Les caquistes admettent que des contrôles puissent être efficaces en se référant au numéro de série du fabricant et sans spécification de la longueur du canon dans la fiche d’immatriculation.

Le discernement au lieu du bazooka

CHRONIQUE / Que pensez-vous du flair du chien pisteur ayant écrit la semaine dernière que François Legault et son gouvernement ne se porteraient pas garants de la Loi sur l’immatriculation des armes à feu sans y soustraire quelques-unes des aberrations libérales?

Les caquistes ont attendu que leur chef soit à l’étranger, loin des contradictions, pour effectuer un pas de côté sans reculer, comme je l’anticipais dans ma dernière chronique sur le sujet.

Ils se rendent notamment à l’évidence que l’obligation de signaler systématiquement le changement de lieu d’entreposage d’armes de chasse déplacées temporairement risquait fort d’occasionner une lourdeur bureaucratique sans que cette information ponctuelle soit vraiment utile afin d’assurer la sécurité des Québécois.

Or, si les coûts explosent comme ce fut le cas à Ottawa, c’est l’actuel gouvernement qui sera pris pour cible. Se projetant probablement au pouvoir pour au moins deux mandats, celui-ci s’est montré plus soucieux du dérapage qui pourrait causer de lourds dommages à son image. Le gouvernement Legault s’accommode donc, lui autant que les propriétaires d’armes sportives, en proposant le retrait de cette futile obligation.

Les caquistes admettent également que les agents de la paix peuvent être efficaces lors de contrôles sur le terrain en se référant seulement au numéro de série du fabricant et sans la spécification de la longueur du canon dans la fiche d’immatriculation. Un autre effort louable de discernement.

En glissant habilement en conférence de presse que « son gouvernement agissait différemment », la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a démontré que les caquistes saisissent l’occasion pour se démarquer de l’approche de bulldozer ayant caractérisé le passage de Philippe Couillard à la tête du gouvernement québécois.

La présence aux côtés de la ministre Guilbault de représentants deux des groupes de pression aux visions opposées appuyait sa prétention. Même si la porte-parole de l’organisme Polytechnique se souvient, Heidi Rathjen, et le directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, Alain Cossette, ne seront jamais sur la même longueur d’onde sur la nécessité d’immatriculer les armes, les deux ont démontré diplomatie et respect en acceptant cette invitation.

Les partis d’opposition émettant eux aussi des avis favorables aux modifications annoncées, les procédures parlementaires pourraient se dérouler à vitesse accélérée.

Qu’en sera-t-il de nos nouveaux représentants à l’Assemblée nationale?

« Nous n’avons pas encore reçu d’indication à savoir s’il y aura vote libre ou pas. Pour un, je ne serais pas surpris que cela conduise à une décision unanime au sein de notre gouvernement », croit le député caquiste de Mégantic, François Jacques.

Ce dernier n’ose cependant prédire la réaction des chasseurs de sa circonscription, qui ont été nombreux à lui communiquer leur irritation ces dernières semaines. Sur son territoire, le conseil municipal d’East-Angus a également exprimé sa dissidence.

« J’espère que les gens percevront au moins le souci de rapprochement », répond le député Jacques.

Son collègue d’Orford, Gilles Bélanger, a récemment réagi à une décision semblable des élus du Canton de Potton en émettant une position tranchée en faveur d’un contrôle plus serré des armes dans la province. M. Bélanger précisait alors que sa conjointe Sarah Bouchard étudiait à l’École polytechnique et se trouvait dans l’institution lorsque le tueur Marc Lépine s’est livré à un carnage en ciblant des femmes.

J’ai tenté de savoir si le député Bélanger souscrit aux amendements proposés par son parti, sans toutefois avoir obtenu de retour d’appel. La caution morale que la ministre Guilbault a obtenue du groupe créé en mémoire des victimes facilitera sans doute sa réflexion.

L’initiative gouvernementale élargit quelque peu le consensus, mais la confusion entretenue depuis des années demeure une brume très épaisse. Pour autre preuve, l’héritier de longue date d’un fusil de chasse qu’il n’a que peu utilisé m’a exprimé sa fierté d’avoir complété la procédure d’immatriculation provinciale, convaincu qu’il pouvait maintenant dormir sur des deux oreilles.

En as-tu profité pour vérifier la date d’expiration de ton permis fédéral de possession et d’acquisition d’arme à feu qui est renouvelable aux cinq ans?

« Mon quoi? Là, tu m’embêtes... Je n’ai pas la moindre idée où ai-je pu ranger ce permis et je n’ai pas souvenir non plus d’avoir reçu un avis de renouvellement », a sursauté cette connaissance.

Le manquement au devoir d’immatriculation d’une arme à feu au Québec est passible d’une amende, une sanction pénale au même titre que l’infraction d’avoir roulé sur une voie publique avec un véhicule sans plaque d’immatriculation valide.

Toutefois, quiconque est trouvé en possession d’une arme à feu sans certification valide s’expose à des accusations criminelles dont les conséquences peuvent être plus graves. Or, c’est une obligation qu’Ottawa n’a jamais suspendue ni même remise en question.

Le fourre-tout du contrôle des armes est un méchant bordel.