Thierry Kayitana a entraîné l’an dernier l’équipe de basketball des filles de deuxième et de troisième secondaires, il s’est retrouvé devant 10 élèves qui avaient juste le goût d’être ailleurs sans trop savoir où.

Le diplôme et la médaille

CHRONIQUE / Pas d’efforts à l’école, pas de basket.

Simple de même.

On réfléchit beaucoup à l’école ces temps-ci, on va voir ailleurs ce qui se fait, on a même mis un architecte et un cuisinier sur le dossier.

À l’école secondaire de Vanier, qui était une des pires de Québec, on a mis les entraîneurs dans le coup. On s’est arrêté deux minutes, on a bien vu que ce qui tenait les jeunes, souvent, c’était le sport. On s’est dit qu’on allait se servir du sport pour que les jeunes se prennent en main.

Le programme Le diplôme avant la médaille, DAM pour les intimes, en est à sa sixième année.

Le taux de décrochage est passé de 54 % à 27 %.

Thierry Kayitana a entraîné l’an dernier l’équipe de basketball des filles de deuxième et de troisième secondaires, il s’est retrouvé devant 10 élèves qui avaient juste le goût d’être ailleurs sans trop savoir où. Du lot, quatre parlaient très peu français, pas assez pour comprendre Thierry.

La majorité était en situation d’échec.

«Au début, quand je suis arrivé, elles me traitaient un peu comme un suppléant. Elles confrontaient mon autorité, elles me testaient. Je m’attendais à ça. Je devais faire une équipe avec elles, ça n’allait pas être facile.» Il avait six mois pour y arriver, à raison de deux pratiques et d’un match par semaine.

Il a dû, parfois, hausser le ton. Et se faire respecter. «J’avais lu une entrevue de Glen Constantin, il disait qu’un coach doit accepter de ne pas être aimé, que son but est d’être respecté. Ce que ça veut dire, c’est qu’on ne prend pas des décisions pour être cool, mais en pensant à l’équipe. J’insistais beaucoup sur la ponctualité, le langage et la politesse, ce n’était pas très populaire...»

Mais essentiel.

Il a dû, surtout, créer une chimie qui n’existait pas. «Il y a eu des clashs entre certaines filles, il y en a qui sont venues me voir pour me dire qu’elles voulaient abandonner, qu’elles n’arrivaient pas à sentir unetelle. Je leur disais, va au moins jusqu’au bout de la saison et tu verras après.»

Si au moins on gagnait des matchs, se disait Thierry. 

Et un moment donné, ça a fait comme dans les films, les filles en ont gagné un. Et un autre. «Le vent a tourné autour de la fin février, début mars. Les filles étaient plus disciplinées, leur attitude a changé. Il y a eu plein de petits miracles sur le terrain. Elles avaient l’impression de faire partie de quelque chose, elles ont développé un sentiment d’appartenance.»

Et, c’est là le pari du DAM, leurs notes ont monté. Elles ont travaillé plus fort avec leurs tuteurs pour avoir plus de temps de jeu. «Il faut qu’elles fassent signer leurs travaux par les profs et le cahier de suivi par les tuteurs. Si, par exemple, t’as juste vu un prof, tu joues le quart du match. Si t’as vu tous les profs, tu joues tout le match. Si tu ne vas pas à ta rencontre avec le tuteur, tu ne joues pas. C’est hyper renforcé. Les jeunes le faisaient, elles avaient envie de jouer.»

Thierry n’était pas «juste» un coach. «J’avais accès aux dossiers des élèves. J’ai même participé aux rencontres des parents avec les professeurs, je sentais que je faisais partie de la solution.»

Des 10 filles un peu perdues du début, certaines se sont métamorphosées. «J’ai vu des transformations incroyables. Il y a une fille qui était vraiment introvertie, elle est devenue ouverte aux autres, articulée, confiante en elle. J’ai bon espoir que plusieurs des filles que j’ai coachées vont avoir leur diplôme d’études secondaires.»

Ce sera leur vraie victoire.

Thierry est bien placé pour le comprendre.

Né au Burundi en 1983 de parents qui ont fui la guerre du Rwanda, le petit Thierry est arrivé à Québec à trois ans. «J’ai grandi dans les HLM de Bardy. J’ai appris à jouer au basket à cinq ou six ans, j’étais le petit gars sur le bord du terrain... Je jouais avec des adultes, le basket était le centre de mon univers.»

Pas l’école. 

«Je n’avais pas la tête à étudier, j’étais toujours dans la lune. Je n’avais pas des super bonnes notes, surtout au secondaire. Quand ça allait mal à l’école, mon coach me disait d’aller chercher de l’aide, mais je n’y allais pas. Je ne pensais qu’à mes performances sportives, pas à mon avenir.»

Il ne savait pas, alors, que l’avenir peut être aussi brillant qu’une médaille.