Comme les autres grandes villes du Québec, et même mieux qu’ailleurs, Sherbrooke est parvenue au cours des trois dernières années à freiner le rythme de ses dépenses malgré les hausses salariales consenties aux employés municipaux.

Le bilan des paradoxes

CHRONIQUE / Sherbrooke décroche la médaille d’argent parmi les grandes villes du Québec pour le contrôle de ses dépenses dans le palmarès annuel du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal. Lévis, et Sherbrooke tout juste derrière, sont même à contrecourant puisque leurs dépenses par habitant ont légèrement baissé entre 2014 et 2016.

Cette étude externe comparant les administrations municipales arrive à un moment opportun pour Bernard Sévigny, soit à 48 heures des résultats d’un sondage qui seront publiés dans nos pages ainsi qu’à l’antenne du 107,7 Estrie, jeudi. La même journée, cette station radiodiffusera le débat de la Chambre de commerce de Sherbrooke.

Selon les chiffres auxquels les experts se sont référés – avec le souci d’éviter la distorsion du budget consolidé associant les revenus et les dépenses d’Hydro-Sherbrooke à ceux des activités municipales – le coût des services est passé de 238 à 242 M$ au cours des trois années de référence. Il s’agit d’une hausse de 1,6 %.

L’augmentation de la population au cours de la même période fait toutefois en sorte que lorsque réparties par habitant, les dépenses ont reculé de 29 $. En combinant les deux facteurs, les experts des HEC en viennent à la conclusion que la croissance des dépenses a été de 0 % à Sherbrooke. Dans les villes comparables, Lévis est à - 0,1 %, Saguenay à 2,0 % et Trois-Rivières à 2,4 %.

Les Sherbrookois sont toujours intéressés par ce qui se passe à Drummondville, dans cette communauté se situant parmi celles de 50 000 à 99 999 habitants et qui connaît un développement accéléré. Cette croissance a un prix puisque les dépenses de la ville ont augmenté de 5,6 % au cours des trois dernières années. Alors que Drummondville dépensait 228 $ de moins par habitant que Sherbrooke en 2014, cet écart n’était plus que de 83 $ à la fin de 2016, relève-t-on dans les comparables extraits des états financiers expédiés au Ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT).

Le contrôle serré exercé par l’administration Sévigny sur les dépenses n’a toutefois pas permis de ménager les contribuables sherbrookois, confirme ce palmarès. Sherbrooke a perçu l’an dernier 1236 $ en taxes par habitant, soit 6 % de plus que les 1164 $ prélevés en 2014. La fluctuation est la même à Trois-Rivières alors qu’elle se chiffre à 8 % pour Lévis et Saguenay.

À 1164 $ par habitant, les taxes municipales demeurent moins élevées à Drummondville qu’à Sherbrooke, mais l’écart rétrécit également de ce côté étant passé de 89 $ en 2014 à 72 $ à la fin de l’an dernier.

Toutefois, cette référence à la taxe par personne embellit le portrait pour les décideurs municipaux qui sont actuellement en campagne électorale, en particulier ceux des villes connaissant un accroissement de leur population supérieur à la moyenne.

Dans les faits, les hausses de taxes imposées par le conseil municipal de Sherbrooke ont totalisé près de 10 % en 2014, 2015 et 2016. De plus, comme les factures de taxes sont calculées sur la valeur des propriétés, sans égard au nombre d’occupants vivant sous le même toit, les adversaires de M. Sévigny ne se priveront pas de continuer à prétendre que le maire sortant est répondant de hausses de taxes de 12 % au cours de son second mandat. Ça reste vrai.

Autre paradoxe frappant, la Ville de Sherbrooke est parvenue à freiner drastiquement la croissance de ses dépenses sans recourir aux moyens légaux que le maire Sévigny n’a cessé de réclamer au cours des quatre dernières années pour mater les employés municipaux, en dépit des hausses salariales annuelles de 2 % que son administration a accordées à tous les groupes et malgré les 10,5 M$ versés cette année pour renflouer les caisses de retraite.

« Ce n’est pas propre à Sherbrooke. C’est ce qui s’est produit dans toutes les grandes villes du Québec alors que la croissance moyenne des dépenses ayant été de 5,1 % entre 2010 et 2013 a été ramenée à 1,1 % au cours du mandat qui s’achève. C’est radical comme changement. Ça doit être que quand on veut, on peut... », relève le directeur de l’équipe de recherche Robert Gagné.

La baisse de rentabilité d’Hydro-Sherbrooke en raison des nouveaux tarifs appliqués par Hydro-Québec a ajouté à la complexité à Sherbrooke. Rappelons que la contribution du réseau d’électricité aux opérations de la Ville est passée de 23 M$ en 2016 à moins de 18 M$ dans les prévisions budgétaires de 2017. Si l’automne doux qui se prolonge nous fait vraisemblablement économiser sur le chauffage, ça risque d’être le contraire sur les factures de taxes municipales qui nous seront livrées en janvier.