Le dynamitage sur la rivière Rideau est une situation bien connue par les citoyens originaire du secteur.

Le bruit du printemps

CHRONIQUE / Ce «BOOM !» est le plus beau bruit de l’année. Dans mon enfance, cette détonation n’était rien de moins qu’une explosion de joie.

J’approchais les portes de l’épicerie, samedi dernier, lorsque le tout premier «BOOM !» de l’année s’est fait entendre, faisant vibrer les fenêtres de tous les bâtiments situés un kilomètre à la ronde. Les gens ont figé. Ils ont levé la tête, puis regardé au loin tentant de voir ce qui aurait bien pu causer ce bruit inhabituel et presque assourdissant.

J’ai souri.

(Retour à la maison).

«T’as entendu le bruit tantôt, Denis ?

—Bien sûr. N’est-ce pas merveilleux ?

—Merveilleux, dis-tu !? Je crois qu’un avion s’est écrasé sur le Parlement.

—T’as la mémoire courte, Manon. Ça fait quelques années que nous sommes revenus à Vanier, tu devrais te souvenir ce que signifie ce bruit.

—Ah oui. J’oubliais. La dynamite.

—C’est ça. Ce «BOOM !» signifie que le printemps est à nos portes. La Ville d’Ottawa a débuté le dynamitage de la rivière Rideau et ce n’est pas le dernier «BOOM !» que nous entendrons. Ils en ont pour quelques jours et ce dynamitage est synonyme de printemps, de la saison de baseball qui commence bientôt, de la fonte des neiges, du changement d’heure, des érables qui coulent et bientôt de l’été !

—Nous ne sommes qu’en début mars, Denis. L’hiver n’a pas dit son dernier mot.

—Sûrement pas. Mais ce «BOOM !» est comme un uppercut et que l’hiver est dans les câbles, les genoux pliés.

—Si tu le dis, Ali. Mais s’ils font sauter la glace pour réduire le risque d’inondations au printemps, on devrait faire la même chose sur la rivière des Outaouais. Ça réglerait une partie du problème.

—J’en doute. Je ne suis pas expert en dynamitage Manon, mais je crois qu’ils auraient besoin de 1000 fois plus de bâtons de dynamite pour faire sauter la glace de la rivière des Outaouais. Elle est beaucoup plus large que la rivière Rideau. Et je suis pas mal certain que les experts se sont penchés sur la question et qu’ils ont conclu que de dynamiter la rivière des Outaouais ne donnerait pas grand-chose, sauf du bruit inutile et des Gatinois en beau fusil.

—Les Gatinois ne sauteraient pas de joie, quoi.

—C’est pour quand tes débuts au festival Juste pour rire, Manon ?

—Bientôt, bientôt. Mais t’as raison, c’est vrai que la rivière Rideau est très étroite.

—Étroite ? Il y a certains endroits où je pourrais la traverser en nageant à reculons.

—Essaie-le pas Denis, d’accord ?

—D’accord. Mais c’est vrai. D’ailleurs, quand j’étais enfant, mes amis et moi la traversions à pied. Il y a un endroit pas loin d’ici où tu peux la traverser en marchant sur des rochers plats et c’est à peine si l’eau atteint tes chevilles.

Je t’emmènerai à l’été. Il faut être prudent, les roches sont très glissantes. Mais on y allait souvent la traverser l’été pour aller jouer dans le parc Strathcona, de l’autre côté.

—Et vos parents vous laissaient faire !?

—Nos parents !? L’été, on sortait de la maison à 9 h le matin et pourvu que nous étions de retour pour souper, ils ne posaient pas tellement de questions.

—Les temps ont changé…

—Mets-en. Si des enfants faisaient ça aujourd’hui, ils seraient attendus de l’autre côté de la rivière par des travailleurs sociaux de la Société de l’aide à l’enfance.

—Et ce serait une bonne chose.

—Sûrement. Mais dans ma jeunesse, cette rivière était souvent notre terrain de jeu.

—Ça ne prenait pas grand-chose pour vous rendre heureux, si je comprends bien.

—Non. Un peu d’eau l’été, un tas de feuilles mortes l’automne, et une patinoire l’hiver.

—Et au printemps ?

BOOM!!

—Juste ça suffisait.»