l avait été convenu qu’en cas d’échec, les membres du consortium repartaient avec toutes les études et analyses qu’ils ont financées. Nous retrouvons-nous en face d’une page blanche pour courtiser de nouveaux investisseurs pour Well inc.?

Le 105e jour de Steve Lussier

CHRONIQUE / J’étais sûrement le dernier gars que Steve Lussier souhaitait croiser à la Cage aux sports à 5 heures du matin, samedi, lors du rendez-vous pour appuyer la patineuse sherbrookoise Kim Boutin.

Il avait déjà lu ma chronique intitulée « Les 100 premiers jours de Bernard Lussier », dans laquelle j’exposais le risque qu’il développe un dédoublement de personnalité à force de défendre des choix qu’il avait reprochés à son prédécesseur Bernard Sévigny.

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« Donnez-moi encore 30 jours et vous verrez dans quelle direction je m’en vais », a-t-il ajouté aux salutations polies échangées avant la deuxième médaille de « notre Kim » bagarreuse.

M. Lussier n’a pas voulu le dire à ce moment-là, mais il savait déjà que le projet qui sentait le brûlé était carbonisé, et qu’il allait au mieux se changer en terreau dans le bac de compostage. Que s’est-il donc passé pour que le consortium formé du Fonds immobilier de solidarité de la FTQ, de SherWeb et du Groupe Custeau retire son offre?  

Avant d’argumenter sur la hauteur des buildings, le nombre de cases de stationnement ou les revenus de taxes sur 50 ans, il aurait été sage après les élections de novembre de statuer sur des conditions de départ, puis de les soumettre au test de la nouvelle dynamique politique.

Par exemple, quel devait être le prix du terrain de la Ville qui aurait représenté en quelque sorte la bague des futurs époux? Quelques semaines avant la noce attendue, cette donnée de base n’était toujours pas définitive parce qu’encore source de division politique.  

De la même façon, les incitatifs fiscaux sont arrivés si tard dans le portrait qu’ils n’auront finalement jamais été débattus publiquement par les élus avant le repli du consortium. Dans le livre Affaires101, une exemption de taxes pendant 10 ans valant 9 M$ n’entre pas dans la catégorie des détails qu’on règle en vrac à la dernière minute.

Le mandat donné aux hauts fonctionnaires de la Ville par l’ex-maire Sévigny, et qui avait été appuyé par la plupart des conseillers municipaux membres ou pas de son parti, était de livrer un projet clef en main sur la rue Wellington Sud. La gestion du calendrier ne relevait cependant pas que de l’administratif.

Dans toute négociation, le niveau de prudence est proportionnel au degré de confiance. Une précaution élémentaire en face d’un allié peut devenir des exigences avec ceinture et bretelles en captant des signaux contraires. Nul besoin donc d’avoir été partie prenante aux discussions pour deviner que l’arrivée d’un maire tiède n’était pas de nature à rendre les membres du consortium plus conciliants.

Au contraire, il devenait probable que les partenaires allaient avoir des exigences supplémentaires pour sécuriser leurs investissements. Disponibles et volubiles durant la période de marketing politique, les fonctionnaires sont devenus invisibles et inaccessibles au cours de la dernière semaine. Toutes les questions des journalistes ont été redirigées vers la mairie. C’était un signe à l’effet que la Ville avait déjà hissé le drapeau blanc.

La clause 2,8 du contrat d’exclusivité accordée le 15 mai 2017 prévoit que toutes les informations (les études, les rapports, plans, concepts, etc., l’énumération est longue) vont demeurer la propriété des partenaires qui se retirent. Nous retrouvons-nous en face d’une page blanche pour courtiser d’autres investisseurs?

« Tout ce qui a été développé par les membres du consortium leur appartient. Ce sont eux qui ont payé pour les honoraires professionnels. Mais le concept de Tour du QG dans le quartier de l’entrepreneur est nôtre », précise à ce sujet le maire Lussier

Ce dernier a inévitablement une part de responsabilité dans la démarche qui est passée de discutable à incohérente, faute d’avoir réajusté le mandat à la suite de l’élection. Aux yeux de certains, ces résultats sont décevants tandis que d’autres s’en réjouissent.

Si M. Lussier a l’excuse du chien ayant atterri dans un jeu de quilles, ce n’est pas le cas pour celle qui préside son comité exécutif, Nicole Bergeron, puisque l’organisme qu’elle dirigeait jusqu’en novembre (Pro-Gestion Estrie) est au cœur du regroupement des organismes de développement. Pas plus que pour les autres conseillers municipaux ayant appuyé Well inc. dans le passé, qu’ils appartiennent ou non à la garde rapprochée du nouveau maire.

La remarque s’applique aussi au seul survivant du Renouveau sherbrookois, Vincent Boutin, qui s’est empressé de reprocher à M. Lussier « d’avoir laissé pourrir la situation ». Et vous, héritier de la vision porteuse d’avenir, qu’avez-vous fait et dit pour empêcher que ce long processus ne vire à rien? Rien.

Est-il encore souhaitable de mettre toutes nos ressources de développement en commun? Oui. Comme il reste essentiel de réunir les conditions nécessaires pour faire de SherWeb notre ambassadeur de la nouvelle économie à Sherbrooke, et idéalement au centre-ville.

Au 105e jour de son premier mandat comme maire, notre nouveau chef d’orchestre est libéré de menottes. À M. Lussier de prouver maintenant qu’il n’est pas qu’une illusion de changement.