Simon Girard, professeur en génétique humaine au Département des sciences fondamentales de l’UQAC, a prononcé une conférence sur la biologie humaine et le bonheur, vendredi.

Le bonheur est dans l’ADN

CHRONIQUE / « Pourquoi il y a des gens heureux et d’autres qui ne le sont pas ? », demande Simon Girard, professeur en génétique humaine au Département des sciences fondamentales à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), lors de sa conférence portant sur la biologie humaine et le bonheur.

« Est-ce que l’argent fait le bonheur ? », ose-t-il demander. « Ça aide », entend-on comme réponse dans la salle.

« Les données qu’on a démontrent que l’argent fait le bonheur. Plus les pays possèdent de la richesse, plus l’indice de satisfaction est élevé chez la population. Là ,on parle de pays, pas d’individus », précise le professeur, qui ne veut pas qu’on dise qu’il a dit que l’argent fait le bonheur... même s’il l’a dit.

Au début de la conférence, tenue vendredi, il a démontré que tous les indices du bonheur ont augmenté depuis les 100 dernières années. La qualité de vie s’améliore, il y a moins de pauvreté, le taux de mortalité à cause des guerres a diminué et le taux de bonheur augmente.

Combien de bonheur avez-vous ?

« On ne peut pas quantifier le bonheur. On ne peut pas vous demander combien vous êtes heureux sur une échelle d’un à dix, comme on le fait parfois pour la douleur. Même si tous les indices du bonheur sont en augmentation depuis 100 ans, le taux de suicide, lui, est demeuré le même », démontre le conférencier, à l’aide de tableaux et de statistiques.

« Même si l’environnement et la vie s’améliorent, il y a une partie du bonheur qui est biologique. Tout ce que vous êtes aujourd’hui est encodé dans vos gènes. C’est l’ADN qui détermine pourquoi il y a des personnes grandes et des personnes petites. À savoir pourquoi il y a des gens heureux et des gens malheureux, ça pourrait être en partie pour des bases biologiques », énonce le docteur en génétique.

« Il serait simpliste de penser que le bonheur est l’affaire d’un seul gène. Dans les recherches sur la génétique, on travaille souvent avec des jumeaux parce qu’ils sont identiques génétiquement. Pourquoi y en a-t-il un qui souffre d’une telle maladie et l’autre non ? On essaie de voir comment ça se passe dans les gènes », explique-t-il.

« On cherche à savoir si cette maladie d’un des deux jumeaux est causée par un gène ou par l’environnement », expose le professeur.

Simon Girard, professeur en génétique humaine au Département des sciences fondamentales de l’UQAC, a prononcé une conférence sur la biologie humaine et le bonheur, vendredi.

Simon Girard convient qu’il est difficile d’évaluer ou de chiffrer un indice du bonheur ou de construire une échelle d’évaluation. « On ne peut pas évaluer le bonheur en regardant le visage des gens. Le bonheur est-il égal au plaisir ? On parle plus de bien-être que de bonheur sur le plan scientifique », avance-t-il.

Il n’y a pas un seul gène du bonheur

« Le bonheur est une notion différente pour chacun, alors que le bien-être est plus facilement mesurable. On sait que le bonheur est lié à la longévité et que le bonheur est bon pour la santé. On sait maintenant que le bonheur est encodé dans nos gènes et qu’il n’y a pas qu’un seul gêne du bonheur », démontre le chercheur.

« Il y a des maladies qui sont héritables, comme l’asthme ou certains cancers, et bien la prédisposition au bonheur et au bien-être est aussi héritable. Elle peut avoir été transmise génétiquement par nos parents. Le bonheur n’est pas seulement lié à notre environnement, il est également génétique », affirme le chercheur.

En fin de conférence, Simon Girard présente un tableau illustrant des chromosomes où sont identifiés une quinzaine de gènes liés au bonheur. Il se pourrait, selon lui, que des gens vivant dans un bel environnement n’arrivent pas à être biologiquement heureux. « Ces gens-là ont un problème biologique ; ce ne sont pas des capricieux ou des chialeux. On aurait tendance à dire qu’il y a des gens qui se plaignent le ventre plein, car ils vivent dans un environnement enviable, mais en réalité, c’est qu’ils ne sont pas capables d’être heureux », fait ressortir le professeur.

Recherches sur la santé

Les recherches sur le bonheur sont donc très importantes, car ça peut être lié à différentes maladies mentales et à des troubles anxieux. « Alors, imaginez l’organisme qui donne des subventions pour faire de la recherche sur les maladies et qui reçoit une demande d’un chercheur qui veut faire des recherches sur des gens heureux et en santé », lance-t-il en souriant.

Le professeur risque de se faire répondre : « Y’a pas assez de gens malades dans la société que toi, tu veux faire des recherches sur du monde en santé. » « Heureusement, l’Organisation mondiale de la Santé a inclus le bien-être comme un objectif à atteindre dans la vie. On peut donc maintenant faire des recherches sur le bonheur », fait savoir le conférencier à son auditoire très attentif.

Il met en évidence le fait qu’il y a de plus en plus de gens qui vivent longtemps et en santé et que ça vaudrait la peine d’étudier sur la santé de ces gens. Ces recherches pourraient peut-être nous en dire autant sur la santé que les recherches sur les maladies.

« Il a été démontré que les religieuses vivaient plus longtemps et plus en santé que les femmes en général. Je ne pense pas que c’est à cause de leur génome, à moins qu’il existe un gène de religieuse », blague le généticien.

Peut-être pourrons-nous un jour modifier l’ADN pour aider des gens à être plus heureux...