Jean-Sébastien Tremblay s’est inspiré de son parcours de bagarreur au hockey pour traverser l’épreuve du cancer du testicule.

L’autre combat de Jean-Sébastien

Jean-Sébastien Tremblay n’a pas peur de jeter les gants. Un regard de travers et le tout dégénère rapidement.

Des coups de poing au visage de l’adversaire, il en a donné sans compter et à s’en fracturer les doigts.
Le gars de 30 ans n’a pas été épargné non plus. Dents cassées, nez fracturé, commotions cérébrales, douleurs cervicales et maux de dos en permanence... «Je ne sais plus sur quel côté dormir tellement mes épaules sont endommagées.»

Il n’est pas en train de se plaindre. Il assume. C’est le prix à payer pour être un dur à cuire.
Au hockey, Jean-Sébastien ne saute pas sur la patinoire pour compter des buts, mais pour défendre ses coéquipiers, imposer l’ordre et le respect. Le plus gratifiant à ses yeux, ce n’est pas de frapper son rival, mais de l’ébranler par sa seule présence, l’intimider au point où celui-ci préférera battre en retraite plutôt que de s’engager dans un combat.

Bref, la dernière chose à laquelle ce batailleur d’expérience s’attendait, c’est de devoir se mesurer au cancer du testicule.

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C’était au début de l’année 2015. Après des semaines de fatigue inhabituelle, Jean-Sébastien Tremblay a senti une bosse sur un testicule.

Ça ne l’a pas inquiété outre mesure. Il avait dû se faire une hernie en forçant plus qu’à l’habitude. «J’aime travailler physiquement. C’est dans ma nature.»

Sauf que les journées ont passé et c’est devenu franchement inconfortable dans son pantalon.

Nouvellement à l’emploi de la compagnie WestRock, à La Tuque, le mécanicien industriel en a glissé un mot autour de lui. Un vieux de la vieille allait peut-être le rassurer en lui disant de ne pas s’en faire, qu’il avait déjà connu ça, que la bosse allait disparaître comme elle était apparue, sans avertissement.

Un collègue lui a plutôt conseillé d’aller en discuter avec l’infirmière de l’usine qui, elle, lui a suggéré de revenir consulter le médecin qui se déplace une fois par mois.

Tout est allé très vite dès l’instant où Jean-Sébastien a été examiné. En quelques jours, il a rencontré un urologue et a passé une batterie de tests avant de se retrouver sur la table d’opération pour se faire enlever le testicule atteint du cancer.

Puissante raclée. Pour le joueur de hockey, c’est le symbole même de sa virilité qui était durement attaqué.

«C’est comme si on venait de m’enlever une partie de mon identité. J’ai toujours eu beaucoup de testostérone. J’avais peur de ne plus être moi.»

Le hamster dans sa tête s’est mis à tourner.

Est-ce que son corps allait changer? Sa vie sexuelle serait-elle comme avant? S’il ne pouvait plus avoir d’enfant, sa blonde resterait-elle avec lui?

Jean-Sébastien défile sans retenue toutes les questions sans réponses qui l’ont envahi en recevant ce diagnostic qui impliquait de passer rapidement à l’étape suivante. Des cellules cancéreuses s’étant propagées aux poumons et aux ganglions, on lui conseillait fortement d’avoir recours à la chimiothérapie pour augmenter ses chances de guérison qui sont élevées pour ce type de cancer.

Le batailleur ne pourra jamais oublier ces trois mois de traitements intensifs. Ses blessures de hockey accumulées depuis des années sont revenues à la surface d’un seul coup, sans le ménager.

«C’était hallucinant! Je ne m’endurais plus.»

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Jean-Sébastien n’avait pas chaussé ses patins de hockey depuis longtemps lorsqu’en novembre 2016, un chum l’a appelé pour lui dire que l’équipe avait besoin de lui pour «un match seulement».

Il a dit non au début. «Viens donc!», a insisté l’autre. «Ok, mais juste une game», a averti le joueur des Loups de La Tuque.

À sa première apparition sur la patinoire, celui qui venait de livrer le combat de sa vie n’a pas pu résister à la tentation de laisser tomber les gants comme avant.

«Honnêtement, je trouve ça stupide de me battre, mais ça m’a rallumé.»

Après ce retour d’un soir, il y a eu d’autres matches et d’autres bagarres. Une vingtaine cette année seulement, à sa dernière saison après une carrière de neuf ans dans la Ligue de hockey senior AAA du Québec.

Jean-Sébastien Tremblay prend sa retraite parce qu’il l’a promis à sa blonde et à sa mère, mais surtout parce qu’il s’est prouvé à lui-même et aux autres que sa fougue est intacte. Le «goon» a même trouvé le moyen de compter un but.

«J’ai eu le cancer et je m’en suis remis.»

Les nouvelles sont bonnes. Des tests de fertilité le confirment. Jean-Sébastien pourra être papa le jour où lui et sa conjointe, Roxan Boulanger, voudront fonder une famille. «Je suis vraiment chanceux!»  
Rare qu’un gars accepte d’aller aussi loin en entrevue, de raconter son histoire qui implique d’aborder la question de l’intimité au masculin.

«Peut-être que d’en parler publiquement va réveiller du monde.»

Le cancer du testicule est la forme la plus fréquente de cancer chez les jeunes hommes. Par ce témoignage, Jean-Sébastien Tremblay veut leur rappeler que personne n’est à l’abri de la maladie, pas même un homme fort comme lui.

«Si tu penses que tu as quelque chose, va consulter! Tu es mieux d’aller perdre une journée à l’hôpital que de perdre un moment de ta vie ou ta vie tout court.»

Président d’honneur du Relais pour la vie de la Société canadienne du cancer qui se tiendra le 2 juin, à La Tuque, Jean-Sébastien souhaite également donner de l’espoir à ceux qui luttent en ce moment.

«Ce n’est pas une fierté pour moi d’être un bagarreur au hockey. C’est mal vu, je le sais. Par contre, je tiens à dire que j’ai été malade, on m’a enlevé un testicule, j’ai fait de la chimio puis je suis revenu meilleur qu’avant. Tout le monde peut faire ça.»