet structurant, ça ne se présente pas souvent à Sherbrooke. »

Le départ de M. Vermette n’a aucun lien avec l’arrivée de Steve Lussier à la mairie.

« Je n’ai pas ménagé les efforts et le temps pour aider M. Lussier à s’acclimater rapidement. Il m’a proposé un renouvellement de contrat. Mais à 60 ans, je veux me consacrer à ma famille à qui j’ai imposé pas mal de sacrifices. Ma carrière de militaire a impliqué 13 déménagements en 21 ans. Ma fille Angèle et mon fils Jasmin ont effectué leur niveau primaire dans six écoles différentes. »

Quelle photo illustrerait le mieux le sentiment qui vous habite?

« Une poignée de main avec un employé sur le terrain », a spontanément suggéré Yves Vermette.

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés au Marché de la gare en présence de Sébastien Ménard et de quelques autres cols bleus de la division des parcs et espaces verts.

« Bravo, vous travaillez fort et bien. Auparavant, nous n’étions que des installateurs de modules de jeux. Nous avons fait le bon choix en utilisant les économies générées par l’abolition d’un poste de cadre supérieur pour créer une équipe spécialisée planifiant des aménagements de bon goût et de qualité dans nos parcs. C’est apprécié des Sherbrookois ça les rend fiers de leur ville. »

Le dernier salut de l’ex-directeur général a été celui d’un militaire, dans la tradition suivant laquelle les officiers servent le repas de Noël aux soldats pour leur exprimer gratitude et reconnaissance.

Le modèle duquel Yves Vermette s’est inspiré pour instaurer le déjeuner de début d’année ayant remplacé le party de Noël, qui avait été l’occasion chez certains groupes de ventiler les frustrations en boycottant ce rendez-vous.

« Je suis un gars de solution, proche de son monde, et persuadé que les grands changements commencent par de petites attentions. »