Sa personnalité effacée ne révélait pas son envergure au premier contact, mais il n’était pas nécessaire de multiplier les rencontres avec Jacques Madore avant d’apprécier son discernement et sa capacité d’analyse.

Le diplomate du front politique

CHRONIQUE / Les éloges à l’endroit de l’ex-préfet de la MRC de Coaticook, Jacques Madore, n’ont rien d’exagéré et ce ne sont pas que les hasards de la vie qui ont élevé cet ancien militaire au rang de maire dans le village le plus élevé en altitude au Québec : cet homme voyait loin!

La personnalité effacée du maire de Saint-Malo, décédé subitement la semaine dernière à l’âge de 60 ans, ne révélait pas son envergure au premier contact. Il n’était cependant pas nécessaire de multiplier les rencontres avec M. Madore pour apprécier rapidement son écoute et sa capacité d’analyse.

Son leadership tranchait avec celui de politiciens enflammés ayant déjà représenté Coaticook et ses communautés environnantes. En cela, vous avez probablement reconnu le profil de l’ex-maire André Langevin ou d’un ex-préfet, Michel Belzil, deux coqs au caractère fort qui n’ont d’ailleurs pas toujours fait très bon ménage dans le poulailler.

Ne sortez-vous pas d’une école formant des petits colonels, avais-je d’ailleurs badiné avec le préfet Madore un jour où nous discutions de son attrait pour le sport extrême qu’est la politique après sa carrière de presque 30 ans dans les Forces armées canadiennes.

« Le désir de servir peut s’exprimer de différentes façons », m’avait-il répondu avec la simplicité qui le caractérisait.

« Jacques était un homme rigoureux, réfléchi et animé d’une vision constructive. Une fois convaincu de la direction à prendre, il avançait avec détermination et était un allié jusqu’au bout », garde en souvenir le préfet de la MRC des Sources, Hugues Grimard.

M. Madore a pris sa retraite comme militaire et est sorti du front politique sans blessure sévère.

« Nous, politiciens, sommes exposés aux reproches de placer nos intérêts personnels avant ceux de la collectivité. Je suis persuadé qu’il n’y a jamais eu la moindre insinuation du genre à propos de Jacques Madore. On le sentait à l’écoute, toujours intéressé, il travaillait pour la cause », ajoute le préfet de la MRC Memphrémagog, Jacques Demers.

Un style qui ressemblait à s’y méprendre à celui de Yves Vermette, l’ex-directeur général de la Ville de Sherbrooke qui est à la retraite depuis l’été dernier et qui avait aussi un parcours de militaire. Si vous vous souvenez, comme photo de chronique pour saluer son départ, M. Vermette avait choisi une poignée de main avec un col bleu.

« Bravo, vous travaillez bien », l’avait-il félicité. Puis, en regagnant son auto, l’ex-officier avait ajouté : « Je suis un gars de solution, proche de son monde, et persuadé que les grands changements commencent par de petites attentions ».

C’était le préfet Jacques Madore tout craché!

« Je reconnais le modèle. Oui, il y a des officiers qui, ultimement, donnent les ordres devenant la ligne de commandement. Mais si vous n’avez pas été suffisamment à l’écoute de vos unités qui sont sur le terrain et que vous foncez dans l’improvisation, vous mettez tout le monde en danger. À commencer par vous! Même chose lorsque vous essayez d’apaiser les tensions entre deux camps ennemis : la confiance que vous obtenez de l’un et de l’autre est votre seule défense efficace. La dernière chose à faire est de blâmer en élevant la voix. Les dirigeants doivent avoir des arguments solides et crédibles quand ils expliquent pourquoi le bateau doit tourner à gauche ou à droite. Le niveau de préparation n’est pas le même chez tous les politiciens », relève Rémi Landry, un ancien militaire aujourd’hui professeur associé à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Le choc qu’encaisse la bourgade de 500 âmes à Saint-Malo à la suite du décès de son maire n’est pas sans rappeler la consternation de février 2011, quand une de ses légendes communautaires et sportives, René Mongeau, avait été terrassée par une crise cardiaque durant un match de hockey bottines.

« Bien que Jacques et René œuvraient dans deux univers très différents, ils étaient tous les deux très appréciés. Qu’ils aient connu la même fin précipitée nous ébranle », admet Daniel Blouin, qui était un proche de M. Mongeau et qui est un citoyen reconnaissant de l’engagement de M. Madore.