Parrain de la loi provinciale assurant un financement public aux partis municipaux, l’ex-ministre péquiste Sylvain Gaudreault ne voit pas de « dommages collatéraux » chez les candidats indépendants, qui n’ont pas droit à cet argent. Cette photo de M. Gaudreault ayant été prise au moment où il était venu appuyer la protection du mont Hereford, le député de Jonquière se réjouit par ailleurs de la victoire citoyenne ayant poussé Hydro-Québec à accepter l’enfouissement.

Le beurre et l’argent du beurre

CHRONIQUE / La cadette du nouveau conseil municipal de Sherbrooke, Évelyne Beaudin, a essuyé de sévères remontrances après avoir manifesté le désir de sa formation de se constituer un cabinet politique avec des fonds municipaux. La somme de 330 000 $ réclamée pour épauler une seule conseillère du parti Sherbrooke Citoyen a été décriée par d’autres élus, dont le maire Steve Lussier.

La requérante n’a pas attendu que l’indignation se répande dans toute la ville, après avoir défendu lundi soir le bien-fondé de la démarche, Mme Beaudin a offert quelques heures plus tard de partager « plus de la moitié de son budget avec les autres conseillers et conseillères qui sont désavantagés par la loi ».

Pour cerner les enjeux de ce débat, il faut reculer dans le temps. Les services administratifs à la mairie de Sherbrooke ont été assurés par des employés municipaux permanents jusqu’en 2005. La Ville a alors dû s’adapter aux exigences provinciales en détachant du budget général des sommes dont les ex-maires Jean Perrault et Bernard Sévigny sont devenus répondants pour former leur équipe.

M. Sévigny a payé son personnel politique l’an dernier en puisant 550 000 $ dans une enveloppe spécifique d’un peu plus de 1 M$ que la Ville doit rendre disponible. Celle-ci n’est accessible qu’au maire et aux partis politiques. Comme le maire défait aux élections du 5 novembre avait été le seul à porter aussi le chapeau de chef de parti, le mode de partage n’a pas été soulevé avant aujourd’hui.

Si le Renouveau sherbrookois avait manifesté le désir de se former lui aussi un cabinet, la part garantie au nouveau maire Lussier aurait d’office été plafonnée à 50 %. L’autre demi-million serait allé aux deux partis éligibles, au prorata des voix obtenues lors du scrutin. Cette formule aurait procuré un léger avantage aux troupes de M. Sévigny, qui ont récolté 26 % des votes contre 21 % pour Sherbrooke Citoyen. La part de cette formation aurait alors chuté à moins de 250 000 $.

Il ne faut pas confondre cette première allocation de fonds publics avec le budget individuel de recherche (12 000 $ l’an dernier) auquel tous les conseillers municipaux ont eu droit l’an dernier. Il en sera de même cette année.

Une troisième ponction sera effectuée dans les coffres municipaux lorsque la trésorerie recevra les factures payables aux partis pour la contribution des Sherbrookois à « l’assainissement des mœurs politiques ». Une obligation que le gouvernement de Pauline Marois a fixée aux villes en 2013.

« Il faut rappeler le contexte dans lequel cela a été fait. Les maires de Laval, Mascouche et Saint-Rémi étaient soupçonnés de malversations qui éclaboussaient tout le monde municipal. Il fallait préserver la confiance des électeurs et l’une des façons d’y parvenir était de suivre le modèle de financement public instauré au provincial. Même si nous n’avons été au pouvoir que 18 mois, nous avons agi. Les libéraux ne l’auraient probablement jamais fait », rappelle sans le moindre regret l’ex-ministre péquiste Sylvain Gaudreault, qui a parrainé cette loi.

Les sommes dues sont actuellement calculées par le Directeur général des élections du Québec sur des bases complexes. Les élus indépendants n’auront pas accès à cet argent et, à Sherbrooke comme ailleurs, certains s’en plaignent.

« Rien ne m’indique dans les résultats des dernières élections municipales qu’il y a des dommages collatéraux et qu’il s’agit d’une mesure discriminatoire favorisant les partis au détriment des candidats indépendants. À Saguenay, seulement 4 des 15 représentants de districts sont membres d’un parti. À Sherbrooke, la proportion d’indépendants n’a pas chuté non plus, elle a augmenté », répond à ce sujet le député de Jonquière.

M. Gaudreault ne cache toutefois pas que la formule de financement bonifiant chaque vote accordé à un parti est un moyen de contribuer à l’émergence de nouvelles formations politiques comme Sherbrooke Citoyen.

« Il faut effectivement voir cela comme une incitation à la relève. C’est une façon de stimuler et de soutenir la diversité des choix afin d’augmenter la vitalité de notre démocratie », rappelle M. Gaudreault.

Avant de crier au scandale parce qu’un parti municipal se voir offrir une somme appréciable pour un seul élu, retournons à la multitude de rapports fédéraux et provinciaux nous pressant de sortir du bipartisme et de la redondance des gouvernements en alternance.  

La représentation proportionnelle appliquée dans des pays européens favorise les alliances, l’émergence de nouvelles idées et récompense le progrès avec de l’argent, pas seulement les victoires. Ce modernisme est réclamé avec insistance et impatience à Québec comme à Ottawa. On ne va tout de même pas se plaindre qu’il se pointe le bout du nez à Sherbrooke!