L’exemple concret de la rénovation de la gare du Dépôt, devenue le berceau de la microbrasserie Siboire opérant aujourd’hui un deuxième restaurant à Sherbrooke et une succursale à Montréal est moins tape-à-l’œil qu’une cagnotte fiscale calculée sur un demi-siècle. Mais il illustre aussi efficacement l’effet d’entraînement recherché avec la revitalisation.

Le dynamisme sans artifices

CHRONIQUE / Les changements climatiques ont décidément des répercussions sur tout, y compris la politique. Nous sommes passés en une soirée du désert à un déluge d’information, avec plus de 400 pages d’études sur Well inc. Si c’était tombé en neige, on viendrait de revivre la tempête de la Saint-Valentin!

C’est pour déblayer le chemin que la Ville a produit sept fiches thématiques comme comptes-rendus de réflexions auxquelles de nombreux acteurs du centre-ville de Sherbrooke ont participé dans le passé ainsi que d’analyses plus récentes réalisées par des consultants externes. Il s’agit d’information utile pour imaginer ce à quoi le secteur de la rue Wellington Sud pourrait ressembler à court et moyen termes.

Par contre, pas besoin d’être un 400 Watts ou le pogo le plus dégelé de la boîte pour déceler des zones d’ombre dans ces documents. La quantité d’information peut également être source de confusion.

Le rappel, à titre indicatif, que quelque 382 M$ ont été investis sur le territoire du centre-ville de Sherbrooke entre 1999 et 2010 (89 M$ par la Ville, 108 M$ par Québec et Ottawa et 185 M par le privé) sert à illustrer que chaque dollar investi par le public a été générateur de capitaux privés équivalents. La Ville est-elle de la même façon capable de démontrer, chiffres à l’appui, que ces investissements colossaux ont été remboursés à même ses nouveaux revenus?  

C’est une information que nous n’avons pas, m’ont tour à tour répondu le maire Steve Lussier et le directeur général de la Ville, Yves Vermette. Ce dernier m’est revenu avec un tableau sommaire loin du compte à compte.

On nous lance des chiffres mirobolants en anticipant sur 50 ans les revenus fiscaux de 71 M$ que pourraient rapporter à eux seuls les deux édifices de Well inc. On nous annonce également un retour sur investissement après 35 ans. Sans toutefois pouvoir fournir le « réel » de nos précédents placements, un principe comptable pourtant assez élémentaire.  

Même en poussant l’analyse à fond, l’administration Lussier ne parviendrait pas à nous démontrer une rentabilité absolue des investissements du passé. La raison est fort simple., le modèle conventionnel de développement des villes n’est plus viable. Même pas sûr qu’il l’ait déjà été.

Le développement engendre inévitablement de nouvelles dépenses directes et indirectes pour une Ville et celles-ci ne peuvent être financées seulement à partir de l’impôt foncier. M. Lussier n’a pas mis de temps d’ailleurs à prendre la relève de ses prédécesseurs Bernard Sévigny et Jean Perrault dans la cabale des maires réclamant des gouvernements supérieurs de nouvelles sources de revenus. Ce serait un peu maladroit de sa part de se tirer dans le pied en affirmant le contraire pour Well inc.

D’autre part, les pronostics de rentabilité véhiculés par la Ville n’identifient qu’une partie des dépenses. La Ville met en évidence « une augmentation conservatrice de 400 000 $ à 500 000 $ par année des revenus générés par les stationnements », mais aucune dépense d’exploitation ou d’entretien n’est annoncée dans les fiches d’information pour son parc de stationnement qui triplerait de superficie. Idem pour sa future place publique.

De la même façon, « l’énoncé conceptuel du futur plan d’aménagement du secteur Wellington Sud » annonce la réouverture de la rue du Dépôt à sens unique vers la rue King, ce qui impliquerait le déplacement du terminus des autobus urbains. Aucune allusion aux déboursés qui pourraient en découler.

« Nous y travaillons. Nous convenons que les études rendues disponibles sont incomplètes, elles seront évolutives », répond à ce sujet le directeur Vermette tout en confirmant que les 3 M$ déboursés pour acquérir les propriétés à transformer sur la rue Wellington Sud n’ont pas été inscrits dans le chiffrier.

Les gestionnaires municipaux risquent de s’empêtrer à essayer de vendre la rentabilité en se rabattant sur des chiffres épurés. Les 29 M$ investis autour du lac des Nations dans le cadre de la Cité des rivières ou le poste de police de 15 M$ construit en retrait du plan d’eau ont-ils eu un impact significatif sur le centre-ville? Ils sont pourtant parmi les investissements recensés dans le palmarès 1999-2011 précédemment évoqué.

L’exemple concret de la rénovation de la gare du Dépôt, devenue le berceau de la microbrasserie Siboire opérant aujourd’hui un deuxième restaurant à Sherbrooke et une succursale à Montréal est moins tape-à-l’œil qu’une cagnotte fiscale calculée sur un demi-siècle. Mais il illustre aussi efficacement l’effet d’entraînement recherché avec la revitalisation.

Je souscris depuis le début au concept général de Well inc. et je demeure persuadé que la pire des options serait de réinjecter presque 10 M$ pour retaper un stationnement en fin de vie qui n’apporterait aucune valeur ajoutée au centre-ville. Chercher ensemble les fils conducteurs qui nous mèneront aux conditions de faisabilité, n’importe quand. Mais pas n’importe comment.

Les dirigeants municipaux seraient avisés de se tenir loin du danger. Ils devraient laisser aux maîtres-artificiers de la Fête du lac le soin de nous éblouir en lançant des bombes pyrotechniques dans le ciel de Sherbrooke.